‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 51 sur 322 · XLIII. Pour LE 11° DIMANCHE APRES L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

XLIII. Pour LE 11° DIMANCHE APRES L'EPIPHANIE

ses disciples ; il nous en faut donques tenir là. (1) On dispute si ces noces furent celles de saint Jean ou d'un autre ; mais laissons cela, il nous importe peu; tant y a que nostre cher Maistre et Nostre Dame furent conviés. Ils y allerent; mais comment? O certes, il est croyable que la Sainte Vierge s’y rendit dès la veille, car lors qu'il se fait des noces, les dames et parentes n'y vont pas le jour mesme mais dés la veille, et non seulement pour estre receues, ains encor pour ayder à recevoir les autres invités, et par ce moyen faire honneur à l'espouse. Or, on peut penser que cette sainte Dame, qui estoit grandement humble, y alla ainsy dés la veille pour rendre ce bon office à l'espoux et à l'espouse.

Les Apostres allerent donc aux noces, et Nostre Seigneur y estant convié ne refusa point de s'y trouver ; car voyez-vous, il estoit venu pour racheter, reformer et recreer l'homme, et pour ce faire il ne voulut pas prendre un mairitien et une contenance grave, austere et rigide, mais bien une facon de proceder toute suave, civile et courtoise. Ce qui fut cause qu'estant invité il ne s'en excusa pas, ains s'y rendit, et par consequent retrancha beaucoup de legeretés et desbauches qui se commettent ordinairemeht en telles occurrences. Certes, les noces où Nostre Seigneur et Nostre Dame assistent sont bien reglées et l'on y observe une grande modestie * ; mais celles de ce temps icy sont pleines de desbauches et toutes farcies de menteries, car quand on veut marier une fille, combien de mensonges dit-on! Elle est cecy, elle est cela, elle a tant d'heritage ; ce jeune homme a toutes telles conditions et qualités. Et sur ce on conclut le mariage, lequel estant fait l'on trouve que ce qu'on a dit n'est pas. Puis viennent les regrets et reproches de part et d'autre, mais il n'est plus temps, car c'en est fait. Les noces de Cana ne furent pas ainsy, parce que le mensonge ne se peut point trouver là oü est Nostre Seigneur. O combien pensez-vous que ces noces furent

(1) Les lignes 2-13 et 23-35 de cette page sont inédites, ainsi que les lignes 24-35, p. 8; 22-25, p. 13; 19-23, 39, p. 15, et 1-27, p. 16.

* Cf.Introd.a la Vi devote, Partie III, C. XXXVIII.

modestes ! Sans doute la presence du Sauveur faisoit que l'on estoit grandement retenu.

Or, je ne scay comment cela arriva; si est-il vray que le vin commenga à faillir. Les serviteurs en furent un peu esmeus et effrayés, et voyant que les flacons s'en alloyent vuides, ils commencerent à en parler entr'eux pendant qu'ils versoyent le vin. C'est peut estre par tel moyen que cela vint aux oreilles des dames, lesquelles se prindrent à deviser par ensemble de ce qu'il faudroit faire. La tres sainte Vierge, comme toute sage, prudente et pleine d'une tres grande charité, s'avisa d'un expedient admirable par lequel elle prouveut à tel inconvenient. Mais que fera cette sainte Dame, car elle ne porte point d'argent pour faire acheter du vin ? Son Fils n'en a point, non plus qu'elle ; sur quoy fonde-t-elle donques son esperance de remedier à cette necessité ? O certes, elle scavoit qu'elle avoit amené avec elle Celuy qui est tout puissant et dont elle connoissoit la grande charité et misericorde, par laquelle il pourvoiroit infailliblement au besoin de ces pauvres gens. Il est croyable en effect que ces noces estoyent de gens pauvres, c'est pourquoy Nostre Seigneur y fut invité ; il est vray, car il se plaist tant à traitter et converser avec les pauvres qu'il les favorise tousjours. Il estoit ordinairement parmi eux ; il ayme par tout la pauvreté, voirement dans les palais des roys, et prend un singulier playsir de se trouver où la pauvreté demeure. Que si ce cher Sauveur de nos ames se plaist à la rencontrer és maisons des grans et parmi les noces, quel sera son contentement de la voir dans les Religions où l'on fait vœu de la garder! combien se plaira-t-il d'y trouver l'indigence parmi la suffisance, je veux dire, non pas le defaut des choses necessaires, mais neanmoins que l'on y est pauvre des superflues. Cecy soit dit comme un petit mot d'instruction que je vous vay donnant en passant.

La Vierge vient donc à son Fils qui, sans argent, pouvoit seul mettre remede à cette necessité. Remarquez un peu ce que fait et dit cette tres sainte Dame : Mon Seigneur, ils n'ont point de vin. Comme si elle eust

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