A MONSIEUR AMÉDÉE DE CHEVRON SEIGNEUR DE VILLETTE
(INEDITE)
Priére de se rendre en Chablais pour protéger les habitants si les troupes espagnoles traversent la province. — Recommander au duc les intéréts de la mission et l'engager à assister aux Quarante-Heures de Thonon.
Thonon, 23 août 1598.
Monsieur,
Ceste infinité de peyne que vous aves pour l'affaire de Dieu vous sera recompensee par Celuy pour lhonneur duquel vous le faittes. Ces gens de Thonon desirent quil vous plaise leur faire ce bien qu'au cas que le seigneur Dom Joan veullie passer icy resolument *, il vous plaise *Vide supra, p.347. d'assister a son passage, estimans que vostre præsence adoucira l'aigreur quilz en pourroyent sentir. Leur religion ne merite pas ceste faveur ; mais qui scait si Dieu se veut servir de vostre courtoisie pour les faire penser a leur conscience ? Ilz promettent bien quilz n'en seront pas ingratz. Si donq cela ne vous incommode pas beaucoup, je vous supplie tres humblement de le faire. Nous solliciterons vivement l'exacteur pour la partie quil vous doit (1), comme pour celuy auquel nous avons de si grosses obligations.
Mais pour Dieu, escrivant a Son Altesse, touchés vivement un mot affin quil vienne a ces 40 [heures]. Sil nous baille moyen de loger honnestement des curés par tout ce balliage apres les 40 heures, tout est emporté pour la foy catholique. Il ne se fera jamais plus a propos, et sans offencer personne, car cela viendra au desir de presque tous. Il ne coste rien a Son Altesse, car ces benefices de ce pais ne peuvent avoir moindre emploite
( 1) Peut-être s'agit-il d'une pension qui, par patentes du 26 juillet 1598, devait être prélevée sur les « ... condempnations et compositions des usures riere le Grand et Petit Bornand. »(Arch. dela Ch. des Comptes de Sav., Patenti, vol. 21.)
Larrass ! 33
* Is., x, 5; Luca, XIX, 44.
que de demeurer aux Chevalliers de Saint Lazare; il sera bien employé qu'on les reduyse a leur premier usage en une si belle occasion. Sa Sainteté approuvera tout indubitablement.
Je pensois partir passé demain, aller vers vous et a Sales; mais j'attendray jusques a mercredi, par ce que le P. Cherubin me vient de dire qu'a son advis il ne seroit que bon que vous donnies un coup d'esperon jusques icy pour voir tant plus briefvement ouverture a vostre payement. Que Son Altesse ne perde pas cest'occasion de reduire ses peuples en unité de foy ; Nostre Seigneur mesprise ceux qui mesprisent Je jour de sa visitation *.
Quand au bruit qui a couru que les Bernois avoyent des trouppes de reitres dela le lac, c'est une bride a veau : est spaventa velliacho. Ilz ont bien fait leurs monstres de la milice ordinaire, que je metz en mesme conte que les monstres du papegai de Neci (1).
Or sus, Monsieur, je prie Dieu pour vostre santé, et suis irrevocablement
Vostre tres humble et tres asseuré serviteur et neveu,
Franc* Dg Sates.
Thonon, 23 aoust 98.
Je salue monsieur et madame de la Faverge, mes
oncle et tante (2).
A Monsieur Monsieur de Vilette, Maistre d'hostel de S. A.
Revu sur l'Autographe conservé à Génes, Sanctuaire de la Madonnetta.
(1) Par « monstre du papegai de Neci, » il faut entendre la parade que faisaient chaque année les chevaliers tireurs au jour du tir à l'oiseau. Ces compagnies, qui existaient dans la ville de date immémoriale, avaient obtenu plusieurs privileges des ducs de Savoie. L'exercice du tir était une réjouissance publique, dans laquelle la religion avait une large place. Des institutions semblables furent créées non seulement à Chambéry, mais encore dans la plupart des villes de Savoie, telles que Thonon, La Roche, Cluses, Rumilly, etc. Charles-Emmanuel I°" alloua une prime de cent florins au vainqueur ou roi du tir, avec l'exemption des droits de gabelle durant une année.
(2) Janus de la Faverge, seigneur de Cormand, avait épousé Pernette de Chevron-Villette, cousine germaine de Mme de Boisy, mère de saint François de Sales. Ils habitaient La Roche, et probablement le destinataire de cette lettre, qui était aussi leur cousin germain, se trouvait auprès d'eux,