‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 51 sur 64 · A SA SAINTETÉ CLÉMENT VIII · texte numérisé non relu

A SA SAINTETÉ CLÉMENT VIII

Fruits merveilleux produits par les Quarante-Heures de Thonon. — Prière d'intervenir auprès du roi de France et du duc de Savoie pour que Genève ne soit pas comprise dans le traité de Vervins.

Thonon, vers le 20 octobre 1598.

(a) Quam laetos atque uberes animarum fructus ex hac Gebennensis dicecesis vinea hisce diebus perceperimus, Illustrissimi in Christo Patris Domini Cardinalis a Medices, a latere Legati [narratione,] uti spero, cognoscet (b) Sanctitas Vestra. Cum enim hoc in oppido 40 horarum

Votre Sainteté aura appris, je l'espère, par le rapport de l'Illustrissime Pére et Seigneur en Jésus-Christ, le Cardinal de Médicis, son Légat a latere, quelle belle et abondante récolte d'ámes nous venons de faire ces jours passés dans la vigne de ce diocese. En effet, Dieu a disposé si heureusement les choses, que ce grand Cardinal a pris

(a) fHosce...j Quam latos atque uberes animarum fructus, Deo propitio, quos] hisce diebus perceperimus...

(b) Legati, — [et hujus quem ad B. V. pedes supplicem destinavimus... mittimus, narratione fusius cognoscet... |

(1) Ces deux minutes, qui occupent le recto et le verso d'un méme feuillet, ont été écrites par le Saint avant son départ pour Rome, bien que la seconde lettre paraisse n'avoir été envoyée qu'après son arrivée dans la ville éternelle.

* Is., 1x, 3.

oratio celebraretur, (€) ejusdem Cardinalis Illustrissimi ex itinere et Serenissimi Ducis nostri præsentia, Deo procul dubio ita disponente, incidit, faustis admodum auspiciis, quando per idem tempus innumera hominum multitudo haeresim abjurare fidemque Catholicam amplecti statuerat, quorum pars id in ipsius Illustrissimi Legati, pars in meis manibus sancté praestitit, Serenissimo Duce quam impensissime rem totam promovente. Quae omnia hic, quem ad Beatitudinis Vestre pedes supplicem destinamus, fusius facillime exponet, quod omnibus rerum harum successibus interfuerit.

At vero, dum ita fœliciter coram Domino lætamur, sicut qui laetantur in messe, sicut exullant victores capta prada quando dividunt spolia *, hoc unum accidit intempestive et molestissime : nimirum Rex Christianissimus per litteras Serenissimum Ducem serio admonet, velle se ejus quam tam opportune Sanctitas Vestra, tanta totius orbis Catholici voluptate, perfecit pacis vinculo comprehendi hæresis totius Calvinianæ matricem et

la route de son retour par cette ville, où il s'est rencontré avec le duc au temps où l'on y célébrait les Quarante-Heures. Une multitude innombrable d'hommes, qui avaient résolu de renoncer à l'hérésie et d'embrasser la foi catholique, ont fait leur abjuration, partie entre les mains de l’Illustrissime Légat, partie entre les miennes. L'influence de notre sérénissime duc a beaucoup contribué à ce résultat. Celui que nous députons aux pieds de Votre Sainteté, ayant été témoin de tout ce qui s'est passé, lui en fera un exposé plus complet et plus fidèle.

Mais pendant que nous nous réjouissons heureusement devant le Seigneur comme ceux qui se réjouissent au temps de la moisson, comme se réjouissent les victorieux lorsqu'ils se partagent les dépouilles de l'ennemi, voici que nous arrive une nouvelle fort inopportune et affligeante : le roi trés chrétien prévient sérieusement par lettres le duc de Savoie qu'il entend que Genève, mère et source de l'hérésie calviniste, soit comprise dans le traité de paix que Votre Sainteté a fait conclure à la grande satisfaction de l'univers catholique, bien

(c) oratio — [per Patres Cappucinos] celebraretur, ffolicibus omnino auspiciis... J

fontem, Genevensem videlicet civitatem, quamvis pacis articulis, ut par erat, nulla illius mentio habeatur (1). Quae res incredibilem hereticis omnibus audaciam addit, fidei Catholica aditum præcludit, novissime conversos animos, si non abjicit omnino (d), at sane perturbat quam maxime; mihi ac canonicis meis bonorum ecclesiasticorum recuperandorum, qua per summam iniquitatem a Genevensibus detinentur, spem omnem funditus evellit.

Quapropter istum Ecclesie mea Præpositum, quotquot sumus hic ordinis ecclesiastici viri, quoad ejus fieri potuit celerrime misimus qui, nostro omnium nomine, ad clementis Beatitudinis Vestre pedes provolutus, quantam res hac, si succedat, jacturam sit allatura reipublice Christiane, quamque atram tanto ac tam feelici pacis exitui sit notam impressura, nostro omnium nomine,

que, comme il était raisonnable, nulle mention n'ait été faite de cette ville dans les articles du traité (1). Cette nouvelle inspire une incroyable audace à tous les hérétiques et leur ferme l'entrée à la foi catholique; si elle n'abat pas entierement le courage des nouveaux convertis, du moins les trouble-t-elle grandement, et nous óte, aussi bien à moi qu'à mes chanoines, tout espoir de recouvrer les biens ecclésiastiques que les Genevois retiennent par une souveraine injustice.

