LXI
Altezza commandasse al Governatore della provincia di accarezzare li convertiti, invitare gl'ostinati et privarli, [se ricusano,] d' ogni officio et honore publico, et in particolare, se commandasse a uno de' supremi Senatori di Savoya di venire qui in Tonone invitare questi citadini, no sarebbe poco aiuto.
Tutta l'importanza sarà nel modo de havere le intrate necessarie, perché se bene sono in questo paese molti beneficii, sono tuttavia occupati da varie persone, et per lo più da’ Cavaglieri di Santo Mauritio et Lazaro (1). Ma il servitio d' Iddio, di santa Chiesa, di Sua Altezza Serenissima richiede che prima si stabilisca la santa religione, ogni altra cosa lasciata da parte .
All’Illm° et Rm Patron et Sig'* mio osservandissimo, Il Sigre Archivescovo di Bari, Nuncio Apostolico appresso S. A. Serena,
Revu sur le texte inséré dans le I°" Procès de Canonisation.
desservir. Ce serait un grand secours pour nous si Son Altesse commandait au gouverneur de la province de favoriser les convertis, d'inviter les obstinés, et de les priver [en cas de refus] de toute charge et de tout honneur public, et surtout s'il ordonnait à l'un des membres du souverain Sénat de Savoie de venir ici à Thonon exhorter les habitants.
Le plus important consiste à prendre les moyens pour avoir les revenus nécessaires ; car bien qu'il y ait en ce pays bon nombr: de bénéfices, ils sont détenus par diverses personnes, et surtout par les Chevaliers des Saints Maurice et Lazare (1). Mais le service de Dieu, de la trés sainte Eglise et de Son Altesse Sérénissime exige que premiérement on rétablisse notre sainte religion, toute autre considération étant laissée de côte.
A mon très honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur, Monsieur l'Archevéque de Bari, Nonce apostolique auprés de Son Altesse Sérénissime.
(1) Voir ci-aprés la note jointe à la lettre adressée au Conseil des Chevaliers des Saints Maurice et Lazare, février 1597.
Nécessité de rendre une des églises de Thonon au culte catholique. Ebranlement général parmi les hérétiques du Chablais.
Thonon, 19 mars 1596.
Monseigneur,
La disposition en laquelle je vois maintenant ce peuple de Chablaix est telle que si, en execution de la sainte intention de Vostr'Altesse, on dressoit prontement l'eglise a Thonon et quelques autres lieux, je ne doute point d'asseurer Vostr'Altesse qu'elle verroit dans peu de moys le general de tout ce pais reduict, puysqu'en la ville plusieurs sont si bien disposés et les autres, tant esbranlés en leur conscience, que si on leur presente l'occasion ilz prendront infalliblement le port que Vostr'Altesse leur desire. Et quand au reste du pais, ilz sont venus pieca de dix ou douze parroisses prier qu'on leur donnast l'exercice de la foy catholique. Si que le tems est venu de voir Dieu loüé et le zele de Vostr'Altesse en effect, de laquelle j'attens l'ordre et provision necessaire ; et la supplie tres humblement croire, quoy que peut estr'on luy die le contraire, que je ne luy escris qu'avec la realité et conscience en laquelle il faut servir son sauverain Prince et Dieu mesme.
Je prie sa divine Majesté qu'ell'accroisse tousjours ses benedictions en Vostr'Altesse, de laquelle j'ay cest honneur d'estre,
Monseigneur, Tres humble et tres obeissant serviteur et sujet, François De SaLes, indigne Prævost de S' Pierre de Geneve.
De Thonon, 19 mars 1596.
Revu sur l'Autographe couservé à Turin, Archives de l'Etat.
ste
A MONSEIGNEUR JULES-CÉSAR RICCARDI ARCHEVÉQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN
Instances pour obtenir l'intervention du Nonce auprés du duc de Savoie. — Opposition à redouter de la part des Chevaliers de Saint-Lazare. — On découvre en Chablais quantité de personnes possédées du démon.
Thonon, 19 mars 1596.
Illustrissimo et Reverendissimo Signor mio osservandissimo,
La speranza nella quale io mi ritruovo adesso di veder far raccolta di buon numero d' anime in questa provincia di Chablaix, se si darà l'ordine conforme al zelo di Sua Altezza Serenissima, mi fa pregar colla debita humiltà V. S. Ill" di degnarsi di intercedere acció no solo si faccia questo bene, ma si faccia ancora con quella prontezza che é tanto grata al Signore ; perché in questa terra di Tonon, recapito de tutta la provincia, sono molti ben disposti, et quasi tutti gl'altri tanto commossi nella conscienza, che se vedessero l'essercitio della religione catholica stabilito, facilmente et fra pochi giorni si ridurrebbono. Quanto poi a'luoghi circonvicini, di dieci o
Mon tres honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur,
L'espérance en laquelle je me trouve maintenant de moissonner bon nombre d'àmes dans cette province du Chablais, si l'on donne des ordres conformes au zéle de Son Altesse Sérénissime, me fait prier en toute humilité Votre Seigneurie de daigner intercéder, afin que non seulement ce bien s'effectue, mais encore que ce soit avec cette promptitude si agréable au Seigneur. Dans cette ville de Thonon, rendez-vous de toute la province, beaucoup sont bien disposés, et presque tous les autres, si ébranlés dans leur conscience que s'ils voyaient l'exercice de la religion catholique rétabli, ils se rendraient facilement et en peu de jours. Quant aux lieux circonvoisins, les
dodeci parrochie son già venuti i capi addomandare l’essercitio catholico ; si che il soprastare in tanto negocio mi pare gran peccato.
