‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 85 sur 322 · XLVII. POUR LA FÊTE DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

XLVII. POUR LA FÊTE DE LA VISITATION

et que la pluspart de ces visites estoyent superflues et temps mal employé, ce qu'il deplore en cette epistre. Anciennement il se faisoit aussi plusieurs visites et salutations en priant, d'autres avec des complimens, comme il se prattique encores par les bonnes gens qui se rencontrent, lesquelles disent : Dieu soit avec nous, Dieu vous donne un bon jour, un bon an, Dieu nous ayde. Les Grecs se saluoyent en cette sorte : Dieu soit avec nous, Dieu nous benisse ; les Hebreux : Pax Christi, la paix de Nostre Seigneur soit avec vous; et parmi les Latins : Laus Deo, Deo gratias; gloire soit à Dieu, loué soit Dieu. En ce temps icy on se sert plus de compliment et on dit : Monsieur, je suis vostre serviteur, je vous bayse les mains ; et pour l'ordinaire on ne pense rien moins qu'à cela. |

La visitation de Nostre Dame ne fut pas semblable à celles-cy, car elle alla pour servir sa cousine. Leurs discours ne furent point inutiles, mais, mon Dieu, combien saints, pieux et devots! Cette visite remplit du Saint Esprit toute la maison de Zacharie. Or, les principaux effects de l'Esprit Saint sont ceux qu'il opera en sainte Elizabeth ; vous pourrez donc connoistre par iceux si vous l'avez aussi receu. La premiere chose que fit cette Sainte fut de s'humilier profondement, car voyant la Vierge elle s'escria : D'où me vient cecy que la Mere de Dieu me vienne visiter ? Voylale premier fruit de la grace de Dieu, qui est l'humilité ; aussi, sa visite incline l'ame à s'aneantir en la connoissance de la bonté divine et en celle de son neant et demerite.

Secondement, Elizabeth dit : O que vous estes heureuse parce que vous avez creu ! Et par apres : Vous estes benite entre toutes les femmes, et le fruit de vosire venire est beni. En quoy vous voyez que le second effect du Saint Esprit est de nous faire demeurer fermes en la foy et d'y confirmer les autres; puis de retourner à Dieu, reconnoissant qu'il est la source de toutes les graces. Il est vray, semble dire sainte Elizabeth à la Vierge, que vous estes benite entre toutes les , femmes, mais il est vray aussi que cette benediction

vous vient du fruit de vostre sein, lequel est le Maistre des benedictions ; car on ne benit pas le fruit à cause de larbre, ains l'arbre à cause de la bonté de son fruit. Aussi, bien qu'on doive à la sacrée Vierge un culte et un honneur plus grand qu'à tous les autres Saints, neanmoins il ne faut pas qu'il soit esgal à celuy que l'on rend à Dieu. Je dis cecy pour refuter l'heresie de quelques uns lesquels ont voulu soustenir qu'il la failloit * S. Epipban., He- honnorer en la mesme façon que Nostre Seigneur *, ce res., LVIN, LIX (al. . . .

ixxvm,ixxm) Qui est faux ; car on doit adorer Dieu seul par dessus et * Deut.,vi,13,x,30; au dessus de toutes choses *, et puis rendre un honneur Matt., rv, 10. tout particulier à Nostre Dame comme Mere de nostre Sauveur et cooperatrice de nostre salut. Telle est la prattique du vray Chrestien, et quiconque n'ayme et n'honnore la Vierge d'un amour tout special et particulier °Cf.tom.Vil hujus n'est point vray Chrestien *. Or donques, quand le Saint Edit, Serm. I, circa Esprit vient en nous il nous porte à aymer et louer Dieu, et ensuite sa tres sainte Mere.

En troisiesme lieu, Elizabeth dit que son enfant a tressailli de joye dans son sein ; et c'est la troisiesme marque de la visite du Saint Esprit que la conversion interieure, le changement de vie en une meilleure. Saint Jean fut sanctifié ; aussi, celuy qui reçoit le Saint Esprit est tout transformé en Dieu. Quand donques vous desirez scavoir si vous l'avez receu, regardez quelles sont vos œuvres, car c'est par là qu'on le connoist.

Mais remarquez que sainte Elizabeth receut le Saint Esprit par le moyen de la Vierge. Certes, nous nous devons servir d'elle comme d'une mediatrice aupres de son Fils pour obtenir ce divin Esprit; et bien que nous puissions aller à Dieu directement et luy demander ses graces sans employer à cette fin l'entremise des Saints, neanmoins la divine Providence n'a pas voulu qu'il en passast ainsy ; mais elle a fait encores une autre union, car Dieu est un, comme je vous ay dit au commencement, aussi ayme-t-il ce qui est uni. C'est pour cela qu'il a tellement uni l'Eglise militante avec la triomphante, que les deux n'en font qu'une, n'ayans qu'un Seigneur qui les regit, conduit, gouverne et nourrit, quoy qu'en

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