‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 64 sur 322 · XLIV. Pour LA FÈTE DE SAINTE BRIGITTE, VIERGE · texte numérisé non relu

XLIV. Pour LA FÈTE DE SAINTE BRIGITTE, VIERGE

pour aller souffrir en Religion toutes les disettes et les incommodités que la pauvreté traisne apres soy, o Dieu, que ce seroit bien peu au prix de ce que Nostre Seigneur a quitté pour nous ! car ne pouvant estre pauvre au Ciel, où il n’y a ni peut avoir aucune disette, il s’est humanisé et il est venu en ce monde endurer la plus grande pauvreté des choses necessaires à l'usage de sa vie, et ce, pour nous enrichir et donner des preuves de son amour *.

O que vous serez heureuse, ma chere Fille, si aujourd'huy que vous voulez vous dedier à Dieu vous vous donnez toute à luy sans aucune reserve, et si, à l'imitation de sainte Brigide, vous quittez et renoncez toutes choses pour acheter cette perle unique de la perfection religieuse ! Vous serez bienheureuse si de bon cœur vous venez chercher en cette mayson la vraye paix et tranquillité d'esprit, qui consiste et se trouve non pas dans les consolations ou mignardises, comme plusieurs pensent lesquels se trompent, mais dans le renoncement parfait et absolu de vostre propre volonté et jugement, en la sujetion et sousmission de vostre liberté, vous laissant conduire et gouverner par autruy. Vous suivrez ainsy l'exemple de sainte Brigide qui estoit entre les mains de ses Superieurs comme une boule de cire, prenant toutes les impressions qu'on luy vouloit donner et se laissant manier au gré des autres sans aucune resistance. Je vous dis derechef que vous serez heureuse, ma chere Fille, si vous vous donnez tellement à Dieu que desormais vous viviez non plus selon vos humeurs et fantasies, mais selon les Regles et Constitutions et la volonté de ceux qui vous gouverneront.

Or, vous ayant sommairement raconté la vie de sainte Brigide, il est bien raysonnable que je vous die encores quelques uns de ses miracles; je vous en rapporteray seulement deux qui sont propres à ce sujet, avec lesquels je fermeray ce discours. Le premier est de quelques lepreux qu'elle guerit ; le second est d'une fille à qui elle rendit la veué. Certes, la renommée de la vertu de sainte Brigide s'estoit tellement espanchée qu'on luy amenoit

* II Cor., viii, 9.

* Psaln. cx.:v, 19:

Joan. sx, 31.

* Mate, vt. 10.

des malades de toutes parts, car Nostre Seigneur luy accordoit tout ce qu'elle luy demandoit. Aussi c'estoit son celeste Espoux lequel ne luy pouvoit rien refuser ; et parce qu'elle luv donnoit tout ce qu'il requeroit d'elle, luy de son costé, par un amour reciproque, l'exauçoit selon ses desirs : car Dieu ne re:use rien à ceux qui font en tout sa sainte volonté *. Si vous voulez qu'il vous octrove ce que vous desirez, donnez-luv donques ce quil vous demande. Vous ie priez que sa colonte soit faite. car c'est en icelie que consiste tout nostre bien; puis encores, que son Rovaurmme nous a.ictenne * pour jouir de cette eternelle felicità apres laquelle nos cœurs aspirent et parpillent continueiiement. Or. si vous voulez quil vous accorde cela. donnez-'uv aussi ce qu'il vous demande, qui est que vous gardiez sa lov et o*--issiez à ses conseils.

Voicy donques ces lepreux venir à nostre Sainte pour estre gueris, laquelle les vovant. print de l'eau toute claire. la berit, puis leur com:ran-a de se laver les uns les autres. Lors le premier trempa ses mains dans cette eau fraische et commença de laver son compagnon qui devint plus blanc que la reïye. Or sus, dit la Sainte, prenez aussi de l'eau et lavez vostre compagnon. Mais celuv qui estoit net ne se soucia point de l'autre, ains se voyant si blanc : O Dieu. re:pond:t-il. je ne l'oserois pas toucher. car à cette heure que je suis gueri il est dangereux que si je le toucke je ne devienne derechet lepreux. Vovez-vous, celuv-cv tut guerìi ie premier. et neanmoins C'estoit un grand ladre. Aussi cette sainte vierge. esclairée de la lumiere interieure : Hé bien. mon amy, repritelie. la guerisoa de la laërerie exterieure vous a causé la lepre interieure : oh! ii n'en sera pas ainsv.car vous redeviendrez ladre. Ce qui arriva soudain, parce que Dieu vouloit tout ce que la Sainte souhaittoit. Ensuite elie luv commanda de laver son compagnon. apres quov, ayant este lavé encores une fois des autres, il fut gueri.

Mais à quel propos ce miracle, et pourquov est-ce que je le dis = Parce qu'il est beau et qu'il me semble devoir

P am.

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