Sua Altezza poi é affettionatissima a questa impresa ; resta la diligenza nell'essequire, la qual forse potrà esser impedita da' Cavaglieri di San Lazaro, i quali hanno l'intrate ecclesiastiche di questo paese, che alla restauratione delle chiese et alla provisione per curati et predicatori saranno necessarie. Ma si ricordarà Sua Altezza che la religion catholica & fondamento de tutte l' altre, et che no sarà mai tanto servita da altra croce come da quella che nel cuore de'suoi sudditi si va scolpendo. Oltre che sua divina Maestà richiede adesso questo servitio, poiché permette che fra queste genti vi siano tanti inspiritati et tuttavia se ne scuoprano ogni giorno più, i quali rimedio et refrigerio no sanno trovare se non nel segno della Croce, nell'acqua et candele benedette, nell’ Agnus Dei et simili cose sacre che per lo innanzi abhorrivano tanto ; il che mi pare un dolce invitamento della Providenza suprema a questo popolo di ritornare al grembo
principaux de dix ou douze paroisses sont déja venus demander l'exercice du culte catholique, si bien que différer en semblable affaire me parait grand dommage.
En outre, Son Altesse est fort affectionnée à cette entreprise ; reste à l'exécuter diligemment. Il pourra se faire qu'on en soit empêché par les Chevaliers de Saint-Lazare qui détiennent les revenus ecclésiastiques de ce pays, revenus nécessaires pour la réparation des églises et pour l'entretien des curés et des prédicateurs. Mais Son Altesse se souviendra que la religion catholique est le fondement de tous les Ordres religieux, et que jamais les intéréts du prince ne seront aussi bien servis par aucune autre croix que par celle que nous tàchons de graver dans les cœurs de ses sujets. De plus, la divine Majesté montre qu'elle réclame maintenant ce service, en permettant qu'il y ait parmi ces gens tant de possédés et que chaque jour on en découvre davantage. Ils ne peuvent trouver remede et soulagement que dans le signe de la Croix, l'eau bénite, les cierges bénits, les Agnus Dei et semblables pratiques sacrées que jusqu'ici ils avaient en si grande horreur. Je crois voir en cela une douce invitation de la
della santa Chiesa, et a quelli che possono di porgergli aiuti convenienti. Priego adunque Vostra Paternità Ill"* si degni di procurare un ordine pronto da le Loro Altezze.
Et io, continuando nella ubedienza di V. S. Ill®* et R"', no mancaró di darglie poi certi avvisi importanti per aiuto spirituale di questa diocesi et altre della Savoya.
Fra tanto pregaró l'eterno Iddio che la conservi ad utilità della Chiesa, et basciandoli riverentemente le sacre et paterne mani, restaró,
Di V. S. Ill" et R^, Perpetuo et divotissimo servitore, FRANC? DE SALES, indegno Prevosto di S. Pietro de Geneva.
In Tonon, alli 19 Marzo 1596.
A l'Illme et Revermo Sig” mio osservandissimo, Monsig* l'Archivescovo di Bari, Nuncio Apostolico appresso Sua Altezza Serv». Turino.
Revu sur l'Autographe conservé à Rome, Archives du Vatican.
souveraine Providence pour engager ce peuple à rentrer dans le giron de la sainte Eglise, et pour déterminer ceux qui en ont le pouvoir à leur procurer les secours nécessaires. Je prie donc Votre Paternité Illustrissime de vouloir bien nous obtenir promptement un ordre de la part de Leurs Altesses.
Et moi, persévérant dans la soumission que je dois à Votre Seigneurie, je ne manquerai pas de lui donner avis dans la suite de certaines choses importantes pour le bien spirituel de ce diocese et des autres de la Savoie.
En attendant, je prierai le Dieu éternel de vous conserver pour l'avantage de l'Eglise, et baisant respectueusement vos mains sacrées et paternelles, je demeurerai,
De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, Le perpétuel et très dévoué serviteur, FRANÇOIS DE SALES, indigne Prévôt de Saint-Pierre de Genève.
A Thonon, le 19 mars 1596.
AU SÉNATEUR ANTOINE FAVRE
(MINUTE INÉDITE
Ardent désir de voir le duc de Savoie effectuer un voyage projeté en Chablais. Envoi d'une lettre pour le P. Chérubin.
Thonon, 16 avril 1596.
Quam verum spem quc differtur animam affligere*, et certius ex Sacro Codice cognoveram, et nunc quod peccata mea meruerunt, in causa propria durius experior. Crastinus enim hic et semper crastinus Principis adventus (1), quod crastinum etiam tandiu faciat hujus nostri Christiani negotii eventum hodiernum, mihi jampridem excitat animi dolorem.
« Dic mihi, cras istud, Posthume, quando venit * »
et accedit, Frater suavissime ? Videndi te ingens, ut par
Combien il est vrai que l'esperance différée afflige l'âme ! Je le savais tres certainement par les Livres Saints; mais aujourd'hui, en punition de mes péchés, j'en fais personnellement une dure expérience. Ce demain, ce sempiternel demain auquel est toujours remise l'arrivée du prince (1) me cause depuis longtemps une vive douleur ; car ce retard renvoie aussi au lendemain ce qui devrait étre fait aujourd'hui : l'achévement de nos affaires religieuses.
« Dis-moi donc, Posthumus, quand viendra ce demain ? »
Quand arrivera-t-il, Frére trés aimable? J'ai eu, c'est tout naturel, un
( 1) On voit par les lettres du Nonce de Turin que dès l'année précédente Charles-Emmanuel I°" avait projeté un voyage en Chablais. En février 1596 il semblait étre sur le point de se mettre en route ; des raisons d'Etat l'obligèrent à différer encore.
Lzrrass | 13
* Prov., xii, 12.
*Martial.Epigram., 1. V, epigr. Lvus.
est, et me apud te de mora in scribendo purgandi desiderium [erat] quod litteris nulla possum ex parte explere; nec otium quidem affuit, nec tabellarius ; dicam candide, nec etiam animus, cum singulis propemodum momentis profectioni intenderem. Quod enim optamus credimus.
