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LXXXVIII

AU SÉNATEUR ANTOINE FAVRE

(MINUTE INEDITE)

Espoir de solenniser à Thonon les fêtes de Noël. — Recommandation en faveur des nouveaux convertis de la paroisse de Mésinge.

Thonon, vers le 7 décembre 1596 (1).

Quod optatissimum mihi fuerat, suavissime Frater, accepi nudius tertius tuas litteras, incolumitatis tua testes, eo etiam vel maxime jucundas quod de tuo ad nos adventu aliquam injiciant conjecturam ; ut enim in maximis desideriis fieri solet, etiam levissimum rei gerenda indicium spei certissime vices sustinet. Et quidem si, quod Deo adspirante futurum speramus, iis in locis Christus, inter sacros Natalibus suis dies velut repuerascens, paucosque quos habet hic fideles, iterum tandem aliquando nascatur, certissimum mihi est te primum universa de re admonere, tum vero testem oculatum advocare. Quod si urbanorum pastorum colloquia cum

Comme je le souhaitais ardemment, trés aimable Frére, j'ai regu avant-hier votre lettre attestant votre bonne santé. Elle m'a fait d'autant plus de plaisir qu'elle me permet de conjecturer votre arrivée auprès de nous; car, ainsi qu'il advient ordinairement dans les grands désirs, le moindre indice de leur réalisation produit une espérance qui tient de la certitude. Si donc ce que nous attendons s'effectue par la gráce de Dieu : qu'en ces lieux, durant les jours consacrés aux fétes de sa Nativité, le Christ, redevenant pour ainsi dire petit enfant, naisse enfin de nouveau parmi ce peu de fideles qu'il a ici, je vous préviendrai tres certainement de tout, puis je vous appellerai pour être témoin oculaire. Dans le cas où vous échangeriez difficilement la

(1) Pour justifier cette date, voir à l'Appendice les lettres écrites par le sénateur Favre, le 35 novembre et le 14 décembre.

rusticanorum societate non facile commutaveris, at saltem te cum Orientalibus Dynastis venturum expectabimus. Faxit Deus optimus maximus uti tante felicitatis spem peccata nostra non antevertant.

Caeterum viri isti Mezingenses, qui, te presente, de extremo heresi remittendo nuntio mecum egerant in ædibus nostris Marclianis (!), post rectam fidei quam vocant professionem, immunitatem, quam eo nomine a Serenissimo Principe consecuti sunt, ad principalis patrimonii procuratorem (2), quo eam ratam habeant deferunt (3). Hos ut imprimis tua opera et authoritate hoc in negotio juves etiam atque etiam obtestor ; quanquam tam sedulus Crucis discipulus, hac in causa, cohortatione non indiget. Scribo in eorum commendationem plurimis, sed ea lege ut si tu e re futuras putaveris, litteras unicuique statim deferant, sin minus referant easdem.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Amiens.

—— RS ne te -11— ———————————-——————————————-—tm@m@mt

compagnie des pasteurs de la ville contre la société de ceux de la campagne, nous comptons du moins que vous viendrez avec les Rois de l'Orient. Plaise au Dieu très bon et très haut que nos péchés ne ruinent pas l'espoir d'une telle felicité !

Cependant ces hommes de Mésinge qui, dans notre maison forte de Marclaz (1), me parlaient en votre présence d'abjurer l'hérésie, ont fait ce qu'on appelle la due profession de foi. lls vont solliciter du procureur principal du patrimoine ducal (2) la ratification des immunités qu'ils ont obtenues du prince en conséquence de cet acte ( 3). Je vous supplie donc instamment de les aider de votre action et de votre influence en cette affaire. Mais un si fidèle disciple de la Croix n'a pas besoin d'exhortation sur ce sujet. J'écris à plusieurs personnes pour recommander ces hommes, mais à condition qu'ils remettront immédiatement mes lettres à qui de droit, si vous le jugez utile ; sinon, ils les rapporteront . . . . . . . . . , . . .

(1) Le château de Marclaz, qui appartenait alors à M. de Charmoisy, est situé entre le lac de Genève et les Allioges, à deux kilomètres de Thonon.

