‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 4 sur 322 · ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR VII · texte numérisé non relu

ETUDE SUR SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÉDICATEUR VII

saint François de Sales « est un mélange ineffable de gràce et de tendresse. »

« Je ne suis pas étonné, » continue M* Freppel, « de rencontrer au seuil de cette grande époque (le XVII* siècle), un homme qui par la naïveté charmante, le tour vif et gracieux, les formes pittoresques de son style, rappelle tout ce qu'il y a eu dans la littérature francaise au XVI* siécle de verve et d'originalité ; tandis que d'autre part un goût plus sûr, des sons moins heurtés, des lignes plus réguliéres, une diction plus polie et plus chátiée annoncent sous sa plume ou dans sa parole, la manière simple et grande du xVII*° siècle, dont il est un des premiers et des plus glorieux représentants ; un homme qui résume à lui seul tout ce qu'on peut recueillir, dans l'histoire des lettres chrétiennes, de plus fin, de plus délicat, de plus spirituel ; un écrivain qui, promenant à travers toutes les sécheresses, toutes les aridités de la doctrine, son imagination brillante et fleurie, a su porter le charme jusque dans la controverse... un orateur dont la belle âme s'épanche en paroles d'exquise tendresse et de douceur infinie ; un homme enfin, en qui la sainteté la plus parfaite est venue couronner tous les dons de l'esprit, toutes les qualités du cœur, et dont il suffit de prononcer le nom pour embaumer l’àme du parfum délicieux qui s'échappe de ses écrits : cet homme, c'est saint Francois de Sales. »

« C'est assurément quelque chose de bien étrange, » poursuit l'auteur que nous continuons de citer en l'abrégeant, « de voir paraitre sur la méme scéne, à peu de distance l'un de l'autre, deux hommes en qui se personnifient deux doctrines si diverses, en qui s'incarnent, pour ainsi dire, deux esprits si contraires : Calvin, dont la verge impitoyable nous range sous la souveraineté de Dieu... comme des esclaves sous le fouet d'un tyran ; Frangois de Sales, qui ne trouve pas dans la langue humaine des sons assez doux pour réveiller dans les âmes la confiance filiale. Comme si le catholicisme rassemblant sur un seul point tout ce qu'il y avait eu dans le cœur de ses Ambroise, de ses Augustin, de ses Bernard, de

VHI SERMONS RECUEILLIS

tendresse et de suavité, avait voulu par ce mélange de force et d’onction désarmer l’hérésie, en essayant contre elle ses plus divines séductions, en laissant tomber sur elle, de la figure de François de Sales, un reflet de la bonté et de la mansuétude du Christ. »

C'était d'une manière plus directe encore que l’Evêque de Genève allait combattre le protestantisme. Pour lutter avantageusement contre cette hérésie, il fallait employer les mêmes armes auxquelles elle devait ses victoires, c'est-à-dire le ministère de la parole. On avait été trop longtemps à le comprendre, et, pendant que l’homme ennemi semait l’ivraie à pleines mains dans le champ du Père de famille, les serviteurs dormatent (1) sans se préoccuper du péril. Les fougueux prédicants répandaient audacieusement leurs erreurs, et en négligeant d'y opposer la doctrine évangélique, les ministres sacrés laissaient l'avantage à leurs adversaires, qui les stigmatisaient du nom de chiens muets(?). Calvin, Zwingle, de Béze étaient doués de talents oratoires incontestables ; leur prédication avait « la vigueur d'une argumentation nerveuse avec la sobriété d'un enseignement austère(3). » Aussi, fiers de leurs succés, ils jetaient à la face de l'Eglise les plus insolentes provocations, et se flattaient que personne ne reléverait leur défi. Mais quelque abaissée qu'elle paraisse, l'Eglise a toujours dans ses rangs des David pour entrer en lutte avec les Goliath de l'hérésie et de l'impiété. Le XVI° siècle à son tour allait en donner la preuve.

Aux envahissements du protestantisme, la Providence opposa toute une légion d'apótres : c'était aux premiers rangs, saint Philippe et ses Oratoriens, et surtout saint Ignace et la Compagnie de Jésus (4). Ces deux Sociétés

(1) Matt., xir, 35.

(2) Is., cvi, 10.

(3) Le seiqióme Siècle en France, Tableau de la Littérature et de la Langue, par MM. Darmesteter et Hatzfeld, Section I'*, chap. 1.

(4) Parmi les premiers compagnons de l'illustre Fondateur, saluons en passant deux compatriotes de saint Frangois de Sales, Pierre Lefévre et Claude Le Jay qui, l'un et l'autre, combattirent avec succés le luthéranisme en Allemagne. Le premier, qui préchait avec égale facilité en sept langues, venait

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