AU PÉRE ANTOINE POSSEVIN, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS
(MINUTE
Assurance de respectueux attachement. — Le Saint parle de son ordination et de ses débuts dans le ministére.
[Entre le 8 et le 20 décembre 1594.1
(a) Monsieur [mon Reverend Pere],
Je fays tant d'estat de lhonneur que j'ay eu a Padoue d'estre receu en roole avec vos enfans spirituelz, que je penserois avoir faict une perte signalée si j'estois rayé de ce nombre. Pour me nourrir en vostre memoyre [et]
(a) Mons' mon R. P.
Les faveurs et l'amitié que j'ay receu si abondamment de vous a Padoüe, desquelles je nourris tousjours une fraiche et vive memoyre, m'ont faict tousjours desirer de sçavoir de vostre santé, fret me persuadent que vous seres ayse de sçavoir que je suys devenu...) de laquelle ayant esté asseuré par ceux qui viennent de pardela et encores, il y a quelques moys, par le Pere Jean de Lorini, j'ay pris asseurance en vostre bonté que vous recevries contentement de sçavoir de mes nouvelles comme d'un de vos humbles enfans; qui m'a faict donner ceste lettre a ce mien amy pour la vous præsenter, afin que...
(1) Antoine Possevin, né à Mantoue en 1534, entra dans la Société à Rome en 1559. Aprés une mission trés fructueuse parmi les hérétiques des vallées du Piémont, il fut nomm Recteur à Avignon, puis à Lyon, et précha avec succés dans les plus grandes villes de France. Son dévouement à l'Eglise et son génie pour les négociations diplomatiques lui méritérent la confiance de Grégoire XIII, qui l'envoya en qualité de nonce dans diverses contrées de l'Europe. Il détermina le roi de Suède, Jean III, à abjurer le luthéranisme, obtint un traité de paix entre la Russie et la Pologne (15 janvier 1582), s'efforça de réunir les Grecs schismatiques à l'Eglise romaine et convertit grand nombre d'hérétiques. Revenu à Padoue en 1587, il y composa son grand ouvrage,la Bibliotheca Selecta, qui fat imprimé aux frais du Pape Clément VIII. C'est dans cette ville que Frangois de Sales, alors étudiant, connut le célébre Jésuite et se plaga sous sa direction, Possevin mourut à Ferrare le 35 février 1611,
conserver ce bien pour moy, je vous ay voulu addresser ceste lettre comm'une humble requeste, pour vous supplier m'entretenir tousjours (5) en la faveur laquelle une foys vous m'avies accordée, n'ayant rien faict des lors qui m'en puysse priver, sinon que ce fut d'avoir tant attendu de vous escrire et salluer. En quoy, le peu d'asseurance que j'avoys du lieu ou vous esties et le respect que je dois a vos occupations me pourroit beaucoup excuser, puysque je n'ay pas layssé de demander a toutes occasions de vostre santé, tant quil y a quelques moys que j'en eus des nouvelles par le P. Jean Lorrini (!). Mays le seul souvenir de vostre bonté m'en promet un total pardon.
Et au reste, pour vous rendre quelque conte du vostre despuys que je suys de retour d'Italie, je me suys tellement faict ecclesiastique que j'ay celebré Messe le jour de saint Thomas l'Apostre dernier, en nostre eglise cathedrale de Saint Pierre de Geneve, ou je suys indigne Prævost, qui est la premiere dignité apres l'episcopale, et, par le commandement de mon Evesque, des (©) demy annee en ca j'ay prasché icy et ailleurs parmi le diocese la parole de Dieu () ; en quoy je m'accuseroys bien fort de temerité si l'obeissance ne m'en avoit osté le scrupule.
(b) fousjours — [au grade auquel...) (c) des — [que je suys d'Esglise... un [an]... neuf moys...]
(1) Jean de Lorini (ou de Lorigny), né à Avignon (1559), entra au Collège Romain le 20 octobre 1575 et fit ses quatre vœux à Milan le 5 janvier 1597. Aprés avoir enseigné la philosophie à Rome, à Paris, à Milan, il était lecteur en théologie daus cette derniére ville lorsque saint Frangois de Sales l'invita à venir en Chablais pour soutenir des conférences avec les ministres hérétiques (1597-1598). Le P. de Lorini fut pendant vingt-quatre ans au nombre des censeurs de la Compagnie et théologien du Général. Il mourut à Dóle le 26 mars 1634, après avoir publié des commentaires de la plus haute valeur sur les Psaumes et sur plusieurs autres livres de la Sainte Ecriture.