(2) Louis Bonier; voir ci-devant, note (1), p. 14.

(3) Ces immunités avaient été concédées par patentes du 24 octobre 1596.

Ed

A MONSEIGNEUR JULES-CÉSAR RICCARDI ARCHEVÊQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN

Remerciements pour l'autorisation d'absoudre des cas réservés. — Conversions opérées en Chablais; état des esprits dans cette province. — Calomnies répandues contre M. d'Avully. — Nomination du nouvel Abbé d'Abondance.

Thonon, 12 décembre 1596.

Illustrissimo et Reverendissimo Signor mio osservandissimo,

Ho ricevuto l'ordine di Sua Altezza per haver i scudi trecento per le spese già fatte, insieme con la lettera di V. S. Ill", d' il che ne ringratio humilissimamente sua bontà, et della licentia per i relapsi, laquale io adopraró con quella maggior discretione (2) che il Signor mi concederà ; et in vero che cie n'era gran bisogno.

(5) Da che son ritornato cosi vuoto di espedittioni necessarie per quest' opra, son stato la burla de questi infedeli,

Mon trés honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur,

J'ai reçu l'ordre de Son Altesse pour percevoir les trois cents écus destinés à couvrir les dépenses déjà faites, en méme temps que la lettre de Votre Seigneurie lllustrissime. J'en remercie très humblement votre bonté, ainsi que de l'autorisation d'absoudre les relaps : j'userai avec toute la discrétion qu'il plaira au Seigneur m'accorder de cette permission dont nous avions vraiment grand besoin.

Depuis que je suis revenu ainsi dépourvu des expéditions nécessaires pour cette ceuvre, j'ai été la fable de ces mécréants, et néanmoins quatre-vingts personnes ont été gagnées, tant parmi les petits

(a) [Les variantes qui suivent sont tirées d'une minute insérée dans le I°" Procès de Canonisation.]

Hieri ricevei la lettera di V. S. Illma colle altre lettere di S. A. legate insieme, quali contengono ordine che siano pagati i scudi trecento per la spesa gia fatta in questi duoi anni passati, di che ne ringratio humilissimamente V. S. Il1»5, [et] della licentia che m'ha data per assolvere i relapsi, della quale io usaro con tutta quella prudentia

(b) Da che io son ritornato in questo Chiablais, son stato [in] burla a questi nemici della Chiesa, si del paese come de' vicini Genevesi et Bernesi ; ma

* Matt.,1x, 36; I Petri, u, ult.

et nondimeno si sonno guadagnate da ottant' anime fra piccoli et grandi. Se Sua Altezza, secondo il suo santo zelo, mandarà qui un senatore ad invitare gl’ habitatori di Tonone all’ udito della santa parola, sì com' io lasciai in memoria, spero che si farà un gran buon effetto.

V. S. IIl" mi ha dato la vita quando mi ha fatto certo che nonostante le querimonie de’ Cavaglieri haveremo ben presto modo di incomminciar un poco più di essercitio catholico fra queste genti, perchè io mi son avveduto più che mai dell’ estrema necessità che vi è de santi pascoli. Molti sonno Catholici da quel tempo in qua che passò qui Sua Altezza (1); molti sonno relapsi în foro exteriori solamente, per forza et violentia dell’ armate nemiche ; molti sonno indifferenti, nè sanno quel che si siano, et tutti, come erranti pecorelle, senza pastore*.

que parmi les grands. Si, conformément à son saint zele, Son Altesse envoie ici un sénateur pour inviter les habitants de Thonon à l'audition de la sainte parole, ainsi que je le marquai dans le mémoire que je lui ai laissé, j'espère que cela produira un tres bon effet.

