VI, c. vi
esse dixerit quispiam, quod num donatarius cum dono sibi certa respondeat proportione parum prospexeris ; verum enim est quod Alexander Magnus credidit, satius fore si donatore dignum sit donum, licet alioquin imparem sortiatur donatarium *, ut in eo non tam ad quem, quam a quo proficiscatur considerandum sit. Rem ergo fecisti meis longe superiorem meritis, Francisci Girardi humanitate dignam, ei quam tu mihi tecum esse voluisti amicitiae consentaneam, qui mihi bonum illud animi tui singulare, hoc est, voluntatem eximii viri Francisci Girardi, mihi quoque fecisti commune, atque, quod consequens erat, me, jampridem in solidum tuum, Francisco quoque Girardo tuo in solidum adduxeris, ne vel minimae rei inter vos societas desideraretur.
Qua in causa nullam plane sentio formidinem ne aliquam inter vos concissionem dividendo experiri velitis, quandoquidem ambo si amici estis individui, estis et vestra utriusque erga me benevolentia ; uti et mea erga vos observantia, cum anime penitus haereat, ipsi cedat necesse est ejusque sequatur naturam, qua tota est in toto, ettota, ut secundum artem loquar, in qualibet parte*.
oublié la disproportion qui existe entre le don et l'homme qui le reçoit ; car Alexandre le Grand pensait avec raison qu'un présent doit étre plutót digne de celui qui l'offre que de celui qui l'accepte. Vous avez donc fait une chose bien supérieure à mes mérites, mais bien digne de la bonté de Frangois Girard et de l'amitié qui existe entre vous et moi, en me faisant participer à ce trésor singulier de votre àme, c'est-à-dire à l'intimité de votre ami. Par suite, me mettant en union de sentiments avec vous, vous m'y mettez aussi avec François Girard, de telle sorte que tout, jusqu'à la moindre bagatelle, vous devient commun.
Certes, je ne crains pas qu'à ce sujet survienne entre vous la moindre division ; car si l'amitié que vous vous portez mutuellement vous rend indivisibles, il en sera de méme de votre bienveillance pour moi. Pareillement l'estime que je vous porte à tous deux étant établie comme elle l'est dans mon àme, s'identifie avec elle, et participe à sa nature qui est, selon les termes de l'école, d'étre tout entiere dans le tout et tout entiére dans chaque partie. D'oü il suit que si, d'apres
Quo fit ut si res ulla, ex Salomonio (1) placito *, duplicem admittat possessorem, ea maxime est amicitia.
Vivet vero semper in pectore meo ardens quoddam desiderium omnes quidem amicitias, sed hanc maxime Francisci Girardi, et cæteras quee ex tua, Faber optime (2), prodibunt officina diligenter colendi ; quod ut prestare possem, utinam non verbis tantum (qualia solet Franciscus Preepositus, et id genus alia, in quibus nescio quid inter nos est similitudinis), sed re etiam et meritis, quod
tu credis, conjungeremur, ut amore præstantissimorum .
virorum vel eo nomine merito non indignus videar qui me indignum esse agnoscam libenter, et tenuitatem meritorum desiderii amplitudine resarciam.
De catero, quod parum promptus fuerim in respondendo, vel tuis vel Francisci Girardi litteris, causam profero, non meo quidem judicio minus honestam, nec
la sentence de Salomon (1), un méme bien peut appartenir à deux personnes à la fois, c'est assurément une intimité de ce genre.
Le désir qui, dans mon cœur, demeurera toujours tres ardent est de conserver toutes mes amitiés, surtout celle de Frangois Girard, et, excellent Artisan (2), toutes celles qu'il vous plaira me fabriquer. Afin qu'il en soit ainsi, puissé-je vous ressembler non seulement dans la manière d'exprimer mes sentiments (comme a coutume de faire le Prévót Frangois, et en cela, ainsi qu'en plusieurs autres choses, il existe entre nous un certain air de famille), mais encore en réalité et par le mérite, comme vous vous persuadez que je le fais. Alors je serais moins indigne de l'amitié d'hommes aussi éminents que vous l'étes. Que du moins cette indignité soit atténuée par l'aveu que j'en fais, et que je compense les qualités qui me manquent par le vif désir que j'éprouve de les acquérir.
Du reste, si j'ai mis quelque retard à répondre soit à votre lettre soit à celle de Frangois Girard, la raison de ce délai, qui vient de ma famille, est, je pense, également légitime en soi et agréable pour
(1) La copie de Turin porte Salomonorum, erreur qui provient sans doute de la fausse interprétation d'une abréviation mal comprise dans le texte original.
(2) Dans cette lettre et dans bon nombre d'autres adressées au sénateur Antoine Favre, le Saint joue sur le nom latin de ce magistrat, qui peut se traduire par ouvrier, artisan.
* III Reg., n1, 25.
tibi, ut arbitror, minus jucundam, qui familiaritate delectaris, quod scilicet ex media familia deprompta sit. Accepi vestras utriusque litteras Sanctorum Simonis et Judæ die, quas decies et iterum, uti soleo omnia tua, repetitas, dum demitto postridie scripturus, ut per occasionem etiam stati temporis quo togata militie sacramentum faciendi [gratia] ad vos plerique contendunt, ego quoque in precepta tua jurarem .
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
vous qui aimez à remplir les devoirs de l'amitié. Vos deux lettres me sont parvenues le jour des saints Simon et Jude. Aprés les avoir relues plus de dix fois, comme j'ai coutume de faire pour toutes les vótres, pendant que je remettais d'y répondre au lendemain, afin qu'en un jour où la plupart des avocats vont prêter serment entre vos mains, j'eusse aussi moi-méme des protestations à vous faire.....
AU MÉME
(MINUTE
Prières publiques ordonnées à l'occasion de la détention du duc de Nemours; sermon prononcé è cette occasion. — Naissance de Jeanne de Sales. — Affaire litigieuse d'un paysan de Thorens. — Témoignages d’affection. — Désir de le voir prochainement.
Annecy, commencement de décembre 1593.
Ecce ab Antistite nostro supplicationes obsecrationesque pro captivo Gebenensi Duce (!) (quod Dux ipse per
Notre Evéque vient d'ordonner une neuvaine de prières publiques pour le duc de Genevois fait prisonnier (1). (Ce Prince a sollicité
(1) Charles-Emmanuel, fils de Jacques de Savoie-Nemours et d'Aune d'Este, aprés s'étre distingué dans les guerres de la Ligue, avait été arrété par les
litteras postulaverat) per 9 dies publice decreta ; ac uti populus Deo placando ardentius incumbat in sequentem Dominicam diem concionem indicunt, idque muneris tyroni tuo, qui extra scholas vix negare novit, impositum. Ergo in sequentem hebdomadam scripturus, concioni paranda (nec enim insalutatis Doctoribus id facere noster ferre potest vel genius vel ingenium) mentem attribuo.
Qua absolutus cura, audio charissimam matrem, anno 42 eetatis suæ, decimum tertium propediem parituram filium (*), acutioribus torsionibus ac adeo non levi
lui-même par lettres ces prières.) Afin que le peuple s'attachát avec plus d'ardeur à fléchir la justice de Dieu, un sermon a été annoncé pour le Dimanche suivant, et on a imposé le soin de le prononcer à votre apprenti qui, hors de l'école, ne sait guère refuser. J'ai donc été obligé, pour préparer ce sermon, de renvoyer ma lettre à la semaine suivante, car ni mon caractére ni mon talent ne me permettent de précher sans avoir consulté les Docteurs.
Délivré de ce souci, j'apprends que ma trés chére mere, étant déjà dans sa quarante-deuxième année, doit prochainement donner le jour à son treizième enfant (1), et qu'elle est si fortement travaillée de douleurs aigués qu'elle appréhende d'en mourir. Des lors, remettant
Lyonnais, le 31 septembre 1593, et enfermé au château de Pierre-Cise. Il y demeura jusqu'au 26 juillet 1594 qu'il parvint à s'échapper. Ce prince mourut au château d'Annecy le 15 août 1595, étant âgé seulement de 38 ans.
(1) Le Saint emploie évidemment le mot filium dans un sens indéterminé. Le treizième et dernier enfant de M. et de Mme de Boisy fut une fille, Jeanne, qui mourut en Bourgogne en octobre 1607.
On pourrait objecter, à l'encontre de la date attribuée ici à cette lettre (date fixée d’après une lettre d'Antoine Favre), que dans celle qu'il adressa à sainte Jeanne-Frangoise de Chantal au sujet de la mort de cette jeune sceur, le Saint dit deladéfunte: « Cefutla premierecreature surlaquelle j'exerçay mon sacerdoce.» Or, il a seulement été ordonné le 18 décembre 1593; mais il est vraisemblable que, par considération pour la famille du nouveau prètre, l'Evéque permit de différer les cérémonies du baptéme jusqu'aprés l'ordination de celui-ci.
Faudrait-il supposer que les précédents éditeurs ont mal lu en imprimant anno 47 atatis sua au lieu de anno 42, qui est trés lisible dans l'Autographe, ou bien auraient-ils fait cette substitution pour ne pas contredire certains historiens d'après lesquels Mme de Boisy aurait été âgée de vingt-et-un ans à la naissance de son fils aîné (1567)? Quoi qu'il en soit, la présente lettre corrobore le témoignage de plusieurs contemporains qui affirment que M"* de Boisy avait quatorze à quinze ans lorsqu'elle devint mére de notre Saint.
Larrass | 3
* Vide supra, p. to,
et Digest., 1. IV
tit. u, 86.
mortis suspicione vexari. Quare missis omnibus ad eam, mea enim præsentia plurimum recreari solet, propero, nec primum redii quin melius per Dei gratiam, licet propinquiore partu, haberet ; vixque consedi cum adest nuncius eam nullo fere negotio peperisse, dolorum nimirum praecedentium ex imminentium summa substractione. Quare iterum redivivam veluti visurus discedo, ac in itinere cum occurreret D. Porterius (1), unus ex canonicis nostris, (2) ad te brevi profecturus rogavi uti te meo nomine salutaret, (5) quando scribendi nulla dabatur opportunitas.
Quare ea mihi nunc demum constat conditio quam pro tua humanitate ascripsisti : « cum tibi commodum erit. » Cujus ego eam vim quod ad rem attinet esse credo, ut tum demum obtineat cum nullum officit impedimentum quod « in virum constantem cadere possit *. »
toute autre affaire, je me rends en grande hâte auprès d'elle, car ma présence lui donne toujours beaucoup de consolation. Je ne revins chez moi que lorsque je la vis beaucoup mieux, gráces à Dieu, quoiqu'elle approchàt de son terme. A peine avais-je eu le temps de m'asseoir à mon foyer que voilà venir un messager m'annonçant qu'elle était délivrée presque sans peine, comme si ce qu'elle avait enduré auparavant avait été pris en déduction de ce qu'elle aurait dû souffrir à ce moment. Je retournai donc visiter celle qui était pour ainsi dire revenue à la vie. En chemin, je rencontrai M. Portier ( 1), l'un de nos chanoines, que je priai de vous saluer en mon nom, puisque je n'avais aucune facilité pour vous écrire.
