XLIII. Pour LE 11° DIMANCHE APRES L'EPIPHANIE
nous verrons qu'il naquit tout nud, du ventre de sa Mere, et, selon les revelations de sainte Brigide *, la tres sainte Vierge le vit ainsy devant ses yeux, ayant produit ce fruit tres beni sans aucun travail ni prejudice de sa virginité. Elle estoit en une douce, amoureuse et suave contemplation lors que, sans qu'elle s'en apperceust, le Sauveur sortit de ses entrailles ; mais estant revenue à soy, elle le vit tout nud, elle le prit et l'enveloppa de langes et petits drapelets. Il voulut sortir du monde comme il y estoit entré, mourant tout nud sur l'arbre de la croix ; apres sa mort il en fut descendu, puis il se laissa ensevelir dans des langes comme il avoit fait en sa nativité. Il naquit en pleurant ainsy que les autres enfans qui tous passent par là, car il ne s'en est jamais veu aucun qui ne soit né en pleurant, sinon Zoroastre, qui fut un tres meschant homme, « lequel se prit à rire en naissant *. » Mais Nostre Seigneur n'est pas né en riant, ains en pleurant et gemissant, comme letesmoigne un passage de l'Escriture qu'on luy peut bien appliquer, quoy que ce passage regarde Salomon, lequel parlant de soy dit * : Bien que je sois un roy grand et admirable, si est-ce que fe suis né sur la terre comme les autres enfans, en pleurant et gemissant. Ainsy nostre vray Salomon, bien qu'il soit né Roy souverain en cette terre, il a voulu naistre en pleurant, et par consequent il est mort aussi en pleurant.
Il a voulu donner entrée à l'Evangile par ce premier signe de la conversion et transmutation de l'eau en vin; il a aussi voulu donner fin à ses predications par la transformation du vin en sang. Il a fait le premier miracle en un banquet, il fit le dernier, celuy de l'Eucharistie, en un autre banquet. Il changea l'eau en vin aux noces de Cana en Galilée, et en ce dernier souper qui fut comme les noces de cet Espoux sacré, il convertit le pain en sa chair et le vin en son sang ; de sorte qu'en cette transformation il commença à solemniser ces noces qu'il acheva sur l'arbre de la croix, car la mort du Sauveur fut le jour de ses noces *.
En somme, son premier miracle fut la conversion de
* Revelat., 1. VII, c. xxi.Cf. tom. præced. hujus Edit., p.
* Plin., Hist. nat., L VII, c.xvi(al.xv) Cf.tom.VIII huju:
Edit., pp. 128, 141.
* Sap., vu, 3.
* Cf. Cant., ur, ult.
Vide tom. præced.
hujus Edit., Serm.
* I Cor., x, 16, x1,
* Vide Barradam comm.in Concord.
6 SBRMONS RECUEILLIS
l'eau en vin, et le dernier qu'il opera avant sa mort fut l'institution de l'Eucharistie, où il est vrayement et effectivement present. Nous croyons cette verité et ce mystere, qui est le plus grand et le plus obscur de tous avec celuy de l'Incarnation ; toutefois, parce que la foy nous l'enseigne, nous croyons que Jesus Christ est en ce tres saint Sacrement en corps et en ame. L’Apostre dit * que le Chrestien est nourri de la chair vivante et du sang du Dieu vivant, ce qui est vray ; et quoy que cette verité repugne à nos sens qui n'y peuvent rien voir, neanmoins nous le croyons et mesme avec d'autant plus de suavité que nos sens en connoissent moins. La divine Providence voyant comme ce mystere sacré de l'Eucharistie estoit obscur, nous a fourni mille et mille preuves de cette verité en cent et cent lieux tant de l’Evangile que de l'Ancien Testament ; Nostre Seigneur luy mesme en a donné des lumieres et intelligences si grandes que c'est chose admirable de voir ce que plusieurs ont escrit sur ce sujet, le traittant d'une facon si claire et intelligible que l'on est tout ravi en l'entendant et lisant. Certes, nous devrions faire cent mille adorations chaque jour à ce divin Sacrement en reconnoissance de l'amour avec lequel Dieu demeure avec nous. Voyla donques la consideration qu'il nous faut faire pour la consolation de nostre foy.
Voyons maintenant comment ce miracle s'est operé, et pour ce je vous raconteray toute l'histoire de l'Evangile. 11 se fit, dit saint Jean, des noces à Cana en Galilée. C'estoit une petite villette proche de Nazareth, oü demeuroyent les parens de la Vierge, et par consequent ceux de Nostre Seigneur. On fit donc des noces, et le Sauveur et sa Mere y furent invités. Quelques Docteurs se plaisent à disputer si les Apostres y furent conviés ou non. C'est chose admirable des diverses opinions qu'il y a sur cecy ; mais laissons leurs raysons et nous tenons à ce que dit l'Evangeliste. Au reste, plusieurs des anciens Peres pensent que Nostre Seigneur et sa tres sainte Mere estans invités, les Apostres le furent aussi
LIII,c.sadfinem. à cause d'eux *. Saint Jean dit tout clairement : ef