‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 33 sur 64 · AU CHANOINE GALLOIS DE MONTHOUX · texte numérisé non relu

AU CHANOINE GALLOIS DE MONTHOUX

(INEDITE)

Recommandation en faveur de l'abbé de Ronis.

Annecy, 31 juillet 1595.

Monsieur mon Cosin,

Je voudrois bien vous salluer avec autre occasion que cellecy, mays les occasions ne sont pas en nostre pouvoir ; elles viennent, nous ne les allons pas querir.

Monsieur de Ronis m'est venu voir ce matin et m'a monstré une vostre lettre par laquelle il semble que

(1) C'est d’après la teneur de cette lettre, y compris le post-scriptum, que l'adresse en est conjecturée. Tout en effet porte à croire qu'elle a été écrite à Gallois de Monthoux, qui résigna sa cure d'Argonnex vers la méme époque. Le chanoine Frangois de Ronis sollicita ce bénéfice pour son neveu, Jean de Ronis, jeune diacre attaché à la maison de M8" de Granier. De son côté, Etienne Martinod fit des poursuites afin d'en étre nommé titulaire. La sentence définitive lui donna gain de cause. (Registres de l'Evéché de Genève.)

vous aves desplaysir de le voir poursuyvre le droict que son neveu a sur la cure d'Argonnay. Et par ce que d'un costé il desire infiniment ne faire chose qui vous despleut, et de l'autre il est obligé au proufit de son neveu, tant qu'il se peut maintenir avec rayson, il m'a prié d'employer mon credit vers vous affin qu'il vous playse ne vous desplaire point s'il met a effect le droit de son neveu, quil a desja acheminé si avant et avec tant de frais quil demeureroit en grosse perte sil le quittoit ainsy tout court, sinon que sa partie voulut entendre a ce que Monseigneur le Reverendissime et monsieur d'Angeville (1) en avoyent une fois ordonné a lamiable. L'obligation que j'ay a monsieur de Ronis et a Monseigneur le Reverendissime, chez qui son neveu sert, m'a faict aysement vous prier, comme je fays, que sil ny a point d'autre interest pour vous que pour l'affection que vous pourries avoir a celuy qui est leur competiteur, il vous playse leur permettre la poursuitte de leur prætention ; quilz vous rendront autant de service que l'autre.

Pour moy, je n'employe point autre merite vers vous pour estre continué en vostre bonne grace, que lhonneur que j'ay de ma nature d'estre a jamays,

Monsieur, Vostre plus humble cosin et serviteur Francois Dg Sates,

A Necy, le dernier julliet 95, ou je bayse bien humblement les mains de monsieur et madame de Monthou, mes cosin et cosine (2).

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le baron Ludovic de Viry, au cháteau de Cohendier (Haute-Savoie).

(1) Claude d'Angeville, chanoine de Saint-Pierre de Genéve, primicier de La Roche (1568), vicaire général et official (1579-1591), plébain de Thónes (6 octobre 1587), doyen de Vuillonex (14 mars 1590), prieur de Douvaine (6 décembre 1595), était à cette époque l'un des hommes les plus remarquables de la Savoie. Sa piété, sa prudence et son savoir lui méritérent l'estime et la confiance de son prince qui le chargea (1598) de seconder saint François de Sales dans la réorganisation des paroisses du Chablais. Le primicier d'Angeville mourut en 1627, âgé de quatre-vingt-neuf ans, aprés avoir été cinquante-neuf ans à la téte de sa collégiale.

(2) La famille de Monthoux était si nombreuse à cette époque qu'il est difficile d'indiquer auxquels de ses membres il est fait ici allusion.

AU SÉNATEUR ANTOINE FAVRE

(MINUTE) (1

Souffrances du saint Apótre; il désire s'adjoindre d'autres missionnaires. — Remerciements pour un ouvrage de Sponde; calomnies des hérétiques contre ce personnage et contre Pierre Poncet. — Sentiments de foi et de confiance. |

Annecy, 2 août 1595.

Non sum nescius, suavissime Frater, non mediocriter inter nos hinc inde pariter molestum esse silentium, ac propterea excusationem ullam non affero. Peregrinationibus partim, partim necessariis cursitationibus insumpsi totum mensem ; ac si quando pedem firmavi, defuit qui litteras perferendas susciperet.

Onus messis Tononiensis, meis impar humeris, non nisi te volente, jubente, deponere constitui ; in eam tamen rem alios operarios iisdemque commeatum dum artibus modisque omnibus pergo parare, nullum, inter infinitas hostis generis humani versutias, exitum, nullum finem facio. Id me non leviter torquebat, torquet autem

Je n'ignore pas, mon trés doux Frére, que le silence entre nous vous est aussi pénible qu'à moi ; aussi je ne viens nullement m'excuser. J'ai passé tout le mois soit en pélerinages soit en courses indispensables, et si je me suis arrété quelquefois, je n'ai trouvé personne qui se chargeàt de vous porter ma lettre.

La moisson de Thonon est un fardeau qui dépasse mes forces, mais j'ai résolu de ne l'abandonner qu'avec votre agrément, par votre ordre. Cependant, je continue à préparer par toutes sortes d'expédients et d'industries de nouveaux ouvriers pour cette œuvre, | et à leur chercher des moyens de subsistance. Je n'apergois nul terme, nulle issue parmi ces ruses infinies de l'ennemi du genre humain.

(1) Le premier, le troisième alinéa et les trois premières lignes du dernier sont inédits,

* Luce, xxi, 9.

maxime, tot clades capitibus nostris, mi Frater,imminere, ut interea vix ullus pietatis procuranda, cum ipsa maxime sit necessaria, superesse locus videatur. Animus tamen in meliorem spem, Christo propitio, attollendus est. Cum audiveritis bella ac seditiones, nolite terreri *.

Recreor autem plurimum Possevini nostri de me accurata recordatione (1). Accepi namque et ejus munusculum, ut ais, et Girardi nostri Spondæum, utrumque te auctore, te mea scilicet apud eos observantiæ commendatore. Ac Spondaus quidem quam opportune cum sua recenti prefatione venerit, vel ex eo intelliges quod et Gebennenses et Chablasiani ministelli nihil quod tanto viro tonderent habebant quam eum, in pcenam fractae fidei, amentatum et furiosum in angulo quodam Galliæ delitescere. Quin Gebennenses gloriabantur quemdam de sua schola Demosthenem tanta verborum ac rerum vi Spondæi rationes oppugnasse, ut susceptam religionem

J'ai été tourmenté et je le suis encore, mon Frère, en voyant que parmi tant de catastrophes qui menacent nos tétes, il nous reste à peine un moment pour cultiver la dévotion dont nous aurions un si pressant besoin. Il faut cependant, comptant sur la miséricorde de Notre-Seigneur, élever nos cœurs à de meilleures espérances. Lorsque vous enlendrez parler de guerres et de séditions, n'en soyez point effrayes.

Je suis extrêmement réjoui du fidele souvenir que me conserve notre Possevin (1). J'ai reçu en effet son petit présent, comme vous le dites, et le Sponde envoyé par notre Girard, double hommage dont je vous suis redevable, à vous qui avez fait valoir aupres de tous deux le respect que je leur ai voué. Quant au Sponde avec sa nouvelle préface, vous pourrez juger par un seul fait combien il est arrivé à propos. Les prédicants de Geneve et du Chablais, ne sachant comment tondre un personnage si important, disaient qu'en punition du serment violé, cet homme, devenu fou furieux, était caché dans quelque coin de la France. Bien plus, les Genevois allaient répétant avec orgueil qu'un certain Démosthène de leur école avait réfuté les arguments de Sponde avec tant d'éloquence et des raisons si

( 1) Voir ci-devant, note (1), p. 129.

primum, mox mentem ipsam abjecerit (1). Quod ego ne crederem faciebat, tum dicentium authoritas mentiendi, tum quod recenti et insigni petulantia Poncetum a demone crudelissime vexari dicerent iidem, et me nocturnis exorcismis abigendo spiritui immundo operam secretam navare. Quid enim [qui] in tanta vicinitate tam audacter mentiuntur non audeant de homine tot intervallis disjuncto comminisci ?

Redeo crastina die ad Spartam meam (utinam si non ornandam saltem aliis præstantioribus conservandam), faciamque deinceps ne integro mense inter nos audiatur silentium. Interim, mi Frater, inter hos patrie nostra

probantes que l'auteur avait d'abord renoncé à sa religion, puis, bientôt après, perdu la raison (1). Ce qui m'empéchait de m'en rapporter à leur témoignage, c'était d'une part leur supériorité dans l'art de mentir, et de l'autre, l'insigne impudence avec laquelle ces mémes hommes affirmaient derniérement que Poncet était affreusement tourmenté du démon, et que je passais les nuits à l'exorciser en secret pour chasser l'esprit immonde. Quand on calomnie si audacieusement ses proches voisins, que n'osera-t-on pas inventer contre un homme qui se trouve à une si grande distance?

Je retourne demain à ma Sparte (si ce n'est pour l'embellir, plaise au Ciel que ce soit du moins pour la conserver à de meilleurs ouvriers), et je ferai en sorte qu'il ne soit plus question entre nous de ces silences d'un mois entier. Cependant, mon Frère, parmi ces

(1) Jean de Sponde (1559-1595), frère ainé de Henri, Evéque de Pamiers, né à Mauléon d'une famille calviniste, mort à Bordeaux, fut successivement lieutenant général de la chaussée de La Rochelle, puis maitre des requétes. Aprés avoir abjuré le protestantisme, il rendit compte de sa conversion dans un ouvrage intitulé : Declaration des principaux motifs qui ont induit le sieur de Sponde, conseiller et maistre des Requestes du Roy, à s'unir à l'Eglise Catholique, Apostolique el Romaine, adressée à ceux qui se sont separez et distinguée en trois Parties. Melun, 1593.

