A FRANÇOIS GIRARD PRÉVÓT DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME DE BOURG
(MINUTE
Gracieuses excuses de n'avoir pas écrit plus tót. — Le Saint est à Hautecombe avec le sénateur Favre.
Hautecombe, vers le 24 juillet 1594.
In tanta quam feci scribendi cessatione, humanissime et clarissime Girarde, id mihi fere accidit quod probis pueris interdum usuvenire solet, qui si (3) statis collegii horis quibusdam lectionibus per imprudentiam non interfuerint, quamvis in officium gratiamque magistri quam primum redire cupiant, nesciunt tamen inter spem [et] metum nutantes horam sibi ipsis dicere, qua in irati praeceptoris conspectum venire debeant ; dum presentem ejus iram declinare cum venia sperata jactura, an veniam
Aprés être demeuré si longtemps sans vous écrire, mon très bon et tres respectable Girard, je suis à peu pres dans la situation où se trouvent parfois de bons écoliers qui, n'étant pas arrivés aux heures fixées, ont manqué inconsidérément certaines leçons. Ils voudraient bien rentrer dans le devoir et reconquérir les bonnes grâces de leur professeur ; mais flottant entre la crainte et l'espérance, ils ne savent se déterminer pour l'heure où ils devront paraitre en présence du maitre irrité : faut-il éviter sa colere présente en sacrifiant le pardon espéré, ou obtenir leur pardon en s'exposant à étre punis? Dans une
(a) qui st — [absentes notati unica lectioni... ]
(1) Voir la note jointe à la Lettre XXXI°.
cum (5) tanta molestia obtinere satiusne sit, dubia mens pueri vix statuere potest. Quam male ac imprudenter fecerim hactenus, qui per tot menses nihil ad te scripsi, ego ipse omnium maxime sentio ; atque eo molestius fero quo me abs te amari quale quantumque sit bonum nemo me melius percipere potest. (c) Unde vel per epistolam intueri te absentem cui tantam iracundia causam dederim, per summam verecundiam vix audebam, nisi tuæ humanitatis ac pietatis recordatio animos addidisset. Ecce ergo me culpam libenter agnoscentem atque tuam implorantem humanitatem, ut quam jus æquumque negat majoribus integram restitutionem clementia bonumque concedant. Sic enim fiet ut qui me totum semel pro ea qua me complexus [es] benevolentia tibi Fabroque nostro observandissimo, qui ejus mihi fuerit [auctor], ex unica causa debebam, jam tibi uni idem ipse totum me debeam ; eoque sane majore ratione quo in eo sum magnificentissimo coenobio quod qui ingreditur eam
telle hésitation l'esprit de l'enfant a bien de la peine à discerner ce qui lui est plus avantageux. À quel point j'ai été jusqu'ici inconsidéré et coupable en passant tant de mois sans vous écrire, je le sens mieux que personne, et j'en suis d'autant plus affligé que personne n'apprécie mieux que moi les grands avantages de votre amitié. Aussi, dans la confusion que j'éprouve de vous avoir donné un pareil sujet de mécontentement, à peine aurais-je osé, méme par lettre, diriger sur vous mes regards, si le souvenir de votre douceur et de votre indulgence ne m'avait encouragé.
Me voici donc reconnaissant volontiers ma faute, implorant votre pitié, afin que la clémence et la bonté m'accordent la totale restitution que la justice et l'équité refusent aux majeurs. Ainsi moi, qui me devais déjà une fois tout entier à vous, à raison de la bienveillance dont vous m'avez entouré, et à notre tres digne Favre parce qu'il m'a obtenu cette faveur, je me devrai désormais tout entier à vous seul, et cela avec d'autant plus de raison que je me trouve dans ce
(b) cum — [tanto pudore ac tanto incommodo... J (c) percipere potest. — | Dumque primum tuum vel per epistolam congressum formidandum... J
* Vide S. Bernard., De dilig. Deo, c. v; cf. Les Controver-
ses, tom. I hujus
Edit., p.
VII de 11, 195.