Jam vero, hoc redeunte otio et abeunte nuntio, languescente etiam de profectione spe, brevem hanc animi mei mitto sententiam. Si venerit Princeps, ad te propero quamprimum ; si, quod Deus avertat, non venerit, non committam quin ad te quoque, si qua fieri possit, ex itinere omnino divertam ; namque ecquid in animo habeat, quando per litteras nequeo, coram extorquere in nomine Domini decrevi. Res namque hujus status nullam deinceps sine gravi damno patietur dilationem. De demonomania ista scribo, uti jubebas, ad R. P. Cherubinum (1). Res est memoria digna ; si placet, perlegas antequam reddendi cures copiam.
Itaque, suavissime Frater, me quod facis plurimum
immense désir de vous voir et de m'excuser de vive voix de mon retard à écrire, car je ne puis en aucune façon satisfaire par lettres mon affection pour vous. Je n'avais d'ailleurs ni loisir ni courrier, et, je l'avouerai naivement, pas méme de courage, étant pour ainsi dire préoccupé à chaque instant de mon départ, tant nous croyons ce que nous souhaitons.
Mais voici que le loisir m'est rendu, que le courrier va partir, qu'en méme temps mon espérance de voyage s'évanouit, et je vous envoie cette bréve expression de ma pensée. Si le prince vient, j'accours aussitót vers vous ; si, ce qu'à Dieu ne plaise, il ne vient pas, je ne manquerai pas de me détourner de mon chemin, s'il m'est possible, pour me rendre auprés de vous. Puisque je ne puis savoir par lettres quels sont ses sentiments, j'ai résolu de lui en extorquer l'aveu au nom du Seigneur. Cet état de choses ne peut se prolonger sans un grave dommage. Selon vos désirs, j'écris au R. P. Chérubin au sujet de cette démonomanie (1). La chose est digne de mémoire. Lisez attentivement la lettre, s'il vous plait, avant de chercher l'occasion de la faire parvenir.
Cependant, Frére trés aimable, aimez-moi beaucoup, comme vous
(1) Voir ci-dessus, p. 190, la lettre au Nonce, en date du 19 mars 1596.
ANNÉE 1596 195 ama, et bene vale cum clarissima familia tua, quam plurimum salvere cupio, Christumque habeto propitium.
Tononii, tertio resurgenti Salvatori sacro die, 1596.
Revu sur le texte inséré dans le I°" Procès de Canonisation.
le faites, et portez-vous bien, ainsi que toute votre trés noble famille, que je désire en excellente santé. Que le Christ vous soit propice! Thonon, troisiéme jour des fétes de la Résurrection du Sauveur,
A MONSEIGNEUR JULES-CÉSAR RICCARDI ARCHEVÉQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN
Séjour à Annecy, à l'occasion du synode. — Remerciements pour trois lettres reçues du Nonce. — Conversions qui s'opérent en Chablais. — Nécessité d'y envoyer un nombre suffisant de prédicateurs, et de nommer aux cures des prétres dignes de les occuper.
Annecy, 6 mai 1596.
Illustrissimo et Reverendissimo Signore mio
Essendo venuto qui appresso Monsignor R"^ Vescovo per il sinodo (1) et (3) altri negotii, ho ricevuto tre delle
Mon très honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur,
M'étant rendu ici aupres de Monseigneur notre Révérendissime Evéque pour le synode (1) et pour d'autres affaires, j'ai regu trois
(a) (Les variantes qui suivent sont extraites d'une minute insérée dans le I°" Procès de Canonisation.) Vescovo, — si per il sinodo, si ancora per
(1) Ce synode dut avoir lieu le 1°" mai. Voir ci-devant, note (1), p. 62.
lettere che piacque a V. S. Ill” scrivermi, due alli 8 di Aprile di medesima sostanza, et una al terzo, delle quali la ringratio con ogni humiltà, et della memoria che hebbe di me nel bisogno ch'io havevo della licenza de' libri prohibiti, la quale io son aspettando ogn'hora, et ancora di quella (>) dispenza nel matrimonio contratto fra parenti, non potendo però mandare a V. S. Ill” i nomi, cognomi, patria et dioccesi, come mi commandó (©), per non haver ancora risposta del loro curato che sta un pezzo lontano.(d)
Quanto poi alli (€) frutti che si fanno et sonno per farsi tuttavia in Ciablais, no posso mandargliene raguaglio distinto, massime dei nomi de' convertiti, per haverli lasciati in Tonon; et spero fra poco di darne a V. S. Ill"* un'allegressa compita (f), se si darà modo di potere inviare numero conveniente de predicatori
des lettres qu'il plut à Votre Seigneurie Illustrissime m'écrire : deux du 8 avril, traitant du méme sujet, et une autre du 3. Je vous en remercie avec toute humilité, comme du souvenir que vous avez eu de moi en la nécessité dans laquelle je me trouve d'obtenir la licence de lire les livres défendus. J'attends encore cette permission aussi bien que la dispense pour le mariage contracté entre parents. Je ne puis néanmoins indiquer à Votre Seigneurie Illustrissime, ainsi qu'elle me l'a ordonné, les noms, prénoms, patrie et diocèse des intéressés, faute d'avoir reçu la réponse de leur curé qui demeure assez loin.
Quant aux fruits de salut qui se produisent et se multiplient de plus en plus dans le Chablais, je ne puis vous donner des renseignements détaillés, ni vous envoyer la liste des convertis, car je l'ai laissée à Thonon. J'espére vous annoncer bientót des nouvelles qui seront pour Votre Seigneurie Illustrissime le sujet d'une joie parfaite, si on nous procure le moyen d'envoyer un nombre convenable de
(b) prokibits, — et della
(c) perd — dargli il nome, cognome et diocæsi, come mi commandava per fargli la gratia
(d) un — poco lontano di qua; ma di subito ch’ io l'havero non mancheto di dargliene certezza.