C'est de la cinquième édition (Lyon, 1595) qu'il s'agit ici. On lit dans la préface de cette édition, qui parut aprés la mort de l'auteur, la déclaration suivante : « Et quelque fresle de corps et d'esprit que je sois, jusques à present la melancolie que quelques uns me reprochent entre leurs dents, ne m'a jamais tant gaigné le cerveau qu'on luy en aye veu produire des frenesics. » (Voir la Defense de l'Estendart de la sainte Croix, tome II de cette Edition, p. 156.)

"IV Reg., ni, 11.

tumultus (dicamne, an tumulos?), dum circum circa oculis nostris ingrata quaeque sese offerunt, in patriam illam coelestem oculos intensissime figamus, cogitemusque perpetuo Heliam illum Thesbitem non aliter quam fer turbinem ad calum ascendisse *.

Bene vale, mi Frater, et Christum habeto propitium et Servatorem.

Necii, 4 non. Augusti, 95.

Revu sur le texte inséré dans le I** Procès de Canonisation.

désordres (dirai-je plutót cette ruine de la patrie?), alors que nos yeux ne rencontrent que des sujets de tristesse, fixons plus attentivement nos regards sur notre patrie céleste, et souvenons-nous toujours qu'Hélie le Thesbite n'est monté au ciel que dans un tourbillon. Portez-vous bien, mon Frere, et que le Christ vous protége et vous conserve !

Annecy, le 3 aoüt 1595.

AU MÉME

Quore INEDITE)

Troubles qui régnent à Annecy.

Sales, commencement d'aoüt 1595.

Nonne bene dixeram, mi Frater, facturum me deinceps ne ullum inter nos audiretur silentium ? Cum inter nostros Tononenses vix semel in mense ad te possim scribere, scribo nunc ex paterna Sa]esiorum casa per

N'avais-je pas raison de vous dire, mon Frère, que je ferais en sorte désormais qu'il ne füt plus question de silence entre nous? Comme au milieu de nos gens de Thonon, je puis à peine vous écrire une fois par mois, je vous écris maintenant de ma maison paternelle

Coquinum (1), eo sane jucundius quod paulo meliora de rebus nostris jam audiverim. Hesterna namque die Necii omnia propemodum eversa ac inversa dicebantur (2); adeo nimirum, sive in bonam sive in malam, res quam longissime protrahere solet vulgus; ac adeo incredibile est quanta amaro animo de te tuisque omnibus, quem in primis, ut fit, periclitari, importuna cogitatione (4) subibant. (P) Non tamen bona spe vacuus omnino, itaque cum rem levius transigi audiam, mihi tibique plurimum gratulor ; quando infcelix hoc nostrum seculum (©), pro faustis solent haberi qua non sunt infaustissima.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le baron Ludovic de Viry, au cháteau de Cohendier (Haute-Savoie).

de Sales, par Coquin (1), avec d'autant plus de plaisir que je viens de recevoir des nouvelles un peu meilleures de nos affaires. On disait hier à Annecy que tout était à peu pres sens dessus dessous (2), tellement le vulgaire a coutume d'exagérer extrémement soit en bien soit en mal. On ne saurait croire combien de pensées inquiétantes agitaient mon âme attristée, relativement à vous et à tous les vôtres, qui deviez, des premiers, comme il arrive, étre mis en péril. Je ne suis pas cependant privé de tout espoir ; aussi, en apprenant que la chose se passe plus facilement, je m'en félicite beaucoup pour vous et pour moi. Puisque notre siècle est si infortuné, on s'accoutume à tenir pour heureux tout ce qui n'est pas absolument malheureux.

(a) [On a dà suppléer les trois premières lettres de ce mot, lesquelles sont indéchiffrables dans l'Autographe.)

(b) subibant. — T Domino ergo immortales gratias ago... ]

(c) seculum — [nulla leta, sed fausta... ]

( 1) Maitre Jean Coquin était notaire ducal à Groisy, seigneurie qui appartenait à la famille de Sales.

(2) Ces troubles venaient probablement des craintes qu'inspiraient les succés de l'armée frangaise, maitresse d'une partie de la Savoie, et les troupes hérétiques massées sur les frontiéres suisses. De plus, tandis que des soldats espagnols commettaient toutes sortes de déprédations dans les faubourgs d'Annecy, où pourtant ils étaient tenus pour alliés, on prenait, en prévision de la mort imminente du duc de Nemours, certaines mesures militaires qui surexcitaient la population au lieu de la rassurer.

Quant au sénateur Favre, il savait ses possessions de Bresse dévastées par les troupes de Biron, qui continuaient à guerroyer dans cette province.

AU MÉME

( MINUTE

Ebranlement qui se produit parmi les hérétiques; ingénieuse tactique du Saint pour les provoquer à la discussion.

Thonon, 18 septembre 1595.

Et jam, mi Frater, latior simul et letior patet ad Christianorum messem aditus. Heri namque parum abfuit quin Avullæus (!) cum urbis sindicis, uti vocant, ad concionem palam venirent, quod me de augustissimo *Videtom.VIIhuj. Eucharistia Sacramento disputaturum audivissent *. Quo Edit, Serm. xxt. o mysterio sententiam rationesque Catholicorum ex me audiendi tanto tenebantur desiderio, ut qui palam nondum venire, ne legis sue immemores viderentur, ausi sunt, me ex diverticulo quodam secreto audiverint, si tamen per vocis mee tenuitatem licuit. — Ego hac iterum egi venatione ut promitterem me, sequenti concione, de Scripturis luce meridiana clarius

Voici enfin, mon Frère, qu'une porte plus large et plus belle s'ouvre à nous pour entrer dans cette moisson de Chrétiens, car il s'en fallut peu hier que M. d'Avully (1) et les syndics de la ville, comme on les appelle, ne vinssent ouvertement à la prédication, parce qu'ils avaient oui dire que je devais parler du trés auguste Sacrement de l'autel. Ils avaient un si grand désir d'entendre de moi l'exposé de la croyance des Catholiques et leurs preuves touchant ce mystére, que n'ayant osé venir publiquement, crainte de paraitre oublieux de la loi qu'ils se sont imposée, ils m'entendirent d'un certain endroit ou ils ne pouvaient étre vus, si toutefois la faiblesse de ma voix n'y a pas mis obstacle.

De mon cóté, j'ai fait encore ceci dans cette chasse : j'ai promis qu'à la prédication suivante je mettrais, par les Ecritures, ce dogme en plus grande lumiére que le plein midi, et que je l'appuierais

(1) Sur le seigneur d'Avully, voir la note jointe à la lettre du 10 mai 1596,

dogma commonstraturum, ac tantis rationum momentis propugnaturum, nullus ut futurus sit ex adversariis qui non cognoscat densissimis se tenebris excceecatum, nisi qui humanitati ac rationi nuntium remiserit. His nimirum rodomonteis propositionibus se ingeniumque suum ad arenam vocari recte cognoscunt, ne videlicet si non veniant existimentur imbelles omnino, qui Catholicam vel homuncionis nescio cujus impressionem reformident.

Res est in tuto; jam enim ad colloquia descendunt, mox, ut ex proverbio dicam, ad deditionem venturi ; sic enim Crescanus advocatus (1) nos docuit Tononienses communi consilio confessionem, uti vocant, sua fidei scriptis prolaturos, uti si quid a nobis differunt, ea de re familiari ac privato colloquio vel privatis scriptis agamus. Cumque legationem hanc ministro suo quidam imponere vellent, alii tutius contra fuere, ne nobiscum palæstram

d'arguments si puissants que nos adversaires, sans aucune exception, à moins qu'ils n'aient renoncé au bon sens et à la raison, reconnaitraient qu'ils sont aveuglés par les épaisses ténèbres dans lesquelles ils sont plongés. Ils savent bien que ces espèces de rodomontades les invitent à descendre dans l'arene, en sorte que s'ils ne venaient pas ils seraient tenus pour gens tout à fait pusillanimes, qui redouteraient de se mesurer avec la religion catholique, méme quand elle est défendue par je ne sais quel homme de rien.

C'est une chose assurée : puisqu'ils consentent déjà à parlementer, bientót, suivant le proverbe, ils en viendront à capituler. En effet, ainsi que nous l'a appris l'avocat du Crest(1), les Thononais ont résolu d'un commun accord de nous présenter par écrit leur confession de foi dans les points où elle diffère de la nôtre, afin que nous puissions les discuter en particulier ou dans des entretiens familiers ou par écrit. Quelques-uns voulaient charger le ministre de cette négociation, mais d'autres plus prudents furent d'avis contraire,

(1) L'avocat Pierre du Crest de Cruseilles, seigneur de la Croix, bourgeois d'Evian, docteur és-droits, fut conseiller de Charles-Emmanuel I** et lieutenant particulier de la judicature-mage du Chablais. Ce personnage, l'un des premiers convertis par les prédications de notre Saint, témoigna dans la suite d'un inaltérable dévouement envers lui. Il l'accompagna à Genève lors de sa célébre conférence avec le ministre La Faye, et le seconda en diverses autres occasions. Pierre du Crest mourut avant 1629.

ingrediatur, ne subtilitatibus scholasticis vincatur, cum philosophiæ sit ignarus.

Bene sane quando per vicarium pugnam suscipiunt, et tam exiguis copiis nostris anguntur, et de conditionibus proponendis cogitant. Hos vero, erectis per Dei gratiam animis, concertationem hanc bona spe proni gaudentes expectamus.

Revu sur le texte inséré dans le I°" Procès de Canonisation.

craignant qu'il n'engageát la lutte avec nous et ne füt vaincu par les subtilités scholastiques, car il ne sait rien de la philosophie.