Votre Seigneurie m'a rendu la vie en m'assurant que, nonobstant les plaintes des Chevaliers, nous aurons bientót le moyen de commencer à donner un peu d'extension au culte catholique parmi ces populations ; car je me suis convaincu plus que jamais qu'il est extrémement nécessaire de leur ouvrir de saints páturages. Un certain nombre sont catholiques depuis que Son Altesse a passé ici (1) ; beaucoup, contraints par la force et par la violence des armées ennemies, sont relaps au for extérieur seulement ; quantité d'autres sont indifférents, ne sachant pas méme à quelle religion ils appartiennent, et tous sont sans pasleur comme des brebis errantes.

questo poco importa, poiche cio nonostante, si sonno fatti Catholici molte persone, che potriano esser, fra huomini, donne et giovani, da ottanta anime, et molte parrochie sono molto disposte a ricevere la santa fede. In somma mi son avveduto piu che mai dell'estrema necessita che han questi popoli di pastori, poiche molti sonno Catholici da quel tempo che venne ultimamente S. A. Seren"* in queste contrade ; molti sonno rilassi per paura solamente, quali in conscientia han riserbata la santa fede; molti non sanno quel che si sonno, et sonno come feccorelle erranti et senza pastore.

(1) Le passage de Charles-Emmanuel I°" à Thonon datait du commencement de septembre 1589, alors que, revenant victorieux de la rencontre de Banne, le duc reprit possession de la capitale du Chablais.

(*) Me piace che i signori Cavaglieri habbino per poca cosa li beni ecclesiastici di Chiablais, perché essendo poi loro persone magnanime, le (sic) lasciaranno volontieri a servitio d'Iddio, et quell'oglio che glie (sc) par poco bastarà per far un lume di santo essercitio che mandarà raggi sin a mezzo [dei] Bernesi et Genevini, pur che senza contrasto cie lo lascino.

Ho ritrovato ancora altre parrochie et persone qui molto ben disposte alla santa fede, et se si essequiranno le sante intentioni di Sua Altezza con fervore, si farà una grande conversione, massime essendo il trattato di pace in cosi pie et sante mani (1),

Je suis bien aise que messieurs les Chevaliers estiment peu considérables les biens ecclésiastiques du Chablais, car étant si généreux, ils les cèderont volontiers pour le service de Dieu. Cette huile, qui leur parait peu de chose, suffira pour produire une lumiere de saints exercices qui projettera ses rayons jusqu'au milieu des Bernois et des Genevois, pourvu qu'ils nous laissent ce revenu sans contestation.

J'ai retrouvé encore ici nombre de personnes et des paroisses entieres bien disposées à l'égard de notre sainte foi. Si les intentions de Son Altesse s'exécutent avec zèle, il se produira un grand mouvement de conversions, surtout les négociations pour le traité de paix étant confiées à de si pieuses et saintes mains ( 1).

(c) [Au lieu des deux alinéas du texte, la minute donne la legon suivante qui offre quelque correspondance avec les lignes 2-5 de la page précédente.]

Qui nella terra di Tonone molti ancora si ridurrebbono alla fede se vedessero l'essercitio catholico ben stabilito, quantunque non vi manchino de' tristi quali in diverse maniere cercano di ritenerli nel fango. Io poi son certo che se li circonvicini heretici vedessero nel principio di quest'opera qualche fervore et ordine compito, no solo non ne sariano scandalizati, anzi ne pigliarebbono buon odor. Ma questo non si fara senza l'essecutione del zelo che vi ha S. A. Seren"*; et saria molto a proposito che fosse qui mandato un senatore ad invitar questi habitatori ad udire la parola d'Iddio, si come io lasciai in memoria a S. A. Seren®s, — (En cette ville de Thonon beaucoup reviendraient à la foi s'ils voyaient le culte catholique bien établi, quoiqu'il ne manque pas d'hommes pervers qui, de diverses maniéres, cherchent à les

( 1) Le Cardinal Alexandre de Médicis, qui fut Pape sous le nom de Léon XI (1605), avait regu de Clément VIII la mission de négocier un traité de paix entre la France, l'Espagne et la Savoie.

(d) Haverà adesso V. S. Ill** la lettera di monsieur di Avully in risposta del Breve di Sua Santità (!), perché egli la mandó cié un pezzo. Ma non voglio mancare di dire a V. S. Ill" che no manca punto il nemico di far a questo cavagliere tutti gl'assalti che egli può per oscurare il lume che si era acceso della sua conversione, suscitandogli molti odii, si dalla parte heretica come della catholica. Et particolarmente da Berna é stato minacciato acció no sollecitasse altri alla fede ; il che nientedimeno egli fa ad ogni sorte di occasione, molto piü consolato in queste tribolationi catholiche che egli non era nelle prosperitade heretiche. É mala bestia l' heresia, et sa prevalersi di ogni sorte di sinistro evenimento.