C'est pourquoi, tant que nous sommes ici d'ecclésiastiques, nous vous avons député le plus promptement qu'il a été possible, le Prévót de mon Eglise cathédrale qui, en notre nom à tous, se prosternera aux pieds de Votre clémente Béatitude, et lui exposera combien grand serait le dommage qu'une telle paix, si elle vient à se conclure, causerait à la république chrétienne et la tache honteuse qu'elle imprimerait à un si grand et si heureux succés. Que, selon la clémence

(d) sí non — l'adimit) omnino, fquod minime futurum speramus, at demittit sane...J

(1) Le traité de Vervins contenait la stipulation suivante : « De la part dudict sieur Roy Tres Chretien seront comprins au present traité, si comprins y veulent estre... les treze cantons des ligues de Suisse, les sieurs des trois ligues Grises, l'Evesque et seigneurie du pais du Valais, l'Abbé et ville de Sainct-Gall... ef autres alliez desdicts sieurs des Ligues. » Or, par cette formule si vague, « autres alliez, » Henri IV avait entendu désigner Genève, comme il le déclare dans une pièce datée de Monceaux le 11 novembre 1598.

* [s., xivin, ult., Lvu, ult.

* Rom., xm, 7.

* Ps. cxxi, 7.

quam humillime explicabit, ut pro sua erga orbem Catholicum, maxime vero erga hanc tot malis exagitatam provinciam, paterna clementia Sanctitas Vestra serio, tum apud Christianissimum Regem tum apud Ducem Serenissimum agat ne tanta fax sit impiis *, nec ejus lætentur privilegio qui ecclesiasticam pacem tot scissuris convellere (e) nituntur. Cui debent honorem, potius honorem, cui vectigal, vectigal compellantur reddere*; ac tum demum veniat fax super illos in virtute Domini * et authoritate Sancte Sedis Apostolice. Cui Sanctitatem Vestram clementissime et beatissime (f) insidentem, Deus optimus maximus quam diutissime servet incolumem.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

paternelle qu'Elle témoigne à toute la Catholicité et surtout à cette province agitée par tant de maux, Votre Sainteté daigne intervenir sérieusement auprès du roi tres chrétien et du sérénissime duc, afin qu'une telle paix ne soit pas accordée aux impies, et qu'ils n'en goütent point les avantages ceux qui s'efforcent de bouleverser par tant de divisions la paix de l'Eglise; mais que plutót ils soient contraints de rendre l'honneur a qui ils doivent l'honneur, le tribut à qui ils doivent le tribut, et que, par ce moyen, la pa'x vienne sur eux en la vertu du Seigneur et par l'autorité du Siege Apostolique que Votre Sainteté occupe si heureusement et avec tant de clémence, et sur lequel nous supplions le Dieu tres grand et tres bon de vous conserver de longues années pour le bien de son Eglise.

(e) convellere — [omnibus quibus possunt modis,J ( £) beatissime — [prasidentem]

AU MÉME

Raisons qui ont contraint le Prévót de diflérer le voyage de Rome. — Envoi des documents qui doivent être présentés à Sa Sainteté.

Fin 1598.

Jamdudum Apostolorum limina meo nomine visitasset Reverendus Franciscus De Sales, Ecclesie mea Præpositus, nisi periculosissimo morbo quo per multos menses decubuisset [impeditus fuisset,] et propter pestem in plurimas hujus provincie partes hactenus sævientem, aditus omnes nobis ad Italiam interclusi fuissent. Perrexit nihilominus tandem aliquando, ac superatis itinerum difficultatibus, uti spero, ad Sanctitatis Vestra pedes accessit.

Ac quidem, quando res propter quam abiit nullam sine summo periculo moram patiebatur, nec omnia tunc haberem pra manibus que visitationi sanctorum liminum necessaria sunt, ea nunc duxi mittenda, quo vices meas hac in re apud Sanctitatem Vestram agat meo nomine ; ratus Clementia sue id acceptum iri, tum ut

ll y a longtemps que Révérend Frangois de Sales, Prévót de ma Cathédrale, aurait visité en mon nom les tombeaux des Apótres, s'il n'en avait été empéché par une tres dangereuse maladie qui l'a tenu alité plusieurs mois, et si les voies d'Italie ne nous eussent été fermées par la peste qui a affligé et afflige encore presque toute cette province. Mais enfin il s'est mis en route, et ayant, comme je l'espere, surmonté les difficultés des chemins, il a dà se prosterner déjà aux pieds de Votre Sainteté.

Or, parce que l'affaire pour laquelle il est allé à Rome ne pouvait étre différée sans un trés grand danger, et que je n'avais pas, lors de son départ, tous les documents nécessaires pour un voyage ad limina, jai jugé bon de les envoyer maintenant, afin qu'en mon nom il rendit ses devoirs à Votre Sainteté, espérant que Sa Clémence l'aura

368 LeTTRES DB SAINT FRANÇOIS DB SALES

difficillimo tempore (3) qua fieri possunt per pauciora, per plura nequaquam fiant, tum ut hic meus procurator, qui non inutilem omnino hoc in agro operam navare consuevit, variis peregrinationibus ab opere abstrahatur.

Pracor autem Deum optimum maximum uti Sanctitatem Vestram Beatissimam Ecclesie sua quam diutissime servet incolumem.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

pour agréable. C'est autant pour ne pas employer plusieurs moyens là où un seul suffit dans les temps si difficiles où nous vivons, que pour donner occasion à mon procureur, qui n'a pas travaillé inutilement dans le champ du Seigneur, de se délasser par divers pelerinages des fatigues qu'il a soutenues.

Je prie le Dieu tres bon et trés grand de conserver longuement Votre Sainteté à son Eglise.

(a) difficillimo tempore — l' expensis una eademque via quam plurima fiant si possint...J

Les notes marginales indiquent la corrélation des pièces de V Appendice avec le texte des Lettres de saint François de Sales.

LETTRES

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