Assurément nous sommes en bonne voie puisqu'ils acceptent le combat par leur lieutenant, que nos si petites forces les effraient et qu'ils pensent à nous proposer des conditions. Pour nous, ayant grand courage par la gráce de Dieu, nous attendons avec empressement et avec joie cette lutte qui donne bon espoir.

D nnns

AU MÈME

(MINUTE INEDITE)

Attente de quelques lettres attardées. — Allusion à la bénédiction apostolique envoyée à Henri IV. — Suite du travail des Confrocerses. — Accueil fait par les hérétiques à la Centurie premiere. — L'avocat de Prez adresse des vers à l'auteur.

Thonon, commencement d'octobre 1595.

Et ego quidem, mi Frater, tantum posteriores, ad 6 non. Octobris datas a te litteras, idque nuperrime recepi ; de prioribus illis de quibus admones, nec de aliis item P. Possevini, Porterio nostro commendatis, ne levi

Mon Frère, je n'ai reçu que votre dernière lettre du 2 octobre, et cela tout récemment. Quant à la première dont vous me parlez, et à celle du P. Possevin, qui avaient été confiées à notre Portier,

quidem susurro hactenus audivi quicquam. Tu vero quam me male nunc haec tantarum litterarum tanta torqueat expectatio, si ad justam observantiae amorisque mei erga te Possevinumque nostrum trutinam omnia uti par est expendas, facile cognosces.

Recreor autem plurimum res tuas æquiori loco a te inventas quam credideras. Ea est propemodum temporibus calamitas non minima, ut eminus rem spectantibus apud viros probos et, ut sacro dicam verbo *, quibus est cor, ipsa calamitate sit calamitosior opinio. Quod autem de Barone nostro scribis (1), male apud malos qui religionem ferream sequuntur audit, eo vero me nomine angit quod spes quc differtur affligit animam *. Audio equidem Henricum, felici nuntio, a Sanctissimo Patre nuperrime « Gallorum Regem, salutem et Apostolicam benedictionem » audivisse (3); id si ita est, fíat fax in

je n'en ai pas entendu souffler le moindre mot jusqu'ici. Si vous pesez toutes choses, comme il convient, à la juste balance de l'estime et de l'affection que j'ai pour vous et pour notre Possevin, vous comprendrez combien je souffre maintenant dans la longue attente de lettres d'une telle importance.

Je suis tres heureux de savoir que vous avez trouvé vos affaires en meilleur état que vous ne pensiez. Voilà bien en effet un des grands malheurs de notre temps : la crainte est plus nuisible que le mal luiméme à ceux qui, entre les honnétes gens, ou pour employer l'expression du Texte sacré, les hommes de cœur, voient les choses de loin. Quant à ce que vous m'écrivez de notre baron (1), c'est une mauvaise nouvelle pour les méchants qui suivent une religion de fer; et moi je souffre parce que l'espérance différée afflige l'âme. J'apprends, il est vrai, que le très Saint-Pèreaurait tout dernièrement envoyé à Henri l'heureux message : « Salut et bénédiction apostolique au Roi de France (2). »

(1) Le baron d'Hermance et le président de Rochette avaient été envoyés par le duc de Savoie à Bourgoin afin de négocier avec les représentants du roi de France les conditions d'un traité de paix.

(2) Cette phrase a trait d'une manière générale à la rentrée en grâce de Henri IV auprès du Saint-Siège et ne saurait s'entendre à la lettre. Il est vrai que la cérémonie solennelle de l'absolution du monarque avait eu lieu le 17 septembre 1595. Mais la Bulle d'absolution, bien qu'elle soit datée de ce méme jour, ne partit de Rome que le 7 novembre suivant ; c'est dans cette Bulle que pour la première fois il est salué par la formule indiquée ci-dessus.

Lerrass | "i

* Cf. Jerem., v, 21.

* Prov., xii, 12.

* Ps. cxxi, 7.

* Vid.supra, not.(1), p. 108.

* Idem, p. 137.

*Præcon.Paschale.

virtute Domini *. Quam eo beatiorem ego suspicor futuram, quod videam hereticis omnibus Genevensibus maxime ingratam esse.

Nunc paullo pressius rem cum iis Tononensibus ago, agamque brevi pressissime, ubi quod jampridem meditabar opusculum * ad maturitatem qualem meum fert ingenium perduxero, et tu negotium probaveris. Sic enim apud me statutum est nihil nisi te censore proferre. Habent ii Tononienses meditationes tuas priores de Panitentia et Amore divino *. Mirantur omnes operis elegantiam. Insanus tantum ministellus cum te fcelicem vocasse culpam « qua talem ac tantum meruit habere Redemptorem * » legeret : « O blasphemiam, atheismum, Papismum! » inclamavit homo stultissimus et amentissimus. Ego vero quanta potui modestia per interlocutorem, quando ne quidem mecum manus conserere hactenus ausus est, hominis petulantiam ratione castigavi.

Interim advocatus de Pres (!) ad me versus quosdam in

S'il en est ainsi, que la paix regne par la force du Seigneur ! J'augure que cette paix sera d'autant plus heureuse que je la vois étre plus désagréable à tous les hérétiques de Genéve.

Je presse maintenant davantage ces messieurs de Thonon, et les presserai encore beaucoup plus lorsque j'aurai conduit à terme, suivant ma capacité, le petit ouvrage que je méditais depuis longtemps, et que vous aurez approuvé mon entreprise. En effet, j'ai résolu ainsi à part moi de ne rien publier sans le soumettre à votre censure. Ces messieurs de Thonon possèdent vos premières méditations sur la Pénitence et l'Amour de Dieu. Tous admirent la beauté de l'euvre. Seul, un pauvre ministre insensé ayant lu que vous nommez « heureuse la faute qui nous a valu un tel et si grand Rédempteur, » s'est écrié comme un homme tout à fait stupide et extravagant : « O blaspheme ! ó athéisme! ó Papisme! » Mais avec toute la modération possible, j'ai, par un tiers, remis à la raison cet effronté, car lui-même n'a pas encore osé en venir aux mains avec moi.

Cependant l'avocat de Prez (1) m'a envoyé quelques vers, à

(1) Claude de Prez, docteur és-droits, avocat au souverain Sénat de Savoie (1572), lieutenant de la judicature»maje du Chablais (1576), syndic de

tuam, quod ipse dixit, laudem misit, ea quantum audivi mente uti ad te quoque, non suo quidem sed meo nomine gratulabundus scilicet, perferre curarem. Habebis ergo qualecumque id carminis, si placet, amanter; vir enim est admodum haereticus, quem tamen propter spem melioris mentis et multa virtutum semina non mediocriter dilexi. Tu si separatim, cum ad me scribes, nonnullam de illis versibus amicam facias significationem (ad idem uti fit litterarium), mihi rem tuo genio dignam fecisse videaris ; hoc enim argumento, quod saepius jam cum eo feci, verbum Dei admonebo. Vellem enim, si qua posset, eum a pertinaci illa mente dimovere. At ipse, quod conscientiam rationibus Catholicis concuti sentiat, insequentem fugit * Christum Dominum.

Bene vale.

Revu sur le texte inséré dans le I°" Procès de Canonisation.

votre louange, dit-il. Son désir serait, si j'ai bien compris, que je vous les fisse parvenir pour vous féliciter non pas en son nom, mais au mien. Acceptez donc, s'il vous plait, avec bienveillance cette poésie telle qu'elle est. Cet homme est enfoncé dans l'hérésie; toutefois je lui ai témoigné beaucoup d'affection dans l'espoir de le ramener à de meilleurs sentiments, et parce qu'il y a en lui bien des germes de vertu. Si vous voulez me faire à part, lorsque vous m'écrirez, une aimable allusion à ses vers (dans le méme style que lui), il me semble que vous ferez quelque chose digne de votre carac-

tere. Je profiterai de cette occasion, comme je l'ai déjà fait plus d'une

fois à son égard, pour lui précher la parole de Dieu. Je voudrais en effet, s'il était possible, le retirer de cette obstination d'esprit. Mais parce qu'il sent sa conscience ébranlée par les arguments des Catholiques, il fuit le Christ Notre-Seigneur qui le poursuit.

Portez-vous bien.

Thonon (1598) et juge ordinaire d'Abondance, se signalait par son attachement obstiné à l'hérésie. Il fut en conséquence de cette obstination exilé de Savoie; saint François de Sales obtint sa grâce, et, par la force de sa douceur, parvint à le convertir (1599). L'avocat de Prez fit son testament à Abondance {10 avril +612) et mourut en 1635.

* Cf. Prov.,xxvin,r.

164 LsTTRES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES

AU MÊME

(Ixxorrs)

Prochain envoi d'une partie de son introduction au Code Fabrien. Question de droit.

Thonon, 14 octobre 1595.

Antonio Fabro, clarissimo Senatori, Franciscus De Sales salutem dicit.

Accepi tandem breviores illas tuas cum Possevini nostri libro et litteris ; nihilo sane longiores redditurus, quod concionibus crastinis (1!) texendis tempus instet. Ita quid singulis horis momentisque faciam scire te vellem.

Habebis a me quam primum caput unum meorum adversus hæreticos Commentariorum (3), in quo quam veri non Ecclesie sed antiquarum haresum sint reformatores conabor ostendere. Ac, ne sine te quidquam

A Antoine Favre, tres illustre Sénateur, François de Sales présente ses salutations.

J'ai enfin reçu votre trop courte lettre avec le livre et la lettre de notre Possevin. Ma réponse ne sera pas beaucoup plus longue, parce que je dois composer mes sermons de demain (1), et le temps presse. Je désirerais vous tenir ainsi au courant de ce que je fais à chaque heure, à chaque instant.