Mando qui alligata la informatione secretta fatta per

Votre Seigneurie aura reçu maintenant la lettre de M. d'Avully en réponse au Bref de Sa Sainteté (1); car il y a quelque temps qu'il vous l'a adressée. Mais je ne laisserai pas de vous dire que l'ennemi ne manque point de diriger contre ce chevalier tous les assauts possibles, afin d'obscurcir l'éclat qu'a eu sa conversion ; il suscite contre lui beaucoup de haines, tant de la part des hérétiques que de celle des Catholiques. Et particulièrement Berne veut, par des menaces, l'empécher d'en solliciter d'autres à se convertir à notre foi. II le fait néanmoins en toute sorte d'occasions, et s'estime plus heureux d'endurer des tribulations étant catholique, que s'il jouissait de grandes prospérités étant hérétique. C'est une mauvaise bête que l'hérésie : elle sait exploiter tout évènement faàcheux.

Je vous envoie ci-joint l'information secrete faite par ordre de

retenir dans le bourbier. Je suis d'ailleurs certain que si les hérétiques du voisinage voyaient dans le commencement de cette œuvre quelque zèle et de l'ordre, non seulement ils n'en scraient pas scandalisés, mais au contraire ils en seraient édifiés. Cela n'aura pas lieu sans la mise à exécution des désirs de Son Altesse Sérénissime; et il serait fort à propos qu'un sénateur füt envoyé ici pour inviter les habitants à entendre la parole de Dieu, ainsi que je le marquai dans le mémoire que j'ai laissé à Son Altesse Sérénissime.)

(d) [Pour les premières lignes de cet alinéa et du suivant, voir la

variante ( i ).]

(1) Le Bref de félicitation adressé par le Pape à l'illustre converti est daté du 20 septembre 1596.

commissione di V. S. I11"*, la quale io supplico di perdonarmi se no sarà cosi ben acconcia, si perché questa é la prima che io feci, si perché non ho potuto haver secretario molto a proposito. Ma per quanto vedo, non sarà troppo necessaria questa informatione, poiché si ha da dar la badia ad un altro. (€) Et laudo il Signore della buona mente che egli ha data a Sua Altezza Serenissima di presentar a Sua Beatitudine quel gentilhomo cosi ben qualificato (1), come mi scrisse V. S. Ill”*; onde me ne viene certa speranza che se usarà a questo modo Sua Altezza, et ne sarà maggiore la gloria d' Iddio et la prosperità delle loro Altezze et de questi stati (f. Né per questo lasciaranno di haver bisogno di visita apostolica queste badie et altri luoghi di Savoya (8), perché, s'io no m'inganno, a tanta difformatione cié bisogno d'altra authorità che di semplice prelato.

No credo che Sua Santità possa far cosa più giovevole a

Votre Seigneurie. Je vous prie de me pardonner si elle n’est pas bien rédigée, soit parce que je m'acquitte pour la premiere fois de semblable commission, soit parce que je n'ai pu avoir de secrétaire capable. Mais, à ce que je vois, cette information ne sera pas tres nécessaire, puisqu'on va donner l'abbaye à un autre. Je loue Dieu de la bonne pensée qu'il a inspirée à Son Altesse Sérénissime de proposer à Sa Sainteté un gentilhomme si bien qualifié ( 1), ainsi que me l'écrivit Votre Seigneurie. J'ai une certaine espérance que l'exécution de ce dessein contribuera à l'accroissement de la gloire de Dieu, à la prospérité de leurs Altesses et de ces pays. Néanmoins, la visite apostolique ne laisse pas d'étre nécessaire à ces abbayes et à d'autres lieux de Savoie, car, si je ne me trompe, pour remédier a de tels dérèglements il est besoin d'une autorité supérieure à celle d'un simple prélat.

