LXX. POUR LA FÊTE DE LA PENTECÔTE
et les establir fortement en leur cœur à fin de n'y laisser jamais entrer des maximes contraires, suivant l’exemple de tant de Saints et Saintes lesquels on a veu aymer plus les larmes que la joye, la tribulation que la prosperité, la pauvreté que les richesses.
Or, apres que le Saint Esprit nous a donné le don d'entendement s’ensuit le don de sapzence, lequel comble l'ame de tout bien. Plusieurs sçavans sont fols *, mais la sapience est une science par laquelle on savoure, on gouste et penetre la bonté de la loy et les choses les plus relevées de l'Evangile, non pour en parler ou prescher, ains pour les prattiquer, et, comme l’abeille, l'ame va dessus les fleurs de la loy, sucçant le miel de la bonté de Dieu. Quam dulcia faucibus meis eloquia tua! super mel ori meo ; O Seigneur, combien vos paroles sont douces à mon gosier | dit le Psalmiste *; elles surpassent la douceur du miel quand je les savoure en la bouche de mon cœur, lors que vous me donnez à gouster vos divines maximes contre celles du monde. O que l'ame qui est parvenue à ce degré est heureuse, car c'est une marque qu'elle est remplie du Saint Esprit et qu'il luy a communiqué ses dons.
Il reste maintenant à dire comment nous pourrons savourer ces dons. Je le dis en un mot : il ne faut sinon estre en santé. Les malades ne savourent pas les viandes à cause du catarrhe qui occupe les parties destinées au goust; les malades spirituels veulent tout à rebours de bien : ils n'ont ni crainte ni force ni pieté ni science. Qui veut recevoir les dons du Saint Esprit [il luy] faut se purger des humeurs peccantes. Nous avons la langue, c'est à dire l'ame, chargée de catarrhe; il faut quitter les dons du monde pour recevoir ceux du Saint Esprit. L'esprit du monde a ses dons : il a la science pour parvenir aux honneurs, aux grandeurs et richesses ; la force pour aller en duel; la crainte de devenir pauvre et de perdre le paradis du monde et ses faveurs. Il faut quitter ces dons, car ils sont incompatibles avec ceux du Saint Esprit ; puis il luy faut abandonner nostre cceur, et le prier de nous departir ses pretieux dons et les conserver
* Cf. Rom., 1, 25.
* Ps. cxvm, 103.
* Ubi supra, p. 422.
en nos ames au peril de toutes nos affections, de nc donner le don de crainte pour operer nostre salut d'oster de nos cceurs les autres craintes que le diable nc suggere. Que tout le reste se perde, pourveu que no ne perdions point Dieu. Que peut faire le monde ? no oster deux ou trois jours de vie temporelle? Hé, q nous doit-il importer, pourveu que nous ne perdions p la vie eternelle *?
Plaise donques à la divine Majesté de nous donner don de crainte à fin que nous le servions filialement le don de pielé pour le reverer comme nostre Pere tr aymable ; le don de science pour connoistre le bien qi nous devons faire et le mal que nous devons fuir ; le do de force pour surmonter courageusement toutes les difl cultés que nous rencontrerons en la prattique de | vertu ; le don de conseil pour discerner et choisir le moyens propres à nous perfectionner ; le don d'enfend, ment pour penetrer la beauté et l'utilité des mysteres d la foy et des maximes evangeliques, et en fin le don d sapience pour gouster combien Dieu est aymable et pou savourer et experimenter les douceurs de son incompre hensible bonté. O que nous serons heureux, si nous rece vons ces pretieux dons! car sans doute ils nous conduiron au sommet de cette eschelle mystique, où nous seron receus de nostre divin Sauveur qui nous y attend les bra ouverts pour nous rendre participans de sa gloire c felicité. Amen.