Je vous enverrai le plus tót possible un chapitre de mes Commentaires contre les hérétiques (2), dans lequel je m'efforcerai de montrer que, loin d'étre les vrais réformateurs de l'Eglise, ils font revivre les anciennes hérésies. Et afin que, méme ici, rien ne se fasse sans vous,

(1) Le 15 octobre coincidait cette année avec le XXII* Dimanche aprés la Pentecôte.

(2) Ces Commentaires constituent un véritable traité de théologie polémique : De Summa Trinitate et Fide Catholica, qui forme le premier Titre du Code Fabrien. (Voir notre Introduction générale, tome I°" de cette publication, p. LXxxI.)

hic etiam agatur, peto a te, Frater suavissime, uti ad regulam illam, « aienti non neganti incumbit probatio, » sensum genuinum, rationem a priori et a posteriori adjicias, idque Gallice ; nam habeo caput unum in Commentariis quo hereticos ex hac regula velim ad probationem cogere, quantumvis negativa potius quam affirmativa sit eorum theologia (1). Quod tua limandum erit, si placet, opera, ut me deinceps eo vehementius reformident ministri quod me tuo pugnare Marte certius cognoscent.

Bene vale, Frater suavissime, et me, quod facis, ama Christumque imprimis habeto, cum clarissima universa familia, propitium ac Servatorem.

Tononi, pridie id. Octobris 1595.

je vous demande, trés doux Frére, de donner son vrai sens à cette régle : « La preuve incombe à celui qui affirme et non à celui qui nie. » Veuillez ajouter les preuves a friori et a posteriori, et cela en français. J'ai en effet, dans mes Commentaires, un chapitre où, d'après cette règle, je voudrais forcer les hérétiques à produire leurs preuves, bien que leur théologie soit plus négative qu'affirmative (1). Mettez, s'il vous plait, tous vos soins à le bien établir, afin que désormais les ministres me redoutent d'autant plus qu'ils verront plus clairement que je combats sous votre égide.

Portez-vous bien, tres doux Frère, aimez-moi comme vous le faites, et surtout que le Christ vous protège et vous conserve, vous ct toute votre tres noble famille.

Thonon, le 14 octobre 1595.

(1) Voir dans la lettre de Favre en date du 35 octobre, l'explication demandée.

166 LsTTRBES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES

AU PÉRE ANTOINE POSSEVIN, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS (r«&piTE)

Nécessité pour le Saint d'obtenir la permission de lire les livres hérétiques. — Remarques sur les /ustifutions de Calvin et sur un ouvrage de Théodore de Béze. — Témoignages de respectueuse confiance.

Thonon, 14 octobre 1595.

Monsieur mon Reverend Pere,

Je receu seulement avanthier vostre lettre et le livre. Je prie Dieu qu'il vous rende la peyne et le soin que vous prenes pour son honneur, et vous remercie tres humblement de l'affection qu'il vous plaict prendre a ce dont je vous avois prié.

Pour vray, mon Pere, si mon insuffisance n'est point l'occasion que Sa Sainteté me refuse ces graces, il n'y a point faute [de] tres urgente necessité. Je n'ose reprendre Calvin ni Beze en façon que ce soit, la ou ilz sont imposteurs et blasphemateurs, que chacun ne veuille scavoir ou ce que je dis se trouve ; dequoy j'ay desja receu deux affrontz que je n'eusse pas eu si ne me fusse pas fié aux citations des livres qui m'ont faict faute. Et quoy que toutes ces gens ne disent ni escrivent rien de nouveau, si escrivent ilz en nouvelle façon qui requiert quelque prælusion. En fin, en ce balliage chacun manie les Institutions (1); je suis es lieux ou chacun sçait ses Institutions par cœur. Au reste, vostre livre me fera un tres grand office, quoy que j'eusse desja vostre Museum et alia opera de statu hujus saculi(3). Quant a Beze,

(1) Institution de la Religion Chrestienne, par Jean Calvin. Basle, 1535.

(2) Aucun des ouvrages du P. Possevin ne porte le titre de Museum ; on peut croire que le Saint désigne par ce mot la Bibliotheca Selecta, véritable encyclopédie, qui traite des sciences, des arts, etc.

Par alia opera de statu hujus seculi il entend probablement le livre du P. Possevin Contra Chytrœum, déjà indiqué dans les Confroverses (tome I°" de cette Edition, p. 199). Ce livre, réfutation de celui de Chytrée intitulé De Statu Ecclesiarum, se divise en quatre parties, dont l'une porte ce titre: Atheismi haereticorum hujus seculi.

jay sceu despuis, que tant s'en faut qu'il escrive pour appoincter de religion, que son livre (1) monstre le differend estre inappoinctable et rejette l'opinion d'un autre de mesme forme qui vouloit mesler les tenebres avec la lumiere ; mays comme je n'en scavois rien que par ouy dire, aussy j'avois esté trompé de l'autre costé pour trois relaps, gens de simple condition et de peu d'importance.

Je ne pense pas que Sa Sainteté refuse. Si mon esperance reussit, je ne doute point que Sa Sainteté mesme ne recoive grand contentement de ceste besoigne. Mays il seroit requis pour la gloire de Dieu et le salut des ames que, selon la malice du tems et la distance des lieux, Sa Sainteté nous ouvrist par deca un peu liberalement la main de sa clemence in foro conscientia.

Je parle a vous comme a celuy duquel j'attens toute correction, laquelle je subiray tousjours sans replique. Si est il, a mon advis, necessaire que les necessités particulieres [soient] sceües, et revelees par ceux qui les voyent. Je vous entretiens comme celuy que je scay se trouver en des grandes occasions d'y prester ayde et avoir sur tout en zele le salut des ames. Ce pendant je ne lairray pas de solliciter vers Monseigneur de Geneve affin qu'il procure vers Monseigneur le Prince, de son costé, a ce qu'il soit prouveu a ces pauvres ames tant desolees et affligees, avec toute la charité qu'il sera possible.

Excuses moy, Monsieur mon Reverend Pere, si j'use tant librement avec vous. Je ne laisse pas d'estre tres humble en l'affection que j'ay de vivre et mourir

Vostre serviteur et filz en Nostre Seigneur, FRANGois DE SALES.

De Thonon, le 14 octobre 1595.

Revu sur le texte inséré dans le I** Procés de Canonisation.

(1) I1 est probable que le Saint fait allusion à l'opuscule de l'hérésiarque de Bèze : Apologie pour la Justification (voir tome I°" de cette Edition, note (2), p. 221); ou bien encore au traité du méme auteur sur les Marques de l'Eglise (ibid., p. 203).

168 LeTTRES DE SAINT FRANÇOIS DR SALES

Exposé des mesures à prendre pour assurer la conversion du Chablais. Heureuse influence de M. d'Avully.

Thonon, 29 décembre 1595.

Monseigneur,

Puysqu'il plaict a Vostr'Altesse de scavoir les moyens que je pense (4) estre plus pregnans pour faire sortir en effect le saint desir qu'ell'a de voir ces peuples de Chablaix reünis(b) a l'Eglise Catholique, comme j'ay appris de monsieur d'Avully auquel il vous a pleu d'en escrire, je diray purement et fidellement ce que j'en crois.

Il est du tout necessaire qu'il y aye un revenu certain et infallible pour l'entretenement de quelque bon nombre de prædicateurs qui soyent debrigués de tout autre soucy que de porter la sainte parole au peuple. À faute dequoy voyci la second'année qui se passe des qu'on a commencé de precher icy a Thonon, sans jamais interrompre, avec fort peu de fruict, tant par ce que les habitans n'ont voulu croire qu'on prechast par commandement de Vostr'Altesse, ne nous voyans entretenir que du jour a

(a) [Les variantes qui suivent sont extraites d'une copie autographe conservée à la Visitation de Rennes.]

cuyderoys

(b) ces peuples — reünis

(1) Charles-Emmanuel I°”, dit le Grand (12 janvier 1562-36 juillet 1630), qui fut, malgré ses défauts, l'un des princes les plus remarquables de la maison de Savoie, était monté sur le trône à l'âge de dix-huit ans. Aussi magnanime que belliqueux, il se montra le pére de son peuple, l'ami des lettres et le protecteur infatigable de la religion. Aprés avoir activement secondé notre Saint dans la grande œuvre de la conversion du Chablais, il resta jusqu'à la fin son admirateur et son ami, et se plaisait, en parlant de lui, à le nommer le saint Charles de ses Etats. Il favorisa l'établissement de l'Ordre de la Visitation, et aprés la mort du saint Evéque de Genéve, fit des démarches en Cour de Rome pour obtenir l'introduction de sa cause de Béatification.

la journee, qu'aussy par ce qu'on n'a peu attirer nombre suffisant d'ouvriers a ceste besoigne, pour n'avoir ou les retirer ni dequoy les nourrir, puysque les frais mesmes qui s'y sont faitz jusqu'a present ne sont encor payés. Et a cecy pourroyent suffire les pensions qu'on employoit avant la guerre a l'entretenement de passé vingt ministres huguenotz qui prechoyent en ces balliages, sil playsoit a Vostr'Altesse de commander qu'avec une prompt'execution elles y fussent appliquées.