(e) Quanto poi alla informatione delli
(f) in Tonon; — fra poco spero di farne a V. S. I119* un’ allegressa piena
in quella (8) provincia, il che aspettiamo della venuta di Sua Altezza et conclusione di questa benedetta pace.
Et per conto degli beneficii, no credo esser espediente di restituirli a quelli che anticamente ne hanno [havute](h) le provisioni etiandio di Sua Santità, perché ancora che fossero capaci per la cura dell'anime in luoghi pacifici, moltissimi tuttavia, per luoghi di guerra et contrasto non sono sofficienti, se non mettessero altri capaci in luogo loro (i). Et importa infinitamente in questo principio di far cosa illustre et compita, per esser quella provincia di Ciablais a petto de tanti heretici. (j)
Non é tempo di dar quelli avisi ch' io promisi (X), sin tanto che sii in pace questo desolato paese ; et allora no mancaró di farlo con ogni studio et colla divotione ch' io devo al servitio di santa Chiesa (!), et forse portandoli
prédicateurs en cette province. Nous attendons ce résultat de la venue de Son Altesse et de la conclusion de cette bénite paix.
Et pour ce qui est des bénéfices, je ne crois pas expédient de les rendre à ceux qui précédemment en avaient été pourvus, méme par Sa Sainteté, à moins qu'ils ne mettent à leur place d'autres prétres capables. Encore qu'ils fussent aptes au ministère des âmes dans les lieux où tout est en paix, beaucoup d'entre eux toutefois ne sauraient s'en acquitter convenablement où l'on doit lutter et combattre. Il importe infiniment de prendre des mesures éclatantes et absolues, cette province de Chablais étant environnée d'un si grand nombre d'hérétiques.
Ce serait hors de propos de vous communiquer les renseignements promis, jusqu'à ce que la paix soit rendue à ce pays désolé. Je le ferai alors avec le plus grand soin, avec tout le dévouement que je dois au service de la sainte Eglise, et peut-étre pourrai-je les porter moi-méme à Votre Seigneurie lllustrissime.
(g) se — quelle parrochie et
(h) me hanno — havute
(i) sn Zuoghi pacifici, — tuttavia, per luoghi di guerra et contrasto non sono sofficienti.
(j) ef compita — in quei luoghi che sono tanto a petto de tanti heretici. Che se nella conversione di questa provincia si fara compitamente con quello zelo che si deve, si deve insieme sperare gran moto in tutte le provincie vicine,
(k) quelli avisi — che ho promessi a V. S. Illo
(1) di — Dio
* [n Eccles., ad cap.
io stesso a V. S. Ill", allaquale priegho continuamente dal Signore Iddio ogni contento, essendo, Di Sua Paternità Ill" et R", Perpetuo et divotissimo servitore, FRANC? De SALES, indegno Prævosto della Cathedrale di Geneva.
Di Anessi, alli 6 di Majo 1596.
A l'Iliz» et Rever® Sig* mio osservandissimo, Monsig* l'Arcivescoüo di Bari, Nuntio Apostolico appresso di Sua Altezza.
Turino.
Revu sur l'Autographe conservé à Rome, Archives du Vatican.
Je prie sans cesse le Seigneur notre Dieu de vous combler de toute sorte de contentement, demeurant, De Votre Paternité lllustrissime et Révérendissime, Le perpétuel et trés dévoué serviteur, François DE SALES, indigne Prévót de la cathédrale de Genéve.
Annecy, le 6 mai 1596.
A MONSIEUR D'AVULLY (!)
Envoi d'un commentaire de saint Jéróme. — Joie d'apprendre 1a conversion de Mme de Rovorée.— Attente de l'arrivée du duc à Thonon. Sales, 10 mai 1596.
Monsieur,
Je vous envoye le commentaire de saint Hierosme * tout au long, duquel ont estés tirees les paroles qui
(1) Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avullv, Montfort, Vigny, la Chapelle, baron d'Hermance aprés la mort de son beau-frère, François- Melchior de Saint-Jeoire (1595), était un des personnages les plus marquants
vous faysoyent difficulté (1), Il est clair et net, plein de doctrine catholique, puysque la parole de l'A postre * demeure : Qua seminaverit homo, hac et metet. Et le secours que les ames qui sont en Purgatoire reçoyvent, n'est autre qu'une recompense de la communion de l'Eglise en laquelle les personnes chrestiennes meurent, communion par laquelle elles ont merité d'estr'aydées par nos prieres. Et c'est la ou se rapporte la premiere partie du commentaire, quand il dict : « Mortui vero nihil valent adjicere ; » c'est a dire, ilz ne peuvent plus acquerir de merites ni de justice, mais ilz peuvent bien percevoir le fruict de celle quilz ont eu en ce monde, et en vertu de la communion des Saintz, en laquelle ilz sont decedés, peuvent estr'aydés par les prieres, ausmones et satisfactions. Le dernier sens quil apporte du chien mort et lion vivant* est mistique ou allegorique ; mays vous considereres mieux que moy tout cecy.
Jay eu ceste bonne nouvelle que madame de Ravoyrée (2) et sa fille de chambre avoyent abjuré l'heresie.
du pays par l'ancienneté de sa maison, l'importance des fiefs qu'il possédait en Chablais, et par l'illustration qu'il s'était acquise dans les armes et dans les lettres. Il avait été longtemps le principal appui du protestantisme et demeurait encore juge du consistoire de Thonon. Son âme droite et loyale fut ébranlée en assistant au premier sermon de saint François de Sales (24 juin 1593); dés lors il chercha la vérité, et, non content de l'embrasser dés qu'elle lui fut connue, il seconda activement le courageux Apótre entre les mains duquel, d'aprés plusieurs contemporains, il aurait abjuré l'hérésie à Thonon. Toutefois la cérémonie solennelle de son abjuration eut lieu à Turin, le 26 aoüt 1596, en présence du Nonce apostolique et de l'Inquisiteur. Le seigneur d'Avully épousa en premières noces (3 janvier 1573) Jeanne-Andrée de Saint-Jeoire, fervente catholique qui contribua beaucoup à sa conversion, et en secondes noces (contrat dotal du 1o octobre 1608), Florise de Boyvin, baronne du Villars. Il mourut en 1610, âgé d'environ cinquante-neuf ans.
