XLVIII. POUR LA FÊTE DE SAINTE MARIE-MADELEINE
point content, ains s'amusoit à la recherche d'un bien oü il peust trouver plus de suavité ; et quoy que le Seigneur fust, par maniere de dire, descendu du Ciel pour eux et leur eust donné des preuves plus que suffisantes de l'amour qu'il leur portoit, ils ne laisserent pour cela d'estre pleins de murmures et de chagrin. Grand cas de lesprit humain! Les Israélites avoyent esté conduits dans le desert avec mille sollicitudes par Moyse et Aaron, Dieu leur avoit fourni abondamment tout ce qui leur faisoit besoin, et les miserables ne font par apres que murmurer et se plaindre de ce qu'ils n'ont point de roy. Hé, disent-ils, les autres peuples sont sous la juridiction des roys et princes, ils ont des sceptres et des couronnes imperiales ; pour nous, nous sommes sans roy et sans loy *.
O peuple ingrat et murmurateur! Le Seigneur, le Dieu vivant quoy qu'invisible, estoit leur Roy et leur Prince, leur sceptre et leur couronne imperiale ; mais ils ne s'en contentent pas, ains en demandent un autre, quoy qu'ils eussent bien veu la tyrannie des souverains de la terre, ayans experimenté la cruauté d'un Pharaon, roy des Egyptiens, bien contraire à la douceur de leur Roy invisible, nostre unique Seigneur. Neanmoins ils ne laissent de penser et desirer de quitter ce bien pour en rechercher un meilleur, quoy qu'en vain, d'autant que c'estoit vouloir l'impossible. Ce n'est pas qu'ils fussent despourveus de princes terriens qui leur donnassent des lois et qui eussent soin de leur conduite ; non certes, car ils avoyent eu Aaron et le grand Moyse et leurs successeurs. Or, les princes du peuple de Dieu ne faisoyent pas comme ceux de cette heure, parce que le Seigneur leur communiquoit tellement son Esprit qu'ils ne commandoyent ni ordonnoyent que ce qu'ils scavoyent estre de la divine volonté, laquelle ils connoissoyent par le moyen des Prophetes et souverains Prestres de la Loy auxquels ils s'addressoyent *. Ils se tenoyent parmi le peuple comme des capitaines et gouverneurs dependans du domaine et authorité du Tres Haut, et le faisoyent reconnoistre pour Roy souverain et unique Legislateur.
*I Reg. vi1,5, 19,20.
* Cf. Les Controverses, Partie II, c. vi, art. xiv.
*[ Reg. vm. 7.9.2
* D»... dH. coz
So SERXOXS RECUEILLIS
Dieu voyant donques qu'israél ne cessoit de murmurer, en fut grandement courroucé et indigné, et luv fit sçavoir par son Prophete Samuel qu'il luy donneroit un rov *. O bien, dit-il. vous ne vous contentez pas de ma conduite pleine de douc-ur et debonnaireté, vous voulez un roy terrien: ha : je vous en donneray un pour vous regir. L vous baillera des lo:s et constitutions lesquelles vous sulvrez et observerez : car puisque vous vous plaignez d'estre sans roy, estimant les autres nations bien heureuses d'en avoir. nonobstant qu'ils soveni cruels et tvrans, or sus. vous en aurez un desormais, et vous luv obeirez. C'est bien la rayson que puisque vous vou'ez un autre roy que mov. vous gardiez ses ordonnances.
Tout cecy n'est pas à mon propos. mais je me suis servi de cette histoire à fin de donner entree à mon discours. Or. quelles seront les ic:s et constitutions que ce roy donnera aux lIsraélites ; Les vovci: Vous aurez, dit le Seigneur *. un rov qui fremira cos fils : il fera les uns ses charretiers et carrossiers. les autres ses cuisiniers, d'autres ses scidats et corps de garde: en somme il vous ies ostera et s en servira en sorte que leur vie se passera en continvelle servitude et esclavage. Il ne prenéra point ceux que vous vocdrez. mais ceux qu'il voudra. et vous n'aurez pas le pouvoir de les employer selon vos desseins, car i| vous les ezlevera et s'en servira comme L trouvera bon. I prendra aussi cos Alles, et fera les uzes ses fanetieres et boulanzeres, les autres cuisinieres et les autres fur/umeansis: vous ne pourrez dorc pius dire : Je dedie cette mienne fille à cecy ou à cela. car :e roy ‘es emplovera en la façon qu'il luv plaira.
Bien que cette prophetie de Same! aux Israslites fust pour leur tesmoigrer lire et Lixn&vraton de Dieu, si estctt-el'e enccres une figure de ce cue Nostre Seigneur devoit faire en la lov de grace parmi e Feuple chrestien, ses vravs enfans et sujets. auxquels comme Roy. il devoit denner des lois Gui ne set autres que ses saints commardemens. Ur. ce que ce rov faiscit à l'endroit des enfans dIsrae! nous represente les diverses