Encores seroit il necessaire de faire redresser les eglises et y establir revenu convenable (©) pour les curés qui en auront la charge, ne pouvans les precheurs s'attacher a aucun lieu particulier, mays devans estre libres pour aller par tous ces balliages comme la necessité portera. Et sur tout il est besoin (d) au plus tost de dresser et parer les eglises de ceste ville de Thonon et de la parroisse des Alinges, et y loger des curés pour l'administration des (©) Sacremens, veu qu'en l'un et en l'autre lieu il y a ja bon nombre de Catholiques et plusieurs autres bien disposés qui, faute de commodités spirituelles, se vont perdans ; outre ce, que cela servira beaucoup pour apprivoiser le peuple a l'exercice de la religion Catholique, principalement sil y a moyen (f) de faire les offices honnorablement, comm'avec orgues et semblables solemnités, au moins en ceste ville qui est le rapport de tout le duché.

Mays l'on prechera pour neant si les habitans fuyent la praedication et conversation des pasteurs, comm'ilz ont faict cy devant en ceste ville. Playse donques (&) a Vostr'Altesse fair'escrire une lettre aux scindiques de ceste ville, et commander a l'un des messieurs les

(c) y establir — revenuz competens

(d) E! sur tout — seroit necessaire

(e) four — administrer les

(f) commodité

(g) Mays parce que l'on precheroit pour neant si les habitans fuyoyent la prædication et conversation des pasteurs, comm'ilz ont faict ci devant en ceste ville, je crois, Monseigneur, que sil plaict

Senateurs de Savoÿe de venir icy convoquer generalement les bourgeois, et en pleyn'assemblée, en habit de magistrat, les inviter de la part de Vostr'Altesse a prester l'oreille, entendre, sonder et considerer de pres les raysons que les precheurs leur proposent pour l'Eglise Catholique, du giron de laquelle ilz furent arrachés sans rayson, par la pure (h) force des Bernois; et ce, en termes qui ressentent la charité et l'authorité d'un tres bon prince, comm'est Vostr'Altesse, vers un peuple desvoÿé. Ce leur sera, Monseigneur, une douce violence qui les contraindra, ce me semble, de subir le joug de vostre saint zele, et fera (i) une grand'ouverture en leur obstination. Et s'il plaict a Vostr'Altesse y employer monsieur le senateur Favre, je tiens que son affection et sa suffisance y seroit extremement sortable.

Monsieur d'Avully aussy, avec son exemple et la sollicitation familiere quil pourra faire vers les particuliers, aydera beaucoup a l'euvre; ce que je crois quil fera volontiers selon la bonne volonté et disposition quil a, en laquelle mesme je l'ay tous-jours veu des le commencement que je vins icy.

Apres cela, dresser une compaignie de gens d'armes ou cavallerie pour engager la jeunesse, suyvant l'advis de feu monsieur le baron d'Hermance, pourveu qu'elle fut dressée religieusement, avec quelques institutions chrestiennes, ne seroit pas un moyen inutile d'attirer les courages a la religion ; ny aussy, en cas d'obstination, de priver a forme des edictz de tous offices de justice et charges publiques (j) les persistans en l'erreur. En fin, qui adjousteroit a tout cecy un college de Jesuites en ceste ville, feroit ressentir de ce bien tout le voysinage, qui, quand a la religion, est presque tout morfondu.

Reste, Monseigneur, que je remercie Dieu qui vous presente de si signalées occasions, et allum'en vous de

(h) sans — autre rayson ni persuasion, mais par la seule

(i) qui les contraindra — de subir librement le joug de vostre saint zele, et fera, ce me semble,

(j) des edictq de — toute sorte d'office de justice

si sains (k) desirs de luy faire le service pour lequel il vous a faict naistre prince et maistre des peuples. Il y a de la despence en ceste poursuite, mais c'est aussy le supreme grade de l'aumosne chrestienne que de procurer le salut des ames. Le glorieux saint Maurice, auquel Vostr'Altesse porte tant d'honneur, sera nostr'advocat en ceste cause pour impetrer de son Maistre toute benediction a Vostr'Altesse, qui est (1) l'instrument principal et universel de l'establissement de la foy catholique en ces contrées, lesquelles il arrousa (®) de son sang et de ses sueurs pour la confession de la mesme foy. Ainsy prie je sa divine Majesté pour la prosperité de Vostre Altesse, comme je dois, puysque je suis né et mourray,

Monseigneur, de Vostr'Altesse, Tres humble et tres obeissant sujet et serviteur, Francois DE SALES,

indigne Prævost de l'Eglise de Geneve (n), De Thonon, le 29 decembre 1595 (9).

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

(k) bons

(1) auquel — vous portes tant d'honneur, sera nostr'advocat en ceste s'° cause au pres de son Maistre pour impetrer toute benediction a V. Altesse, qui sera

(m) a arrousées

(n) Je suis né et — nourri, vivray et mourray, Monseigneur,

Vostre treshumble et tresobeissant sujet et serviteur. (0) Le 29. 10. 95. a Thonon.

* Cf. Rom., x, 14.

MINUTE DE LA LETTRE PRÉCÉDENTE

(2) Monseigneur,

Puysque il plaict a V. A. de sçavoir quelz moyens je cuyderoys estre plus preignans pour la reduction de ces peuples a la foy catholique, comme j'ay appris de monsieur d'Avully auquel il vous a pleu d'en escrire, je produyray purement et fidellement ce qu'il m'en semble.

Voicy la second'année que, par vostre bon playsir et le commandement de Monseigneur le R"* Evesque de Geneve, quelques vertueux personnages et moy avons preché icy a Thonon et es Alinges. Il est du tout necessaire quil y ait un revenu certain et infallible pour l'entretenement de quelque bon nombre de predicateurs, puysque pour croire il faut ouir et l'on ne peut ouyr sans precheur *, et que ceux qui viendront icy pour precher doivent estre debrigués de tout autre soucy que de porter la parole de Dieu. A faute dequoy voicy la second'année que l'on preche icy a Thonon sans beaucoup de fruict, tant par ce que les habitans ne peuvent croire que ce soit par l'aveu ou bon playsir de V. A., (>) ne nous voyans entretenir que du jour a la journee, que par ce qu'on n'a peu attirer nombre suffisant d'ouvriers (©) a ceste sainte besoigne, pour n'avoir ou les retirer ni moyen de les y nourrir, mesme que la despence qui s'y est faite jusqu'a present n'a encor esté payée. À quoy pourroyent suffire les pensions qu'on employoit avant ces guerres a l'entretenement de vingt et tant de ministres huguenotz qui

(a) Monseig', Je loüe Dieu de voir par effect le zele et s'* affection que je sgavois... croyois estre en V. A. pour l'advancement de la foy catholique en ce pais. Monsieur d'Avully m'a faict voir que V. Alt. desiroit sçavoir les moyens que je penserois estre plus propres pour ce dessain. Monseig', ja que sous vostre bon playsir j'ose vous produyre mon avis...

(b) de V. A., — [n'y voyant rien de ferme...)

(c) d'ouvriers — [aa vigne...)

prechoyent en ce duché, sil playsoit a V. A. de commander qu'avec une prompt'execution elles y fussent appliquées.

Encores seroit il necessaire de faire redresser quelques eglises en quelques lieux qui seroyent jugés plus a propos, avec les autelz bien proprement parés, pour (4d) apprivoyser les habitantz a l'exercice de la religion catholique ; et en ces lieux la establir revenu competent pour les curés qui en auront charge, ne pouvans les precheurs demeurer fermes en aucun lieu, mays devans discourir de costé et d'autre pour l'instruction de tout le duché, et mesme des deux autres balliages, s'il y eschoit. Mays sur tout il faudroit qu'au plus tost on dressat l'autel et (e) fit on parer l'eglise en ceste ville et de la parroisse des Alinges, et qu'on y logeat des prestres pour y administrer les Sacremens, y ayant en l'un et en l'autre lieu bon nombre de Catholiques, et plusieurs autres prestz a se convertir quand ilz verront bon ordre en cest affaire, qui, faute de ce secours, se perdent bien souvent. Et puys, de main en main, a mesure qu'on jugera convenable, faudra ainsy par toutes les parroisses remettre sus l'exercice de la foy catholique et y colloquer des pasteurs.

Et par ce que l'on precheroit pour neant, sur tout en ceste ville, si les habitans fuyoyent les precheurs et la predication, comm'ilz ont faict cy devant, et ne veulent prester l'oreille a l'instruction ni conferer avec ceux qui viendront, je crois, Monseigneur, que sil plaict a V. A. fair'escrire une lettre au cors de ceste ville, et commander encores a l'un de messieurs les Senateurs de Savoye de venir icy faire assembler le conseil general des bourgeois de ceste ville, et en pleyne assemblée, en habit de magistrat, les inviter de la part de Vostr'Altesse a (f) prester l'oreille, ouyr, sonder et considerer de

(d) pour — [accoustumer]

(e) il faudroit — [que tout promptement] on dressat l'autel et [mit on en ordre...]

(f) de Vostr'Altesse a — se laisser instruire avec la rayson, a revenir au giron de l'Eglise, duquel par la force...

pres les raysons et predications de l'Eglise Catholique, du giron de laquelle ilz ont estés arrachés par les Bernoys sans aucune rayson, et ce en termes qui ressentent et la charité et l'authorité d'un tres bon prince, vrayement catholique comm'est V. A., vers un peuple desvoÿé, ce leur sera une douce violence qui les contraindra de subir librement le saint joug de vostre zele. Ceste bonté et authorité fera, ce me semble, une bien grande ouverture a leur obstination, et mettra les voysins en admiration de la suavité de vostre domination. Et pour ceste negociation je tiens la devotion et la suffisance de monsieur le senateur Favre pour extremement sortable.

(8) Monsieur d'Avully aussy, avec son exemple et la sollicitation familiere quil pourra faire vers les particuliers, aydera beaucoup a l'œuvre, ce que je crois quil fera volontiers, selon la bonne volonté et disposition quil a, en laquelle mesme je l'ay tousjours veu des le commencement que je vins icy.