On a de lui quelques ouvrages de peu d'étendue, entre autres :
Copie de la lettre du Seigneur d'Avully touchant la dispute des ministres avec le R. P. Cherubin, prescheur de l'Ordre des Capucins. upcvm.
Armes offensives et defensives contre les heretiques calvinistes, par messire Antoine de Sainct Michel, gentilhomme savoysien, seigneur d'Avully. Tonon, Marc de la Rue, 1602.
(1) Cet extrait de saint Jéróme, écrit de la main d'un secrétaire, est joint à l'Autographe de la présente lettre;on a jugé à propos de le reproduire ci-après.
(2) Madeleine de Saint-Michel, fille du seigneur d'Avully et de Jeanne- Andrée de Saint-Jeoire, avait épousé Frangois de la Fléchére, seigneur de Rovorée ou Ravorée, en Faucigny. Elle était veuve en 1633.
* Galat., ult., 8.
* Eccles., 1x, 4.
* Eccles., 1x, 4-6.
* Vers. 3.
Je ne sçai si elles auront esté instruittes a plein fons, et partant je vous supplie, ou par lettre ou autrement, les consoler. Que si l'occasion se præsentoit, je voudrois bien scavoir s'il leur sera point demeuré de scrupule, car il est mal aysé a personnes qui ne scavent pas poiser la fermeté de la vraye Eglise de demordre ainsi tout a coup. Or, Monsieur, c'est chose vostre, que je ne vous dois pas recommander si je ne vous estois tant serviteur que je suis.
Je languis en ceste si longu'attente de Son Altesse, laquelle ne venant pas ceste prochaine semayne, comme on praetend, je retourneray a Thonon pour l'attendre. Ce pendant j'y envoye mon cosin (1). Monseigneur le Nonce m'escrit que Son Altesse est tres bien resolue pour le revenu des benefices et affectionnée a ceste besoigne.
Je prie Dieu nostre Createur quil nous face vivr'et mourir pour son service, et vous supplie croire que je suys,
Monsieur, Vostre humble serviteur, FRANG* Dg SALES.
A Sales, le 10 may 96, ou je bayse les mains de madame vostre compaigne et de toute vostre honorable brigade.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
(1) Le chanoine Louis de Sales, à qui une note biographique sera consacrée plus loin.
EXTRAIT DU COMMENTAIRE DE SAINT JÉRÔME (Voir La note (1) de la page précédente)
Est confidentia quoniam canis vrvens melior est leone mortuo; quia viventes sciunt quod moriantur et mortui nesciunt quicquam*, etc. Quia supra dixerat * cor filiorum bominum impleri malitia et procacitate, et post bec omnia morte finiri, nunc eadem complet, et repetit : donec vivunt homines eos posse fieri justos, post mortem vero nullam boni operis dari occasionem. Peccator enim vivens potest melior esse justo mortuo si voluerit in ejus transire virtutes ; vel certe, eo qui se
in malitia, potentia, procacitate jactabat et mortuus fuerit, melior potest quis pauper esse et vilissimus. Quare ? Quia viventes, metu mortis, possunt bona opera perpetrare; mortui vero nihil valent ad id adjicere quod semel secum tulere de vita, et oblivione obvoluta
sunt omnia ; juxta illud quod in Psalmo scriptum est * : Oblivioni
datus sum tamquam mortuus a corde. Sed et dilectio eorum ef odium et aemulatio, et omne quod in seculo habere potuerunt, mortis finitur adventu ; nec juste quippe possunt agere nec peccare, nec virtutes adjicere nec vitia,
Licet quidam huic expositioni contradicant, asserentes etiam post interitum excrescere nos posse et decrescere, et in eo quod nunc ait * : Et pars non erit eis adbuc in seculo, in omni quod factum est sub sole, ita intelligunt ut dicant eos in hoc seculo, et sub hoc sole quem nos cernimus, nullam habere communionem, habere vero sub alio seculo (de quo Salvator ait : Non sum ego de boc mundo *) et sub sole justitiæ * ; et non excludi opinationem quz contendit, postquam de hoc seculo migraverimus, et offendere posse creaturas rationales et promereri. Aliter referebat mihi Hebraeus versiculum istum in quo dicitur : Melior est enim canis vivens super leonem mortuum, ita apud suos exponi : utiliorem esse quemvis indoctum, et eum qui adhuc vivat et doceat praeceptore perfecto qui jam mortuus est. Verbi causa, ut canem intelligerent unum quemlibet de pluribus praeceptorem, et leonem Moysem aut alium quemlibet Prophetarum.
Sed quia nobis hæc expositio non placet, ad majora tendamus ; et Chananæam illam cui dictum est : Fides fua te salvam fecit, canem esse juxta Evangelium * dicamus, leonem vero mortuum circumcisionis populum, sicut Balaam Propheta dicit * : Ecce populus ut catulus leonis consurget, et ut leo exultavit. Canis ergo vivens nos sumus, ex nationibus ; leo autem mortuus Judaeorum est populus, a Domino derelictus : et melior est apud Dominum iste casis vivens quam leo ille mortuus. Nos enim viventes cognoscimus Patrem et Filium et Spiritum Sanctum; illi vero mortui nibil sciunt, neque expectant aliquam repromissionem atque mercedem, sed completa est memoria eorum; neque ipsi meminerunt qua scire debuerant, neque illorum jam Dominus recordaturus est. Dilectio quoque qua aliquando Deum diligebant periit; ef odium, de quo audacter loquebantur * : Nonne odientes te, Domine, odivi et super inimicos tuos tabescebam? necnon et zelus eorum, juxta quem Phinees zelatus est * et Mathathiæ infremuerunt poplites **. Perspicuum est autem quod et pars eorum non est in seculo; non enim possunt dicere : Pars mea Dominus *.
