‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 3 sur 322 · PRÉDICATEUR · texte numérisé non relu

PRÉDICATEUR

La divine Providence, en faisant à saint François de Sales de si brillantes destinées dans son Eglise, l’avait rempli, pour correspondre à ses desseins, de foule sagesse et de toute intelligence spirituelle (Y. Et, afin que les talents dont il était enrichi fussent utiles à un plus grand nombre, Dieu les couronna par celui de l’éloquence.

Cette éloquence qui, au témoignage du grand Evêque d'Hippone (2), est « la suivante de la sagesse inspirée, » s'attacha à la parole de notre aimable Docteur et devint l'un de sestitres de gloire les mieux mérités, et néanmoins le plus contesté de tous par l'ignorance ou la mauvaise foi. Il importe donc de faire valoir ici ses droits à étre mis au premier rang des prédicateurs qui dés le commencement du XVII‘ siècle ont illustré la chaire française ; il ne sera pas moins facile de démontrer comment, par ses enseignements et son exemple, l'Evéque de Genève a préparé l'épanouissement complet de l'éloquence sacrée en France; ce sera le but de cette Etude.

(1) Coloss., 1, 9.

(2) De Doctrina Ghristiana, lib: IV, cap, vt

Elle pourrait être en partie superflue pour le lecteur intelligent et réfléchi qui a étudié les quatre volumes de Sermons avec l'attention qu'ils méritent. Il lui aura suffi de méditer ces pages, dont un grand nombre sont inédites, et dont les autres ont été trop négligées jusqu'ici, pour constater chez l'Auteur toutes les qualités qui constituent l'orateur distingué et le signalent à l'admiration de la postérité : érudition immense, tact exquis, vigueur communicative, habitude de parler avec précision et clarté. De ces observations on peut conclure de quels soins a été entourée la formation oratoire de l'homme de Dieu et par quel travail assidu il a développé dans la suite ses précieuses facultés ; on peut deviner ses méthodes et se rendre compte de l'influence qu'il dut exercer sur ses contemporains. Mais ces observations mémes feront naitre chez plusieurs le désir de s'éclairer d'autres lumiéres, et ils nous sauront gré de leur venir en aide pour compléter les notions qu'ils ont acquises et affermir l'opinion qu'ils se sont faite. Afin que nos appréciations ne soient pas suspectes, nous les appuyerons sur les témoignages les plus autorisés, et nous céderons souvent la parole soit aux auditeurs du saint Prélat, soit aux critiques qui ont le plus sainement jugé ses Œuvres.

François de Sales parut à une époque de transition où, en France, les règles du goût restaient encore à formuler et les véritables secrets de l'art à retrouver. Sa gloire est d'avoir pressenti et appliqué ces régles et de les avoir recommandées, alors que la plupart des prédicateurs se fourvoyaient dans des routes tout opposées : cela seul est une preuve incontestable de supériorité morale et intellectuelle. L'Evéque savoyard est de la race des grands orateurs ; et, sans vouloir établir de parallele, on peut dire qu'il part des mémes principes et marche dans la méme direction. Massillon « est tout esprit, » a dit un éminent critique(1); « Bourdaloue, tout raison, Bossuet, tout génie, » et, reprend à son tour l'Evéque d'Angers (1),

(1) L'abbé Lebarq, Histoire critique de la prédication de Bossuet, p. 37a. (2) Mgr Freppel, Cours d'éloquence sacrée (publié en 1893), IV* Leçon.

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