(2) La phrase qu'on vient de lire, et méme tout l'ensemble de cette lettre, prouverait qu'elle a été écrite dans les premiers mois de 1594 (on sait que saint François de Sales commença ses prédications en juin 1593). Cependant une preuve matérielle oblige à la placer vers la fin de l'année. Cette minute étant écrite dans les marges et les interlignes de la précédente, datée de la main du Saint, il est évident qu'elle est postérieure au moins de quelques Jours à celle-ci,
C'est ce que j'ay faict et que je fays encores le mieux que je scay, vous portant bien souvent avec moy en imagination en chaire. Pleut a Dieu seulement que j'y portasse quelque mediocrité de vos perfections pour le service [de] sa divine Majesté, laquelle je prie continuer longuement en santé Vostre Paternité, a laquelle baysant les mains, je demeureray
tres humble filz et serviteur.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le Chanoine Collonges, aumónier de la Visitation de Chambéry.
AU SÉNATEUR ANTOINE FAVRE
(MINUTES INÉDITES
Commencement de la rédaction des Confroverses.
Vers la fin de janvier 1595.
Et reipsa mihi nunc id faciendum est quod per jocum dixeram, gallice scribendum est mihi, Frater. Nam cum inter cenandum cognoverim Tovaysium (1!) hunc hac ipsa nocte ad vos discessurum, non possum [hora] profecta (3) graviter hispanico more scribere. (>) Satis illud quidem est superque, graviter me admodum et moleste ferre recentem hunc meum a te discessum ; post suaves illos dies omnia deinceps mihi noctis instar esse
Je dois de fait maintenant écrire à la frangaise, comme je vous le disais dernierement, mon Frére, par maniere de plaisanterie, car j'ai appris seulement pendant le souper que Thovex (1) doit retourner vers vous cette nuit méme. Je ne puis à une heure si tardive écrire gravement à l'espagnole. C'est assez, et méme trop, de ressentir avec une peine trés vive mon récent éloignement de vous. Aprés ces jours délicieux, toutes choses sont pour moi
(a) hora profecta — [post cenam et horis inopportunis... (b) seribere. — l Sic ergo leviter... satis enim fuerit... et vero Baro noster...)
-— ———— — —— t — — MÀ —
(1) La famille Thovex occupait à Chambéry un rang distingué. L'un de ses membres. était syndic de la ville en 1618 et 1619.
108 LrerrRES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
videntur. Sic graviter ego sentio qui tam leviter scribo
Sperabam, mi Frater, ad te aliquid nunc rerum nostrarum transmittere ; verum satius, mutato consilio, duxi ut expectarem donec aliquod possint corpus constituere, quam ea membratim exponere (!) ; neque vero sum adeo diligens ut extra limina pedem adhuc posuerim, variis aliis distentus occupationibus. Scripseram tamen nudiustertius litteras quas Tovaysio ad te perferendas darem; at ille, contra quam promiserat, non accepit. Mirum ergo non fuerit si, quod per jocum nuper dixeram, nunc reipsa gallice scribendum mihi sit ; cum enim Servetanus noster (?) jam discedat et de haereticorum hujus temporis instabilitate Meditationes animo volvam, vix quidem fieri posse reor ut graviter hispanico more scribere possim. Sentio tamen graviter et moleste recentem hunc meum
comme la nuit. Aussi je sens péniblement, moi qui écris si légérement
J'espérais, mon Frère, vous envoyer des maintenant quelque chose de notre travail ; mais, changeant d'avis, j'ai résolu d'attendre qu'il formát pour ainsi dire un corps, plutót que de vous le soumettre pièce à piece ( 1). Aussi bien suis-je si peu diligent que, partagé entre diverses autres occupations, je n'ai pas méme bien commencé. Je vous avais cependant écrit avant-hier une lettre que Thovex devait vous porter; mais contre sa promesse il n'est pas venu la prendre. Vous ne vous étonnerez donc pas si, comme je vous le disais récemment par manière de plaisanterie, je dois maintenant de fait écrire à la française. Notre ami de la Servette (2) est sur le point de partir ; d'autre part je roule en mon esprit des Méditations sur les mutations des hérétiques de notre temps. Je ne vois donc pas la possibilité d'écrire gravement à l'espagnole. Ce que je ressens, ce qui me peine gravement c'est mon récent éloignement de vous.