Me voici maintenant dans la condition que vous aviez la bienveillance de me poser en disant : « Ecrivez-moi quand vous le pourrez. » C'était, ce me semble, me demander de vous écrire tant que je ne serais pas retenu par un empéchement qui arréterait méme « l'homme fort et constant. »
(a) ex canonicis nostris, — [cum ad Senatum Chamberium se quamprimum
petiturum... | (b) sa/utaret, — Ttestareturque me in itinere occurrisse... J
(1) Jean Portier, prétre du diocése de Besangon, qui avait été institué chanoine de l'église cathédrale de Saint-Pierre de Genéve le ro juin 1573.
Nescio vero foeliciusne an infœlicius mecum actum sit, ut nimirum tum acceperim ter a te litteras cum ne semel quidem dare potuerim. Etsi enim tanto viro, dicam suavius (quod per summam humanitatem tuam jam mihi licere existimo) etsi tanto amico, suavissime alloquenti non respondere durum fuerit, jucundissimum tamen fuit, interea, inter acerbas nonnullas animi occupationes, mellificium illud tuum degustare ac te ex litteris veluti loquentem subaudire.
Rogor enim inter hec uti in quadam agricolae nostri Thorentiani causa adversus Soudanum ejusdem loci notarium apud te intercessorem agam, ac rogem ut rustici jus suum supersit. Æqua sane petitio rustici sed rustica, quam si facerem stultus merito judicarer. Quod enim tibi cura ac cordi non est, jus non est; quod vero cuique juris est, id quoad per te potest integrum est ac tutum. Imo vero cum nescio quid criminis in ea causa versari audirem, prope fuit ut clamaverim : Viri
Je ne sais si je dois m'estimer heureux ou malheureux d'avoir dans cet intervalle recu trois de vos lettres tandis que je n'ai pas méme pu vous en adresser une seule. Si d'une part il m'a été trés pénible de ne pouvoir répondre à un homme tel que vous, j'oserais méme dire (pour employer un terme plus doux qu'autorise votre extréme obligeance) à un tel ami, qui m'écrit avec tant d'affection, d'un autre cóté ce m'a été une immense joie au milieu de préoccupations trés pénibles de savourer le miel qui découle de votre plume, et de vous entendre en quelque sorte parler par vos lettres.
On me sollicite en ce moment d'intercéder auprés de vous en faveur d'un de nos paysans de Thorens au sujet du différend qu'il a avec Soudan, notaire dans la méme localité, et de vous prier de faire prévaloir les droits du villageois. La requéte de cet homme rustique est rustique elle-même, mais juste. Toutefois, si je vous la recommandais, je passerais pour un sot ; car ce que vous ne prenez pas à cœur n'est pas juste, toute cause juste, quelle que soit la personne intéressée, étant toujours patronnée par vous. De plus, j'ai entendu dire qu'il y a en cette affaire je ne sais quoi qui releve de la justice criminelle, c'est pourquoi j'ai été près de m'exclamer : Eloignez-vous de moi,
* Ps. Cxxxvul, 19.
sanguinum declinate a me *. («) Nihil in iis causis clericis negotii esse debet.
Accepi quidem ter a te litteras, quibus hac una sola satisfacere equum minime duxerim ; seorsum namque de senatoris dignitate recusanda vel desideranda huic tuo tironi, Faber clarissime, alio tempore scribam, nisi coram, uti spero, hac de re tractandi sese det occasio (1). Subolfacio etenim mihi brevi te visendum, cui fœlicitati mea promovende non deero. Ac si quid erit in ea tractatione difficultatis, opportunus omnino judex occurret Franciscus Girardus, utriusque nostrum licet in dispari causa amantissimus, juri pariter ac theologia addictissimus. Sed hac de re alias.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
bommes de sang ; car en telles matieres les ecclésiastiques ne doivent pas intervenir.
Ayant reçu trois lettres de vous, je n'estime pas, seulement par celle-ci, m'acquitter à votre égard. Je compte vous en adresser, illustre Artisan, au sujet de la question que vous soulevez à votre apprenti, à savoir s'il doit désirer ou refuser la dignité sénatoriale; à moins que je n'aie, comme je l'espere, la possibilité de vous entretenir de vive voix ; car je pressens que j'aurai bientót ce plaisir, et je ne manquerai pas d'en faire naitre l'occasion (1). Si nous trouvons quelque difficulté dans cette négociation, nous aurons recours à un juge tout désigné pour cela, Frangois Girard, qui est versé dans le droit aussi bien que dans la théologie et nous aime tous deux également, quoique à des titres divers. Mais nous parlerons de cela une autre fois. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
(c) a me. — [Non enim causam promovere cujusquam mihi licere credo ex qua... J
(1) On a des preuves certaines que la dignité de sénateur fut offerte à saint Frangois de Sales par le duc de Savoie. Un déposant au Procés de Béatification dit méme positivement avoir été chargé de lui porter les lettres patentes de sa nomination. Un autre certifie à son tour avoir vu la lettre dans laquelle le Prévót exposait au sénateur Favre les motifs de son refus. Cette piéce n'a pas été retrouvée; la prétendue lettre qui figure à ce sujet pour la première fois dans l'édition Hérissant (1758) est un composé des paroles que, d'après Charles-Auguste, le Saint aurait dites en cette circonstance.
AU MÉME
(MINUTE
Sentiments qui se pressent dans l'âme du Saint à l'approche de son ordination sacerdotale.
Annecy, vers le 15 décembre 1593.
Appetente et imminente jam tremendo illo ac, uti Chrisostomi verbo loquar *, horrendo mihi tempore, quo ex Antistitis placito, id est, Deo volente tantum, non enim alio ad Dei voluntatem explorandam utor interprete, postquam per omnium Ordinum gradus sacratissimos iter hucusque feci, tandem ad augustissimum Sacerdotii apicem evehendus sum (1), committendum non duxi quominus te de hac mea tanta (sic) tam excellentis honoris et boni expectatione admonerem, ne tanta te inscio in re tua fiat mutatio. (2)
A l'approche de ce jour terrible, de ce jour effroyable, comme l'appelle saint Chrysostome, où d’après la volonté de notre Evéque, c'est-à-dire d’après la volonté de Dieu (car je ne cherche pas d'autre interprete de cette divine volonté), à l'approche de ce jour, dis-je, où aprés avoir passé par tous les degrés des saints Ordres, je vais être promu à l'auguste dignité du sacerdoce( 1), je ne puis me dispenser de vous annoncer l'insigne honneur et le bien excellent qui m'attendent. ll ne convient pas en effet qu'une telle transformation s'opére à votre insu dans un homme qui est tout vótre.
(a) fiat mutatio. — l Utinam vero, vir amplissime... amantissime vir, fausta mihi ea sit accessio qua nemo unquam extitit dignus. J
(1) Saint François de Sales, ainsi que nous l'avons dit plus haut, reçut l'ordination sacerdotale le 18 décembre 1595.
* Hom. 1 (al. 1i) in Matt., 6 3.
* Ps. Liv, 6.
* Epist. CxLvi, ad Evang., $ 1.
Etsi namque etiam nescientis melior fieri conditio potest, et hec omnium qua in hac mortalitate expectari queunt mutationum sit maxime gloriosa, (b) multo tamen mihi jucunda erit [compassio tua]. Cum enim me omnium quas antea sensi maxima me torqueat solicitudo, fimorque et tremor venerint super me*, [tue benevolentiae maxime indigeo.] Id enim moris est amantibus, si quid arduum ac periculosum aggredimur, sollicitudinem (©) ac formidinem nostram solari amicis [communicatione] facta, ac formidinis motus sedantur si negotium ipsum mentemque nostram amicis exponere (d) possimus. Nihil vero unquam tam arduum tamque periculosum , ni fallor, mortalibus occurrere potest quam id manibus tractare ac, ut cum Hieronimo [loquar *], id ore suo conficere quod vix ac ne vix [quidem] cogitatione complecti vel ore laudare satis possunt beatissima illa mentes, quibus nosí(szc) laudandis aut intellectu percipiendis nos minime satis sumus.
On peut améliorer, il est vrai, la condition d'un autre sans qu'il le sache, et le changement que je vais subir est le plus glorieux qui puisse m'arriver en ce monde ; néanmoins votre sympathie me sera trés avantageuse, car je suis assailli par la plus grande inquiétude que j'aie jamais ressentie. La frayeur et le tremblement se sont emparés de moi : plus que jamais, j'ai donc besoin de votre bienveillance. C'est l'usage entre ceux qui s'aiment de se confier leurs soucis et leurs appréhensions au moment d'entreprendre une ceuvre ardue et périlleuse, afin d'obtenir quelque consolation. Leurs craintes s'apaisent par cette communication. Et certes, si je ne me trompe, il ne saurait rien arriver de plus difficile et de plus périlleux à l'homme que d'étre appelé à tenir entre ses mains et à produire par sa parole, selon l'expression de saint Jéróme, Celui que les Anges, ces intelligences que nous sommes incapables de concevoir ou de louer dignement, ne peuvent pas méme embrasser par la pensée ni célébrer par de justes louanges.
(b) maxime gloriosa, — id tamen cuique amanti ab ipsa inditum est natura... Qus etsi maxime gloriosa futura est,
(c) amantibus, — in rebus arduis sollicitudinem...
(d) explicare
ANNÉB 1593 39
Et quidem non eram nescius, observatissime vir, (e) magno cum periculo hanc tantam (sic) sacram dignitatem conjunctam esse. (f) At male providis oculis distantia illusit, aliudque jam dicam esse rem eminus aliud vero cominus metiri. Tu vero unus es, amplissime vir, qui huic mentis meæ perturbationi percipiendæ (8) maxime mihi videris idoneus. Tanta namque observantia, tanta veneratione rerum divinarum [cultum] prosequeris, uti facile tecum reputes quam periculosum sit ac tremendum earum officine preesse, in iis quam facile simul et graviter peccetur, quam vero difficile et leviter (sic) pro dignitate tractentur. Atque si ingenii mei imbecillitatem tam probe cognosceres, nihil in te aliud desiderarem quo sorti meæ eam quam a te suo jure quaerit misericordiam adhiberes (b), cum non animo jam indigeo, quem integrum erectumque hactenus sustinui.
Verum hac dixisse sat est ; tantum commovendæ [misericordie tue] gratia ita tibi sensus meos explicavi,
Assurément je n'ignorais pas, mon vénérable Ami, que d'effroyables responsabilités ne fussent jointes à une si sainte et si auguste dignité; mais l'éloignement trompe les yeux, et c'est chose bien différente de mesurer un objet de près ou de l'apprécier de loin. Vous étes le seul, Monsieur le Sénateur, qui me paraissiez capable de comprendre le trouble de mon esprit; car vous traitez les choses divines avec tant de respect et de vénération que vous pouvez facilement juger combien il est dangereux et redoutable d'en présider la célébration, combien il est facile de pécher et de pécher gravement, et combien difficile de remplir dignement ces saintes fonctions. Si vous connaissiez aussi bien ma faiblesse, je solliciterais seulement sur ma situation actuelle votre commisération qui m'est bien due, Cependant je ne manque pas de courage; jusqu'à présent il ne m'a jamais abandonné.
Mais c'est assez. Je vous ai déclaré mes sentiments uniquement pour exciter votre sympathie; c'est un remede utile, je le sais, pour soulager
(e) observatissime vir, — [quid in hoc munere discriminis foret, longe antequam... |
(f) conjunctam esse. — Verum fallax sepe distantia intuentis oculis illudit.
