‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 75 sur 322 · XLVI. POUR LA FÊTE DE L'ÁNNONCIATION · texte numérisé non relu

XLVI. POUR LA FÊTE DE L'ÁNNONCIATION

feconde que dés l'instant qu'elle fut vouée à Dieu jusqu'à maintenant elle a tousjours fait de nouvelles productions. Et non seulement elle produit elle mesme, mais elle fait encores que la virginité qu'elle engendre en produise des autres; car une ame qui se dedie parfaittement au divin service ne sera jamais seule, ains en attirera plusieurs à son exemple, à la suite des parfums qui l'ont attirée elle-mesme ; c'est pourquoy l’amante sacrée dit -à son Bien-Aymé : Tirez-moy et nous courrons.

De plus, la virginité de Nostre Dame surpassa celle des Anges parce que ceux cy sont vierges et chastes par nature. Or, on n'a pas accoustumé de louer une personne de ce qu'elle a naturellement, d'autant que cela estant sans election, ne merite par consequent point de louanges. On ne loue pas le soleil parce qu'il est lumineux, car cette proprieté luy estant naturelle il ne peut cesser de lestre. Les Anges ne sont nullement louables de ce qu'ils sont vierges et chastes, car ils ne peuvent pas estre autrement ; mais nostre sacrée Maistresse a une virginité digne d'estre exaltée, d'autant qu'elle est choisie, esleue et vouée ; et si bien elle fut mariée à un homme, ce ne fut point au prejudice de sa virginité, parce que son mari estoit vierge, et avoit comme elle voué de l'estre tousjours. O que cette tres sainte Dame ayma cherement cette vertu! c'est pourquoy elle en fit le vœu, elle s'accompagna tousjours de vierges et les favorisa particulierement.

Sa virginité surpassa encores celle des Anges entant qu'elle fut combattue et esprouvée, ce qui ne peut estre pour celle des Esprits celestes, parce qu'ils ne scauroyent descheoir de leur pureté ou recevoir en facon quelconque tare ni espreuve. Nostre glorieux Pere saint Augustin dit, parlant aux Anges*: Il ne vous est pas difficile d'estre vierges, o Esprits bienheureux, puisque vous n'estes | point tentés et ne le pouvez estre. On trouvera peut estre estrange ce que je dis, que la pureté de Nostre Dame a esté esprouvée et combattue ; mais pourtant cela est, et d'une espreuve tres grande. A Dieu ja ne plaise que nous pensions que cette espreuve ressemble aux nostres, car estant toute pure et la pureté mesme, elle ne pouvoit

M ct serm. CXXXII ir ih à era! Tir it Append. XUI S Bern., epist. cxmm ad Sop am, $ 5.

* II Coe, xx, ;, *.

* Lace, 1, 39, 3o.

°Tertull De Caltu Femin, LII.c.r Cf. som. VIII hujas Edit, p. got.

* Luce, 1, 25-72

52 Senuons RECCERLIS

recevoir les attaques que nous recevons et qui nous tourmentent nous autres qui portons la tentation en nous. Ces tentations n'eussent pas seulement osé approcher les murs inexpugnables de son integrité. Elles sont si importunes que le grand Apostre saint Paul escrit * qu'il pria far tro:s fors Nostre Seigneur de les luy oster, ou bien d'en moderer de teiie sorte la fureur qu'il peust y resister sans offense et sans cheute.

Toutefois la sacrée Vierge receut une espreuve quand elle vit l'Ange en forme humaine. He, ne le remarquonsnous pas en ce quelle commença à craindre et se troubler, si que saint Gabriel le connoissant luv dit : Marie, me crains boin:*:; car si bien. vouloit-il signifier, vous me voyez en forme d'homme, je ne le suis pourtant pas, mi moins vous veux-je parler de leur part. Ce qu'il dit sappercevant que la pudeur virginale de Nostre Dame commençoit à entrer en peine. La pudeur, escrit un saint personnage *, est comme la sacristaine de la chasteté. Et tout ainsy que la sacristaine d'une eglise a un grand soin de bien fermer les portes, de peur que l'on ne vienne a despouiller ses autels. et regarde tousjours autour d'iceux si on n'a point pris quelque chose, de mesme la pudeur des vierges est sans cesse aux aguets pour voir si rien ne viendra point attaquer leur chasteté ou mettre en peril leur virginité, de laquelle elle est extremement jalouse : et des qu'elle apperçoit quelques choses noires, quand ce ne seroit que l'ombre du mal, elle s'esmeut et se trouble comme fit la tres auguste Marie.

Mais elle ne fut pas seulement vierge par excellence au dessus de tous autres, tant Anges quhommes, ains encores plus humble que tous autres : ce qu'elle monstra excellemment bien le jour de l'Annonciation. Lors elle fit le plus grand acte d'humiiité qui ait jamais esté fait et qui se tera jamais par une pure creature : car se voyant exaltée par l'Ange, lequel la salua disant qu'elle estoit pleine de grace et qu'elle concevroit un fils qui seroit Dieu et homme tout ensemble, cela l'esmeut et la fit craindre *. Certes, elle estoit familiere avec les Anges, mais elle n'avoit neanmoins jamais esté louée par eux

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