(1) Il s'agit du Traité des Controverses que notre Saint commença vers cette époque. (Voir la Préface de cet ouvrage, tome I°" de notre Edition.)
(3) Probablement Pierre d'Arloz, seigneur de la Servette, de Leyment, etc., alors lieutenant des Allinges. Ce gentilhomme durant les guerres de 1589-1594, avait armé à ses frais une compagnie de deux cents hommes pour le service du duc de Savoie, Les seigneurs de la Servette ne doivent pas étre confondus avec les d'Allinges, seigneurs de Servette, qui habitaient le Chablais.
a te discessum. Sed tu, mi Frater, inter tuam fabram Benedictam clarissimam, tuosque omnes fabros et fabritios, bene vale et me quod facis ama.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. l'abbé Paul Waille, à Poligny.
Quant à vous, mon Frere, portez-vous bien en la compagnie de votre illustre artisane Benoite et de tous vos artisans grands et petits, et aimez-moi comme vous le faites.
AU MÉME
(MINUTE INEDITE)
Ingénieuses excuses pour un silence trop prolongé.
Forteresse des Allinges, février 1595.
Tante me sane pudet tarditatis, qui suavissimis illis litteris quibus meas expectabas hactenus non satisfecerim. Át vero in tanta temporis opportunitate, moram hanc culpa purgare non aliter difficile fuit apud te, virum tam religiosum, quam si agnoscere culpam nolim. Hoc enim poenitentiae, solemni tempore, etiamque committendo in te peccassem, dimitteres ; ergo veniam omissorum impetrare facile posse me extimavi. Mora est, fateor, et qua culpa non careat; ea tamen ex parte
Je suis trés confus d'avoir tant tardé jusqu'ici de répondre à votre aimable lettre par laquelle vous réclamiez la mienne. Mais dans ce temps vraiment favorable, m'adressant à un homme si pieux, il n'y aurait de difficulté à obtenir le pardon de ma faute en ce retard que si je refusais de l'avouer. En effet, j'ai pensé que dans ce temps solennel de pénitence où vous me remettriez méme les péchés commis contre vous, j'obtiendrais facilement grâce pour les omissions. Le retard existe, je le confesse, et il n'est pas sans coulpe ; mais voici une raison qui m'excuse un peu. Vos lettres me sont si agréables
excusationem aliquam habeo, quod me tantopere tuæ delectant littere, ut quamvis continua confractatione detrimentum charta sentiat, novam tamen mihi quotidie suggerant voluptatem qua mihi recentes subinde videantur esse, maxime cum nullam temporis habeant notam. Quod autem inter milites pacem dilexisti, strenuum te * Ep. cixxxix, ad. praestas militem ; sic enim monet Augustinus * : Uspiam Bonifac., $ 6. « pacem habere debet voluntas, bellum necessitas. » Cum ego conditiones quaslibet a te ultro recipere sum paratus, ignosce.
Vale in Christo, vir clarissime.
Revu sur le texte inséré dans le I** Procès de Canonisation.
que, bien que le papier en soit tout endommagé par un continuel maniement, je trouve chaque jour tant de charme à les relire qu'elles me paraissent toujours récentes, surtout lorsqu'elles ne sont pas datées, En somme, parce que vous avez aimé la paix au milieu des guerriers, vous vous montrez bon soldat. C'est ce qu'enseigne saint Augustin : « Nous devons vouloir la paix toujours, et la guerre seulement quand elle est nécessaire. » Puisque me voila prét à recevoir toutes les conditions que vous voudrez m'imposer, oubliez tout. Adieu dans le Christ, tres illustre Ami.
AU MÉME
(MINUTR INEDITE)
Difficultés qu'offre la rédaction des Confroverses.
Forteresse des Allinges, milieu de février 1595.