(g) qui huic — metus trepidationisque perturbationi componendæ
(h) concederes
* Ps. Lxv, 15.
quod scirem medelam esse ægris amicis opportunam. Quamvis nescio (ut me sensim teque ab iis cogitationibus substraham quas exposuisse omnino sat est) quanam id ratione fiat ut cum amicus commiseratione malum abesse velit ab amico misero, miser hic contra miseratione amici recreetur, cum miseratione mali particeps [miserens] non fieri nequeat. Nisi forsitan illud est quod miseratione clarissime illucescit amicitia, que cum sit optima rerum omnium, in amico longe melius est deprehendere cum miseratione quam si sine ulla mali communione vel nulla vel exigua superesset benevolentia.
Caeterum, neque vellem ego me existimes tanto pavore afficere misteria illa sacrosancta uti suus recte spei ac lætitiæ nullus supersit locus, quantum nullis unquam meritis promereri possum. Lætor plurimum et gaudeo me posthac eo saltem officio respondere posse quod omnium supremum est, nimirum sacrificits, lisque medullatis*. . . . . . . . . . . . s. . .
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
le cœur souffrant. Et pourtant, comment se fait-il (ici je m'éloigne insensiblement des considérations qu'il me suffit de vous avoir indiquées), comment se fait-il que si un ami s'efforce par la compassion qu'il porte à son ami malheureux d'éloigner de lui les maux qui le menacent, celui-ci se sente réconforté par cette compassion méme, bien qu'en s'apitoyant sur lui, le premier n'ait pu s'empécher de ressentir les mémes maux? Sans doute cela vient de ce que la commisération est la marque incontestable de l'amitié, ce sentiment le plus exquis de tous, lequel, dans nos amis, nous est bien plus précieux étant mélé de compassion que s'il se terminait à une froide bienveillance qui ne participerait en rien à nos douleurs.
D'autre part, ne vous persuadez pas que les saints mystéres m'inspirent un effroi tel qu'il ne laisse en moi place à une espérance et à une allégresse bien supérieures à ce que pourraient me valoir mes propres mérites. Je me réjouis spécialement et j'exulte de pouvoir correspondre au moins par cet office le plus sublime de tous, je veux dire par des sacrifices et par le sacrifice de la plus auguste des victimes . LL...
AU MÉME
( MINUTE
Espoir d'une prochaine réunion à Sales. — M. et M"* de Boisy contraints de s'absenter à cette époque. — Envoi d'une lettre de M. de Montrottier. — Le Saint part pour Seyssel où il doit précher le Dimanche suivant.
Antonio Fabro Senatori, Franciscus de Sales, Praepositus Ecclesiae Gebennensis, salutem dicit.
[Annecy,] commencement de février 1594.
Ego vero contra, Frater optime, tanta me sensi totum perfundi voluptate in tuarum litterarum lectione, ut (2) nihil aliud ejus confirmande quam Deo volente jam recuperaveram valetudinis, nullum opportunius desiderari videretur remedium. Quid enim convalescentibus optabilius, quid opportunius, quam ex unius domuscule umbra
Au Sénateur Antoine Favre, Frangois de Sales, Prévót de l'Eglise de Genéve, présente ses salutations.
Moi au contraire, mon excellent Frère, je me suis senti inondé d'une si grande joie en lisant votre lettre, que je n'aurais pu désirer aucun remède plus efficace pour rétablir ma santé, si, grâces à Dieu, elle n'eüt été déja remise. En effet, quoi de plus doux, de plus avantageux pour un convalescent que de quitter l'obscurité d'une
(a) wf — cum jam?valetudinem recuperassem...
in amcenissimorum florentissimorum hortorum conspectum frequenter exire, ibique inter medios flores exspatiari ac auras odoribus gratissimis onustas colligere? Sic nempe amicissimas tuas litteras lego.
Illud autem moleste admodum fero, quod tam meo nimirum morbo angi te scribas, maxime cum ego vel nullum vel minimum sentirem dolorem ; ac cum tu per summam amicitiam de febricula mea doleres, prope fuit ut nostra dicerem si malorum ut bonorum inter nos communio inducta foret (quod ego vix indemnis facere possem, hoc genere longe locupletior), ovationem propemodum ipse deportassem ; at mihi jam vicissim dolendum de tuo dolore foret, nisi iis doloribus modum facere tandem aliquando satius esset.
De Antoniano convivio recte procuratorem egit Chappasius (1) ; dicam libere pro candore pectoris fraterni Antonianum. Si a Sancto Antonio velis non recte dici aliter posse quam Antonianum, appelles quod minime tale sit, cum nullum aliud convivium dicatur Antonius habuisse,
maisonnette pour aller souvent contempler des jardins les plus agréables et les plus émaillés de fleurs et d'y respirer à souhait l'air embaumé des parfums les plus suaves ! Telle est l'impression que me fait éprouver la lecture de votre lettre si amicale.
Cependant une chose m'attriste, c'est d'apprendre les angoisses que vous a causées ma maladie, d'autant plus que je n'ai rien ou presque rien souffert. Méme, comme par l'effet d'une souveraine affection vous ressentiez ma fièvre, je dirais presque notre fièvre, si entre nous les maux étaient communs comme les biens (et de ceux-là je pourrais vous enrichir sans m'appauvrir, car j'en suis de beaucoup le mieux pourvu), j'en aurais été pour ma part tout glorieux ; mais alors j'aurais souffert à mon tour de vos douleurs, à moins qu'il n’eût été préférable de mettre un terme à cette communication de peines.
Chappaz (1) vous a bien représenté au festin antonien ; je dis vraiment bien antonien par la sincérité de la tendresse fraternelle. Si vous vouliez faire remonter à saint Antoine l'origine de ce mot, vous vous
(1) Jean Chappaz, procureur au conseil de Genevois, était né à Thorens en 1559. Il sera encore question de lui dans une lettre de saint François de Sales datée du 23 décembre 1601.
preter unicum illud in quo convivator corvus affuit, convivæ Paulus et Antonius, pro lautissimo edulio panis, pro potu aqua.
Quandoquidem sperare jubes hisce bacchanalibus futurum ut ambo incolumes et una simus, ab hac expectatione tantam mente concepi letitiam, uti nullus sit futurus cui tantam nauseam edulia quadragesimalia pariant, ut magis festa Paschalia, quam ego bacchanalia desideret. Sicque urbanitatis Christiane antiqua illa forma inter nos reviviscet, qua solebant ad honestam recreationem amici usque ante quadragesimale jejunium convivia celebrare, ac simul aliquantulum feriari, ut liberius toto penitentie tempore sederent solitarii, et tacerent, ac elevarent se supra se *, quasi longioris silentii licentiam vicissim simul expetentes.
Pracipua vero quam appellas amoenitas loci in quo mei habitant, quod nimirum eos omnes mecum sis visurus, vereor ne nobis desit, quoniam per idem tempus clarissimus senator, nostrum omnium amantissimus, Dominus
tromperiez ; car dans la vie de ce Saint il n'est question d'aucun banquet, si ce n'est celui dont l'amphytrion était un corbeau, les convives, Paul et Antoine, et où, à la place de mets somptueux, l'on ne servait que du pain et de l'eau pour boisson.
Puisque vous me donnez espoir que nous passerons ensemble et en bonne santé le carnaval prochain, mon cœur est rempli d'une si douce joie qu'aucun de ceux qui sont dégoütés du maigre quadragésimal ne désire plus vivement les fétes de Pâques que je ne soupire après le carnaval. Alors renaitra pour nous cette antique forme de lurbanité chrétienne selon laquelle les amis avaient coutume, aux approches du jeûne de la sainte Quarantaine, de s'accorder quelque honnéte récréation en s'invitant à de gracieux festins, et de diminuer aussi quelque chose du travail ordinaire. C'était afin d'avoir l'esprit plus libre pendant le temps de pénitence pour s'asseoir dans la solitude, se taire et s'élever au-dessus de soi-méme. lls prenaient en quelque sorte congé les uns des autres avant cette longue retraite.
Quant à ce qui fait à vos yeux le principal charme du séjour habité par ma famille, le plaisir de nous y voir tous réunis, je crains
que nous en soyons privés; car vers ce méme temps de carnaval,
* Thren., m, 28.
* Matt., xxi, 12.
Rogetius (1), filie natu majoris matrimonium cum judice majore Focunacensium celebrabit ; parentes mei pro sua erga senatoris universam familiam observantia, jam per litteras rogati, deesse minime poterunt.
Te veniente, non committam ut alibi sim quam tecum. Etiam te non veniente, non intrarem ; quomodo enim nuptiis interessem qui vestem nullam habeo nuptialem*? Antonianum timeo namque convivalem illum senatum.
Iterum scribit Dominus de Montrotier (2), qui caracteris tui elegantiam et subtilitatem admiratus se deinceps silentio responsurum dicit. Ejus litteras simul cum meis procuratori Chappasio commendo ; jamjam enim Seyssellum versus pergo, die Dominica concionaturus (3). Sic
M. le sénateur Roget (1), un ami qui nous est si cher, devant célébrer le mariage de sa fille ainée avec le juge-mage du Faucigny, mes parents, qui ont déjà reçu des lettres d'invitation, ne pourront se dispenser d'assister à ce mariage sans manquer aux égards qu'ils doivent à la famille du Sénateur.
Si vous venez ici je me garderai bien d'aller ailleurs, si ce n'est avec vous. Et, lors méme que vous ne viendriez pas, je n'assisterais pas à cette fête ; car comment aller aux noces, moi qui n'ai pas Ja robe nuptiale ? D'ailleurs, je redoute ces réunions et ces festins.
M. de Montrottier (3) écrit encore une fois, mais il me dit que désormais il ne répondra que par le silence à vos lettres, dont le style élégant et délicat le remplit d'admiration. Je confie ma lettre et la sienne au procureur Chappaz, et je pars à l'instant pour Seyssel, où je dois précher Dimanche (3). C'est ainsi que je vous écris
(1) Jean Roget, qui avait été lui-méme juge-mage du Faucigny (1577), était sénateur depuis le 3 novembre 1595, et mourut le 33 mars 1595. Il parait avoir été marié deux fois, mais le nom de sa seconde femme, Philiberte de Chignin, est seul connu. Dans son testament (6 mars 1595) le sénateur Roget nomme toutes ses filles ; celle dont il est ici question doit être Jeanne, qui aurait épousé en premiéres noces Etienne Chesnex ou Chesney, juge-mage du Faucigny dés le mois d'août 1593, et en secondes noces, Janus Bessonet.
(2) Charles III, fils de Pierre III de Menthon, qui avait épousé Marie de Chastillon, dame des Hayes Gascelin. Il devint baron de Montrottier le 30 janvier 1596, et comte, le 1°" juin 1632. Ce seigneur était attaché à la maison du marquis de Saint-Sorlin. Il mourut le 20 mars 1636, après avoir légué le comté de Montrottier à Bernard V de Menthon.
(3) Ce sermon fut préché le Dimanche de la Septuagésime, qui tombait cette année-là le 6 février. (Voir tome VII de la présente Edition, p. 119.)
enim scribo familiariter. Baro Chivronius (1) facillime a Principibus impetravit ut in sententiam Antistitis nostri consentirent, quod ad ea spectat de quibus ipse tecum coram disseruit. Utinam tam consentaneum recte rationi foret ! Haec raptim.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
familierement. Le baron de Chivron (1) a facilement obtenu que nos princes entrassent dans les vues de notre Evéque, relativement à l'affaire dont il vous a entretenu. Plùt à Dieu que le bon sens y trouvát son compte ! Ceci à la hâte.