* Ps. xxx, 13.
* Cap. cit., *. 6.
* Joan., vin, 33.
* Sap., V, 6.
* Matt., xxvi, 38.
* Num., XXI, 24.
* Ps. CKXXVII, 21.
* Num., xxv, 13.
+1 Mac., 11, 34.
* Thren., i8, 24.
A MONSEIGNEUR JULES-CÉSAR RICCARDI ARCHEVÉQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN
Gers DODITER)
Calomnies répandues à la cour de Savoie contre M. d'Avully et l'Apôtre du Chablais. — Abandon dans lequel on laisse ce dernier. — Désir de faire un voyage à Turin.
Thonon, septembre 1596.
Illustrissimo et Reverendissimo Signor mio osservandissimo,
Hebbi hieri da monsieur di Avully la lettra che si compiacque V. S. Ill" di farmi alli 27 di Agosto, con intera et perfetta allegrezza del contento ch'essa hebbe nella reconciliatione di questo cavagliero. Speravo ch'egli havrebbe dato conto al Serenissimo Prencipe di quel poco che sin adesso habbiam potuto fare qui in questo paese, et di quanto è necessario per veder fra pochi mesi questa benedetta opra compita et perfetta. Ma, per quanto mi ha detto, fu avertito che(3) non mancavano calomniatori in quella corte, et della sua conversione alla santa Chiesa, et della mia intentione in (b) queste mie poche
Mon trés honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur,
Je regus hier, par M. d'Avully, la lettre que Votre Seigneurie Illustrissime eut la bonté de m'écrire le 27 août, et j'éprouvai une entière et parfaite allégresse du contentement que vous donna la conversion de ce chevalier. J'espérais qu'il aurait rendu compte au Sérénissime Prince du peu qu'il nous a été possible de faire jusqu'ici dans ce pays, et de ce qui est nécessaire pour voir en peu de mois cette bénite ceuvre achevée et affermie. Mais, d'apres ce qu'il m'a dit, on l'a prévenu qu'il ne manquait pas de gens à cette cour pour calomnier sa conversion à la sainte Eglise, et mon intention dans
(a) che — [al modo delle corti, J (b) sx — [questa mia fatica. Il che lo trattenne un poco piu... ]
fatiche; et per questo hebbe opinione di non poter commodamente esser creduto, sì che lasciò di parlarne più. Il che mi fa tanto magiormente desiderar d' inviarme per Torino, acciò possa havere risolutione del beneplacito di Sua Altezza sopra questo tanto importante negotio (1).
Et se si darà l'ordine pronto come si conviene, ritornarò certo et sicuro di veder ben presto lieta raccolta di migliaia d'anime; se per contrario no si darà, pigliarò la benedittione di V. S. Ill"* et R"* et licentia di abandonnar questa impresa per altri più capaci, ché mi sento spezzar il cuore di veder le parrochie intere desiderar di esser satiate della santa dottrina catholica et non poterli (sic) provedere, per non havere il modo per inviare a quest' opra numero sofficiente de prædicatori et pastori. Né posso piü io solo restare qui per esser favola delli nemici, i quali vedendo non si dar altr’ ordine, sprezzano tanto piü il mio ministerio, del quale nientedimeno io ad ogni modo devo esser zeloso.
Quanto poi alli calomniatori, spero che in fine si cognoscerà, et lo sa Iddio benedetto, che quanto a questo
ce peu de fatigues que j'ai soutenues. Il se persuada pour cette raison qu'il n'aurait pas été cru facilement ; aussi laissa-t-il d'en parler davantage. C'est ce qui me fait toujours plus désirer d'aller moi-méme à Turin afin d'obtenir une déclaration du bon plaisir de Son Altesse sur cette affaire si importante (1).
Que si, comme il convient, on donne promptement des ordres, je reviendrai sür et certain de voir bientót mürir une heureuse moisson de plusieurs milliers d’àmes ; si au contraire on ne les donne pas, je demanderai votre bénédiction et la permission d'abandonner cette entreprise à d'autres plus capables que moi. J'ai le cœur brisé de me voir hors d'état de satisfaire des paroisses entières qui désirent être rassasiées de la sainte doctrine catholique, faute d'avoir les moyens de leur envoyer à cet effet un nombre suffisant de prédicateurs et de pasteurs. Je ne puis plus rester seul ici pour devenir la fable de nos ennemis, qui, voyant qu'on ne donne plus aucun ordre, méprisent mon ministére, dont cependant je dois étre jaloux de toute maniere.
Quant aux calomniateurs, j'espère qu'à la fin on connaitra, et Dieu
(1) Le Saint partit effectivement pour Turin au commencement d'octobre,
io da ogni ambitione sono libero, nè con queste poche fatiche cerco di esser cognosciuto da' superiori se non quanto basta per esseguire questo servitio et altri così fatti. Et contro de tutte queste lingue, ho sufficiente protettione nella bontà di V. S. Ill"*; nè spruzaranno giamai i calomniatori tante aque de maledicentie che possano estinguere il zelo del quale arde il serenissimo cuore delle loro Altesse.