Scribam nunc brevius, mi Frater, quam ingens illa lataque voluptas quam ex tuis ultimis litteris sensi
J'écrirai maintenant, mon Frère, plus brièvement que ne le demanderait le grand et immense plaisir que m'a fait éprouver votre
exposcat (4). Ergo quod optas, priores mei in hæreticos operis paginas videre, ego quoque summopere desidero, nec prius qua par est alacritate in hostium cuneos signa inferam quam tu consilium meum ac ordinem modumque certandi probaveris. Verum operis [gravitatem percipio], nec eas habeo copias auxiliares quarum ope fretus negotium premere possim, libris careo mihi necessariis, hoc est, homini memoria exiguam admodum servanti rerum supellectilem.
Incoepi tamen, et ita incoepi ut paulo difficilius sit quam credideram ad exitum rem deducere ; « dulce » bellum « inexpertis *. » Quamprimum commode fieri poterit nonnulla videbis. Quod reliquum est Quadragesimæ Tononi transigam (1); id et re mea est. Guichardo nostro tandem conscientia adactus litteras dedi, idque raptim, qui colloquiis de re Christiana et concioni ceteram diem
derniere lettre. Vous désirez voir les premières pages de mon ouvrage contre les hérétiques ; je le désire aussi extrémement, et je ne porterai pas mes enseignes dans les rangs de l'ennemi avec toute l’ardeur que mérite cette cause, avant que vous ayez approuvé mon dessein, le plan de la bataille et la tactique adoptée. Mais je sens la difficulté de l'entreprise, et de plus, il me manque les troupes auxiliaires dont j'aurais besoin : je veux dire les livres nécessaires à un homme qui ne garde en sa mémoire qu'un trés petit bagage de connaissances.
J'ai cependant commencé, et commencé de telle façon qu'il sera un peu plus difficile que je ne pensais de mener mon affaire à bonne fin. La guerre « est douce à qui n'en a pas l'expérience. » Aussitót qu'il se pourra facilement faire, vous verrez quelque chose de mon travail. Je vais passer à Thonon le reste du Caréme (1) ; c'est ce qui me parait étre le meilleur. Pressé par ma conscience, j'ai enfin écrit à notre Guichard, mais à la hâte, ayant employé la première partie de la journée à des conférences sur la doctrine chrétienne et à un
(a) exposcat — ex tuis sermonibus extremis, licet...
(1) Ce ne fut pas seulement pour le Caréme, mais d'une maniére définitive, que le saint Apótre s'installa à Thonon. Voir ci-après, note (1), P. 114.
* Cf. Horat., Epist., lib. I, epist. xvi, vers. 86.
insumpsi. Sic enim te quid etiam singulis agam horis scire vellem.
Bene vale, mi Frater.
sermon. Je vous le dis parce que je voudrais que vous fussiez instruit de ce que je fais à toute heure du jour.
Adieu, mon Frère.
AU MÈME
(EDITE)
Détermination de lutter intrépidement contre l'hérésie. Avis du P. Chérubin pour assurer le succès de la mission.
Thonon, 7 mars 1595.
Antonio Fabro, viro clarissimo, Franciscus De Sales salutem dicit.
Incoeperam jam tum ex tuo ad Sebusianos discessu dolere, cum ex nota temporis cognovi te tunc cum litteras tuas accepi rediisse. Verebar enim ne charissimæ patrie miseriam corde tuo illo piissimo exceptam paullo
Au tres illustre Antoine Favre, Frangois de Sales présente ses salutations.
Je commengais à m'affliger de votre départ pour la Bresse, lorsque j'ai vu, par la date de votre lettre, que vous étiez de retour au moment oü je la recevais. Je craignais en effet que, selon notre habitude de ne regarder comme étranger à nous-mémes rien de ce qui touche
durius, uti solemus qui nihil a nobis humani alienum putavimus *, sustineres, videndo quam audiendo.
