A FRANÇOIS GIRARD PRÉVÔT DE L'ÉGLISE NOTRE-DAME DE BOURG
(MINUTE
Congratulations pour le zéle qu'il déploie au service de Jésus crucifié, et pour son agrégation à la Confrérie de la Sainte Croix.
Annecy, fin aoüt 1594.
(4) Et vero nunc tibi ex animo gratulandum est, clarissime Girarde, cum te totis viribus sub sanctissimi
Il faut maintenant vous féliciter du fond du cœur, excellent Girard, puisque nous vous voyons combattre de toutes vos forces sous
(a) [Les lignes suivantes, écrites en haut de la minute, représentent probablement la première pensée du Saint pour le commencement de cette lettre :]
Nulla deinceps tecum utar excusatione; scribam quam frequentius potero. « Bos lassus, » ut divus dixit Hieronimus, « fortius figit pedem. » Et tu in hac jam provecta state graves hæreticorum inimicitias cum sustineas...
(1) François Girard, official de Bresse pour l'Archevéque de Lyon dès 1569, puis prévót de l'église Notre-Dame de Bourg en 1585. Cet ecclésiastique, de
Crucifixi signo (b) serio militantem videamus. Quid enim est quos Deus odivit odio habere ef super inimicos Crucis tabescere * quam pro Christo decertare? Nulla gloriosior bene de Deo ipso et Ecclesia merendi occasio potest esse quam hac quae tibi summa Dei providentia occurrit. Et quidem facillimum est cuique Christiano ac omnibus fere obvium, Christum languentibus medentem (©), mortuos excitantem sequi, at Christum languentem et morientem id paucissimis concessum est. Non arduum est admodum Crucem erectam amplecti dum nemo impellat nitaturve disturbare, at contra pugnantium impetum eam ne labatur sustinere, id confirmate virtutis est. O fœlix pugna in qua Christo pariter et morimur et vivimus *. Quid, quaeso, tanta religione gloriosam nobis antiquorum
l'étendard du très saint Crucifié ; car n'est-ce pas combattre pour le Christ que de hair ceux que Dieu hait, et de sécher de douleur à cause des ennemis de la Croix? Vous ne pourrez jamais rencontrer une occasion plus glorieuse pour bien mériter de Dieu et de l'Eglise que celle qui vous est présentement offerte par la souveraine providence divine. Oui sans doute, il est trés facile à un Chrétien, et c'est une chose pour ainsi dire à la portée de tous, de suivre Jésus-Christ guérissant les infirmes, ressuscitant les morts ; mais de suivre Jésus- Christ souffrant et mourant, voilà ce qui n'est accordé qu'à un fort petit nombre. Il n'est pas trés pénible d'embrasser la Croix lorsqu'elle est debout, que personne ne l'ébranle et ne s'efforce de la renverser ; mais la soutenir contre le choc des assaillants pour qu'elle ne tombe pas, voilà le propre d'un courage éprouvé. O bienheureux combat dans lequel à la fois nous mourons et nous vivons pour le Christ ! Qu'est-ce qui a, je vous le demande, environné de tant de gloire et
(b) [vexillo] (c) Janguentibus medentem, — Tdæmones fugantem,
concert avec les autres chanoines et les syndics de la ville, prit, en 1594, des mesures vigoureuses pour empêcher l'hérésie de s'infiltrer à Bourg. (Regeste de l'église Notre-Dame de Bourg, par J. Brossard, 1897.) C'est à ce propos que saint Frangois de Sales lui adresse ses félicitations.
Il est l'auteur de l'Anfipathia ou Antithèse qui parut comme pièce préliminaire dans la Defense de l'Estendart de la sainte Croix, publiée pour la première fois en 1600. (Voir la Préface du tome II de notre Edition, p. xu, note (1), et l'Appendice III, pp. 412-421.)
* Cf.Ps.cxxxvim, 21.
* Rom., xiv, 8.
* II Cor., xi, 26; Galat., n, 4.
* Luca, vi, 40.
* Epist. cu, ad Au- 8 2.
