‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 73 sur 322 · XLVI. PouR LA FÉTB DE L'ÁNNONCIATION · texte numérisé non relu

XLVI. PouR LA FÉTB DE L'ÁNNONCIATION

pas dire cependant que si celles qui l'ont donné à quelqu'un viennent à l'en retirer pour le consacrer à Dieu, que ce sacré Espoux ne le recoive de bon cœur et qu'il n'accepte ce don de leurs affections; mais pourtant il aggrée grandement ces jeunes ames qui se dedient tout à fait à la perfection de son amour. Ton nom, poursuit la sainte Espouse, respand des odeurs si delicates que les jeunes filles t'ont aymé, te dediant toutes leurs amours et toutes leurs affections. O Dieu, quelle grace de reserver tout nostre amour pour Celuy qui nous recompense si bien en nous donnant le sien! En donnant nostre amour aux creatures nous ne recevons nul gain, d'autant qu'elles ne nous rendent pas plus que nous ne leur donnons ; mais nostre divin Sauveur nous donne le sien, qui est comme un baume pretieux lequel respand des odeurs souveraines en toutes les facultés de nostre ame.

O que cette jeune fillette Nostre Dame ayma souverainement le divin Espoux ! Aussi en fut-elle souverainement aymée, car à mesme temps qu'elle se donna à luy et luy consacra son cceur, qui fut lors qu'elle prononca ces paroles : Voicy la servante du Seigneur, me soit fait comme vous dites*, ou comme il luy plaira, voyla que soudain il descendit dans ses chastes entrailles et se rendit fils de celle qui se nommoit sa servante. Or, je scay bien que nul ne peut jamais parvenir à un si haut degré de perfection que de dedier aussi absolument son amour à Dieu et à la suite de sa divine volonté comme fit Nostre Dame; mais pourtant nous ne devons pas laisser de le desirer, et commencer le plus tost et le plus parfaittement possible selon nostre capacité, qui est incomparablement moindre que celle de cette sainte Vierge. Elle est cette unique fillette qui a plus excellemment aymé le divin Espoux que jamais nulle creature n'a fait ni fera; car elle commença à l'aymer dès l'instant de sa conception glorieuse aux entrailles de la bonne sainte Anne, se donnant à Dieu et luy dediant son amour dés qu'elle commença d'estre.

L'Espouse sacrée passant plus outre en l'entretien qu'elle fait avec son divin Espoux : Tirez-moy, dit-elle,

* Vide S. Bernard, serin. xxr in Cant.; Soto, Sa, in locum.

*Cf.Tr.del'Am.de Dieu, }. II, cc. xii, xxi, et Entretien I, post med., et tom.

præced. huj. Edit.,

Vide apud auctores citatos supra.

* Cf. Tr. del'Am.de Dieu, 1. VII, c. n.

* Eccli., 1, $.

et nous courrons. Les saints Peres s'arrestent à considerer ce que cette Espouse veut signifier par ces paroles : Tirez-moy el nous courrons, d'autant que c'est comme si elle disoit : Bien que vous ne tiriez que moy, nous serons toutefois plusieurs qui courrons. Quelques-uns pensent * que quand elle prie son Bien-Aymé de la tirer, elle proteste par là qu'elle a besoin d'estre prevenue de sa grace sans laquelle nous ne pouvons rien faire * ; mais quand elle adjouste nous courrons, c'est à scavoir, vous et moy, mon Dien-Aymé, nous courrons par ensemble. Ou bien, comme quelques autres croyent * : plusieurs courront avec moy, à mon imitation, à ma suite ; plusieurs ames vous suivront à /'odeur de vos onguens *.

Nous voicy maintenant à l'autre partie de nostre exhortation, qui est la Profession et dedicace que ces filles viennent faire de leur cœur à la divine Majesté, dedicace et offrande qu'elles n'eussent pourtant jamais eu volonté de faire si le souverain Espoux de nos ames ne les eust attirées et prevenues de sa grace. Aussi, sans l'ayde de cette divine grace et des Constitutions que l'on garde ceans sous la conduite de nostre sacrée Mere et Maistresse la Sainte Vierge, elles ne parviendroyent jamais à ce haut degré d'espouses de Jesus Christ. O qu'heureuses sont les Keligieuses qui vivent sous l’Institut de cette divine Abbesse et qui sont instruites par cette grande Doctoresse, laquelle a puisé la science dans le cœur mesme de son cher Fils nostre Sauveur, qui est la sapience du Pere eternel *..... (1)

Nous ferons nostre troisiesme consideration sur ce que Nostre Dame fut trouvée toute seule dans sa chambre quand l'Ange la vint saluer et luy apporter cette

(1) Evidemment il y a ici une lacune dans nos Manuscrits, dont aucun ne donne le développement du deuxiéme point. Pour combler cette lacune, l'éditeur de 1641 a introduit un long passage qui est certainement de saint Frangois de Sales, tant on y reconnait ses pensées et son style; mais on ne saurait dire d'où ce passage est extrait. Peut-étre appartiendrait-il à une allocution préchée à Annecy pour cette méme féte de l'Annonciation l'année 1620, à l'occasion d'une double cérémonie de Véture et de Profession. Cette allocution ne se rencontre dans aucun des Manuscrits que nous suivons; elle sera reproduite d'aprés le texte de 1641 à la fin de ce discours (voir p. 54).

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