64; ettom.
rm. I), pp.
subeat sententiam necesse est : « Difficilius est reformare quam formare *. »
Est enim undevigesimus hic dies quo cum fratre meo Fabro nostro vitam ago suavissimam (1), cui ad perfectam felicitatem id defuisse unicum videbatur quod te nobiscum non haberemus. Atque heri cum in hanc Altæcombæ sanctissimam simul et augustissimam solitudinem venissemus (2, Rm A]biensem Episcopum visendi gratia, qui ut doctissimus est sic Fabrum hunc nostrum summo prosequitur amore, antequam a fratre suavissimo divelli me patiar sic tam diuturna cessationis veniam impetraturum abs te credidi, si pollicear me futura diligentia et frequentia deinceps moram hanc præteritam repleturum. Id loci majestas, integerrimi ac optimi Antistitis
magnifique monastère où l'on ne peut entrer sans se rappeler cette sentence : « Il est plus difficile de réformer que de former. »
C'est aujourd'hui le dix-neuvieme jour que je passe la vie la plus douce avec mon frére notre cher Favre (1); il ne manquait, ce semble, à notre bonheur que de vous avoir avec nous. Nous sommes venus hier dans cette sainte et auguste solitude d'Hautecombe (2) pour voir l'Evéque d'Albi, prélat aussi savant que tres affectionné à ce cher Favre. Avant que j'aie la peine d'étre séparé d'un tres aimable frère, je me suis persuadé que je pourrais obtenir le pardon de mon silence prolongé en vous promettant de vous dédommager à l'avenir par ma diligence et mon exactitude. La majesté de ce lieu, le caractère sacré de cet excellent et tres vertueux Pontife vous feront croire à ma parole; pour le méme motif aussi, je l'espere, vous
( 1) Plusieurs piéces officielles conservées aux Archives de la Chambre des Comptes de Savoie, ainsi que des lettres du Sénateur, prouvent qu'il s'était rendu à Annecy vers le 5 juillet, pour traiter une question relative à l'impôt de la gabelle.
(2) Monastère fondé au commencement du xn* siècle sur les rives du lac du Bourget (Savoie), puis érigé en abbaye et incorporé à l'Ordre Cistercien en 1155 sous l'influence de saint Bernard. Les princes de Savoie l'enrichirent par des dons successifs et le choisirent pour le lieu de leur sépulture. Aprés plusieurs siècles le relâchement s'étant introduit dans les observances réguliéres, les supérieurs ecclésiastiques et le pouvoir civil s'unirent pour ordonner une réforme en 1549; mais les mesures prises alors n'avaient pas encore obtenu tout leur effet en 1594. Alphonse Delbene, Evéque d'Albi, était à cette époque abbé commendataire d'Hautecombe. (Voir plus loin la note biographique sur ce Prélat, jointe à la lettre qui lui est adressée par saint Frangois de Sales.
sanctitas, uti credas efficiet (sic) ; efficientque eadem reor ut et tu redeuntem me per epistolam in officium amice excipias et ego in officio diligentior permaneam. . . .
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
recevrez amicalement un coupable qui en vous écrivant revient au devoir, et j'aurai moi-méme plus de soin de rester fidele à ce devoir.
AU SÉNATEUR ANTOINE FAVRE (MINUTE ) Compliments affectueux.
[Annecy, vers le 13 août] 1594 (1).
(a) Nulla sane minori authoritate ea quam maximam apud me habes adduci omnino possem ut crederem id ita semper esse verum quod scribis, respondere nimirum facilius esse quam provocare. Alioquin cum in ipso fere
Il ne faut rien moins que la très grande autorité que vous avez sur moi pour me convaincre, comme vous me l'écrivez, qu'il est toujours plus facile de répondre à un ami que de le provoquer ; car
(a) Dubitarem [si per te liceret...j Nescio sane, clarissime vir, an id ita omnino... semper verum sit (quod scribis... | Dubitarem sane si te minor... Indiguit sane ea authoritate que maxima in me tua est... tanta quanta tua in me est...
(1) Cette lettre et les quatre suivantes, écrites sur un même feuillet avec caractères absolument identiques, ont entre elles une étroite connexion; il convient donc de leur assigner des dates très rapprochées l'une de l’autre. Or, la dernière (Lettre XXXI°) est bien à sa place dans le courant de l'été 1594, si l'on en juge par les événements auxquels le Saint fait allusion (voir note (1), p. 84). Quant à la première, elle n'est certainement pas antérieure au 11 août, puisque les Entrées du Sénat constatent seulement à partir de ce jour la présence du sénateur Favre à Chambéry.
di MuR omm — 2
provocandi articulo, tuas illas amœænissimas et, quod caput est, amicissimas litteras accepissem, tanto tua humanitatis lumine mentem meam obtundi sensi ut qui jam jam scripturus eram, tante humanitati respondere posse omnino deinceps desperarem. Sic enim Apollinem cum tanta subtilitate respondentem inducunt, ut si interrogasset nulla humani ingenii virtute responderi potuisset. (P) Tam multis namque partibus superior es nobis ut nulla proportione tecum certare possimus, nisi tunc agamus cum agere nondum cæperis, vel si voluntate res tractanda sit.