(1) Hector, fils ainé de Michel de Chevron-Villette et de Béatrix de Dérée, baron de Chevron, seigneur de Dérée, conseiller d'Etat de Son Altesse, grand chambellan par patentes du 1°" mai 1601, premier maitre d'hótel du prince de Piémont, chevalier du Sénat (1** décembre 1601), gouverneur des princes de Savoie. Il avait épousé (contrat dotal du 15 mai 1572) Jeanne de Menthon. Bien que son testament soit daté du r4 juillet 1608, il vécut jusqu'en mi-février 1616. La tante paternelle de ce seigneur, Bonaventure de Chevron- Villette, eut l'honneur de devenir par son mariage avec Melchior de Sionnaz de Valliéres la grand'mére maternelle de saint Frangois de Sales.
AU MÉME
(MINUTE
Rendez-vous à Faverges. — Salutations faites à M. de Montrottier de la part du sénateur Favre.
[Annecy,] mi-février 1594 (1).
(4) Ne nihil omnino scriberem, hanc licet brevem mittendam duxi epistolam, quasi ejus quam brevi peracturum me puto coram salutationis prodromum. Sic enim mea res se habet, ut cum vicariam pro matre præsentiam huic nuptiarum celebritati conferre deberem (>), quando ipsa interesse posse non crederet, et ego molestissime ferrem presentiam etiam pro matre vicariam cuiquam tunc
Pour ne pas garder un silence absolu, j'ai jugé à propos de vous écrire cette courte lettre comme avant-coureur de salutations que je pense vous adresser sous peu de vive voix; car voici où en sont les choses. Je devais représenter ma mère à ces noces auxquelles elle croyait ne pouvoir assister, et j'étais bien désolé de devoir être ailleurs, méme pour représenter ma mere, puisqu'il en résulterait pour moi la privation d'une rencontre avec vous, le meilleur de mes
(a) l'Laconicam potius quam nullam...] Brevem hanc epistolam succisive scribendam potius duxi, ne nihil omnino scripsisse existimarer ; quam ut scriberem... sic enim mecum feliciter actum est ut qui excusandæ matris... l Expectabo namque liberalia hzc tam libenter... |
(b) = cum — vices parentis, ad hanc nuptiarum celebritatem, deferre deberem
(1) La date de cette lettre et celle de la suivante sont fixées par des preuves que fournissent la correspondance d'Antoine Favre et surtout le Registre des Entrées du Sénat dans lequel sont mentionnées les diverses absences des sénateurs. On y voit que le sénateur de Passier, qui avait quitté Chambéry pendant les vacances du carnaval dont il est question dans ces deux lettres, était de retour pour la séance du 25 février,
conferre cum ex ea ab amantissimo tuo conspectu sequeretur absentia, enimvero factum est ut, rebus aliter succedentibus, mater ipsa vices jam meas expleverit. Quare, quod antea sperabamus, erimus simul, Frater amantissime, hisce liberalibus,si intra Fabricarum limina Fabrum viderint Fabricenses. Ego namque cum primum scivero adesse te intra Fabricarum limina, non committam quin inter Fabricenses imperitum sed alacrem videas tyronem ; succedetque Tulliana deinde casa (1), quee (©) omni meliori modo [a te nomen sortietur]. Cætera coram.
Litteras Antistiti meo heri reddidi, quas mira voluptate iterum et iterum perlustravit. Dominum de Montrotier, hodie ad Marchionem Sansorlinum (?) redeuntem, tuo nomine adeo opportune salutavi ut cum eo vel ea causa
amis. Les choses se sont arrangées autrement, et c'est ma mére elleméme qui me remplace. Ainsi, comme nous l'avions espéré, mon bien aimé Frére, nous passerons ensemble ces jours de liberté si les Favergiens ont le bonheur de voir Favre à Faverges. Quant à moi, des que j'aurai connaissance de votre arrivée dans cette ville, je prendrai mes mesures pour que vous puissiez voir parmi les Favergiens votre inhabile mais diligent apprenti ; nous irons ensuite à la maison Tulliane (1), qui ne saurait être plus illustrée que de recevoir son nom de vous. Nous dirons le surplus quand nous nous verrons.
Jai remis hier votre lettre à mon Evéque, qui l'a lue plusieurs fois avec un plaisir extraordinaire. M. de Montrottier retournait aujourd'hui chez le marquis de Saint-Sorlin (2). J'ai eu l'occasion la plus favorable de le saluer de votre part. Ce qui m'a le plus réjoui,
(c) qua — [ab alio Fabro quam a te Tulliani nomen sortiri non potest.
(1) Le château de la Thuille, situé à l'extrémité méridionale du lac d'Annecy. En rapprochant le nom de ce manoir, possession de sa famille, du souvenir de la demeure de Tullius Cicéron, le Saint semble vouloir signifier que le cháteau de la Thuille sera illustré par la présence du sénateur Favre comme la demeure de l'orateur romain l'était par la résidence de son propriétaire.
(3) Henri, fils de Jacques de Savoie-Nemours et d'Anne d'Este, alors gouverneur du Dauphiné au nom du duc de Savoie. Il devint lui-méme duc de Genevois et de Nemours à la mort de son frére Charles-Emmanuel, dont il a été parlé ci-dessus, p. 53.
actum optime ducam quod de te Necienses (sic) ultima discedenti verba animo sint injecta, quasi odoratissimi conditus oblectamentum.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
c'est qu'à son départ d'Annecy, j'ai pu, dans les derniers mots que nous avons échangés, jeter, en lui parlant de vous, comme le parfum d'un baume odorant dans son esprit.
AU MÉME
(MINUTE INÉDITE
Excuses au sujet d'une lettre écrite à la háte. — Remerciements pour celle que le Saint a reçue du Sénateur.
Sales, 24 février 1594.
Accepisti sane tu nostras litteras tardius quam volueram ; cum enim (4) præceptori meo litteras antepenultimas dares, Chamberii te constantem fore iis totis feriis uti dixerat sic credebam, atque litteras do Joanni Baptistæ Valentiano (quo cum ex communione studiorum multa mihi intercessit necessitudo) vixdum scriptas, ne
Vous avez reçu ma lettre, mais assurément plus tard que je n'eusse voulu. En effet, d'apres celle qui précédait l'avant-derniere, remise à mon précepteur, je croyais, comme il me l'avait dit, que vous demeureriez à Chambéry toutes ces vacances, et j'ai confié ma lettre à Jean-Baptiste de Valence, qui, en qualité d'ancien condisciple, me reste spécialement cher. A peine ai-je eu le temps d'écrire ; il
(a) cum enim — TD. Deageus noster...
accipiendis eis minus avunculo suo D. de Passier (!) excedenti officiosus comes videretur ; illi alioquin vix daturus qui tam cito volebat scribi, nisi multo magis dari quam cito dari; quamvis et hoc maxime postulasset quod tibi quem, ut est litterarum amans (?), unice colit, rem facturus gratam crederet si litteras nostras redderet.
At vero quonam fieri potest modo ut non sat cito litteras acceperim, qui tam bene excepi quam bene aliud unquam sum excepturus? Non quidem quam bene sunt scripta et elaborate, (quis enim tuum illud mellificium satis pro dulcedine non dicam collocare sed gustare quidem possit ?) sed jam tam eleganter, tam amice! Illud certe mihi accidit percommode ut priores tua littere, cum ad me perlatæ sunt, secederem in avitam
accompagnait son oncle, M. de Passier (1), qui était sur son départ, et je craignais, si je l'eusse prié d'attendre, qu'il ne parüt plus empressé à m'obliger qu'à répondre aux désirs de son oncle. Du reste, je n'eusse pas confié ma lettre à un homme qui me pressait de la sorte, s'il n'eüt importé davantage de vous écrire qu'il n'était regrettable de le faire d'une maniere trop précipitée. Il avait surtout insisté pour être mon intermédiaire auprès de vous parce que, étant lui-même ami des lettres (2), il vous a voué une spéciale admiration, et qu'il pensait vous étre agréable en vous remettant mon message.
Mais comment se fait-il que le vótre ne me soit pas arrivé assez tót, à moi qui l'ai regu avec un plaisir tel que je n'en éprouverai jamais de plus grand en recevant tout autre envoi ? C'est que vos lettres ne sont pas seulement merveilleusement écrites et pensées (personne en effet ne saurait assez, je ne dis pas apprécier, mais méme savourer l'extréme douceur de ces rayons de miel); elles sont aussi des chefs-d'œuvre d'élégance et des monuments d'amitié. Par une
(1) Probablement Antoine de Passier, fils de Jacques, « juge corrier de Maurienne, » et d'Anne Blondel, lequel avait épousé Jeanne de Menthon de la Balme. Institué sénateur le 8 juillet 1577, il devint second président du Sénat le s février 1598 et mourut le 11 décembre 1615. Le sénateur de Passier fut l'un de ceux qui rendirent témoignage de la capacité de saint Frangois de Sales, quand celui-ci se présenta pour étre regu avocat au souverain Sénat de Savoie.
(2) Jean-Baptiste de Valence est l'auteur d'un poème latin en quatre livres, qui fut publié en 1611, chez Pierre Du Four, à Chambéry, sous ce titre : Joannis Baptista Valentiani Patricii Camberiani Solymeidos libri quatuor.
Lerrass | 4
Salesiorum domum ; ut enim eas excepi tanta legere sum aggressus aviditate ut aviditas saporem omnem præriperet, at ubi mihi ipsum otium itidem relegendi facultatem comparavit, tum vero undique sese mihi effudit voluptas.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Doroz, née d'Arcine, à Besangon.
heureuse coincidence assurément, votre lettre précédente me parvint au moment où je me retirais dans ma maison paternelle de Sales. Lorsque je la reçus, je me pris à la lire avec une avidité telle que je ne pus la savourer ; mais quand le loisir me permit de la relire, alors un bonheur incomparable s'empara de tout mon être.
AU MÉME
{MINUTE INEDITE)
Recommandation en faveur de M** de Ville. — Eloge du P. Chérubin.
Annecy, commencement de mars 1594.
Nobilis vidua Villæi illius qui hereticorum insidiis inter sedium suarum incendia ante aliquot annos peremptus est (2), cum te referente de causa quadam que inter (5) Villeos filios, et Dominum Bessonet agitatur ex Senatu
—— — Pr —— ee ——— - ——MMM— M € € — €
Une noble femme, M"* de Ville, veuve de celui qui par suite des embüches des hérétiques périt, il y a quelques années, dans l'incendie de son cháteau, attendait ces jours derniers la sentence d'un proces qui se plaidait devant le Sénat entre ses fils et M. Bessonnet, procès
(a) interiit (b) infer — Forphanos suos...]
proximis hisce diebus sententiam expectaret (1), nescio quanam ratione resciverit, mulier quam nunquam vidi, me præcipuo quodam amore tibi charissimum esse, rem sibi admodum utilem et fructuosam facturam existimavit si me, matris optime mee implorata authoritate, intercessorem apud te faceret, quo ei quod a candidissimo judice honestissimum amicum petere posse antea monuisti, bonam exoptes causam. Idque fecit.