Della conversione di monsieur d'Avully già ne scrissi ultimamente a V. S. Ill" et glie ne darò conto più particolar ; chè invero non a luy (sic) solo et a me, ma ancora al general di questo negotio, fanno gran prejuditio questi tali maledicenti ; et in questo sonno favorevoli agli heretici, quali vanno calomniando tutte le conversioni che si sonno fatte a'tempi nostri, per impedir l’effetto che suol far l'essempio dei primi nelle conscientie del popolo. Ma sopra questo et molte altre cose per servitio di Iddio et di santa Chiesa, spero che presto V. S. Ill"* et R"* me darà udientia con quell'amorevolezza colla
le sait, combien en ceci je suis libre de toute ambition, et que, par ces quelques travaux, je ne cherche pas à étre bien vu de mes supérieurs, sinon autant qu'il le faut pour remplir cette mission et d'autres semblables. Contre toutes ces langues je trouve une protection suffisante dans la bonté de Votre Seigneurie; du reste, les calomniateurs ne lanceront jamais les eaux de leurs détractions avec tant de profusion qu'elles puissent éteindre le zèle dont brûle le cœur de leurs Altesses Sérénissimes.
J'écrivis dernièrement à Votre Seigneurie au sujet de la conversion de M. d'Avully, et je vous en rendrai un compte plus particulier encore ; car vraiment ce n'est pas seulement à lui et à moi, mais c'est au général de la mission, que ces médisants portent un grand préjudice. Ils sont en cela favorables aux hérétiques, qui calomnient toutes les conversions opérées de notre temps afin d'empécher l'effet que produit ordinairement l'exemple des plus notables sur les consciences du peuple. Mais pour ceci et beaucoup d'autres choses qui regardent le service de Dieu et de la sainte Eglise, j'espere que bientôt: Votre Seigneurie me donnera audience selon cette bienveillance avec laquelle elle daigne m'inviter en son palais, afin que je puisse
quale si degna di invitarme al suo palazzo, acciò che (©) io possi avantarme (sic) poi no solo di esser suo divotissimo et humilissimo, come sono, ma ancora domestico servidore. Come tal, bascio humilissimamente le reverendissime mani et resto, Di V. S. Ill”, Ubedientissimo et indegnissimo servo, F. DE S. P.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Rennes.
m'honorer non seulement d'étre, comme je le suis, votre trés humble et tout dévoué, mais encore votre serviteur familier. En cette qualité je baise humblement vos mains vénérées et reste, De Votre Seigneurie Illustrissime, Le trés obéissant et trés indigne serviteur, François De Saes, Prévôt.
(c) acció che — [si come io gia ad ogni modo glie sono divotissimo et humilissimo servidore, cosi ancora...J ?
AU MÉME
Instances pour obtenir le rétablissement du culte catholique dans quelques paroisses du Chablais.
Sales, 14 novembre 1596.
Illustrissimo et Reverendissimo Signor mio
Questa ritardatione della conclusione di pace (1!) me fa gran dubbio che Sua Altezza Serenissima no differisca
Mon trés honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur, Ce délai apporté à la conclusion de la paix (1) me fait grandement redouter que Son Altesse Sérénissime ne differe de venir au secours
(1) Voir ci-devant note ( 1), p. 186.
* Ephes., tv, 13.
l’aiuto che se deve dar a quell' anime di Chiablais ; et no sapendo di dove rivolgermi, supplico humilissimamente V. S. Ill"* che per amor di Dio no permetta ch'io passi costi l’advento di Nostro Signore senza vederlo venuto in quelle contrade ; anzi procuri, colla solita carità, che almanco in tre o quattro luoghi si comminci l'essercitio catholico, se per il freddo no si potrà piü ottenere.
É molto il comminciare : se venirà piccolo Christo come bambino in queste feste natalitie, crescerà poi pian piano sino alla perfetta mesura della plenitudine *. Et in questo, ad ogni modo non cié altro pericolo se non di tralasciare l'impresa et fugire di Bethleem, in caso che questo trattato di pace se terminasse in guerra ; il che no solo nel Chiablais, ma in molti altri luoghi di questa diocesi traverrebbe. Chi sa se Iddio vuole che la pace spirituale sii preparatione et fondamento alla temporale.
Son in procinto di passare in Tonone, quantunque io sia certo di esser favola delli nemici, sin tanto che ci venga l'ordine di Sua Altezza, il quale io sempre, lieto et sicuro, vado aspettando, mentre mi ricordo del zelo
de ces populations du Chablais. Ne sachant de quel cóté me tourner, jesupplie humblement, pour l'amour de Dieu, Votre Seigneurie de ne pas permettre que l'Avent s'achève sans que je voie Notre-Seigneur rentrer en ces contrées. Veuillez donc nous obtenir qu'on commence l'exercice du culte catholique au moins dans trois ou quatre localités, si à cause du froid on ne peut faire davantage.
C'est beaucoup de commencer : si le Christ vient à nous comme petit enfant en ces fêtes de Noël, il grandira ensuite peu à peu jusqu'à la parfaite plénitude de la maturité. Et en cela, il n'y a de toute facon aucun péril à courir, si ce n'est celui d'abandonner l'entreprise et de fuir de Bethléem, au cas où ces négociations de paix aboutiraient à une guerre; ce qui traverserait [les intéréts de la religion] non seulement en Chablais, mais dans plusieurs autres lieux de ce diocese. Qui sait si Dieu ne veut pas que la paix spirituelle soit la préparation et le fondement de la temporelle?
Je suis sur le point de me rendre à Thonon, bien que je sois certain d'étre la fable de nos ennemis jusqu'à ce que nous arrive l'ordre de Son Altesse. Je l'attends toujours avec joie et assurance, me
ardentissimo che V. S. Ill"* adopra in questa sollecitatione, alla quale pertanto no raccommando piü il negotio. Solo dirò che la speranza che si differisce affligge incredibilmente /’ anima mia * et de molti buoni Catholici, massime delli principianti, et sarà forse causa d'afflittione eterna a molt' altre.
Finisco con prieghar il Signore che ci conservi V. S. I11"*, della quale io sono eternamente
Humilissimo et devotissimo servidore, FRANC? DE SALES,
Prevosto di Geneva. Di Sales, casa paterna mia, alli 14 gbre 1596.