Tanta enim mea est erga te observantia, ut ex hac parte vix equidem parem, superiorem omnino neminem habere possim, nec alio egeat monumento qua tam justo caractere sit insculpta nullius ut temporis injuria deleri possit. (©)
Bene vale, et Christum habeto propitium.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
lorsque j'étais sur le point de vous prévenir, votre lettre si gracieuse et, qui plus est, si amicale, m'est parvenue. L'éclat de votre érudition m'a si fort ébloui l'esprit, que, tout en me disposant à vous écrire, je désespérais de pouvoir m'élever à la hauteur de votre savoir. C'est ainsi que l'oracle d'Apollon répondait, dit-on, avec tant de subtilité, que s'il eüt posé lui-méme des questions, la sagesse humaine aurait été incapable de les résoudre. Vous nous étes tellement supérieur sous tous rapports que nous ne pouvons en aucune façon nous mesurer avec vous, à moins toutefois que nous n'entamions la correspondance ou que nous n'en choisissions le sujet.
Si grande est l'estime que je vous ai vouée, que sur ce point on peut tout au plus rivaliser avec moi, mais l'emporter, jamais. Cette estime n'a pas besoin d'un monument qui en conserve le souvenir ; elle est gravée en caracteres assez durables pour défier l'action du temps.
Adieu ; que Jésus-Christ vous soit propice !
(b) responderi potuisset. — [Sin vero non tam re quam voluntate certandum sit. Age vero...]
(c) deleri possit. — V Non ergo respondeo clarissime, sed de deditione tecum... te certiorem facio. Ago vero gratias immortales... Sperandum vero mihi est tantam quam erga te habeo voluntatis propensionem... Curabit ille...
AUX FILS DU SÉNATEUR ANTOINE FAVRE
(MINUTE INEDITE)
Remerciements pour une lettre reçue d'eux. — Encouragements à suivre les exemples de leur père. — Message pour leur mère.
[Annecy, vers le 15 août] 1594.
(4) Duo maxime nunc prastabo, Amici charissimi : alterum quidem ut vestris litteris quibus non ita pridem auctiorem me sane fecistis et jucundiorem respondeam ; alterum vero ut quoniam sentiunt ex (5) iterata lectione detrimentum, hac eadem epistola, recentes a vobis expetam, cum eadem utrumque ratione nitatur.
Rectissime namque facitis qui, patris vestri clarissimi et optimi authoritatem secuti, ad me tam amanter scripsistis. Hunc vobis prælucentem sequamini, quaeso,
Deux raisons principales me portent à vous écrire, mes tres chers Amis : la première est de répondre à la lettre dont vous m'avez favorisé récemment, et qui m'a causé tant de plaisir; la seconde est de vous demander une nouvelle lettre, car celle que vous m'avez écrite est tout endommagée par la lecture répétée que j'en ai faite. Ce double motif s'appuie sur un méme fondement.
Vous faites trés bien d'imiter l'exemple de votre illustre et excellent pére en m'écrivant si affectueusement. Ayez jour et nuit, mes
(a) Vestras litteras amoris in me vestri pignus suavissimum, ctiamnum... f Hac epistola duo] maxime faciam...
(b) ex — (continua... multa attritione... ]
(1) D'aprés plusieurs historiens, Antoine Favre eut de sa premiére femme (voir note (1), p. 70) huit fils. Deux moururent en bas âge; les survivants furent: René, seigneur de la Valbonne, baron d’Aiguebelette ; Claude, seigneur de Vaugelas, le célébre auteur des Remarques sur la langue frangaise; Antoine, aumónier de Madame Royale ; Pierre, dit du Chesne; Philibert, seigneur de Félicia, et Jean-Claude, seigneur des Charmettes et de Moyron. L'ainé avait prés de onze ans, le second neuf, lorsque cette lettre fut écrite,
religiose ; in hoc, Amici charissimi, splendidissimum exemplar oculos vestros noctes diesque intendite. Sic enim fiet ut ex ejus officina ingenui nunc quidem tyrones, subinde fabri nobilissimi prodeatis, ac me uti facit imprimis diligatis.
