COÏNCIDANT AVEC LA FÊTE DE SAINT ANTOINE ABBÉ
17 janvier 1621 (1)
Nous lisons en la Messe d'aujourd'huy deux Evangiles : l'un est celuy des Confesseurs *; l'autre, celuy du premier miracle que fit Nostre Seigneur aux noces de Cana en Galilée *. C'est sur iceluy que je vous parleray en ce petit discours; car de le faire sur saint Antoine il n'y auroit point d'apparence, veu qu'il en a esté excellemment parlé au grand sermon, auquel on a dit presque tout ce qui s'en pouvoit dire. Je m'arresteray donques sur le dernier oü il est fait mention du premier miracle
(1) La date de ce sermon est déterminée par la coincidence de la fête de saint Antoine avec le deuxième Dimanche aprés l'Epiphanie. Il est vrai que cette occurrence avait eu lieu déjà en 1616; mais à cette époque la Sour Claude-Agnès de La Roche tenait la plume, tandis que l'on ne peut méconnaître ici le style de la Sœur Marie-Marguerite Michel.
Sanx. IV
* Luce, xti, 35-40.
* Joan., 11, 1-11.
* Sermo vm, $ 4.
ou, selon saint Jean, du premier signe que Nostre Seigneur fit pour manifester sa gloire. Nous verrons d’abord la cause du miracle, c’est à dire comment il a esté fait, et en second lieu, par qui il a esté fait et quelles personnes sont intervenues en iceluy. L'Evangeliste declare que ce fut icy le premier signe que Jesus fit pour manifester sa gloire. Je sçay bien neanmoins que plusieurs raysons et disputes s'eslevent de part et d'autre entre quelques Docteurs pour monstrer que ce miracle ne fut pas le premier que fit Nostre Seigneur ; mais puisque non seulement saint Jean l'atteste, ains encores saint Ambroise *, et que la pluspart des autres anciens Peres tiennent cette opinion, nous nous y arresterons et la suivrons. Or, à fin de mieux establir le sentiment de saint Ambroise et des autres Peres, nous escarterons avant tout deux difficultés qui rendroyent leur opinion moins recevable, et nous ferons par apres une consideration pour la consolation de nostre foy.
Disons d'abord que ce miracle fut le premier signe que le Sauveur luy mesme donna pour manifester sa gloire. Plusieurs prodiges, il est vray, se sont operés avant celuy-cy, les uns par Nostre Seigneur, les autres en Nostre Seigneur et les autres pour l'avenement de Nostre Seigneur, comme celuy de l'Incarnation qui est le plus grand de tous et la merveille des merveilles. Mais ce miracle estoit invisible, secret et occulte; c'estoit une ceuvre si haute qu'elle surpasse infiniment tout ce que les Anges et Archanges en peuvent comprendre, et partant ce n'estoit pas un signe qui manifestast la gloire de Dieu comme celuy qui se fit aux noces de Cana en Galilée, ainsy que dit l'Evangeliste. Ce tres haut mystere de l'Incarnation est si profond que jamais il n'estoit entré et ne pouvoit entrer dans l'esprit des anciens payens et philosophes ; voire mesme les docteurs de la Loy de Moyse, quoy qu'ils maniassent la Sainte Escriture, ne l'ont peu comprendre parce qu'il estoit invisible et d'une telle hauteur qu'il surpasse tous les entendemens humains et angeliques. Nous le croyons bien en cette vie mortelle parce que la foy nous l'enseigne, mais là haut au Ciel