Ego vero ne existimationi quam ex tuo in me amore optimam colligo vel levi aliqua suspicione detraherem, scripturum me recepi. Quod vix postea faciendum duce- . bam, cum non precedentibus tantum sed posterioribus quoque litteris animorum nostrorum vicissim tantam exprimamus unitatem, ut supervacaneum fere crederem te de cogitationibus meis deinceps aliter certiorem facere quam profunda quadam attentione. Unico tantum hac in
dans lequel vous étes rapporteur (1). Cette dame, que je n'ai jamais vue, a été informée je ne sais comment de la tres grande affection que vous me portez. Elle a jugé qu'il lui serait fort utile et avantageux d'implorer l'autorité de mon excellente mére, pour me décider à vous demander de faire en sa faveur ce que, de votre propre aveu, l'ami le plus loyal peut solliciter du juge le plus intégre : que vous patronniez sa cause. C'est ce qu'elle a fait.
Quant à moi, je me suis déterminé à vous écrire pour qu'on ne puisse mettre en doute le crédit que me donne sur vous l'amitié que vous me portez. Il me semblait à peine nécessaire de le faire parce que nos dernieres lettres, comme les précédentes, témoignent si bien de l'unité de nos esprits, que volontiers je croirais superflu de vous communiquer mes pensées autrement qu'en concentrant sur elles une profonde attention. Toutefois cette hypothèse est détruite
(1) L'attentat dont il est ici question fut commis par les Genevois dans la nuit du 2 novembre 1582. S'étant emparés par surprise de Gaspard de Grailly, . coseigneur de Ville-la-Grand, ils l'avaient mis à mort, avaient brûlé son chàteau et enlevé sa femme, Guicharde Duret. Gaspard de Grailly était tuteur d'Abel Bessonnet ; dans la suite celui-ci réclama de la veuve et des enfants du défunt la reddition des comptes de tutelle, lesquels avaient été détruits lors de l'incendie du cháteau. De là le procés mentionné dans cette lettre. Par un arrêt, rendu à Turin le 31 octobre 1594, gain de cause fut donné à Mme de Ville-la-Grand. (Dans les piéces du procés, aussi bien que dans les lettres de saint François de Sales, elle est souvent appelée, par abréviation, M®* de Ville.)
* Ps. xvm, tt.
re perculsus argumento, quod meis exhortatiunculis interesse tantopere desideres, quas tamen cum habeam summa quadam intensione simul et attentione, alioquin cogitatione subaudire posses. (c) Sed prestat uni Franciscano Cherubino {1} mentem auresque prebere, quem tanto spiritus fervore concionantem audio, ut (d) in promptu jam habeamus : Deum ascendisse super Cherubin * et volasse.
Sed me jam D. de Chavanes 3), uti meas suis jungat litteras expectat, vir nostri amantissimus. Episcopo nostro hodie tuas reddidi summa sua voluptate. De Domini de Montrotier statu nihil suis hucusque compertum est.
Revu sur l'Autographe conservé au 1°" Monastère de la Visitation de Naples.
par votre vif désir d'assister à mes petites prédications, lesquelles vous devriez pouvoir entendre de la seule oreille spirituelle, puisque je les prononce avec autant d'attention que de force. Vous ferez mieux de ne préter l'esprit et l'oreille qu'au Franciscain Chérubin (1). J'apprends qu'il préche avec une si grande ferveur qu'elle semble réaliser cette parole : Dieu s'élève et prend son vol, porté sur les Cbérubins.
Mais M. de Chavanes (2), notre si cher ami, attend pour joindre sa lettre à la mienne. J'ai remis aujourd'hui votre lettre à notre Evéque; elle lui a causé le plus grand plaisir. Quant à M. de Montrottier, les siens jusqu'à présent n'ont encore rien appris sur son état.
(c) posses. — (Ni Franciscani nostri concionibus intentus... J (d) x! — [jam verum sit apud me...]
(1) Le P. Chérubin de Maurienne (Alexandre Fournier), Capucin, sur qui des détails biographiques seront donnés à l'occasion de la mission du Chablais. Bien que personne jusqu'ici ne l'ait avancé, il est certain que ce Religieux précha la station du Caréme à Chambéry en 1594. Deux piéces récemment découvertes dans les Archives municipales, prouvent en effet que le P. Chérubin se trouvait en cette ville dès le 3 mars et recevait, le s avril, en sa qualité de « Frere predicateur, » une somme de 6o florins allouée par les syndics. D'autre part, plusieurs raisons trop longues à énumérer démontrent que la Lettre XVII fut écrite par saint François de Sales durant le Caréme de 1594; c'est donc bien à cette époque qu'eurent lieu les prédications du « Franciscain Chérubin » auxquelles cette lettre fait allusion.
(2) Claude de Chavanes, docteur és-droits, conseiller du duc de Savoie, maître auditeur à la Chambre des Comptes de Genevois, seigneur de Manessy il avait été condisciple de saint François de Sales à Padoue.
AU MÉME
(unos)
Envoi d'une lettre de Mgr de Granier.
Annecy, mars 1594.
Amplissimo Senatori Antonio Fabro, Fratri optimo, Franciscus De Sales salutem dicit.
Cum hesterna die litteras R" Antistitis quas ad te mitterem accepissem, et non tam scribendi quam litteras mittendi otium occasionemque fecerit mihi nunc bonus hic vir, qui me, in itinere verius quam in urbe, in ipso discessu salutavit, non tantum laconice sed etiam incitate et præpropere potius scribere volui quam non scribere; excusatione dignum ratus si, per hac jejuniorum tempora, macillentam aliquantulum accipias epistolam, a me praesertim qui vix aliter soleo, et cui non tam edulii quam praesentiae tue recenti privatione arida videantur omnia et insipida.
Au trés illustre Sénateur Antoine Favre, son excellent Frère, François de Sales présente ses salutations.
Jai regu hier de mon Révérendissime Evéque une lettre à vous transmettre, et maintenant je n'ai que le temps de vous l'envoyer, car ce bon homme qui vous la portera est venu me saluer au moment de son départ, et en chemin plutót qu'en ville. Cependant je préfere vous écrire non seulement d'une façon laconique, mais à la hâte et avec précipitation, que de ne pas le faire du tout; car, dans ce temps de jeüne, j'ai pensé que je serais excusable de vous adresser une lettre un peu maigre, moi surtout qui rarement en écris d'autres, et qui, moins par la suppression des mets, que par la récente privation de votre présence, trouve tout fade et insipide.
* Gen., xxvn, 38; Ps. Lxv, 15. Cf.
supra, p. 40.
Corpore videlicet ac mente hucusque jejunus, mox mentis jejunium soluturus, dum e mensa Domini sacratissimam illam ferre pinguedinem medullatamque hostiam * tuo meoque nomine, uti soleo, et offeram et sumam.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
En ce moment, je suis encore à jeun de corps et d'âme; mais je ne tarderai pas à rompre le jeüne spirituel en me nourrissant à la table du Seigneur de cette tres sainte graisse de la ferre, de cette victime de choix que j'offrirai, comme j'ai coutume de le faire toujours, en votre nom et au mien.
AU MÉME
(MINUTE
La briéveté de cette lettre est occasionnée par le départ précipité du porteur. Témoignages d'affection.
Annecy, mars 1594.
Illud a te, Frater optime ac amantissime, enixe peto quasoque uti me iterum ad laconismum redeuntem benigne uti soles complectaris ; (4) [profectio] enim hujus [Tulliani] alioquin domestici hominis [me ad scribendum
Je vous prie et vous conjure, mon tres bon et très aimant Frère, d'accueillir avec votre bienveillance accoutumée le laconisme auquel je suis obligé de revenir ; car le départ de cet homme de la Thuille, qui est aussi notre domestique, m'oblige à vous écrire. Comment
(a) uti soles complectaris ; — [repentina enim hujus alioquin familiaris Tulliani profectio me ad scribendum...
— —á——— "ta — —À— 9. A dij RD m OO e ne
compellit]. Quomodo namque hominem domesticum litteris ad te meis vacuum abire permitterem ? Repentina nihilominus ejus profectio, commodum hoc et succisivum scribendi otium propemodum antevertit, cum, parentibus meis absentibus, rusticorum Tullianorum nomine negotium quoddam in urbe gesturus, fere alia via iter capere decrevisset.
Jam vero epistola illa tua postrema cum mea quam ad te eodem die scripseram adeo mente convenit, ut eosdem duorum fratrum animorum sensus esse, in amando praesertim, (b) clare commonstret, quamvis non uno quidem ore expressos, cum elegantia longissimo præcedas intervallo. Quo fit ut quod hactenus feci tu quoque vicissim faciendum existimes (€), ut nimirum qualis unus es in me talem me esse erga te nusquam dubites ; sic enim summa mea voluptate conficio omnino te fratrem amantissimum et omni meliori modo meum esse, qui adeo me fratrem tuum esse perspicio ut a me fere alter mihi
en effet laisser partir l'un de nos serviteurs sans lui remettre une lettre pour vous? Mais son départ précipité m'a óté le loisir et la facilité d'écrire à mon gré ; en l'absence de mes parents, il doit aller à Chambéry traiter une affaire au nom des paysans de la Thuille. ll était presque résolu à prendre une autre route [lorsqu'il s'est décidé à passer par Annecy].
Quant à votre derniere lettre, elle offre une telle harmonie de pensées avec celle que je vous ai adressée le méme jour, qu'elle montre clairement la parfaite unanimité de sentiments qui existe entre les deux frères, surtout en matière d'amitié, bien que ces sentiments ne soient pas exprimés de la méme manière, car par l'élégance de votre style vous me laissez bien loin derriere vous. En conséquence, il est juste qu'à votre tour vous fassiez pour moi ce que j'ai fait jusqu'à présent pour vous : puisque je vous tiens pour un ami hors de pair, que vous me considériez aussi comme tel ; vous devenez donc ainsi pour moi le frére le plus aimant, et tout mien de la meilleure manière possible, et je me sens devenu le vôtre, au point de me croire un autre homme que moi-méme. En effet, si je
(b) x! — unicam duorum fratrum animam unicamque prorsus mentem esse (c) feci — ambo simul deinceps faciendum existimemus
videar, ne si alter a me non sim, tyro grægarius, idem
summo meo incommodo cum tanto fabro esse nequeam. Bene vale, Frater optime, ac te iis Paschalibus quo
jucundius ver appetat nobis, hic habeamus efficias.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
n'étais pas différent de moi-méme, qui ne suis qu'un apprenti du commun, je ne saurais étre une méme chose avec un tel artisan.
Adieu, mon excellent Frere ; faites en sorte que nous vous ayons en ces fêtes de Pâques ; votre présence augmentera pour nous les charmes du printemps.
AU MÊME
(MINUTR)
Remerciements pour la protection accordée à diverses personnes. Attente de la prochaine visite du Sénateur,
Annecy, vers le 28 mars 1594.
Ego autem, Frater suavissime et optime, his omnibus preteritis diebus, non diligens tantum, sed anxius fui in quarendo uno ex multis qui ad vos iverunt (3), atque, quæ mea sors fuit, [de suo discessu me facturos] certiorem non inveni. Non enim id, vel a servis D. de
C'est non seulement avec empressement, mon tres bon et trés doux Frère, mais avec une véritable anxiété que j'ai cherché tous ces jours derniers à rencontrer un des nombreux personnages qui se sont rendus aupres de vous ; mais, par un regrettable contretemps, aucun ne m'a prévenu. Je ne pouvais supposer que les gens de M. de
(a) ad vos iverunt, — [non patienter... impatiens dilationis tante...)
