Edition in-ft, de vienne, p. 699. [Note de SckiUer
périeure, contractée de bas en haut, exprime à la fois et la peine physique et celle de Tâme. Au-dessus de la bouche, il y a une expression d'indignation qui semble protester contre une souffrance imméritée et se révèle dans les narines, qui se gonflent , s'élargissent et se tirent en haut. Sous le front, la lutte entre la douleur et la force morale, réunies là pour ainsi dire comme en un seul et même point , est représentée avec une grande vérité ; car, tandis que la douleur contracte les sourcils et les relève , l'effort que lui oppose la volonté tire de haut en bas vers la paupière supérieure tous les muscles qui sont au-dessus, si bien que la paupière en est presque entièrement recouverte, l'artiste, ne pouvant embellir la nature , a cherché du moins à en développer les moyens, à augmenter l'effort et la puissance. Là où il y a le plus de douleur , se montre aussi le plus haut degré de beauté. Le côté gauche, où s'acharne le serpent avec ses morsures furieuses , et où il verse le poison , est celui qui parait souffrir le plus vivement, parce que la sensation est là le plus près du cœur. Les jambes font effort pour se porter en haut comme pour se dérober au mal ; le corps entier n'est que mouvement, et il n'y a pas jusqu'aux traces du ciseau qui ne concoureat à l'illusion : on croit voir la peau frissonnante et glacée. »
Que de vérité , que de finesse dans cette analyse 1 Gomme cette lutte entre respru et la souffrance de la nature sensible est supérieurement développée! Avec quelle justesse l'auteur nVt-il pas saisi chacun des phénomènea où se manifestent l'élément animal et l'élément humain, la contrainte de la nature et l'indépendance de la raison I On sait que Virgile a décrit cette même scène dans son Enéide , mais il n'entrait pas dans le plan du poète épique de s'arrêter, comme a dû le faire le sculpteur, sur l'état moral de Laocoon. Tout ce récit, dans Virgile, n'est qu'un épisode ; et l'objet qu'il s'y propose est suffisamment rempli par la simple description du phénomène physique , sans qu'il ait été nécessaire pour lui de nous faire jeter de profonds regards dans l'âme du malheureux qui souffre, puisqu'il a moins pour but de nous exciter à la pitié que de nous pénétrer de terreur. Le devoir du poète à ce point de vue était donc purement négatif : je veux dire qu'il ne s'agissait pour lui que de
ne point pousser la peinture de la souffrance physique jusqu'ï ce degré où toute expression de la dignité humaine ou de la résistance morale finiraient par disparaître ; car autrement l'indignation et le dégoût se faisaient inévitablement sentir. H aima donc mieux s'en tenir à représenter la cause de la souffrance, et il trouva bon d'insister avec plus de circonstances sur ce qu'avaient de redoutable les deux serpents , et sur la rage avec laquelle ils attaquent leur victime, que sur les sentiments de Laocoon. Il ne fait que glisser sur ces sentiments, parce qu'avant tout il lui importait de représenter un châtiment envoyé par les Dieux , et de produire une impression de terreur que rien ne pût affaiblir. S'il eût, au contraire, arrêté nos regards sur la personne même de Laocoon avec autant d'insistance que le statuaire , au lieu de la divinité qui châtie, c'était l'homme quisouâre qui devenait le héros de la scène, et l'épisode eût perdu sa convenance par rapport à l'ensemble.
On connaît déjà la narration de Virgile par l'excellent commentaire de Lessing. Mais Lessing se proposait seulement de rendre sensible par cet exemple les limites qui séparent la description poétique de la peinture , et non pas d'en faire sortir la notion du pathétique. Cependant le passage de Virgile ne me parait pas moins précieux pour ce dernier objet , et je demande la permission de le parcourir encore une fois à ce point de vue.
Ecce aulem gemini Tenedo tranquilla per alla (Horresco referena) immensis orbibus angues lacumbunt pel8go, pariterque ad liUora tendunt. Peclora quorum inter tluctijs arrecta , ju basque SanguineiB exsuperaut undas; pars estera poDtum Pone legit, sinuatque immensa volumine terga. Fit sonitus Bpumante aalo, jamque arva tenebsnt, Ardenlea oculos sutTecli sanguine et igui , Sibila lambebant liaguis vibranlibus ora'.
Nous trouvons ici réalisée la première des trois conditions du sublime de puissance qui ont été mentionnées plus haut* '■