‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 281 sur 322 · LXX. POUR LA FÊTE DE LA PENTECÔTE · texte numérisé non relu

LXX. POUR LA FÊTE DE LA PENTECÔTE

de benitence*. C'est pourquoy vous voyez d'ordinaire que ceux qui n’ont cette crainte que dans la partie inferieure s'en retournent de la predication melancholiques en leur mayson, comme au contraire ceux qui ont la crainte don du Saint Esprit s’en retournent convertis et penitens. C'est le sujet pour lequel David disoit : Je demande, o Seigneur, une sagette poussée de vostre main, laquelle transperce mon cœur. Et saint Hierosme disoit que la crainte des jugemens de Dieu transperçoit si fort son

* Luce, 11, 8; Act xxvi, 20; cf. Is xxvi, 18.

ame qu'il luy sembloit tousjours entendre retentir à ses :

oreilles cette voix espouvantable des Anges: « Levez-vous, morts, et venez au jugement; Surgite, mortui, venite ad judicium *. » Mon Dieu, que de personnes ont quitté le peché par cette crainte du jugement! C'est donc à tres juste rayson qu'elle est dite Je commencement de la sapience*, et l'amour la consommation *, qui nous fait monter au Ciel pour nous joindre à Dieu ; mais pour arriver à ce bonheur il faut quitter le peché, et pour le quitter il faut craindre. Et voyla ce que fait cette crainte inferieure. L'autre partie de cette crainte que j'appelle superieure est celle qu'on a de perdre le Ciel ; ce que je dis d'autant qu'il y a des personnes si charnelles lesquelles, comme s'il n'y avoit point de Paradis ains seulement des peines d'enfer, ne se soucient point de le perdre, estans tres contentes de la possession de ce paradis mondain, terrestre, malheureux et infortuné, n'ayans point de pretention au Paradis celeste. Or, la crainte de Dieu ne comprend pas seulement l'apprehension des peines d'enfer, ains elle a encores celle de perdre le Paradis. La generosité relevant donques nostre cœur apres ces biens eternels, nous fait dire avec le Psalmiste * : Inclinavi cor meum ad faciendas justificaliones tuas in aternum propter retributionem ; Ah, Seigneur, j'ay incliné mon cœur à garder vos commandemens à cause des grandes recompenses que vous donnez à ceux qui les observent. Ces parolles sont remarquables; elles ne veulent dire autre chose sinon que la crainte nous fait cesser de mal faire, d'autant que voyla le Paradis qui doit estre la recompense du travail de l'ouvrier. C'est pourquoy les

* Vide supra, p.315

* Ubi supra, p. 419

* I Joan., rv, 18.

* Ps. cxvin, 113.

* Vers. s8.

433 SERMONS RECURILLIS

ames genereuses pour s'encourager à travailler, à l’exemple de David, se proposent la gloire eternelle. Pourquoy ne travaillerois-je pas, disent-elles, pour entrer en posses sion de cet heritage celeste ? J’ay incliné mon cœur à garder vos commandemens à cause des recompenses. Hé quoy, seroit-il bien possible que je voulusse perdre le Paradis? Serois-je bien si lasche que de perdre le partage qui m'est promis en cette patrie celeste ?

Vous voyez donques bien maintenant que cette crainte est appellée inferieure et superieure parce qu'elle est composée de ces deux craintes, des peines d'enfer et de la perte du Paradis. Or, cette crainte qui nous fait quitter le peché est un don du Saint Esprit, luy seul la peut donner ; c'est pourquoy elle est appellée Je commencement de la sapience, parce qu'elle est d'ordinaire le commencement de nostre salut. Et quoy que les heretiques disent qu'elle est mauvaise ils se trompent grandement, et les paroles de Jesus Christ les condamnent absolument. Ne craignez point, dit-il en saint Matthieu, chapitre X *, ceux qui peuvent tuer le corps, maïs craignez Celuy qui peut condamner l'ame à la gehenne eternelle ; Nolite timere eos qui occidunt corpus, animam autem non possunt occidere ; sed polius eum timete qui potest et animam el corpus perdere in gehennam. Ce qui nous fait voir que cette crainte est bonne, et que c'est Dieu qui en est l'autheur et la met dans le cœur pour commencer par icelle nostre salut.

Le deuxiesme don du Saint Esprit est le don de fieté. Le don de pieté est une vertu particuliere laquelle depend de la justice, qui n'est autre que l'honneur, le respect et l'amour que nous rendons non seulement à Dieu comme à nostre souverain Createur et nostre Pere tres aymable, mais encores à ceux que nous tenons pour superieurs, Soit spirituels ou temporels, comme les peres, meres, prelats et magistrats. Le Saint Esprit donques venant au cœur luy communique le don de pieté, par lequel l'ame porte un tres grand honneur et respect à Dieu, accompagné d'un amour filial et d'une crainte amoureuse.

Et ne voyons-nous pas que sa divine Majesté se

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