Charmoysi (1), aut D. de Beaumont (2), vel a D. Porterio, Ecclesie nostra canonico, vel a Chappasio expectabam, uti me inscio discederent, quod vel in primis cause fuit ut de iis nihil inquirerem. Jam vero Chappasius laconicam mihi profert scribendi occasionem. Qua dum utor laconice, peto a te, Frater optime, ne unquam, si quidem me quod facis scribendo expleveris, satiatum credas. Sunt enim tue littere ejusmodi ut vel insipidissimum gustatum reficiant semper, obruant autem nunquam ; imperfectæ namque suavitatis est copia obtundere gustantem. Obruunt me potius tot tantaque beneficia quibus non sine labore Tullianis nostris tuam in Salesios tuos benevolentiam navasti ; qua, qua parte tui in me amoris sunt effectus, recreant illa etiam plurimum, obruunt dum cum tanto otii sacri tui incommodo proficiscuntur.
Mitto nobilem viduam Villæam, cujus causa, tum suo
Charmoisy (1), de M. de Beaumont (2), que M. Portier, chanoine de notre Eglise, aussi bien que Chappaz, dussent partir sans m'avertir, et c'est la principale raison pour laquelle je ne m'informai pas de l'époque de leur départ. Enfin Chappaz me donne un court moment pour vous tracer quelques lignes. J'en profite, mon excellent Frere, et je vous prie de croire que, bien que vous me combliez de vos lettres, vous ne parviendrez pas à m'en rassasier ; car telle en est la douceur que, loin d'accabler jamais, elles charmeraient toujours l'esprit le plus blasé, tandis qu'une douceur trop fade inspire le dégoüt. La seule chose dont je sois accablé, ce sont les bienfaits si nombreux et si grands par lesquels, non sans peine, vous avez montré à nos gens de la Thuille votre amitié pour la famille de Sales ; et si d'une part cette preuve d'affection me réjouit, de l'autre je déplore le sacrifice de vos précieux instants de loisir.
Je ne vous parle pas de la noble veuve Mme de Ville, puisque sa
(1) Charles Vidomne de Chaumont, seigneur de Charmoisy, Marclaz et Villy, remplit en France et en Italie diverses missions qui lui attirérent l'estime du duc de Savoie. Il avait épousé Françoise de Bellegarde, et mourut à Samoéns (1599) chez sa fille, mariée au seigneur de Vallon.
(2) Probablement Jacques de Menthon, baron de Beaumont et de Confignon, seigneur de Cohendier et de Sauterens, gentilhomme de la chambre de Son Altesse. Il était fils de Charles II de Menthon, et avait épousé en premières noces Jeanne de Cohendier et en secondes noces Jeanne de Charansonay, parente de la famille de Sales. Ce seigneur mourut en septembre 1630.
l'erent., Andria, t., I, scena 11, 33.
jure, tum mei gratia tam bene apud te est. Venio ad Rodulphum Mellierum, Torentianum rusticum (!), quem dum ut commendatum habeas peto, jam nunc gratias ago quantas maximas possum quod mea commendationi longe plus deferas quam meis meritis deferre te par esset. Neque vero cuiquam videri possum causam temerariam fovere velle, si quando ejusmodi tibi per ignorationem commendarem ; non enim aurichalcum pro auro dare velle mala fide videri debet qui peritissimo fabro offert. Sed missa hac jam facio ; « bona verba, quaeso *. » Venies igitur post festa Paschalia quamprimum , nihil jucundius accidere mihi potuit quam id audire ex D. de Charmoysi, quocum heri in multam noctem mihi de te fuit sermo. Expectamus te uterque (sic) avidissime ; hoc tamen cum incommodo meo, quod dies Crucifixo solemnes, qui mihi ob Divinorum tam solemnem et lectissimam
cause est en si bonne voie, soit parce qu'elle est juste, soit aussi parce que, en ma faveur, vous avez bien voulu la prendre en considération. J'en viens maintenant à Rodolphe Démeiller, ce bon paysan de Thorens (1) ; en le recommandant à votre bonté, je vous rends d'avance mille actions de grâces de ce que vous avez déféré à ma recommandation dans une mesure bien supérieure à mes mérites. Je ne crains pas qu'on m'accus: de vouloir favoriser une mauvaise cause, si par ignorance je vous en recommandais une qui füt telle ; car celui qui présenterait du cuivre pour de l'or à un orfévre aussi habile que vous ne saurait être soupçonné d'agir de mauvaise foi. Mais laissons tout cela ; « soyez-moi indulgent. »
Vous viendrez donc immédiatement apres les fêtes de Pâques : je ne pouvais recevoir de M. de Charmoisy une nouvelle plus agréable. Nous avons passé hier une bonne partie de la nuit à nous entretenir de vous. L'un et l'autre nous vous attendons avec une vive impatience ; mais avec cet inconvénient pour moi, que les jours solennels consacrés au divin Crucifié, lesquels m'auraient paru bien courts à
(1) Sans doute celui dont il a déjà été question Lettre XII, p. 35. La famille Démeiller existe encore à Thorens.
(Pour les différentes manières d'écrire les noms propres, voir l'Àvis au lecteur.)
celebrationem brevissimi mihi futuri erant, eo longiores sint quo te avidius expecto.
Vale, Frater, iterum et iterum suavissime.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
raison des cérémonies si graves et si belles qui les remplissent, me paraitront d'autant plus longs que je vous attends avec plus d'impatience.
Adieu, mon Frère deux fois aimé.
AU MÊME
(MINUTES INEDITE)
Désir de profiter des nombreuses occasions que procurera la belle saison pour se voir plus fréquemment. — Nouvelles de plusieurs amis communs.
Annecy, vers le 16 avril 1594.
Jam vero, Frater suavissime, iniquum prorsus ac ab omni humanitatis lege alienum [judico] si Paschales hosce lætissimos dies Quadragesimalibus in tanta agrorum, arborum aviumque vernantium amoenitate, tristi nescio quo silentio, conjungamus. Etsi namque incommodum est et inopportunum spontaneum omni sane tempore inter fratres silentium (quo me longe ab eo sensu abfuisse scias quem te aliquando secutum esse
A mon avis, trés aimable Frère, il serait tout à fait injuste et absolument en dehors de toutes les lois de la bienséance d'assimiler au temps du Caréme, par je ne sais quel triste silence, ces jours de Páques si pleins de joie, alors surtout que les prairies, les arbres, les oiseaux celebrent le printemps avec tant de suavité. Le silence entre fréres est toujours pénible, inopportun (voyez que je suis loin du sentiment que parfois je craignais un peu vous voir adopter) ; mais
subverebar),at vero longe nunc acerbius et iniquius esset, cum non modo colloquium, sed garritum verni ipsius temporis leges permittere videantur.
Neque tamen velim credas Domini Monodii (!) reditu alia ratione me non usum esse quam quod me inscio discesserit. Neque deinceps ipsa ad iter faciendum gratissima tempestas opportunitate carere sinet, cum litigatores vel recreationis gratia frequentissime ad vos proficiscentur. Quibus ne amantes diligentia cedant, curabo quam potero impensissime ut quod operae miserandum illud genus hominum suis discordiis ac inimicitiis [non] recte fovendis tam libenter insumunt et turpiter, id amicitie ac concordie liberaliter simul pariter et honestissime conservanda, per summam qua iis bonis inest voluptatem, amantes saltem acerrimi attribuant.
Atque eam in rem jam paratum habeo animum patris, habeboque omnino, uti me Senatoris nostri familie
ce silence serait bien plus amer, plus dur, aujourd'hui que les lois de la saison printaniére semblent nous permettre non seulement une conversation sérieuse, mais un babillage amical.
Si je n'ai pas profité du retour de M. Monod (1), c'est seulement, croyez-moi, parce que je l'ai ignoré. D'ailleurs, la saison si favorable aux voyages nous fournira plus d'une occasion de nous rapprocher, alors que les plaideurs, méme par simple divertissement, se rendront bien souvent auprés de vous. Pour ma part, je veillerai avec grand soin à ce que des amis comme nous ne le cédent pas à cette malheureuse sorte de gens. Puisqu'ils se donnent volontiers tant de peine pour entretenir leurs discordes et leurs inimitiés, la bienséance et la noblesse exigent que des amis trés affectionnés prennent au moins autant de soin pour conserver entre eux la concorde et l'amitié, à raison de la souveraine jouissance attachée à ce bien.
J'ai déjà sur ce point incliné le consentement de mon pere, et je lobtiendrai tout à fait pour m'adjoindre à la famille de notre
(1) Selon toute probabilité, il s'agit de l'avocat Georges Monod, originaire de Bonneville, père du célèbre Jésuite Pierre Monod. Dans le courant de l'année 1595, le duc de Savoie le destina aux charges de « senateur et conservateur de la gabolle... desquels offices il n'a jamais Jouy, prevenu par la mort. » (Archives de la Chambre des Comptes de Savoie.)
adjungam in eleemosinarium, si me, sicut spero, de suo itinere tantisper præmonuerit. Sin minus, quam primum sequar, ne Quadragesimalia, nisi tui conspectus saluberrimo [condimento] et ab initio et a fine condiantur, edulia pessime stomachum afficiant. Sic enim efficiam quod insolentius solent ventres quidam, qui, bacchanaliorum ritu Paschalia celebrantes, obtendunt consilium uti semper hinc inde inter bacchanalia, veluti carcere conclusam, retineant Quadragesimam.
Bene habet Antistes noster, tui cum primis amantissimus; Dominus item de Chavanes. Affinem vero nostrum D. de Charmoysi podagra torquet plurimum. Presses noster (!) ad suos Lutetianos crastina die proficiscitur, et quando reversurus sit nescio.
Bene vale, suavissime Frater, et Christum habeto propitium.
Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy.
Sénateur en qualité d'aumónier, pourvu qu'il me donne, ainsi que je l'espére, quelque avis de son départ. S'il en va autrement, je le suivrai le plus tót possible; les mets de Caréme chargeraient trop douloureusement mon estomac, si, au commencement et à la fin, je ne les relevais par le condiment trés salutaire de votre présence. J'imiterai en cela certains gourmands lesquels ont la coutume extravagante de célébrer les fétes de Pâques à la manière du carnaval, et semblent vouloir retenir le Caréme comme prisonnier, en le faisant précéder et suivre de bacchanales.
Notre Evéque, qui est l'un de vos meilleurs amis, se porte bien. ll en est de méme de M. de Chavanes ; mais la goutte fait terriblement souffrir notre parent M. de Charmoisy. Notre Président (1) part demain pour visiter ses Parisiens; j'ignore l'époque de son retour.
Portez-vous bien, Frère très aimable, et que le Christ vous protège!
(1) Le Duché de Genevois ayant été donné en apanage, le 14 août 1514, à Philippe de Savoie-Nemours, second fils de Philippe-sans-Terre duc de Savoie, ce Prince établit à Annecy le siége de ses états, et créa dans cette ville un Conseil présidial et une Chambre des Comptes. En 1594, le président du Conseil était « le sieur » Poille; le président de la Chambre des Comptes, Louis Floccard. (Archives de la Chambre des Comptes de Genevois.)
