LXX. Pour LA FÊTE DE LA PENTECÔTE
plaint de ce defaut de crainte, d'amour, d'honneur et de respect par son Prophete Malachie *, disant : Sf je suis vostre Pere, où est l'honneur que vous me rendez ? si je suis vostre Seigneur, où est la crainte que vous devez avoir de m'offenser? Si ergo Pater ego sum, ubi est honor meus? et si Dominus ego sum, ubi est timor meus? Le fils sert comme fils, et non point comme serviteur crainte d'estre battu, ni pour la recompense comme mercenaire, mais par amour, d'autant que cet amour est imprimé au cœur filial. Quand l'ame a eu la crainte de perdre le Paradis dont je vous ay parlé, elle passe outre et dit : Quand il n'y auroit point de Paradis, Dieu est mon Pere : il m'a creée, me conserve, me nourrit et me donne toutes choses, et partant je le veux aymer, honnorer et servir. O don de pieté, riche present que Dieu fait au coeur! Bienheureux est celuy lequel a cette correspondance de coeur filial envers le cœur paternel du Pere celeste *. Et c'est à cela que Dieu nous veut faire tendre, quand il veut que nous le nommions nostre Pere qui est ès cieux, en l'Oraison dominicale *, nom de respect, d'amour et de crainte.
Et pour vous monstrer que ce don de pieté, c'est à dire cette crainte filiale, nous est donnée du Saint Esprit, l'Apostre saint Paul escrivant aux Romains * leur dit : Non accepistis spiritum servitutis ilerum in timore, sed accepistis spiritum adoptionis filiorum Dei, în quo clamamus : Abba, Pater ; c'est à dire que nous devenons comme des petits enfans aupres de Nostre Seigneur. Les petits enfans vivent en une grande confiance: ils ne pensent point que leur pere les veuille battre ni qu'il leur prepare un heritage, ains seulement s'occupent à l'aymer sans penser à autre chose, parce qu'ils sont portés entre ses bras, qu'ils sont nourris, dorlottés et en fin entretenus par le soin de leur bon pere. Ainsy devons nous faire, mes cheres Sœurs, envers Dieu, le reverant comme nostre Pere, le servant avec amour, sans apprehension des supplices ni pretention des recompenses, nous laissant porter entre les bras de sa sainte providence tout ainsy qu'il luy plaira.
* Cap. 1, 6,
* Galat., iv, 6.
* Matt., vi, 9-13
* Cap. vu, 15.
* Ps. xxxvi, 37.
* Rom. 1, 18, sr.
* Prov.,m, 33; Is., LVII, 15.
* Cf. Tr.del'Am.de Dien, 1. VI, c.1v, et tom. præced. hujus Edit., pp. 60, 531.
Le troisiesme don du Saint Esprit, en remontant, est le don de science, non pour sçavoir les choses humaines, comme Aristote, Platon, Homere, Virgile et les autres philosophes qui ont eu cette science qui ne leur a de rien servi. Or la science don du Saint Esprit est necessaire pour bien exercer les deux premiers dons, pour scavoir comme nous nous comporterons envers Celuy que nous voulons craindre et aymer, et pour descouvrir et scavoir discerner le mal qu'il faut fuir et le bien qu'il faut suivre. Declina a malo et fac bonum ; Destournez-vous du mal et faites le bien, dit le Prophete *, car c'est la science des sciences et celle qui nous est donnée du Saint Esprit, laquelle les enfans du monde n'ont point eué ; car bien qu'ils fussent grans philosophes, si n'ont-ils point appris à glorifier Dieu ni à suivre la justice, parce qu’ils ont tenu la verité captive et prisonniere en l'injustice, dit l'Apostre * : Veritatem Dei in injustitia detinent. Ils avoyent bien la verité dedans l'intellect, mais non en la prattique, d'autant qu'ils n'avoyent pas l'humilité chrestienne laquelle nous fait prosterner devant le Saint Esprit pour recevoir ce don si necessaire pour operer nostre salut.
La science du bien et du malest naturellement desirée de tous; c'est pourquoy Eve curieuse la desira. Dieu scait le mal, mais pour le detester, et le bien pour le prattiquer : Vous serez comme des dieux ; Eritis sicut dii, scientes bonum et malum *, dit le serpent à nos premiers parens pour les tromper miserablement, leur faisant prattiquer le mal. Saint Augustin, en une homelie de ce jour *, dit que les philosophes ont parlé des vertus magnifiquement, mais pour les mespriser, et des vices pour les prattiquer, parce qu'ils estoyent aveugles, d'autant qu'il n'y a point de vraye science que celle du Saint Esprit, laquelle il ne depart qu'aux cœurs humbles *. N'avons-nous pas aussi veu plusieurs grans theologiens qui ont dit merveille des vertus, non pour les exercer, comme au contraire il y a eu tant de saintes femmes qui ne scavoyent pas parler des vertus, lesquelles neanmoins en scavoyent tres bien l'exercice *? car on a veu les unes