‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 58 sur 322 · XLIV. PouR LA FÊTE DE SAINTE BRIGITTE, VIERGE · texte numérisé non relu

XLIV. PouR LA FÊTE DE SAINTE BRIGITTE, VIERGE

mais il ne l’y scauroit trouver, d'autant que les richesses ne sont qu'amertume ; d'autres la cherchent dans les voluptés, mais ils ne l'y peuvent rencontrer, car les voluptés sont plus propres aux bestes qu'aux hommes, et au lieu de contenter le cœur elles l'abrutissent ; d'autres recherchent leur felicité dans les honneurs et satisfactions de cette vie, mais ils ne l'y trouvent pas non plus, car tous les playsirs sont sujets à mille vicissitudes et accidens, et ceux qui possedent le plus de ces biens l'experimentent journellement ; les plus grans roys et princes le ressentent mesme tous les jours, voire bien souvent avec plus de rigueur que le reste des hommes.

Mais je passe ce premier point sans en dire davantage, parce que ce n'est pas là où je me veux arrester. Il y a un negociateur qui cherche des perles, lequel est par dessus tous les autres. Il en cherchoit plusieurs, mais il n'en trouva qu'une, laquelle estoit si belle qu’il vendit tout ce qu'il avoit pour l'acheter. Voicy en cette parabole d'admirables documens pour la perfection chrestienne, que nous verrons clairement prattiqués en la vie de sainte Brigide dont nous celebrons aujourd'huy la feste en ce diocese. Tous les Chrestiens sont ces chercheurs de perles, c'est à dire tous ont un appetit et mouvement par lequel ils appetent et recherchent le bien, la felicité et beatitude. C'est ce que vouloit signifier le royal Prophete par ces paroles * : Qui me monstrera le bien apres lequel j'halette et souspire ? Comme s'il vouloit dire : O Seigneur, tout homme appete le bien et desire qui le luy monstre ; et je ne suis pas du nombre de ceux qui ne l'appetent pas, car j'ay bien observé en moy un certain instinct naturel qui me porte et me fait tendre au bonheur. En un autre endroit * le mesme Psalmiste s'escrie : O Dieu, mon cœur s'est tout resfour quand il a sceu que vous estiez sa felicité ; et nostre grand Pere saint Augustin disoit * : « O Dieu, mon cœur est creé pour vous, il n'aura jamais repos ni tranquillité qu'il ne jouisse de vous. » Nous voyons par ces paroles comme le cœur humain tend naturellement à Dieu qui est sa beatitude.

* Ps. 1v, 6.

* Ps. xv, 8-11.

* Confess., l.I,c.1.

°Cf.Tr.del'Am. de Dieu,1.I,c.xv,l.II, CC. XV, XVI.

* Vide tom.præced.

hujus Edit., p. 50.

Il est vray que l’homme est creé pour la felicitè et la felicité pour l’homme ; car l’homme ne peut estre content s’il ne jouit de la felicité, et la felicité, ce semble, ne peut estre felicité si l'homme ne la possede. Elle a une telle convenance et rapport avec le cœur de l'homme qu'il ne sçauroit trouver de repos qu'en la possedant; de mesme, si je l'ose dire, elle, par un amour reciproque, ne semble pas estre vraye felicité qu'entant que l'homme la possede, car Dieu l'a faite pour la jouissance de l'homme, et la luy a tellement promise qu'il s'est obligé de la luy donner. Mais il ne luy a pas fait cette promesse pour aucun sien merite, ni estant meu ou excité par aucune chose sinon par sa seule bonté et misericorde. A cause du rapport et de la convenance qu'elle a avec l’homme, il estoit en quelque facon raysonnable que Dieu luy donnast cette felicité*; il y avoit encores de la bienseance que l'homme la possedast, voyla pourquoy il s'obligea de la luy bailler. Or, bien que cette promesse n'ayt pour fondement que sa bonté, il s'ensuit neanmoins que cette obligation est de justice, mais d'une justice toute misericordieuse, car c'est par pure misericorde que Dieu s'est engagé de donner sa gloire à sa creature, gloire qui n'est autre que l'union de nos ames avec luy.

Cette union à laquelle nous tendons tous naturellement, comme j'ay desja dit, est et sera eternelle et inseparable. Mais pour y parvenir, il faut, pendant que nous sommes en cette vie, prendre, embrasser et rechercher les moyens qui nous y peuvent conduire. La grace nous y dispose, et la charité est comme la racine qui engendre et cause l'union; à mesure que nous aurons plus de grace en cette vie, nous aurons aussi plus de gloire au Ciel, et par consequent plus d'union. La charité donques produit l'union icy bas; c'est elle qui retire et resserre les affections, qui relie et reunit tout ce qui est desuni, en somme c'est par cette union temporelle que l'on arrive à l'eternelle. C'est ce qui nous a esté monstré par les anciens Religieux, lesquels furent nommés moines, ce qui signifie reliés, c'est à dire unis et resserrés*. C'est un beau nom que celuy de moine, nom

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