AU MÈME
(MINUTE) Prochaine réunion du synode diocésain. — Obstacle imprévu qui a empêché le Saint de se rendre à Chambéry. — Ses regrets en apprenant que le
Sénateur est allé inutilement à sa rencontre.
Annecy, vers le 25 avril 1594.
Quid facerem jam, mi Frater, aut quo me verterem, qui tam (è) ardenti tuo illi desiderio hactenus nec satisfeci, et jam exclusus penuria temporis in promptu satisfacere minime possum ? Ecce namque synodica tempora jam appetentia (1), clericis omnibus hujus provincie celeberrima, cui si non intersim anathemati caput ipsum objicio. Subsequitur deinde de reipublice nostra ecclesiasticæ negotiis per aliquot dies tractatio, quo toto tempore abesse me, quamvis inutilem, omnino non patitur R"' Antistitis et parentis authoritas.
— — — —Pr — —À —— —À — ——— —.——r—»—+—©—©»——————-—--++-+-+-+-+-— ———1—È—
Que ferais-je, mon Frère, et de quel côté me tourner, moi qui n'ai pas encore satisfait à votre désir, et qui ne puis maintenant y répondre, faute de temps? Car nous voici à l'époque tres solennelle du synode (1), auquel tous les membres de notre clergé sont tenus d'assister ; et m'en dispenser, ce serait attirer sur moi l'excommunication. Ensuite, vient pour quelques jours le reglement des affaires de notre Eglise ; et encore que j'y sois inutile, notre Révérendissime Evéque et pere ne permet absolument pas que je m'absente pendant tout ce temps.
(a) qui fam — [amanter ac ardenter expectanti complecti minime... |
(1) Un usage du diocése fixait ce synode pour chaque année au mercredi aprés le Dimanche du Bon Pasteur. En 1594, il dut avoir lieu le 37 avril,
At vero nudiustertius, cum venirem huc (1) uti sequenti die cum D. Copperio ad vos pergerem, cum ad tria circiter milliaria inter medios ac densissimos imbres processissem, sese mihi de quo nihil cogitaveram, ita se sane res habet, rapidissimus quidam torrens sese objicit qui nullo loco tum vado transiri poterat, sicque cogor retrocedere. Id autem causa fuit quo minus D. Copperio me in comitem adjungerem, qui ex opposito lacus littore iter habuit omnino pervium.
Angor desiderio incredibili id præstandi quod promisi, quod quamprimum potero faciam ; nullamque dicam diem ne obviam accedas iterum, quod te cum tali ac tanto comitatu semel fecisse, mei scilicet causa, nisi amor ille eximius (cæcusne dicam an cæcutiens ?) erga me tuus excusaret, intolerabile omnino videretur in tanto senatore. Id ubi rescivi, hesterna scilicet nocte, tanto me rubore sensi perfundi uti ne tuas quidem litteras amplius per summam verecundiam respicere auderem.
Avant-hier, me rendant ici (1) dans l'intention d'aller à vous le lendemain avec M. Coppier, apres environ trois milles de marche sous une pluie torrentielle, je fus arrété par un obstacle que je n'avais pas prévu, je vous assure : le torrent était si enflé qu'il ne présentait aucun endroit guéable, et je fus forcé de rebrousser chemin. C'est ce qui m'empécha de rejoindre M. Coppier, lequel faisait route sans difficulté par le cóté opposé du lac. |
Je suis pressé par un incroyable désir de tenir ma promesse, et je le ferai aussitôt qu» je le pourrai ; mais je me garderai bien de vous indiquer le jour, de peur que vous ne veniez encore à ma rencontre. Vraiment, si cette amitié extrême (je dirais aveugle ou presque aveugle) que vous me portez ne vous servait d'excuse, je jugerais intolérable qu'un sénateur aussi distingué que vous l'étes se fût dérangé une fois déjà pour moi avec toute une illustre compagnie. Lorsque je l'appris (c'était hier au soir), je sentis la rougeur me monter au visage, à tel point que je n'osais plus jeter les yeux sur votre lettre.
(1) Le Saint avait sans doute passé quelques jours dans sa famille, au cháteau de la Thuille. (Voir note (1), p. 47.)
Pudet me, Frater optime, majorem in modum tam vehementer expetitum abfuisse. Quid dicam ? Si mihi in mala causa bonus desit advocatus, actum quidem est de capite meo. At Saltorio (1) digna res erit ut in desperata causa remedio adsit præsentissimo, et mihi jam tam magno pudore et damno castigato veniam, utpote qua nemini noceat, obtineat. Utinam, mi Frater, quam imis persentio medullis ex hac re perturbationem quam primum Deus avertat ; alioquin fieri nunquam posse reor ut te exporrectis (sfc) videam oculis
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
Apres avoir été attendu avec tant d'impatience, je suis on ne peut plus confus, mon excellent Frére, d'avoir manqué au rendez-vous. Que dirai-je? Eh quoi! si dans une aussi mauvaise cause je suis dépourvu d'un bon avocat, c'en est fait de moi. Mais il est digne de Salteur (1) de plaider victorieusement une cause désespérée, et d'obtenir un pardon qui ne peut nuire à personne, pour celui qui est déjà puni de sa faute par la confusion qu'il en éprouve et par la perte qu'il a faite. Qu'il plaise à Dieu, mon Frère, me délivrer au plus tót du trouble que je ressens jusque dans les profondeurs de mon étre, sans quoi je cours risque de ne plus oser vous regarder en face! . . . . . , . . .
(1) L'avocat Jacques II Salteur, qui devait étre installé sénateur le 3 mars 1608. Son testament est daté de 1611. C'est ce personnage qui présenta la requéte de saint Frangois de Sales, sollicitant sa réception comme avocat au Sénat de Savoie, le 34 novembre 1593.
AU MÉME
Projet d'un pélerinage à l'église de la Sainte-Croix d'Aix. — Ordre que doivent suivre pendant le trajet les pèlerins d’Annecy et de Chambéry.
Annecy, vers le 28 mai 1594.
Senatori amplissimo Antonio Fabro, Franciscus Salesius, Ecclesie Gebennensis Præpositus, salutem dicit.
Fere conscriptam habebam jam epistolam aliam quam ad te mitterem, Frater suavissime, cum Soudanus tuam hanc ultimam undique Spiritus Sancti odorem suavissimum spirantem reddidit ; ego illa dimissa ut ad hanc responderem animum adjicio.
Laus ergo Deo per Christum pro vobis omnibus (ut Paulino jam utar scribendi modo *) quia fides vestra * Rom., 1, 8. nunc passim ubique annunciatur. Ad Aquas (1), uti
Au tres illustre Sénateur Antoine Favre, Frangois de Sales, Prévót de l'Eglise de Genéve, présente ses salutations.
J'avais presque achevé une autre lettre qui vous était destinée, mon tres aimable Frère, lorsque Soudan m'a remis de votre part cette derniére, qui est toute remplie de la tres suave odeur de l'Esprit- Saint. Laissant de côté la première, je réponds à celle-ci.
Louange soit donc à Dieu pour vous tous par Jésus-Christ, vous dirai-je avec saint Paul, farce que votre foi est maintenant annoncée partout. Le mardi de la Pentecóte, Dieu aidant, nous ferons à Aix (1),
(1) L'église de cette ville, placée sous le double vocable de Notre-Dame et de la Sainte-Croix, possédait une parcelle considérable de la vraie Croix, apportée de la Terre-Sainte par un seigneur d'Aix à l'époque des croisades.
LsrTwas I 5
xod., It, 3-5.
scribis, peregrinationem tertio Spiritui Sancto sacro die institutam, Deo dante, faciemus, non alio apparatu quam quo vidisti nuper cum adesses, easdemque Crucifixi Litanias dicemus. Calceamenta pedum nostrorum solvemus, locum enim ad quem pergemus sanctum existimamus, ligno illo pretiosissimo exornatum in quo Deus longe ardentiori charitatis specie quam in rubo illo Mosaico majoribus nostris apparuit *. Non tamen totum iter, sed quaedam tantum milliaria nudis pedibus conficiemus, ea enim lex non sine causa dicta est. Et quoniam recreandis viribus necessarium erit cibum aliquem capere, in unum omnes idemque hospitium secedere decrevimus, in quo dum omnes simul modestissime ac frugaliter prandebimus, pii alicujus libelli lectio audiatur, ne videlicet sacrae peregrinationi prophana admisceatur confabulatio. Horam certam vix possum ego dicere, cum turba plurima eidem peregrinationi nobis invitis sese addixerit, praesertim nonnullae matrona, quas quia ad Communionem ceteraque pia exercitia Societas hec nostra ab initio admisit, ab hoc cœpto repellere
ainsi que vous l'écrivez, le pelerinage convenu. Le cérémonial ne sera pas différent de celui que vous avez vu dernierement quand vous étiez ici, et nous dirons les mémes Litanies de Jésus crucifié. Nous óterons les souliers de nos pieds, car nous regardons comme saint le lieu où nous nous rendons, ce lieu orné du bois tres précieux sur lequel Dieu s'est montré à nos peres avec une charité bien plus ardente que dans le buisson de Moise. Toutefois nous ne ferons pas tout le chemin pieds nus, mais seulement quelques milles, car ce n'est pas sans raison que nous l'avons ainsi réglé. Comme il sera nécessaire de réparer nos forces en prenant un peu de nourriture, nous avons résolu de nous retirer tous sous un méme toit, où nous dinerons ensemble modestement et frugalement, écoutant la lecture de quelque livre de dévotion, afin que nul discours profane ne se méle aux conversations pendant ce saint voyage. Je ne puis guere vous dire l'heure précise, puisque, contre notre gré, une foule nombreuse s'est jointe à nous pour ce pelerinage, principalement quelques dames que tous nos arguments n'ont jamais pu faire changer de résolution, notre Confrérie les ayant, dès le commencement, admises à la
nullis unquam potuit verbis (1). Sane ante meridiem ad Sancte Crucis Aquentium ecclesiam Missa sacra audiemus, atque adeo ante meridiem vel decima vel undecima hora adesse nos posse credimus, vel forsitan citius. Vestrum erit siquidem eodem die veniatis, nos, quia viciniores estis nec aliis hominum cuneis impediti, ibidem expectare.
Ita, mi Frater, non poterit ea non esse vera fraternitas que ad ejus ligni conspectum jurejurando firmanda est quod coelites ipsos immortales mortalibus hisce inferioribus conciliavit *. Neque vero prætermittam unum hoc loco mirandum, quod vos eo ipso scivistis momento hujus nostrae peregrinationis decretum quo vixdum statutum inter nos fuerat ; extrema namque Mercurii die hac de re deliberavimus, ut divinitus factum videri
Communion et autres pieux exercices (1). Nous entendrons la Messe en l'église de la Sainte-Croix d'Aix sürement avant midi, et méme nous croyons pouvoir arriver à dix ou onze heures du matin, peut-étre plus tót. Puisque vous venez le méme jour, vous aurez à nous attendre là, parce que vous étes plus rapprochés et que vous n'étes point embarrassés d'un si grand nombre de personnes étrangeres au pelerinage.
