‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 23 sur 64 · A MONSEIGNEUR ALPHONSE DELBENE, ÉVÉQUE D'ALBI · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR ALPHONSE DELBENE, ÉVÉQUE D'ALBI

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Protestations de respect et de dévouement.

Forteresse des Allinges, milieu de novembre 1594.

Qua mihi causa fuit hactenus quominus tuam humanitatem, gravissimis semper studiis vel occupationibus intentam, litteris aliquot meis provocarem, observantia nimirum summa ac praecipua qua te veneror ac suspicio, ea me nunc ad scribendum peculiari jure compellit. Cum enim te discessum ad Albienses tuos parare audiverim, non debui committere quin, sin minus sacras illas

Le trés grand respect et la profonde vénération dont je suis pénétré à votre égard m'ont seuls empéché jusqu'à présent de vous prévenir par mes lettres, sachant Votre Seigneurie toujours appliquée à des études ou à des occupations trés importantes. La méme cause me presse à bon droit de vous écrire aujourd'hui. J'ai entendu dire en effet que vous vous préparez à votre départ pour Albi, et, s'il ne m'est pas possible d'aller, comme il conviendrait, baiser religieusement

(1) Alphonse Delbene (ou Del Bene, d'Elbéne, etc.) naquit à Lyon vers 1538, d'une noble famille florentine que les persécutions des Médicis avaient obligée à s'expatrier. Il reçut les grades de docteur en droit, après avoir étudié à Bourges sous Cujas, et devint, en 1550, Abbé commendataire d'Hautecombe (voir note (2), p. 76). Sénateur en 1574, historiographe et conseiller d'Etat, il obtint encore de Charles-Emmanuel I°" (1594), pour lui et pour les Abbés ses successeurs, le titre de sénateur-né du souverain Sénat de Savoie. Delbene avait été nommé Evéque d'Albi par Henri III (1588) et sacré à Hautecombe par M5" de Granier (1589). Accusé quelques années plus tard d'avoir entretenu de secrétes intelligences avec les ennemis du duc de Savoie, il perdit les bonnes grâces de ce prince, qui exigea la saisie des revenus de l'abbaye et porta plainte au Pape. Bien que réconcilié dans la suite avec son

tuas manus religiose coram uti par est exosculari queam, saltem et veniam a te peterem simul ac, levi licet significatione, testatum facerem me immortali recordatione tuam illam qua me quondam complexus es benevolentiam animo servaturum, tuæque Paternitatis Reverendissime perpetuum ac humillimum cultorem futurum.

Quod cum ita sit, tuæ erit humanitatis ac amplitudinis, mihi inter tuos ita locum aliquem fixum firmumque attribuere, ut me non minus unquam tuum existimare possis quam esse possim, et quando tuorum Allobrogum numerum inire placuerit, ego ultimus in mentem tandem tibi veniam, qui si propensionem ac erga te observantiam animorum tam probe perspectam haberes quam merita, inter primos facile apparerem.

Quod reliquum est, nobis tuisque omnibus Albigensibus ac reipublice litterariæ Christum quam diutissime

vos mains sacrées, il est au moins de mon devoir de vous en demander pardon, et je ne voudrais pas y manquer. Ce faible témoignage de gratitude vous prouvera l'impérissable souvenir que je garde de la bienveillance dont vous m'avez précédemment honoré; il vous montrera également mon désir d'étre à jamais le tres humble serviteur de Votre Révérendissime Paternité.

Les choses étant ainsi, il appartiendra à votre bonté et à votre magnanimité, Monseigneur, de m'attribuer entre ceux qui vous sont dévoués une place si süre et si stable que je ne puisse jamais étre moins vótre que vous n'aurez daigné me croire. En conséquence, lorsqu'il vous plaira de faire le dinombrement de vos Allobroges, je me présenterai enfin le dernier à votre mémoire ; je serai d'ailleurs facilement des premiers si vous voulez bien prendre en considération non pas le mérite personnel, mais l'estime et l'affection dont tous ces cœurs vous entourent.

Pour nous, unissant nos prières à celles de tous vos Albigeois et

souverain, l'Evéque d'Albi ne séjourna plus en Savoie et il échangea, en 1605, son abbaye d'Hautecombe contre celle de Mézières (Bourgogne). Il mourut le 8 février 1608 et fut inhumé dans son église cathédrale d'Albi.

Alphonse Delbene occupe un rang distingué parmi les littérateurs. Ronsard Jui dédia son Art poétique; Juste Lipse, son Recueil d'inscriptions. Lui-méme composa plusieurs ouvrages historiques qui méritent d'être consultés.

habeas servatorem, ac Albigenses tuos ita ad Christianam disciplinam compositos ut ex tua præsentia tantum percipiant fructum ac voluptatem quanta nos ex absentia et dolorem et jacturam.

Ex arce Allingiana.

de ceux qui cultivent les lettres, nous demanderons au Seigneur de vous conserver longues années et de rendre vos diocésains parfaitement soumis au joug de la religion. Ils retireront ainsi de votre présence autant de bien et de plaisir que votre absence nous causera de douleur.

De la forteresse des Allinges.

AU SÉNATEUR ANTOINE FAVRE

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