Meo nomine impensissime salutate clarissimam matrem vestram, quam tanta prosequor observantia nulla ut aptius quam filiorum reputari possit. Itaque, eam meo nomine salutate.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
tres chers Amis, les yeux fixés sur le modele éclatant qui resplendit devant vous ; suivez-le religieusement. En agissant de la sorte, vous qui étes dans son atelier d'excellents apprentis, vous en sortirez tres nobles ouvriers, et spécialement vous aurez appris de lui à m'aimer.
Saluez en mon nom votre illustre mère à qui j'ai voué un respect si grand qu'il ne peut étre justement comparé qu'à la piété filiale. Saluez-la donc en mon nom.
AU SÉNATEUR ANTOINE FAVRE
(MINUTE INEDITE)
Explications amicales.
Remerciements pour l'envoi de Méditations sur la pénitence.
[Annecy, août] 1594.
Quam bonus eram vir et bardus, mì Frater, cum uti sororis mes consuetudini ac ustricitati {sic) tantisper indulgeres, tam candide suadebam, mi Frater. Quasi vero tu aliquid aliud cogitasses, et jam me puderet in tam
Que j'étais donc simple et ingénu, mon Frère, quand je vous conseillais si naivement d’être un peu condescendant envers ma sœur, [votre femme, | comme si jamais vous aviez eu d'autres pensées! Je serais déjà plein de confusion d'avoir été trompé en chose aussi
aperta luce deceptum esse si ab alio quam ab ingeniosissimo fabro. Gaudeo sane plurimum gratulorque tibi ex animo et sorori ne bonæ fidei viatori spinas pedibus injicias, ut est in proverbio *.
Gratulor sane plurimum sorori de diuturniori illo tuo amoenissimo conspectu; at quorsum eam in causam rogari, suaderi ac propemodum cogi velle, et locum quem omnino tibi selegeris, non nisi post multas aliorum preces, per summam artis aulice subtilitatem (4), more Locatellæo (1) occupare ? Bene est. Semel falli vel prudentissimus quisque potest ; iterum si me iis artibus fallas, indignus omnino sim tua officina alumnus.
Opportune poenitentiales Meditationes (2) quibus exercear dum aberis misisti, in quibus quid meum fuerit non
évidente si je ne l'avais été par un artisan tel que vous. Je m'en réjouis vivement et je vous félicite tous deux de ce que, suivant le proverbe, vous ne jetez pas des épines sous les pieds du voyageur de bonne foi.
Certes, je félicite aussi grandement ma sceur de pouvoir jouir longuement de votre agréable présence; mais pourquoi vouloir étre prié, pressé et presque contraint dans cette affaire? Pourquoi n'occuper qu'après les nombreuses instances de plusieurs, la place que vous avez choisie vous-méme, si ce n'est par une extréme finesse digne des hommes de cour, à la manière de notre Locatel ( 1)? C'est bien. Le plus sage peut étre trompé une fois; mais si je me laisse tromper de nouveau, que je sois tenu pour un apprenti bien indigne de votre atelier.
Vous m'avez envoyé fort à propos les Méditations sur la pénitence (2), afin que je m'y exerce pendant que je suis privé de votre
(a) simulationem
(1) Il s'agit probablement de Jacques de Locatel, seigneur de Locatel et de Cevins, chevalier du Saint-Sépulcre de Jérusalem, « lieutenant d'une compagnie de six cents hommes d'armes dega les monts, pour le service de Son Altesse. » En 1594 et 1595, il était procureur fiscal de l'Archevéque de Tarentaise.
(3) Ces Méditations, soumises à l'examen du Saint, furent publiées l'année suivante sous le titre de Cenfurie premiere de sonnets spirituels de l'Amour divin et de la Penitence. Par Antoine Favre, S. S. A Chambery, par Claude Pomar, mpxcv. — C'est au sujet de cet ouvrage que saint François de Sales écrivit à sainte J.-F. de Chantal, le 11 février 1607 : « Je vous envoye le livre « ci joint auquel vous verres beaucoup de beaux traitz, qui furent en partie « faitz sur mes premieres prædications, par M. le President de cette ville. »
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* Cf. Prov., Iv, 12.
video, tot nempe preetiosis tuis illis lapillis intertextum et consitum opus illud est ut fcelici mutatione nomen antiquum et formam omnem perdiderit.