Ecclesiæ Patrum memoriam commendavit quam quod nullis se minis a Crucifixi patrocinio (ut interim ita loqui concedas) abduci se passi sint? Martinos sane, Chrysostomos, Hilarios, Damascenos nulla adeo sursum evexit eruditio quam ea Christiani animi celsitudo qua Imperatoribus cæterisque falsis fratribus* pugnam pro Christo indixerunt, fortesque sese omnino ad prelia Domini prælianda praebuerunt.
Qua quidem non eo animo a me esse dicta velim intelligas quo tibi animum addere vellem ; non enim est discibulus super magisirum *,(4) et importunum omnino foret te veteranum et gravioris armature militem a gregario tyrone doceri. Gratulor potius tibi majorem in modum quod in provecta jam hec ætate, tam alacriter bellum pro Christo susceperis ac susceptum sustinueris; ut verum jam sit illud etiam de te pronunciare quod est apud Hieronimum * : « Bos lassus fortius figit pedem. » Qua tua mihi gloria eo suavior est perfecta, quo nuper te in confratrum ex Cruce nostrorum numerum majore cum oblectamento
d'une si religieuse vénération la mémoire des anciens Pères de l'Eglise? C'est que jamais aucune menace n'a pu les empécher de patronner (permettez-moi cette expression) la cause de Jésus crucifié. Ce n'est certainement pas la science seule qui a élevé si haut les Martin, les Chrysostome, les Hilaire, les Damascène ; mais bien plutót cette magnanimité chrétienne avec laquelle ils ont déclaré la guerre pour le Christ aux empereurs et aux autres faux freres, et se sont montrés intrépides à combattre les combats du Seigneur.
Ne vous persuadez pas, du reste, qu'en vous disant ces choses je prétende exciter votre courage. Le disciple n'est pas au-dessus du maître. Il serait en effet déraisonnable qu'un vétéran accoutumé à porter la plus lourde armure reçût les leçons d'un nouvel enrólé. Bien plutôt, je vous félicite hautement de ce que, dans un áge avancé, vous avez entrepris et poursuivez si hardiment la guerre pour le Christ. Nous pouvons avec vérité vous appliquer la parole de saint Jéróme : « Le bœuf fatigué enfonce plus fortement le pied. » Votre gloire me
(d) [A partir d'ici cette lettre est inédite.]
renunciavit vir optimus et ipsa canitie venerandus, Joannes Tissotius (!, communis hujus Confraternitatis prior meritissimus ; ut jam certo quodam jure omnium nostrum bona videantur esse communia qui, tum aliis nominibus tum hoc peculiari fratres ex Cruce censemur. Quo fiet ut et nos gloria tam praeclari tui certaminis et tu nostris pracibus et sacrificiis participes vicissim efficiamur.
O nimium dilecte Deo, tibi militet ether !
Dominus tibi adjulor, non timebis quid facit tibi
homo *.
Commilitoni tuo, viro clarissimo Domino Fabro, sa-
lutem plurimam dico. Bene vale.
Revu sur l'Autographe, dont la partie déjà publiée est conservée à la Visitation d'Annecy et la partie inédite à la Visitation de Turin.
devient d'autant plus douce que l'excellent Jean Tissot (1), déjà vénérable par ses cheveux blancs, trés digne prieur de notre Confrérie, vous a derniérement inscrit avec plus de bonheur au nombre des confréres de la Croix; car maintenant il y a entre nous une certaine communauté de biens à divers titres, et principalement parce que nous sommes fréres dans la Croix. En conséquence nous participons aux avantages les uns des autres : nous, à la gloire de vos combats, vous, au mérite de nos prières et de nos sacrifices.
O bien aimé de Dieu, que le Ciel vous soit en aide!
Le Seigneur est votre défenseur, vous ne craindrez pas ce que l'homme fera
contre vous.
Je salue votre compagnon d'armes, l'illustre seigneur Favre. Adieu.
(1) Jean Tissot, chanoine de Saint-Pierre de Genéve et vicaire général en ‘1569. C'est lui qui en 1578 délivra à saint François de Sales, alors âgé de onze ans, les lettres dimissoriales pour la réception de la tonsure. Ce vénérable prétre lui succéda (1594) dans la charge de prieur de la Confrérie de la Sainte Croix, charge que le Saint dut résigner en vue de son prochain départ pour le Chablais. Jean Tissot mourut en juin 1597.
* Ps. cxvi6; Heb., xim, 6