Je ne crois pas que Sa Sainteté puisse faire chose plus avantageuse

(e) Laudato Iddio che ha posto nella mente di S. A. di presentare a S. S'* quel (Reprendre au texte, lig. 8.]

(f) V. S. Ilma, — pregando sua divina Maesta che cosi si faccia hora per maggior gloria d' Iddio et prosperita delle Altezze.

(g) queste badie — comme anco il restante di queste bande di qua

(1) On a tout lieu de croire qu'il s'agit de la nomination de Vespasien Aiazza à l'abbaye d'Abondance. Ses Bulles sont datées du 15 juillet suivarit.

queste contrade che mandando un Visitator apostolico ; et piacess' al Signor che fosse V. S. Ill", allaqual con humilissima riverenza bascio le sacre mani, prieghandoli dal Signor ogni contento. (h) Di V. S. III'"^ et R"*, Devotissimo et humilissimo servitore, FRANC? DE SALES, Prevosto di Geneva. (i)

Da Tonone, alli 12 Decembre 1596.

All’ IIlmo et Revermo Sigr mio osservandissimo, Monsig” l'Arcivescovo di Bari, Nuntio Apostolico appresso di S. A. Sma, Turino.

Revu sur l'Autographe conservé à Rome, Archives du Vatican.

à cette contrée que d'y envoyer un Visiteur apostolique. Plùt a Dieu que ce füt Votre Seigneurie, dont je baise les mains sacrées avec un

trés humble respect, suppliant le Seigneur de vous combler de bonheur.

Je suis, de Votre Seigneurie lllustrissime et Révérendissime, Le tres humble et trés dévoué serviteur,

Prévôt de Geneve.

Thonon, le 12 décembre 1596.

(h) ogni — vero contento, essendo

(i) [Les lignes suivantes sont une addition faite apres coup dans la minute. Voir la remarque (d).]

Mando qui alligata la informatione secretta della quale V. S. I117* mi diede commissione, la quale supplico di perdonarmi se non sara cosi ben fatta ; ché questo occorse per la penuria mia d'ingegno et di pratica, essendo questa la prima che io feci, et quella del secretario che non ho trovato molto a proposito. Et per quanto vedo, non sara molto necessaria, poiche si ha da dar la badia ad altro.

Havera adesso la lettera di Monsig'* de Avully in risposta del Breve di

S. Sta, perche egli la mandó cie un pezzo, per quanto mi disse hieri. Scrivera quanto prima a V. S. Ill",

Opposition apportée par les syndics de Thonon à l'érection d'un autel. — Combien la protection du duc est nécessaire aux nouveaux Catholiques. — Conversion d'un ministre protestant.

Thonon, 21 décembre 1596.

Monseigneur,

J'attens (2) le bon playsir de Vostre Altesse pour le restablissement de la religion (5) catholique en ce balliage de Thonon, et ce pendant je pensois dresser un autel en l'eglise Saint Hypolyte, en laquelle je preche ordinayrement des deux ans en ça, affin d'y pouvoir (©) celebrer Messe ces bonnes festes de Noel. Les scindiques de ceste ville y ont apporté (4) de l'opposition, a laquelle par apres ilz ont renoncé. Je ne puis sçavoir avec quel fondement ilz se sont osés produir'en cest affaire, puysqu'on ne violoit point le traitté de Nion (1); et, quand on l'eust violé, ce n'estoit pas a eux d'y prouvoir. On ne forçoit

(a) [Les variantes qui suivent sont extraites d'une minute insérée dans les deux Procés de Canonisation.)

Je suis attendant

(b) foy

(c) en laquelle — j'ay presché ordinayrement il y a passé deux années, affin d'y

(d) voulu apporter

(1) Un premier traité avait été arrèté à Nyon et signé à Lausanne en 1564 entre le duc Emmanuel-Philibert et les Bernois. Ceux-ci restituaient à la Savoie les bailliages de Chablais, Ternier et Gaillard, mais à la condition que le libre exercice du culte protestant y serait maintenu, et qu'ils pourraient y entretenir autant de ministres qu'ils le trouveraient bon.