Quod dum ita cogito, oculum in quemdam librum conjicio, cujus ea linea mihi primum occurrit : « Nemo leditur nisi a seipso. » O sententiam hisce temporibus peropportunam et magno Chrisostomo dignam, cujus homilia quædam *, quod omnium optime nosti, clarissimo hoc frontispicio illustris est. Enimvero, tam solemni admonitione me meamque omnem illam de te solicitudinem immaturam dissolvi quam primum sensi, quonamque vento ii animi mei motus excitabantur. Noveram te, mi Frater, rerum omnium mortalium et temporum accurata observatione ac despectione, immortalium et eeternitatis expectatione et amore, ejus qua te natura donavit animi fortitudinis numeros omnes absolvisse ; quibus prasidiis munitum ulla te harum rerum inferiorum mutatione laedi posse, inane sane fuit et debilis ingenii commentum. Lædebar ego a meipso, qui ideo lædebar quod te lædi existimarem. Si quis enim unquam utilitatis ex adversis capiende modum cognoverit, si
l'humanité, votre cœur si tendre eût un peu plus de peine à supporter la vue des miseres de notre chere patrie qu'à en entendre le récit.
Pendant que je suis dans ces pensées, mes yeux tombent sur un livre dont je remarque tout d'abord cette premiere ligne : « Nul n'est blessé que par soi-méme. » O maxime bien propre à notre temps et digne du grand Chrysostome, dont une certaine homélie, vous le savez mieux que personne, est illustrée par ce célebre frontispice. En présence d'un avertissement aussi solennel, j'ai senti s'évanouir aussitót toute la sollicitude prématurée qui avait d'abord agité mon cœur à votre sujet. Je le savais, mon Frère : par l'observation attentive et le mépris des choses périssables du temps, par l'attente et lamour des biens incorruptibles de l'éternité, vous avez porté jusqu'au dernier degré de perfection cette force d'âme dont la nature vous a gratifié. Supposer que, si bien protégé et défendu, vous pouviez étre blessé par quelque changement survenu dans les choses d'ici-bas, ce ne pouvait étre que vaine imagination d'un esprit faible. J'étais donc blessé par moi-méme, moi dont la blessure venait de ce que je vous croyais blessé. Si quelqu'un a jamais su le moyen de
Lsrrass 1 8
* Terent., Heaut, Act. I, scena 1, 25.
* Patrolog. Græca, tom. LII, col. 459.
* Virgil., Æneis, 1.1, 199, 203.
* Ps. xix, 8.
quis attrita et lacerata tempora resarcire unquam potuerit, id a te (senatore dicamne an veterano fabro ?) fuit expectandum.
« Dabit Deus his quoque finem ; ... et haec olim meminisse juvabit *. »
Lædebar ego a meipso qui ideo lædebar quod tu quoque laedi putarem, cum primos hos animorum motus ratione antevertere fabri sit non tyronis.
Caeterum ad Tononienses tandem descendi (1!) ; hastam more taedio excitatissimam hostis expectet. Cum enim ex arce velut eminus impetitus conditiones justas neglexerit, cominus nunc extremum impetum faciam ; potior est numero at nos causa. Hi in curribus et hi in equis, nos autem in nomine Domine sperabimus * ; si tamen inter rodomontia Davidis verba recte sequantur.
mettre à profit l'adversité, si quelqu'un a jamais pu remédier aux ruines et aux désastres de son époque, c'est de vous (dois-je dire sénateur ou bien artisan expérimenté ?) qu'il faut attendre cela.
« Dieu mettra encore un terme au malheur présent ; ... et un jour ce souvenir ne sera pas sans charmes. »
J'étais blessé par moi-méme, moi qui l'étais parce que je vous croyais aussi blessé ; c'est qu'il appartient non à un apprenti, mais à un artisan de prévenir par la raison ces premiers mouvements de l'âme.
Enfin je suis descendu à Thonon (1) ; que l'ennemi s'attende à une lance trés excitée par l'ennui du retard. Attaqué des hauteurs lointaines de ma citadelle, il a méprisé de justes conditions ; maintenant je lui livrerai de pres le dernier assaut. Il l'emporte par le nombre, nous l'emportons par la cause. Ceux-ci se confient dans des chariots et ceux-là dans des chevaux ; mais nous, c'est dans le nom du Seigneur que nous espererons, si toutefois les paroles de David peuvent être citées au milieu de ces rodomontades.