Ainsi, mon Frere, il sera impossible qu'elle ne soit pas véritable cette fraternité, laquelle doit étre jurée en la présence de ce bois qui a réconcilié les immortels des Cieux avec les mortels d'ici-bas. Et il ne faut pas que j'oublie une chose merveilleuse : vous avez su que notre pélerinage était décidé au moment où nous venions à peine de prendre cette détermination, car c'est mercredi soir seulement que nous avons délibéré à ce sujet ; de sorte qu'on peut attribuer à une inspiration divine ce fait que, portant les regards sur la méme Croix, nous
(1) On sait que saint François de Sales avait érigé à Annecy, le 1°" septembre 1593, avec l'assentiment de Ms" de Granier et le concours des chanoines, la Confrérie des Pénitents de la Sainte Croix, dont lui-méme avait dressé les Statuts (voir tome VII de la présente Edition, note (1), p. 80). Les congratulations qu'il adresse à son ami ont évidemment trait à l'érection de la Confrérie de Chambery, qui eut lieu le Dimanche de la Pentecôte, 29 mai 1594. Cet acte fut sanctionné par un arrét du Sénat, le 30 décembre de la méme année,
* Coloss., 1, 30.
possit, ut qui ad eamdem respiciebamus Crucem, eum- * [ Tim., 1, 17. dem sensum receperimus. Soli Deo gloria*.
Leges hujus nostra Societatis ex ordine descriptas jam habeas ; si quid incommodum vobis videbitur pro locorum varietate, immutabitis. Haec una omnino vobis nobisque lex sit perpetua, uti fratres hinc inde vicissim omnes et
*IJoan., m 1. — filii Dei nominemur et simus*.
Sed jam iter ipsum aggrediamur. Bene vale, mi Frater suavissime, amantissime, dulcissime, ac Crucifixum habeto propitium. Salutamus te iterum quotquot sumus cæterosque omnes sanctissima Crucis filios, sperantes protinus vos videre et os ad os loqui, ut gaudium
* II Joan., J. 13. omnium nostrum sif plenum in Domino *.
avons eu les uns et les autres le méme sentiment. A Dieu seul en soit la gloire.
Je vous envoie les Statuts de notre Confrérie mis en ordre ; si quelque point vous parait offrir des inconvénients à cause de la variété des lieux, vous le modifierez. Il faut seulement que vous et nous ayons à jamais cette unique loi, d'étre non seulement affeles, mais d'étre en effet tous freres et enfants de Dieu.
Mais il est temps de nous mettre en chemin. Adieu, mon tres aimable, trés aimant et tres doux Frére, et que le divin Crucifié vous soit propice. Nous vous saluons encore une fois, tous tant que nous sommes, et nous saluons aussi tous les autres enfants de la tres sainte Croix, espérant de vous voir au plus tót et de vous farler bouche à bouche, afin que notre joie soit pleine dans le Seigneur.
S dé TI
AU MÉME
(MINUTE
Le Sénateur est attendu à Annecy; plusieurs maisons lui sont offertes. I1 est instamment prié d'amener sa femme.
Annecy, vers le 7 juin 1594.
Fratri suavissimo Antonio Fabro, Senatori amplissimo, Franciscus De Sales salutem dicit.
Expectabunt te quamplurimi, suavissime Frater, ad extremum diem decimumquintum calend. Julii. Ego vero cum D. de Charmoysi, affini nostro, paulo citius expectaturi sumus ; quorum enim longe majus futurum est bonum, expectationem anteriorem esse par est.
De domo quam (2) urbanam in epistola ad D. de Charmoysi appellas nihil est quod cures, habemus enim paratam, non unam tantum aut alteram, sed tertiam quoque ; quandoquidem uti mea hoc nomine censeatur velle non debeo, Domini vero de Charmoysi, ut video, tu
A son très doux Frère Antoine Favre, tres illustre Sénateur, François de Sales présente ses salutations.
Bon nombre de nos amis vous attendront le 17 juin au soir; mais notre parent, M. de Charmoisy, et moi nous vous attendrons de meilleure heure. Il est juste que ceux dont le bonheur doit être plus grand devancent, en vous attendant plus tót, le moment de le goüter.
Ne vous mettez nullement en souci de ce que, dans votre lettre à M. de Charmoisy, vous appelez une maison de ville. Nous en avons non seulement deux toutes prétes, mais trois, puisque je ne dois pas vouloir que la mienne porte ce nom, et je vois que vous n'avez
(a) quam — [civilem velJ
ipse noluisti. (P) Laconismum non tam verborum quam temporum inopia sequar.
Bene vale, expectatissime Frater. Suavissimæ sorori, conjugi tua clarissime et charissimæ (1), salutem dicerene debeam non satis scio, qui te illi jam nolim sane addicere nisi tu ipse vicissim eam etiam nobis tecum addicas. Christum vobis precor propitium et nobilissimis liberis.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
pas voulu celle de M. de Charmoisy. Je vise à la briéveté, faute de loisir et non de choses à vous dire.
Adieu, mon Frere impatiemment attendu. Je ne sais trop si je dois envoyer mes salutations à ma trés aimable sœur, votre épouse trés distinguée et trés chère (1), car je ne voudrais pas la reconnaitre pour vótre si, à votre tour, vous ne la rendiez nótre ainsi que vous. Je prie Jésus-Christ de vous étre propice à tous deux et à vos tres nobles enfants.
(b) noluisti. — [Utinam vero uxor suavissima non magis tibi hic deesset quam domus. J
(1) Benoite Favre, dame de Vaugelas, fille de Claude Favre et de Jacquemine Guinet; son contrat de mariage est daté du 1°" janvier 1581. Le Sénateur épousa en secondes noces, avant septembre 1606, Philiberte Martin de la Pérouse, qui fut inhumée à Chambéry le 11 janvier 1624.
AU MÉME
(MOrUTE )
Déception du Saint et de ses amis en ne voyant pas arriver le Sénateur. Le Prévót va précher à La Roche.
Annecy, 15 juin 1594.
Quod D. de Charmoysi affini nostro scripseras, te ad diem postremum Veneris vel Sabbathi venturum, utroque die fuimus cum D. de Chisse (1), vicario R"' Episcopi nostri, D. de Montrotier et de Noveri (?) in insidiis inter utrumque iter ad solis occasum usque, ut te, sicuti prioribus scribebam litteris, paulo citius expectaremus quam reliqui plurimi. Atque nihilo fere minus te inter cænandum apud Dominum de Charmoysi frequentissime
Comme vous aviez écrit à notre parent, M. de Charmoysi, que vous viendriez vendredi ou samedi soir, M. de Chissé (1), grand-vicaire de notre Révérendissime Evéque, M. de Montrottier, M. de Novery (3) et moi nous sommes tenus chaque jour en embuscade entre les deux chemins jusqu'au coucher du soleil, afin de vous attendre, ainsi que je vous l'avais écrit précédemment, un peu plus tót qu'un grand nombre d'autres. Notre déconvenue ne nous a pas empéchés de vous envoyer force compliments en soupant chez M. de Charmoisy, où
(1) Frangois de Chissé, coseigneur de Pollinge, chanoine de Saint-Pierre de Genéve, puis vicaire général et official en 1591. Le rare mérite de ce jeune ecclésiastique et sa parenté avec M*' de Granier semblaient le désigner pour succéder à son oncle dans l'épiscopat. Lui-méme cependant joignit ses propres instances à la requéte du Prélat sollicitant auprés de Clément VIII (1599) la coadjutorerie de Genève pour saint François de Sales.
(3) Amblard-Philibert, fils de Georges Vidomne de Chaumont, seigneur de Novery et de la Chapelle, et d'Emmanuelle-Philiberte de Menthon-Montrottier. Il épousa en premiéres noces Marguerite de Rossillon, et en secondes noces Philiberte de Jase. Nommé premier chevalier de la Chambre des Comptes de Savoie et conseiller d'Etat, il mourut en 1634 ou 1655.
salutavimus, quid causæ esse posset, mi Frater, cur non venires, in utramque partem ad multam noctem disputantes. De solemni quidem Sancto Sacramento Dominico die veniebat in mentem, sed Dominus de Charmoysi ex tua ad eum epistola confutabat. |
Plurimum autem mea intersit (sic) hac retardatio, etsi hodierna die venires, qui die Mercurii ad Rupenses concionandi gratia pergo (1). Ergone te accedente discedam ? Non facerem omnino nisi scandali vitandi causa subesset, et si te non antea venturum credidissem, nullis rationibus iturum me recepissem. (3) Tuum est videre quanam ratione tantam meam jacturam resarcire velis Sane cujusvis diei major pars est horarum septem primarum.
Jam ergo quando venire non vis, salutem plurimam clarissima uxori tuæ quam impensissime dico, itemque nobilissimis liberis. Dolorem quem sentio cohibeo quanto possum maximo conatu, cum qui raptim scribere cogor,
nous avons discuté jusque bien avant dans la nuit sur les raisons qui vous avaient arrêté, mon Frère. On pensait à la solennité du Dimanche du Saint-Sacrement ; mais, d'après la lettre qu'il a reçue de vous, M. de Charmoisy réfutait cette supposition.
Quoi qu'il en soit, alors méme que vous arriveriez aujourd'hui, ce retard peut étre bien fácheux pour moi qui me rends mercredi à La Roche pour prêcher (1). M'en irai-je donc quand vous venez ? Assurément je ne le ferais pas sans la raison du scandale à éviter, et si je n'avais cru que vous arriveriez plus tót, rien n'aurait pu me déterminer à cette absence. A vous maintenant de voir comment vous me dédommagerez d'une perte si considérable. Songez seulement que les sept premieres heures du jour en constituent la majeure partie.
Si donc vous ne voulez pas venir, laissez-moi saluer cordialement votre digne épouse et vos nobles enfants. Je réprime autant que je le puis, et avec bien des efforts, la peine que j'éprouve, ne pouvant
(a) me recepissem. — [Non enim aliter petentibus obtemperassem quam si et quando credidissem... J
(1) Voir tome VII de la présente Edition, p. 183.
cum stomacho et modestia simul non possim. Bene vale (b).
(c) Habes urbanas domos quibus utaris si venias, ne te haec moretur dubitatio. (4) « Cuncta timemus amantes *; » facile est enim minus volenti excusationes invenire. De valetudine tua nihil ambigo, audivimus enim ex itinere virum qui te togatum ambulantem animi gratia die Veneris viderit.
Bene vale, et tertium Principis decretum ut venias, si ita tibi e re tua esse videbitur, expecta.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
en méme temps, dans une lettre écrite à la háte, allier le courroux et la modération. Adieu.
Ne vous laissez pas arréter par la crainte de n'avoir pas d'appartement ; si vous venez, vous aurez des maisons de ville à votre disposition. « Tout éveille les craintes de ceux qui aiment, » parce qu'il est facile, quand on n'a pas une tres bonne volonté, de trouver des excuses. Je n'ai aucune inquiétude au sujet de votre santé, car nous avons entendu dire à un voyageur qu'il vous a vu vendredi vous promener en grande tenue.
Adieu, et attendez un troisiéme arrét du prince pour venir, s'il vous semble à propos.
(b) Bene vale — [et saltem nos ama.]
(c) [Les deux alinéas suivants sont inédits.]
(d) kac — Fexcusatio retineat. D. de Charmoysi universam familiam tuam nobilissimam salutat. |
* Ovid., ubi supra, P. ro.