Mays qui adjousteroit a tout cecy un college de Jesuites en ceste ville, feroit ressentir de ce grand bien tout le voysinage, qui, quand a la religion, est quasi tout morfondu.

Reste, Monseigneur, que je remercie de tout mon cœur nostre Sauveur qui vous presente de si grandes occasions, et donne de si ardantz desirs de luy faire le service pour lequel il vous a faict naistre prince et maistre des peuples. Il va de la despence en ceste poursuite, mays c'est le supreme grade de l'ausmone chrestienne que de procurer le salut des ames. Le glorieux Martir saint Maurice, auquel vous portes tant d'honneur, demandera vangeance a son Maistre contre ceux, quelz

(g) l'Ainsy ne doute je point, Monseig', que Vostre Altesse ne se voÿe bien tost en possession du fruict de sa sainte intention; car la principal'excuse que ceux de ceste ville produysent pour ne venir a la prædication catholique c'est que ce leur seroit legereté, sans autre sujet, de changer... quilz ne croyent pas que Vostre Altesse en aye tant de desir qu'on dict. Et quand aux vilageois, pour la plus part ilz sont resoluz de se ranger a l'instruction quil plaira a Vostre Altesse, parce, ce dient ilz, qu'ell'est mieux entendue qu'eux. |

quilz soyent, qui empecheront et retarderont l'establissement de la foy catholique en ces contrées, lesquelles il a arrousées de ses sueurs et de son sang pour le tesmoignage de ceste mesme foy. Au contraire, [il] attirera par ses prieres la benediction du Pere celeste a quicomque l'advancera, et particulierement sur Vostre Altesse qui en est la cause principale et universelle, (h) pour la prosperité de laquelle je prie ordinairement Dieu, comme je dois, puysque j'ay ce bien d'estre né et nourry (i), ainsy que je vivray et mourray, sil plaict a sa divine bonté, Monseigneur, Vostre tres humble et tres obeissant serviteur.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

(h) e£ universelle, — [sur Madame et Messeigneurs les enfans... pour la prosperité de laquelle je prie Dieu sans cesse...) (i) ef nourry, — [et l'esperance de vivre et mourir... ]

AU SÉNATEUR ANTOINE FAVRE

(nibpiTER)

Rencontre avec Martinengo. — Visite du Saint à sa famille et au baron de Chevron. — Bienveillance que manifestent à son égard le duc de Savoie et le Nonce apostolique. — Désir de recevoir le douzième Livre des Conjectures.— Encouragement à dédier à l'Evéque la Centurie seconde de Sonnets.

Annecy, 6 février 1596.

Habes sane, fateor, suavissime Frater, quod de me conqueraris qui hoc anno a me nihil litterarum accepisti ; habeo vero quod de anno hoc conquerar qui tot me cursitationibus initio torsit ac contorsit ut nullibi secundum propemodum diem quiescere licuerit. Martinengius (1)

Je l'avoue sans peine, très aimable Frère, vous avez sujet de vous plaindre de moi, car vous n'avez pas encore, cette année, recu de ma part la moindre lettre. Et moi aussi j'aurais raison de me plaindre de cette année dont le début m'a mis et remis en tourment par toutes sortes de courses, au point de ne pas me laisser, pour ainsi dire, deux jours de tranquillité de suite. On espérait que Martinengo (1)

(1) Frangois Martinengo, comte de Malpagua, né à Brescia (1548) d'une illustre famille vénitienne, avait mis au service de la Savoie sa bravoure et son dévouement. Grand écuyer, lieutenant de la cavalerie et « lieutenantgénéral és armées du duc Emmanuel-Philibert, » il fut sous son successeur « lieutenant-général deça les monts » (1588), gouverneur de Nice, puis de la Provence (1592), qui venait de se soumettre à Charles-Emmanuel I°”. Investi encore une fois de 1a charge de lieutenant-général, il dirigea les opérations militaires en Savoie et en Bresse (1595). Sa nationalité et la faveur dont il jouissait éveillérent les susceptibilités des Espagnols qui menacérent le duc de lui retirer tout appui, dans les guerres qu'il soutenait contre la France,

quidem cum ad Diva Catharinae arcem venturus speraretur, nostrorum precibus adactus sum ut partim nocturno, partim diurno itinere ad condictum locum et diem, negotiorum quorumdam pro clericis cum eo tractandorum gratia (1), [me conferrem ;] cumque mcenia Gebenensia mane lamberemus, didici te inde [aurora] ejus diei discessisse (2), quo mecum longe durius actum existimavi quod tam parvo temporis intervallo disjungeremur, ac ut fieri solet, veluti precurrentem consequuturus, ad multam usque noctem iter feci; sed frustra, nam ut, si tamen factu possibile foret, desiderium quo crucior fruendi te acueres, mihi ejus ingenium imitatus videbaris, que fugiebat « ad salices sed » se cupiebat « ante videri *. » At ego, ne igitur spinetum rosa carens ingrediar (non

viendrait au fort Sainte-Catherine. Sur les instances de nos amis, je fus obligé de me rendre, partie de jour et partie de nuit, au lieu et au jour convenus pour y traiter certaines affaires concernant le clergé ( 1). Au matin, comme nous longions les remparts de Genève, jappris que vous en étiez parti à l'aube de ce méme jour (2). J'en ai ressenti un regret d'autant plus vif que moindre était l'espace qui nous séparait, et pour atteindre celui qui semblait, ainsi qu'il arrive souvent, courir devant moi, j'ai voyagé une bonne partie de la nuit, mais en vain. Comme pour attiser, si toutefois la chose eüt été possible, le désir dont je brülais de jouir de votre présence, vous sembliez imiter l'industrie de celle « qui s'enfuyait vers les saules, tout en cherchant auparavant à se faire voir. »

Quant à moi, ne voulant pas m'enfoncer dans un buisson d'épines

s'il n'éloignait Martinengo. Celui-ci se retira dans sa patrie, et plus tard fut nommé lieutenant-général de la cavalerie vénitienne. Il mourut à Bergame le 3 février 16at.

(1) Les finances de Charles-Emmanuel I°" étant fort obérées par suite des guerres qu'il soutenait contre les hérétiques, ce prince avait obtenu du Pape l'autorisation de lever un impôt extraordinaire sur le clergé. L'application de cette mesure avait été confiée à Martinengo, réputé « trés au courant des affaires de la Savoie. » (Archives du Vatican, Nung. di Savoia, vol. 33.) C'est à cette occasion que le Saint se rendait auprès du lieutenant-général,

(2) Le registre des Entrées du Sénat permet de constater une absence du sénateur Favre du 12 au 15 janvier 1596. Il est trés probable qu'il s'était rendu à Genève pour surveiller l'impression de ses Conjectures, confiée à Jean de Tournes.

Lermrss È 12

irgil., Eclog 1,

enim me ad sui contemplationem infelix civitas, sed unius quidem hominis, sed qui instar multorum mihi sit, praesentia pertraxerat), et ut suavissimi complexus jacturam aliquo modo resarcirem, ad Salesios nostros venio, mox ad Baronem nostrum Chivronium, qui me tanta benevolentia quanta maxima dici potest exceptum, per multos dies quibusdam suis cum fratribus et agnatis rebus componendis retinuit, ut litteras illas suavissimas ad 7 calend. Februarii scriptas, hesterna tantum die acceperim. Sed plurima nihilominus me de te docuerat frater ille propemodum alter Locatellus, quem semel et iterum vidi epistolam de me tuam lectitantem, per quam nobiscum fere colloqui videbaris, si ea de te non dixissemus qua te prasente dici ipsa tua modestia non pateretur.

At me nunc nulla potest diutius continere modestia quin tibi paullulum succenseam, quem cum toties serio dicentem audiverim summopere optare te nomen tuum ab ore et aure principum quam longissime abesse, te

sans rose (car ce n'était pas la malheureuse cité qui m'attirait pour se faire admirer, c'était la présence de cet homme qui seul a pour moi plus d'attraits que la foule), et afin de compenser en quelque sorte la perte que j'avais faite de vos embrassements, j'allai chez nos parents à Sales. Bientôt après je me rendis chez notre baron de Chevron, qui me fit un accueil bienveillant au dessus de toute expression, et me retint plusieurs jours pour règlement d'affaires avec quelques-uns de ses frères et autres parents. Ainsi je n'ai reçu qu'hier votre trés suave lettre du 26 janvier. Toutefois Locatel, que je considère presque comme un second frere, m'avait beaucoup parlé de vous. Je l'ai vu lire et relire attentivement cette lettre où il était question de moi, et grâce à elle, vous auriez semblé partager notre causerie, si, en nous entretenant de vous, nous n'eussions dit des choses que votre modestie n'eüt pas souffert étre dites en votre présence.

