‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 27 sur 64 · A MONSIEUR DE BOISY SON PÈRE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE BOISY SON PÈRE

Courage invincible en face des dangers que présente la mission du Chablais.

Thonon, milieu de mars 1595.

Monsieur mon tres honnoré Pere,

Si Roland (2) estoit vostre filz aussi bien qu'il n'est que vostre valet, il n'auroit pas eu la coüardise de reculer pour un si petit choc que celuy ou il s'est trouvé,

(1) Frangois, second fils de Jean III de Sales et de Claudine de Charansonnay (6 janvier 1522-5 avril 1601) avait eu pour parrain le vicomte François de Luxembourg-Martigues, chez lequel il passa plusieurs années en qualité de page. Il servit ensuite avec éclat dans les armées frangaises « et se signala en diverses occasions, principalement au siege de Landrecies. » La mort de son pére (1558) le rappela en Savoie. Il substitua au titre de seigneur de Nouvelle, sous lequel il avait été connu jusque là, celui de seigneur de Boisy lors de son mariage avec Frangoise de Sionnaz, qui lui apporta cette terre en dot. (Contrat du 12 mai 1560.) M. de Boisy devint gentilhomme ordinaire du duc Emmanuel-Philibert, et fut chargé par ce prince de plusieurs négociations importantes, notamment en Suisse (1565). Deux ans plus tard, il présida l'assemblée générale de la noblesse de Savoie et de Faucigny réunie à Annecy. Par suite d'acquisitions ou d'héritages il était devenu possesseur des terres de La Thuille, Valliéres, Groisy, Villaroget, etc.

« C'estoit, » au témoignage de son petit-fils, Charles-Auguste de Sales, « un homme d'un tres-solide jugement et tres-subtil esprit; es choses grandes, d'une pensée tres-profonde et d'un courage tres-constant : esloigné de tout fast et arrogance, tres-temperant en son vivre et en son parler; au reste, eloquent et elegant à delices quand il en estoit temps, espargnant en sa personne, tresliberal envers les autres, tres-juste et equitable envers ses subjects, qui secouroit abondamment de ses richesses les miseres des pauvres, qui fuyoit les heresies comme la peste... Et tel à la verité devoit estre le pere d'un Sainct, qui finit sa vie tres-sainctement, de mesme qu'il l'avoit menée tres-devotement.»

(2) Georges Rolland (1576-1641), que nous retrouverons constamment désormais aux côtés de saint François de Sales, entra à son service en 1595, ainsi qu'il le dépose au Procés de Canonisation du Serviteur de Dieu, auquel, durant la mission du Chablais, il servit tour à tour de laquais et de secrétaire. Il entra dans la cléricature en 1598, et fut ordonné prêtre en 1605. La confiance que ce jeune ecclésiastique inspirait à son saint Maitre était telle que celui-ci, devenu Evéque (1603), le choisit pour économe de sa maison, bien qu'il eût À peine vingt-six ans.

En 1607, Rolland fut pourvu d'un canonicat à la collégiale de Notre-Dame

* Matt., x, 33; xxiv,

* [I Tim., n 5.

* II Cor., iv, 17.

et n'en feroit pas le bruit d'une grande bataille. Nul ne peut douter de la mauvaise volonté de nos adversaires ; mays aussi vous faict on tort quand on doute de nostre courage. Par la grace de Dieu, nous scavons que celuy qui berseverera sera sauvé *, et que l'on ne donnera la couronne qu'a celuy qui aura legitimement combattu *, et que les momens de nos combatz et de nos tribulations operent le prix d'une gloire eternelle *.

Je vous supplie donq, mon Pere, de ne point attribuer ma perseverance a la desobeyssance, et de me regarder tousjours comme

Vostre filz le plus respectueux.

Revu sur un ancien Manuscrit de l'Année Sainte de la Visitation, conservé au Monastère d'Annecy.

d'Annecy, puis résigna ce bénéfice, et, après avoir pris le grade de docteur en droit canon, devint chanoine du Chapitre de Saint-Pierre de Genève. Il fut official sous l'épiscopat de M*' Jean-François de Sales, frère et successeur du Saint, et plus tard, vicaire général.

Selon toute probabilité, le prétendu « si petit choc » mentionné dans cette lettre n'est rien moins qu'une tentative d'assassinat, à laquelle l'Apótre du Chablais échappa comme par miracle.

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