Par le second traité de Nyon (11 octobre 1589), le duc Charles-Emmanuel, aprés ses victoires de Collonges et de Versoix, dictait des clauses plus

Lsrrass È 15

* Vide supra, p.220.

personne, et ne faisoit on autre que se mettr'en la posture et au train auquel Vostre Altesse avoit laissé les Catholiques despuys ne fut elle icy *, duquel ayant esté levés par force, on ne scauroit dire (*) pourquoy ilz ne puyssent s'y remettre toutes les fois qu'ilz en auront commodité (f), sous l'obeissance de Vostre Altesse.

Le zele que j'ay au service de Vostre Altesse me faict (8) oser dire qu'il importe, et de beaucoup, que layssant icy la liberté qu'ilz appellent de conscience, selon le traitté de Nyon, elle prefere neanmoins en tout les Catholiques et leur exercice ; et que partant elle se layss'entendre a ces gens quilz doivent simplement et seulement user de la permission quilz ont (b), sans se mesler d'empecher ceux qui, par toute rayson et par l'exemple mesme de leur souverain Prince, taschent d'avancer la foy catholique. (i) Je ne pense point qu'il y ait aucune rayson qui puisse retarder l'affection sainte de Vostre Altesse en la sollicitation de [ce] grand bien, ni qui la rend'autre qu'aymable et admirable a ses plus endurcis ennemis (ji).

(e) que se mettr'en — train et en la posture en laquelle V. A. avoit laissé les Catholiques despuys ne fut elle en ce duché de Chablais, delaquelle ayant esté levés par force, je ne puis entendre

(f) foutes les fois — que bon leur semblera

(g) me — met en courage de luy

(h) Jes Catholiques et — l'exercice de la religion catholique; et partant qu'elle fass'entendre a ces habitans et bourgeois quilz doivent user simplement et purement de la permission que V. A. leur faict

(i) catholique. — Que s'il plaist a V. A. de commander a l'un des messieurs du Senat ou deux (entre lesquelz il me semble que monsieur Favre seroit extremement sortable) qu'ilz se transportassent jusques icy, et en habit solemnel, ayant convoqué la generale assemblee de ceste ville, remonstrassent le zele que V. À. a de leur salut et combien est grande sa douceur a le leur procurer, et les invitassent a frequenter les sermons des prescheurs qui viendront icy sous son adveu, je croy, Monseigneur, que cela occasionneroit une grande conversion de ces pauvres gens, et serviroit tout autour d'un rare et signalé exemple de la bonté de V. A. vers les ennemis, et de sa prudence vers les amis.

(j) et admirable — aux plus endurcis mesme.

favorables au catholicisme. Trois localités seulement, Bons, Nernier et Tully, étaient autorisées à conserver un ministre protestant. Celui de Thonon n'était que toléré.

M. de Lambert veut user de liberalité a l'endroit d'un ministre qui se convertit (1) et qui par sa sollicitation en tirera beaucoup avant quil se descouvre (X) ; je crois que Vostre Altesse l’aura agreable et luy commandera quil en face encores davantage (1). Je supplie donq Vostre Altesse commander comm'il luy plaira sur ce sujet, et priant Dieu tres affectionnement pour sa santé (m), je m'honnoreray du bien que j'ay d'estr'advoué,

Monseigneur, De Vostre Altesse, Tres humble sujet et serviteur,

FRANGoIis DE SALES, Prævost de S' Pierre de Geneve.

À Thonon, jour S' Thomas, 96.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

(k) M. de Lambert, gouverneur de ceste province, veut user de quelque liberalité a l'endroit d'un ministre qui est tout disposé a se convertir

(1) quil — poursuive.

(m) ef priant Dieu — quil l'enrichisse de plus en plus de ses benedictions

(1) Pierre Petit, venu du Languedoc, avait été successivement pasteur à Armoy et à Choulex. Sa conversion fit grand bruit parmi les protestants, qui, pour en atténuer le retentissement, décriérent fort le nouveau converti. Celui-ci abjura solennellement l'hérésie le 1°" octobre 1598, en présence du Légat du Pape et du duc de Savoie, qui le nomma, quatre ans plus tard, chàtelain de Thonon. On lit dans le Registre paroissial de cette ville la note suivante que nous traduisons du latin : « Noble Pierre Petit, chátelain de Thonon, est mort muni des Sacrements de Confession, de Communion et d'Extréme-Onction, et a été sépulturé le 16 octobre 1621. »

A MONSEIGNEUR JULES-CÉSAR RICCARDI ARCHEVÉQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN

Instances pour obtenir la protection du Nonce auprés du duc de Savoie.