Mais aujourd'hui aucune modestie ne pourra me contenir plus longtemps. ll faut que je me fâche un peu contre vous. Comment ? Je vous ai entendu dire si souvent et sérieusement que votre ardent désir était que votre nom füt écarté le plus possible de la bouche et de l'oreille des princes, et voici que je vous vois dans la plus grande

jam laetitiam de eo maximam capere videam quod magnifice Principem nostrum de me passim et sentire et loqui cognoveris. Ego vero, mi Frater, quod postea dicis, Genandi (1) nostri fœlicitati invidere, vel potius deinceps niti non invidere, beatius semper existimavi. Quod si stationem inferiorem navicula nostra sortiatur, portum tamen teneat secura ; ne si velificationi velit incumbere, fiat fempestas magna, ita ut operiatur fluctibus *. Quod autem attinet ad prioratus, prior ratus sum egomet nihil ad me spectare (3); hoc autem ad me spectat uti Chaventius, qui a secretis est Principis (3), ingratum

* Jonas, 1,4; Matt.

vi1,24; Marc.,1v, 5;

me non existimet. Is autem nuper elegantissime et

joie parce que vous avez appris que notre prince manifestait parfois dans ses paroles de magnifiques sentiments à mon égard ! Et moi au contraire, mon Frère, je considère aussi bien que vous, comme le plus heureux le parti choisi par notre Genand (1), dont vous me dites plus loin envier le bonheur, ou plutót essayer de ne pas l'envier. Si notre nacelle occupe un rang inférieur, que du moins elle soit en sécurité dans le port, de peur que si elle voulait livrer sa voile au vent, elle ne s'exposát à une grande tempête et ne fût couverte par les flots. Pour la question des prieurés, je suis le premier persuadé qu'elle ne me concerne aucunement (2), Une chose pourtant m'intéresse : je ne voudrais pas que Chavent, le secrétaire du prince (3), me crüt ingrat. Récemment, dans une lettre tres élégante et tres aimable, il

(1) François Genand, avocat au Sénat de Chambéry (1589), avait quitté le barreau pour entrer dans l'Ordre des Frères-Mineurs Capucins, où il est connu sous le nom de P. François de Chambéry. Il y fit profession le 25 janvier 1596, et fut successivement Gardien du couvent d'Annecy (1602-1605), Custode général (1612), et enfin chargé, en qualité de Commissaire général, du gouvernement de la Province de son Ordre en Savoie (1614-1618). Orateur éloquent et apôtre zéle, il s'était acquis par sa sagesse et sa vertu la confiance des grands qui le consultaient souvent et le prenaient pour arbitre de leurs différends. Ce Religieux termina au couvent de Belley (1634) une vie dont plusieurs prodiges attestérent la sainteté. (Archives des Capucins de Chambéry.)

(2) Il s'agit des prieurés perpétuellement unis de Talloires et de Saint-Jorios, vacants d'abord par le décés de Jacques de Savoie (13 décembre 1595). Le duc Charles-Emmanuel I°" nomma à ce riche bénéfice Viale Calcagni, grand aumónier de la duchesse et précepteur des princes; mais celui-ci mourut à la fin de janvier 1596, avant d'avoir recu ses Bulles. Charles de La Tour fut institué prieur commendataire des d:ux monastères le 13 septembre de la méme année,

(3) Voir ci-après, note (1), p. 182.

*Videsupra, p. 137.

* Vide supra, p. 164.

amantissime ad me scripsit quænam Princeps et Nuntius Apostolicus de me protulerit præjudicia, suamque ipsius erga me hominem alioquin ignotum propensionem copiose explicat. Ego per litteras gratias acturus, quo gratius habeat, si tamen ita videbitur, tu quoque pro me et habeas et agas.

Duodecimum Conjeclurarum librum, mihi quod ais inscriptum, videre non minus cupio quam soleant alii amicorum liberos legitimos; et quod duodecimus sit, universitate numerorum quam universam totius amicitiae summam inter nos esse commonstrabit, quod nihil mihi gloriosius. Sacrum autem de Eucharistie mysteriis poema (1!) non video quare non possis Episcopo dicare *, cum altius profundiusque sit opus priore, et preterea non semper a supremis ad infima, sed interdum ab infimis ad suprema transcurrere æquissime ordo patiatur.

Caput illud de discordi hareticorum cum haereticis concordia * mecum non attuli, vitio famuli cui cum que

m'a écrit les jugements avantageux que portaient sur moi le prince et le Nonce apostolique, et exposé amplement son inclination personnelle pour moi, qui lui suis d'ailleurs inconnu. Je dois le remercier par une lettre, et, afin de lui étre plus agréable, si vous le trouvez bon, vous le ferez aussi en mon nom, après avoir retenu pour vous-même une part de mes remerciements.

Vous m'avez dédié, dites-vous, le douzième livre des Conyectures. Je désire le voir avec autant d'ardeur que d'autres aiment à voir les enfants légitimes de leurs amis. C'est le livre douzieme, nombre parfait qui prouvera qu'entre nous existe la somme parfaite de toute amitié. Rien ne saurait me donner plus de gloire. Quant au poème sur les mysteres de l'Eucharistie (1), je ne vois pas pourquoi vous ne pourriez le dédier à l'Evéque. Cette ceuvre est, en effet, plus élevée et plus profonde que la premiere ; d'ailleurs, c'est dans l'ordre de ne pas toujours descendre des plus hauts degrés aux plus bas, mais de monter parfois des degrés inférieurs aux degrés supérieurs.

Je n'ai pas apporté avec moi le chapitre sur l'accord discordant des hérétiques entre eux. C'est la faute d'un serviteur qui l'a oublié,

(1) Ce poème constitue la Centurie seconde de Sonnets spirituels en l'honneur du tressaint Sacrement de l'Autel.

afferre statueram commissem, omisit. At faciam [ne] diutius expectes; redeo namque ad opus Thononiense, reque prius quicquam agam quam ut fragmentum illud remittam. Illud autem unum te hec scribere me scire par est.

Ecce a nobili atque bona illa vidua de Plana (!) epistolam accipio qua modestissime creditam pecuniam a Domino de Chisse expetit. Jamque vale, atque me sine oto scribentem excusatum habeto. Universis nostris salutem plurimam.

Necii, octava idus Februarii, anno millesimo quingentesimo nonagesimo sexto.

Revu sur le texte inséré dans le I°" Procès de Canonisation.

quoique je lui eusse donné la liste de ce que je voulais emporter ; mais je prendrai mes mesures pour que votre attente ne soit pas trop longue. Je retourne en effet à l'œuvre de Thonon et, avant toute autre chose, je vous expédierai cette pièce. Il est bon toutefois que vous seul sachiez que j'en suis l'auteur.

Je reçois de cette noble et bonne veuve de Planaz ( 1) une lettre par laquelle elle réclame trés respectueusement au seigneur de Chissé l'argent qu'elle a prété. Adieu donc, et veuillez m'excuser, car je vous écris sans loisir. Mille saluts à tous les nôtres.

Annecy, le 6 février 1596.

(1) Donade Pernette de Baillans, niéce de M*' de Granier et cousinegermaine du chanoine de Chissé, avait épousé (1583) Gabriel de Vignod seigneur de Planaz, qui mourut le 26 septembre 1591. Le 7 février 1596 Mme de Planaz achetait une terre, et le chanoine de Chissé signait en qualité de témoin le contrat d'acquisition. (Archives de la Visitation d'Annecy, Collection Vuÿ.)

A MONSIEUR CHAVENT (1)

(MINUTE INEDITE)

Témoignages de reconnaissance et d’affection. — Eloignement du Saint pour les dignités ecclésiastiques.

Annecy, vers le 8 février 1596 (3).

Monsieur,

Mon insuffisance ne me despleut onques tant qu'elle fit quand je vis avanthier la lettre que vous aves daigné m'escrire; car j'eus tant d'honte de me voir si peu de chose au pris de l'opinion que Son Altesse, de sa bonté, en a conceu et qu'avec son authorité il m'a faict valoir vers Monseigneur le Nonce, que l'honneur lequel j'en recois ne m'en peut pas relever.

J'ay receu la faveur avec laquelle vous m'offres vostre amitié avec d'autant plus d'humilité que j'en ay moins de merite, avec ceste seule apprehension, que peut estre la connoissance du sujet pourroit cy apres apporter du changement a ceste vostre volonté; si ce n'est que vous y regardies l'affection que j'ay de me rendre capable de vous faire humble service, puisque vous me verries aussi bien assorti de ce costé la que vous poürries jamais voir homme. Mais quant a la coadjutorie, toutes raysons et ma propre experience me defend de la desirer ; et le

(1) Théodule Chavent avait été d'abord clerc en grande chancellerie (1589) avant d'étre nommé secrétaire ordinaire de Son Altesse à Chambéry. On lui donne aussi le titre de secrétaire d'Etat.

(2) Bien que cette lettre ne porte ni date ni adresse, il est cependant permis de conjecturer l’une et l'autre d'après la mention donnée dans la lettre précédente au secrétaire du duc. L'allusion faite dans celle-ci à la coadjutorerie de l'évéché de Genéve ne contredit pas à la date; car on sait que Ms" de Granier avait résolu de choisir le jeune Apótre du Chablais pour coadjuteur longtemps avant d'en faire la proposition à celui-ci,

devoir, l'honneur et le zele que j'ay a Monseigneur le Reverendissime Evesque m'empechera tousjours de penser a l'evesché pendant que Dieu le me prestera pour Prelat, et mon incapacité, quand Dieu m'en auroit privé.

Je supplie sa divine Majesté pour vostre santé, et vous, de me faire cest honneur de vous asseurer que je vivray tousjours,

Monsieur, Vostre tres humble et affectionné frere et serviteur.

Revu sur le texte inséré dans le Ie" Procès de Canonisation.

A MONSEIGNEUR JULES-CÉSAR RICCARDI ARCHEVÊQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN (1)

(MINUTE

Joie qu'éprouvent les Savoisiens de la nomination du Nonce. — Récit de l'apostasie du Chablais et des tentatives faites pour la conversion de cette province. — Mesures à prendre pour en assurer le succés.

Thonon, 19 février 1596.

Illustrissimo et Reverendissimo Signore mio colendissimo,

Dobbiamo quanti siamo de Savoyani, et io particolarmente, laudar Iddio et rallegrarci della felice elettione che fece Sua Beatitudine di V. S. per Nuncio Apostolico

Mon trés honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur,

Nous devons tous, tant que nous sommes de Savoisiens, et moi particulierement, louer Dieu et nous réjouir de l'heureux choix que Sa Sainteté fit de Votre Seigneurie pour l'accréditer en qualité de

(1) Le texte italien de cette lettre n'a jamais été publié. Migne (tome V, col. 349) se borne à en donner une traduction assez inexacte.