(1) C'est donc bien en mars 1595, et non pas en juillet, comme quelques historiens l'ont avancé, que notre Saint se fixa définitivement à Thonon. Il accepta l'hospitalité que lui offrait Jeanne Barbier du Maney, veuve de Frangois du Foug ou du Faug, parent de la famille de Sales, chez qui il avait un pied-à-terre dés le commencement de son séjour en Chablais,
Frequentioribus concionibus impedior quominus justam operam possim impendere Meditationibus nostris in haereticos. Non sum nescius, mi Frater, quantopere te mee littere delectent ; id enim facile ex ea qua tuæ me vivissima afficiunt voluptate conjicio. Quo fit, licet omnem scribendi nimium idoneam arripiam occasionem, [nunquam tamen dixisse] et scripsisse sat est.
Accepi hodie litteras a R. P. Cherubino nostro, qui inchoatum hoc opus promovendi sua industria et opera se summo desiderio teneri scribit, ac ita nos ad illud hortatur, ut interim si a primo, secundo vel tertio servo ad nuptias invitati noluerint venire, quartus demum sit advocandus qui compellat intrare *. Veniat ergo ipse qui omnium instar esse poterit, ac tum demum succedat quartus. Non miror sane si tam frigido invitatore qualis sum non veniant; at si ab aliquot spectatissimis viris accersiti venire recusent, ego vero tunc in sententiam P. Cherubini descendere non recusabo. At hac animi gratia dicta sint, cum ego, nec vi ulla ingenii neque
Des prédications plus nombreuses m'empéchent de donner à nos Méditations contre les hérétiques toute l'attention qu'il faudrait. Je n'ignore pas, mon Frere, combien mes lettres vous sont agréables; je le devine en effet facilement, puisque les vótres me causent un si vif plaisir. D'ou il suit que, nonobstant mon grand empressement à saisir toute occasion favorable d'écrire, [je ne crois jamais] avoir assez écrit.
J'ai reçu aujourd'hui une lettre de notre R. P. Chérubin. ll m'écrit qu'il a un tres ardent désir de donner à l’œuvre commencée ici une plus grande impulsion par son industrie et son action personnelles, et voici ce qu'il nous recommande : Si ceux qui sont conviés à la noce refusent l'invitation d'un premier, d'un deuxieme, d'un troisieme serviteur, il faut en appeler un quatriéme qui les force à entrer. Qu'il vienne donc lui-méme, qui vaudra tous les autres ensemble, et qu'un quatrième lui succède enfin. Je ne m'étonne pas qu'ils refusent de venir sur l'invitation d'un homme aussi froid que je le suis ; mais s'ils refusaient encore apres avoir été appelés par des hommes qui ont bien fait leurs preuves, alors je n'hésiterais pas à adopter le sentiment du P. Chérubin. Ceci soit dit par plaisanterie, car ce n'est pas en
* Luce, xiv, 17-23
* Cap. xxvii, 10, 13.
aliqua scientia sed patientia fretus, in hanc arenam venerim : Expecía, reexpecta, manda, remanda, utinam, quod sequitur apud Isaiam *, non vadant et cadant retrorsum el confringantur.
Caeterum, velim a te scire quonam [modo] latine exprimere possim commissaire des guerres ; et num procurator Principis idem sit quod procurator fisci? vel enim id antea numquam scivi, vel scivisse non memini. Etsi enim recuperatores Præfecti et cetera id genus nomina viderim, non tamen mihi constat num huic significationi pressissime conveniant. Hac expecto.
Jamque vale, et Christum habeto propitium, cum omnibus fabris et fabritiis.
Tononi, non. Martii 95.
Revu sur le texte inséré dans le I°" Procès de Canonisation.
comptant sur la force de mon esprit, ni sur aucune science, mais sur la patience, que je suis descendu dans l'arene. Affends, attends encore ; commande, commande encore ; et plaise au ciel, pour continuer à employer les paroles d'Isaie, qu'ils ne se retirent pas, qu'ils ne tombent pas en arriere et qu'ils ne se brisent,
Encore un mot : je voudrais apprendre de vous comment il faut traduire en latin commissaire des guerres, et si procureur du Prince a la méme signification que frocureur fiscal. Je n'ai jamais su cela, ou, si je l'ai su, j'en ai perdu le souvenir. J'ai bien vu l'expression de recuperatores Præfecti, et autres semblables, mais ces titres répondentils tres exactement à ce sens? J'attends votre réponse.
Adieu, et que le Christ vous soit propice, ainsi qu'à vos grands et petits artisans.
Thonon, le 7 mars 1595.