Thonon, 21 décembre 1596.

Illustrissimo et Reverendissimo Signor mio osservandissimo,

Scrivo a Sua Altezza Serenissima sopra un' oppositione che hanno fatta questi di Thonone quando, per celebrar queste feste di Natale, io volevo incomminciar a far un altare nella chiesa nella quale io ho sin adesso praedicato. Supplico V. S. Ill"* di procurarne la risposta, acciò che con lettere io possa mostrar a quei pochi che mi fanno impedimento che glie (sîc) deve bastar l'haver la libertà chiamata di conscientia, senza dar disturbo a l'essercitio catholico. Questo è l’ ultimo sforzo che vuol far il demonio in quest'opra, mentre vede che si va ritardando l’ essecutione delle buone intentioni di Sua Altezza. Ma questo sarà poi un niente quando V. S. Ill" ci aiutarà dei suoi soliti favori, et sollecitarà che quanto prima si metta qui

Mon tres-honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur,

J'écris à Son Altesse Sérénissime au sujet de l'opposition que m'ont faite les habitants de Thonon quand j'ai voulu, pour célébrer ces fêtes de Noël, commencer à dresser un autel dans l'église où j'ai préché jusqu'à présent. Je supplie Votre Seigneurie Illustrissime de me procurer des lettres que je puisse montrer à ce petit nombre d'opposants, pour leur prouver qu'il leur doit suffire d'avoir la liberté appelée de conscience, sans troubler l'exercice du culte catholique. Ceci est le dernier effort que le démon tente contre cette ceuvre, en mettant à profit les délais que l'on apporte à l'exécution des bonnes intentions de Son Altesse. Mais ce ne sera rien si Votre Seigneurie nous secourt de ses faveurs accoutumées, et si elle intercede pour qu'au plus tôt on établisse ici d'une maniere honorable et convenable

un honorato et convenevole essercitio catholico ; ché tuttavia ne vedo maggior numero disporsi alla santa fede, se bene alquanti ci fanno delle borrasche colla lingua et le maledicentie et simili arti diaboliche.

Ho voluto piü presto scriver cosi in fretta ch'a non darglie avviso delle nostre necessità. Supplico adunque V. S. Ill"* di perdonarmi se io glie son importuno, poiché non ho altro refugio humano di là che appresso la sua bontà et sollecitudine, alla quale, inchinandomi humilissimamente, bascio le mani reverendissime.

Et prieghando fsic) dal Signore ogni contento, resterò eternamente,

Di V. S. Ill"* et R"*, Perpetuo et divotissimo servidore, FRANC? DE SALES, Prevosto di Geneva.

In Tonone, il giorno di S. Thomaso, 96.

A l' Ill?» et Reverve Sig” mio osservandissimo, Monsig” l' Arcivescoüo di Bari, Nuntio Apostolico appresso di S. A.

Turino.

Revu sur l'Autographe conservé à Rome, Archives du Vatican.

l'exercice du culte catholique. Je vois toujours un plus grand nombre de personnes disposées à embrasser notre sainte foi, bien que d'autres nous suscitent des orages par les propos de leur mauvaise langue, des calomnies et semblables autres artifices diaboliques.

J'ai préféré vous écrire ainsi à la hâte, plutôt que de ne pas vous avertir de nos besoins. Je supplie donc Votre Seigneurie de me pardonner si je suis importun, car je n'ai humainement autre refuge à la cour que votre bonté et sollicitude, devant laquelle m'inclinant trés humblement, je baise vos mains vénérées.

Priant le Seigneur vous combler de tout bonheur, je reste à jamais,

De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, Le perpétuel et trés dévoué serviteur, FRANÇOIS DE SALES, Prévôt de Genève, A Thonon, le jour de saint Thomas, 96.

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