‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 284 sur 322 · LXX. Pour LA FÊTE DE LA PENTECÔTE · texte numérisé non relu

LXX. Pour LA FÊTE DE LA PENTECÔTE

viduité ou le mariage? Feray-je l'aumosne ou donneray-je tout mon bien aux pauvres? Le Saint Esprit, residant dans nostre cœur, nous conseille et nous pousse par son inspiration à faire ce qui est plus pour la gloire de Dieu et nostre salut. Jusques à present j'ay esté avare, sensuel, sujet aux playsirs de la bouche ; je vois que cela est mal, j'ay le desir de m'en retirer : que feray-je donques pour petit à petit me desfaire de ces meschantes habitudes et me mortifier? Le Saint Esprit conseille les moyens qu'on doit tenir pour surmonter le mal et prattiquer le bien.

Vous verrez des personnes dans le monde sujettes à la colere, lesquelles s'adonneront au jeu où ils se laissent emporter pour l'ordinaire à dire quantité de blasphemes et injures : que faire là ? C'est qu'il faut quitter le jeu. D'autres aymeront les conversations esquelles la mesdisance regne, à laquelle ils se laissent emporter; ils font resolution de ne plus mesdire, mais la conversation les emporte insensiblement à la mesdisance : que faire là? Le Saint Esprit leur dit interieurement qu'il faut quitter ces conversations. Combien y en a-t-il au monde qui scavent bien qu'on s'y perd à cause que l'air est infecté, et qu'il donne la mort eternelle aux ames dans lesquelles il entre, ou leur cause de grandes maladies : quel remede à cela? Sortez, leur dit le Saint Esprit interieurement*, puisque vous connoissez que vous n'y pouvez pas faire vostre salut. Il nous conseille donques ainsy immediatement par ses inspirations, ou bien il nous conseille de nous conseiller à ceux qui ont la lumiere qu'il leur a communiquée.

Le don suivant est le don d'entendement, entendement spirituel que le Saint Esprit enchasse dans nostre entendement humain, lequel n'est autre qu'une certaine clarté par laquelle nous voyons et penetrons la beauté et bonté des mysteres de la foy. On entend les predications, on lit beaucoup, et toutefois on demeure tousjours dans l'ignorance de ces saints mysteres parce qu'on n'a pas ce don d'entendement. Une ame simple, prosternée devant Dieu, entendra le mystere de la tres sainte Trinité,

* Jerem., LI, 45.

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* Cf. supra, pp. 424;

* Cf. supra, p. 394.

* Matt., v, 3, 4.

* Ibid., xii, 46.

* Ibid., xvi, 3.

* [bid., x, 16.

* Cap. vin, 6,

non pour le dire, ains pour en tirer des maximes pour son salut, parce que le Saint Esprit luy a communiqué le don d'entendement *. J'ay accoustumé de dire que presque tous perissent faute de suivre les maximes du Christianisme *, comme celles cy : Bienheureux sont les pauvres d'esprit, car à eux appartient le Royaume des cieux, Beati bauperes spiritu, quoniam ipsorum est Regnum celorum ; Bienheureux sont les debonnaires, Beati mites, quoniam ipsi possidebunt fterram *. Mais qui est-ce qui void la beauté de ces maximes sinon ceux à qui le Saint Esprit les fait voir?

Lors que nous voyons les beaux palais dorés, les perles et joyaux : Ah, disons-nous, que ces choses sont belles! Mais à qui? Aux yeux des mondains. Le monde le dit, et Nostre Seigneur dit : Voyez cette perle * de la pauvreté evangelique, et à travers d'icelle, voyez le Ciel et la felicité eternelle qui y est attachée. Mais faute d'avoir fortement establi ces maximes dans nostre cœur, nous nous perdons miserablement, et le monde triomphe de nous et nous seduit malheureusement par ses fausses maximes. Ah, pauvres abusés que nous sommes! Nous scavons bien que le monde avec toutes ses richesses et ses vaines grandeurs ne vaut rien, et neanmoins nous y mettons nostre affection et suivons ses maximes.

Soyez faits comme petits enfans*,dit NostreSeigneur; Soyez simples comme colombes : Estote simplices sicut columba *, et cependant l'on n'a point de candeur ni de simplicité. L'on veut estre prudent, mais d'une prudence charnelle, laquelle, comme dit le grand Apostre en l'Epistre aux Romains *, donne la morí à l'ame: Prudentia carnis mors est. Et d'où vient cela? C'est que nous n'avons pas le don d'entendement pour voir et penetrer la beauté et bonté des maximes de Nostre Seigneur. Ah, si nous les penetrions bien et si nous voyions leur beauté, certes, nous quitterions et renoncerions pour jamais aux malheureuses maximes du monde, qui ne valent rien, pour suivre celles de nostre divin Maistre. Mais particulierement les ames religieuses doivent bastir et fonder toute leur perfection sur ses saintes maximes,

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