XLVII. POUR LA FÈTE DE SAINTE MARIE-MADELEINE
vocations par lesquelles nostre divin Maistre appelle ses creatures à son service, non point en usant de tyrannie comme ce prince terrien, mais doucement et avec des entrailles pleines de misericorde. Et il agit ainsy envers tous les Chrestiens ; mais pour ne parler à cette heure que des femmes, nous dirons que Nostre Seigneur en appelle plusieurs à son service. Les unes, il les rend ses parfumeuses, les autres ses cuisinieres, les autres ses panetieres et boulangeres*; ce qu'il n'a pas fait seulement apres avoir establi son Eglise, ains encores durant le cours de sa vie. On le voit en l'admirable sainte Magdeleine de laquelle nous celebrons aujourd'huy la feste; car elle fut comme la reyne et maistresse de toutes les parfumeuses de Nostre Seigneur, qui la choisit et appella à luy pour exercer cet office.
Considerez icy comme ce bon Maistre reduit toutes les vocations à deux principaux chefs, à sçavoir, de parfumeuses et de cuisinieres et panetieres. Cette excellente Magdeleine fut sa parfumeuse, employ qu'elle exerca toute sa vie, ayant tousjours avec soy des parfums pour oindre son divin Maistre. Au jour de sa conversion elle portoit de l'onguent pretieux duquel elle l'embauma* ; quand elle l'alla trouver au souper qui se fit apres la resurrection de Lazare, c'estoit avec sa boéte de parfum*, et à la sepulture du Sauveur elle en estoit encores chargée *. Bref, par tout et tousjours elle a fait l'office de parfumeuse, Nostre Seigneur l'ayant choisie pour cela.
Sainte Marthe, sa sceur, fut la cuisiniere de nostre cher Maistre. Grande Sainte que celle cy! Elle apprestoit son manger, et vous entendrez d'icy à huit jours le glorieux saint Luc * qui voulant hautement la louer dit qu'elle preparoit le pain du Seigneur, qu'elle le traittoit en sa mayson et avoit un soin tres grand que rien ne luy manquast ; si qu'il l'en reprit un jour * comme nous verrons cy apres. Voyla les deux principaux chefs de toutes les vocations.
Sainte Magdeleine suivit Nostre Seigneur avec une pureté, charité et dilection du tout admirable. Nous ne remarquons point en la Sainte Escriture qu'elle l'allast trouver avec un amour tant soit peu interessé, ni pour
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* Cf. Entretien VI, circa finem.
* Luca, vir, 37, 38.
* Matt., xxvi, 7; Joan., xi, 1-3.
* Marc., ult., 1.
* Cap. x, 38-40.
* Ibid., Y. 41, 42.
* Lucæ,xx111, 27,28.
* Joan., iv, 7-42.
* Ibid., vin, 3-11.
* Matt., xv, 22-28.
* Ibid., ix, 20-23; Marc., v, 25-29.
* Serm. xcix, c. 1.
* Luca, vit, 36-48.
l'interieur, ni pour l'exterieur ; ce qui ne se rencontre en aucune autre de celles qui sont allées à la suite du divin Sauveur. Les femmes qui l'accompagnoyent au mont de Calvaire le faisoyent par une pitié et compassion naturelle, qui estoit cause qu'elles pleuroyent sur luy, dequoy Nostre Seigneur les reprit*. D'autres le suivoyent quand il preschoit, mais c'estoit pour quelque bien qu'elles en attendoyent. La pauvre Samaritaine n'estoit point venue chercher Nostre Seigneur; neanmoins, attirée et allechée par les offres et promesses qu'il luy fit, elle le suivit et se convertit à luy. Certes, nostre cher Sauveur l'aymoit bien cette Samaritaine, car, par apres, elle travailla beaucoup pour sa gloire, preschant hautement et hardiment la venue du Messie, ce qui fut cause de la conversion de Samarie*. La femme adultere fut amenée à Jesus, la teste baissée, toute honteuse et pleine de crainte ; il la receut et luy pardonna *. La Cananée vint pressée de l'affliction de sa fille*; la femme hemorroisse, pour recevoir la santé qu'elle n'avoit peu recouvrer par aucun art ni remede *. En somme, toutes sont allées à Nostre Seigneur avec des attraits et un amour interessés.
Mais quant à cette admirable Magdeleine, nous ne lisons nulle part en l'Evangile aucun trait d'amour propre ni de recherche quelconque; ains elle alla trouver le Sauveur avec une pure et droite intention, non point pour l'aymer, mais pour le mieux aymer. Lors qu'elle vint à luy pour la premiere fois chez le Pharisien elle laymoit, elle sentoit son cœur bruslant d'amour pour Celuy qui l'attiroit et embrasoit d'une sainte dilection. Elle se rendit donques à luy pour l'aymer encores davantage, et avec cette « sainte impudence, » comme dit saint Augustin *, elle entra en la mayson du Pharisien où elle sçavoit que son doux Maistre estoit, et se jettant a ses pieds, elle pleura ses pechés en telle sorte qu'ils luy furent tous pardonnés*. Là, elle regarda et fut regardée du Sauveur, et tellement navrée de son amour qu'elle fit à cet instant une entiere conversion Que mn de get amour, pasa ju
€ Son esprit et de son cœur
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