184 LeTTRES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES

presso Sua Altezza Serenissima, poiché più zelante, prudente et pietoso protettore et medico non potevano desiderare queste povere et afflitte chiese di Savoya. Dicano gli altri quel che gliene pare, ma io dico che alle afflittioni et piaghe de queste chiese savoyane si conveniva un rettor et medico qual non solo fosse sufficiente et prudentissimo, ma anco zelante et pietoso.

Laudato [sia] Iddio benedetto quale ci ha dato V. S. Ill" et R"', qual nella lettera che mi scrisse un pezzo fa (1) et che ho un poco fa ricevuta, mostra quanto sia il suo zelo nell' aiutare questa afflitta provincia col degnarsi scrivere et trattare cosi amorevolmente meco, che dalla predica in poi son persona privata et vile. Onde mi rincresce infinitamente di non haver in me le altre cose corrispondenti all’ opinione che V. S. Ill"* et R"* tiene di me, se non un buon desiderio di servire a santa Chiesa et di ubedire prontissimamente alli commandamenti de’ superiori miei, massime di V. S. Ill"*;

Nonce apostolique auprès de Son Altesse Sérénissime ; car ces pauvres églises de Savoie si affligées ne pouvaient désirer un protecteur, un médecin plus zélé, plus prudent et plus compatissant. Que les autres disent ce que bon leur semble; quant à moi je dis que pour remédier aux maux et aux afflictions de ces églises savoisiennes, il fallait un guide, un médecin qui füt non seulement capable et trés prudent, mais encore zélé et compatissant.

Loué soit le Dieu béni qui nous a donné Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime laquelle, dans la lettre qu'elle m'adressa il y a longtemps ( 1) et que j'ai reçue depuis peu, montra quel est son zèle pour secourir cette province désolée en m'écrivant, et traitant si cordialement avec moi qui, mettant à part ma qualité de prédicateur, suis une personne privée et peu digne de considération. C'est pourquoi je regrette infiniment de ne posséder aucune des autres conditions qui justifieraient l'opinion avantageuse que vous avez conçue de moi, si ce n'est un ardent désir de servir la sainte Eglise et d'obéir avec une grande promptitude aux commandements de mes supérieurs, surtout à ceux de Votre Seigneurie. Afin de commencer

(1) Voir à l'Appendice cette lettre du Nonce, qui est datée du 29 décembre 1595.

alla quale, per communicare di quello che mi commanda per la lettera sua, daró quanto più spesso far si possa fedele avviso di quanto giudicaró degno della notitia sua et de Sua Beatitudine, per beneficio spirituale della Savoya. Ma per hora bastarà che io gli dia ragguaglio dell'opera alla quale piacque a Monsignore R"° Vescovo di Geneva di destinarme fa un anno et mezzo.

Fu occupata dai Bernesi una parte di questa diocesi di Geneva, fa sessant' anni, [e] rimase heretica ; la quale essendo ridotta in pieno potere di Sua Altezza Serenissima questi anni passati, per la guerra, [e riunita al] suo antico patrimonio, molti degli [abitanti,] mossi piuttosto dal rimbombo delli archebuggi che dalle prediche che ivi si facevano per ordine di Monsignor Vescovo, si ridussero alla fede nel seno della santa madre Chiesa. Ma poi, essendo infestate quelle contrade dalle incursioni de' Genevesi et Francesi, ritornarono nel fango; al quale male volendo provedere si d'un canto Sua Altezza Serenissima, si dall'altro Monsignore R"° Vescovo, io venni qua per ordine di detto R"° Vescovo, no come medico

à exécuter les ordres qui me sont intimés par sa lettre, je la renseignerai fidèlement, et aussi souvent que faire se pourra, sur tout ce que je jugerai digne d'étre porté à sa connaissance et à celle de Sa Sainteté pour le bien spirituel de la Savoie. Mais, pour le moment, il suffira que je lui rende compte de l'œuvre à laquelle il plut à Monseigneur le Révérendissime Evéque de Genéve me destiner, il y a un an et demi.

Une partie de ce diocèse de Genève fut envahie par les Bernois, il y a soixante ans, et demeura hérétique ; mais, ces années passées, ce pays, par la force des armes, rentra sous la domination de Son Altesse et fut réuni à son antique patrimoine. Bon nombre des habitants, plus touchés du fracas des arquebuses que des prédications qui leur étaient faites par ordre de Monseigneur l'Evéque, revinrent à la foi et rentrérent dans le sein de notre mère la sainte Eglise; mais ensuite ces contrées ayant été infestées par les incursions des Genevois et des Frangais, le peuple retomba dans son bourbier. Son Altesse Sérénissime d'un cóté, et Monseigneur notre Révérendissime Evéque de l’autre, voulant remédier à ce mal, je vins ici par ordre de mondit

convenevole per tanta infirmità, ma piuttosto come esploratore et forriero per vedere come si potrebbe provedere di rimedi et di medici. Ma consegliato dall' occasione et da pochi Catholici che v' erano invitato, io incominciai [a] fare alquante prediche, non senza qualche speranza di buon frutto; et da quell' hora in poi, io per lo più, et a varie occasioni altri, parte canonici della Cathedrale, parte curati di questa diocesi, non habbiam mai intermesso l'essercitio di predicatione le feste, se non due volte per certe necessità. Et se bene il timore delli heretici vicini ci ha portato grave impedimento a questa impresa, si va facendo tuttavia sempre qualche frutto nella conversione di alquante persone, fra le quali ve ne sono due le più sufficienti nell' heresia che si trovassero.

Siamo di più adesso in procinto, con questa nuova di pace (1), di fare la raccolta di quanto sin hora habbiamo

Révérendissime Evéque, non comme médecin capable de guérir tant d'infirmités, mais plutót comme explorateur et comme fourrier, afin d'examiner les moyens à prendre pour pourvoir le pays de remédes et de médecins. Cependant, inspiré par l'occasion et invité par le petit nombre de Catholiques qui se trouvaient là, je commengai à faire plusieurs prédications, non sans quelque espérance de leur voir produire d'heureux fruits ; des lors, soit par moi-méme le plus souvent, soit par d'autres prétres, en partie chanoines et en partie curés de ce diocese, l'exercice de la prédication s'est continué sans interruption tous les jours de féte, si ce n'est deux fois que nous avons été contraints de l'omettre. Bien que la crainte des hérétiques nos voisins ait grandement nui au succés de cette entreprise, on obtient néanmoins toujours quelques fruits par la conversion de plusieurs personnes, parmi lesquelles il s'en trouve deux des plus versées dans l'hérésie. Nous sommes maintenant, grâce à cette nouvelle d'une prochaine paix (1), a la veille de récolter ce que nous avons semé jusqu'ici. Pour

(1) Cette nouvelle était sans fondement ; car les conditions de paix discutées à Bourgoin (voir ci-devant, note ( 1), p. 161) avaient été acceptées par le duc de Savoie (6 novembre 1595), mais non par le roi de France. De longues négociations se continuérent à cet effet entre les deux puissances. La conférence du Pont-de-Beauvoisin ayant été sans résultat, M. de Sillery fut envoyé à Charles-Emmanuel I°" qu'il rencontra à Suze (20 juillet 1596), et M. de

seminato. Perché lo santo desiderio di Sua Altezza Serenissima venga in effetto, [alcuni mezzi sarebbero da impiegarsi,] secondo gl'articoli che io glie ne mandai ci é un pezzo *, nelli quali davo avviso di quanto stimai necessario. Cioé : che bisognava havere modo et entrata certa per molti predicatori, quali in diverse parti di questa provincia heretica potessero spargere la santa parola, et altra entrata per sacerdoti che nelle parrochie convertite si devono lasciare per l'administratione dei Sacramenti ; non potendo li predicatori fermarsi in un luogho particolar, ma dovendo esser liberi per transcorrere ove la necessità de' popoli richiederá. Ma sopra tutto, che in questa terra di Tonone, che é recapito generale della provincia, si deve prontissimamente drizzar l’ altare et ristaurare la chiesa, con ornamenti et entrata da potersi fare officio honorato, come sarebbe con organi o simili cose ; et oltra di questo, doverebbe nel medesimo tempo esser proveduto a quatro o cinque altre parrochie, quali hanno dimandati preti per regerle. Poi, se Sua

que le saint désir de Son Altesse Sérénissime s'effectue, [plusieurs mesures sont à prendre,] selon les articles que je lui en envoyai, il y a longtemps, dans lesquels je lui indiquai ce que j'estimais nécessaire. Il faudrait avoir des moyens et des revenus assurés pour nombre de prédicateurs qui pussent répandre la sainte parole dans les diverses parties de cette province hérétique. Il faudrait d'autres revenus destinés aux prétres qui doivent demeurer dans les paroisses converties pour y administrer les Sacrements ; car les prédicateurs ne peuvent se fixer dans un lieu particulier, mais doivent étre libres pour se rendre là oü les besoins des populations les réclameront. Mais surtout en cette ville de Thonon, qui est le rendez-vous de toute la province, on doit trés promptement ériger l'autel, restaurer l'église et se procurer des ornements et des revenus pour y faire l'office convenablement, avec accompagnement d'orgue et choses semblables. Et en outre, il devrait étre pourvu dans le méme temps aux besoins de quatre ou cinq paroisses qui ont demandé des prétres pour les

Chabod, ambassadeur de Savoie, fut reçu par Henri IV le 9 octobre de la méme année. Mais il obtint seulement la prolongation de la trève jusqu'en mars 1597, et la proposition de soumettre tout le différend à l'arbitrage du Saint-Siège.

* Vide supra, Epis!

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