AIN Illm° et Rv» Sig” mio osservandissimo, Monsig* l’ Arcivescoüo di Bari, Nuntio Apostolico appresso S. A. Seren", Turino.
Revu sur une copie authentique conservée à Rome, Archives du Vatican.
souvenant du zèle très ardent que Votre Seigneurie déploie dans cette poursuite ; je crois donc superflu de la lui recommander encore. Je dirai seulement que l'espérance différée afflige incroyablement mon áme et celles de beaucoup de bons Catholiques, surtout des nouveaux convertis ; peut-étre méme sera-t-elle la cause de la désolation éternelle d'un grand nombre d'autres.
Je termine en priant le Seigneur de nous conserver Votre Seigneurie Illustrissime, de laquelle je suis pour jamais
Le trés humble et trés dévoué serviteur, FRANÇOIS DE SALES, Prévót de Genève.
De Sales, ma maison paternelle, le 14 novembre 1596.
* Prov., xtI, 12.
AU SÉNATEUR ANTOINE FAVRE
(MDrUTE)
Désir de lui voir accepter la charge de Président du Conseil de Genevois. — Délais apportés aux affaires du Chablais. — Projet d'un pélerinage au tombeau de saint Claude.
Annecy, 23 ou 24 novembre 1596 (1).
Miraberis et merito fateor, mi Frater, me totis iis octo quibus [Necii] fui diebus nihil ad te dedisse litterarum. At ne propterea crede, quaso, nihil me dedisse cogitationum qui meæ menti unus perpetuo obversaris ; sed tot undique sum obrutus negotiis, et dico candide, ut Necii nunquam mihi firmus fuerim. Nunc vero in profectionis articulo, quod a mora non potui, ab ipso discessu otium hoc scribendi quale quale est expressi.
In Ducis nostri Gebennensium mente et ore eo es imprimis loco ut meliore vix esse possit quisquam, et si permittas intelligi te (sic enim de more aulico loquor)
Vous serez étonné, mon Frere, et avec raison, que j'aie pu passer huit jours à Annecy sans vous donner de mes lettres ; mais ce n'a pas été sans vous donner de mes pensées, car vous étes perpétuellement présent à mon esprit. Les affaires m'assiégeaient de toutes parts, à tel point que, je vous le dis en parfaite sincérité, je ne me suis pas appartenu un seul instant à Annecy. Maintenant toutefois j'obtiens au moment du départ ce que je n'ai pu me procurer en le différant : le loisir de vous écrire un mot n'importe comment.
Vous occupez la premiére place dans l'estime de notre duc de Genevois, et il ne porte personne aussi haut que vous dans ses louanges.
(1) La corrélation étroite qui existe entre cette lettre et celle du sénateur Favre du 31 novembre 1596 (voir à l'Appendice), prouve qu'elles ont été écrites à la méme époque.
Praesidem, hic non optatissimum modo, sed his temporibus necessarium sumus habituri. Plura nequeo per epistolam e£ atramentum *.
Vidi summa mea voluptate fratrem nostrum (1); nihil suavius, candidius, politius. Ita tamen vidi ut vix vidisse dici possim, cum enim ad extremum diei crepusculum convenissemus, magis utrimque audivimus quam vidimus, etsi per duas horas simul fuimus.
De re nostra Tononiensi quid dicam, mi Frater ? Dominus de Jacob (?) mira dedit in promissis. Undique captamus occasiones Principis hac in causa gratiam serio ineundi : per Nuntium Apostolicum, per Jesuitas, per Cappucinos. Incæperam bene sperare, sed de bello audio nescio quid quod mes spei negotium facessit. Verum iis Deus optimus maximus pro sua pietate moderabitur.
Si vous permettez que l'on vous considere comme Président (c'est ainsi que je parle à la façon des hommes de cour), nous aurons un dans les circonstances où nous nous trouvons. Je ne puis vous en dire davantage far le moyen de l'encre et du papier.
J'ai vu notre frère avec une trés grande satisfaction (1) : on ne saurait trouver quelqu'un de plus aimable, de plus simple, de plus gracieux. Cependant c'est à peine si je puis dire l'avoir vu, car notre rencontre eut lieu en plein crépuscule, de telle sorte que nous nous sommes entendus plutót que nous ne nous sommes vus, bien que nous ayons passé deux heures ensemble.
De notre affaire de Thonon, que vous dirai-je, mon Frère? M. de Jacob (2) nous a fait les plus belles promesses. Nous saisissons toutes les occasions d'intéresser le prince à notre cause, soit par l'entremise du Nonce apostolique, soit par celle des Jésuites et des Capucins. Je commençais à espérer un succès favorable, mais j'entends je ne sais quelles annonces de guerre qui ébranlent mes espérances. Dieu trés bon et tres grand disposera de tout dans sa miséricorde.
(1) Il s'agit probablement de l'un des frères du sénateur Favre; nous les rencontrerons souvent dans la suite de la correspondance de saint François de Sales.
(3) Guillaume-Frangois de Chabod, seigneur de Jacob, gouverneur de Savoie. Ce personnage étant l'un des correspondants du Saint, sa note biographique sera donnée en regard de la première lettre qui lui est adressée,
LerrRes I 14
* Cf. II Joan., Y. 19, III, ÿ. 13.
Scribam quam primum peregrinationem ad Divi Claudii reliquias absolvero, quam post concionem diei Dominice Tononi, Deo dante, faciendam, incipiam.
Bene vale, Frater suavissime, et me quod facis ama. Unicum id erit hoc tam acerbo tempore oblectamentum.
Necii.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
Je vous écrirai apres le pelerinage que je me propose de faire aux reliques de saint Claude. Je partirai, s'il plait à Dieu, apres le sermon que je dois précher Dimanche à Thonon.
Adieu, mon tres doux Frère, aimez-moi toujours comme vous le faites ; c'est la seule consolation que j'aie en ces temps malheureux.
Annecy.