Nuper misi litteras: Episcopi Albiensis; nescio num exceperis. Bene vale et ut valere vis, cum clarissima conjuge.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
présence. Mais je ne vois pas ce qui peut m'étre attribué dans cet ouvrage, car vous l'avez vous-méme tissé et enrichi de tant de belles pierreries, que, par une heureuse transformation, il a perdu son
ancien nom et sa premiere forme.
Je vous ai transmis dernièrement la lettre de l'Evéque d'Albi, je ne sais si vous l'avez reçue. Portez-vous bien et à souhait, ainsi
que votre illustre épouse.
AU MÉME
(MINUTE INEDITE)
Les prévenances d'un ami commun attribuées à la recommandation du Sénateur. Désir de se procurer quelques formules de priéres.
(Annecy, fin août] 1594.
(4) Accepi tuas ab homine tuo litteras. Quid autem ju cundius fuerit, an hominem tuum an litteras tuas videre? Non jucundissimum quicquid tuum esse non potest.
J'ai reçu votre lettre par le porteur à qui vous l'aviez remise. Qu'est-ce qui m'agréa davantage, ou de voir votre envoyé ou de lire votre lettre? Tout ce qui vient de vous ne peut que m'étre extrémement agréable.
(a) Non sunt sane suaviores litteræ tuse, qua suapte natura sunt suavissimæ;
Sane, quantum conjicere potui, non alia me ratione amare cupiebat Franciscus Chosallius (1) quam quod me amares ; alioquin cum in me tam pauca e multis qua dixeras deprehenderit, neque te neque me jam amaret, nisi amari me abs te, (b) te quidem excusatione, me benevolentia, utrumque admiratione dignum redderet. Quo mihi suavior est ea qua me prosequitur benevolentia quod a tua omnino proficiscatur, ac ad tuam pcenitus, ut « ad primam in suo genere et cæterarum mensuram *, » immediate referatur. Jam autem tuum illud erit ut cujus boni author mihi fuisti conservator ejusdem esse velis.
Pergo. Audivimus confratrem nostrum, tuum vero in Cruce filium, virum optimum Saldium (2), centum precum
En vérité, autant que j'ai pu le conjecturer, Frangois Chosal (1) désirait lier amitié avec moi pour cette seule raison que je suis votre ami. Du reste, comme il aura trouvé en moi si peu des qualités que vous m'avez attribuées, il ne voudra plus étre ni votre ami ni le mien, à moins que, pour s'expliquer l'amour que vous me portez, il ne vous considère avec beaucoup d'indulgence, moi avec beaucoup de bienveillance, et tous deux avec quelque surprise. Cette bienveillance dont je suis l'objet de sa part m'est d'autant plus douce qu'elle procede uniquement de celle que vous avez pour moi et qu'elle se rapporte immédiatement à celle-ci, puisque « la première chose en chaque genre sert de mesure à tout le reste. » À vous maintenant de me conserver ce bien dont je vous suis redevable.
Je poursuis. Nous avons entendu dire que notre confrere, votre fils dans la Croix, l'excellent Saldoz (2), possede une centaine de formules
non sunt inquam suaviores littere tue ex ejus qui eas attulit suavitate... jucundius quidem actum est rem tanti prætii magnis viris committere... Accepi tuas litteras; vidi Dominum Chosallium tuo nomine eas perferentem. Horum autem utrum jucundius, non facile fuerit judicandum. Et litteras quidem aperte tuas videbam, Chosallius se tuum prorsus esse omnino asserebat, Fac summa] qua pollet [dicendi facultate persuadebat...] (b) abs fe, — summum amorem erga me tuum...
(1) Selon toute probabilité, Jean-Frangois Chosal ou du Chosal, qui fut reçu avocat au Sénat de Savoie en 1594.
(2) Plusieurs personnages portant le nom de Saldoz ou Sardoz habitaient alors Chambéry. Peut-étre s'agit-il ici d'André Sardoz, marchand de cette ville, lequel est nommé plus d'une fois dans les lettres-patentes de Charles. Emmanuel.
* Aristot., Physica,