Traité théolofjkO'poli tique, tome li, page
învoyé pour les seuls Hébreux, mais bien pour tout le jenre humain ; d'où il suit qu'il ne lui suflSsait pas d'acîommoder ses pensées aux opinions des Juifs; il fallait es approprier aux opinions et aux principes qui sont i^ommuns à tout le genre humain, en d'autres termes, lUX notions universelles et \Taies *. »
11 semble donc que Jésus-Christ ait été, pour Spinoza, im révélateur véritable, un personnage surnaturel, non moins pur, non moins saint que les prophètes, mais loué d'une intelligence plus qu'humaine, sinon divine.
Mais il faut prendre garde de s'y tromper. C'est dans le Traité tliéologico-politique que se trouve le portrait du Christ qu'on vient de rappeler; or l'objet de Spi- Qoza dans ce traité n'est pas de dire sa propre pensée, mais d'interpréter celle de l'Écriture. Qu'on pèse bien ces paroles :
« Je dois avertir ici que je ne prétends ni soutenir ni rejeter les sentiments de certaines Églises touchant Jésus- Christ ; car j'avoue franchement que je ne les comprends pas. Tout ce que j'ai soutenu jusqu'à ce moment, je l'ai tiré de l'Écriture elle-même '. »
C'est, je crois, dans les lettres de Spinoza à son ami Oldenburg qu'il faut chercher le fond de son opinion sur le fondateur du christianisme ; voici quelques passages particulièrement significatifs :
« Pour vous montrer ouvertement ma pensée, je dis qu'il n'est pas absolument nécessaire pour le salut de connaître le Christ selon la chair ; mais il en est tout autrement si on parle de ce Fils de Dieu, c'est-à-dire
1» Traité théologico-politique, page 81.
î« Ibid., page 23.
i98 INTRODUCTION.
de cette éternelle sagesse de Dieu qui s'est manifestée en toutes choses, et principalement dans Tâme humaine, et plus encore que partout ailleurs, dans Jésus-Christ. Sans cette sagesse, nul ne peut parvenir à Tétat de béatitude, puisque c'est elle seule qui nous enseigne ce que c'est que le vrar et le faux, le bien et le mal. Quant à ce qu ajoutent certaines Églises, que Dieu a revêtu la nature humaine, fai expressément averti que je ne savais point ce qu'elles veulent dire ; et pour parler franchement, j'avouerai quelles me semblent parler un langage aussi absurde que celui qui dirait qu'un cercle a revêtu la nature du carré ' .
Telle est l'opinion de Spinoza sur le mystère de Tlncamation *. Il repousse le mystère de l'Eucharistie avec plus de brutalité encore : « Toutes les énormités que vous soutenez, écrit-il à un fervent jeune homme récemment converti au catholicisme, seraient tolérables encore, si vous adoriez un Dieu infini et étemel. Mais non : votre Dieu, c'est celui que Chastillon, à Tienen, donna impunément à manger à ses chevaux. Et c'est vous qui déplorez mon aveuglement 1 c'est vous qui ne voyez que chimères dans ma philosophie, dont vous ne comprenez pas le premier mot I Vous avez donc entièrement perdu le sens, bon jeune homme? Et il faut que votre esprit ait été fasciné, puisque vous croyez maintenant
l. Lettre à Oldenhwrgj tome ni, page 307.
S. « Est-ce que tous eroyez, écrit Spineza à Oldenburg, quand rÉcrkure dit que Dieu s* est manifesté dans la nue, ou qu*il a habité dans le tabernacle ou dans le temple, que Bien 8*est revêtu de la nature de la nue, de oeUe du temple ou do tabernacle ? Or Jésus-Christ ne dit rien de plus de soi-même : il dit qu*il est le temple de Dieu, entendant par là, je le répète encore une fois, que Dieu s^est surtout manifesté dans Jésus-Christ. Et c'est ce que Jean a touIu exprimer avec plus de force encore par ces paroles : Le Verbi s'est fait chair. — Soyez sûr quA, tout en éerifant ion ÉTangile en grec, Jean hébralse cependant, i
(Lettre à Oldenbwrg, page 373.)
que le Dieu suprême et éternel devient la pâture de votre corps et séjourne dans vos entrailles '. »
Le mystère du Péché originel, le miracle de la Résurrection ne sont point traités de la sorte. Spinoza les rejette sans doute, comme tous les miracles et tous les mystères ; mais du moins il les interprète et cherche à les expliquer. 11 voit dans la chute d'Adam et dans la Rédemption devenue nécessaire par le péché une sorte de mythe, comme on dirait aujourd'hui, qui signifie que rhomme perd sa liberté quand il s'abaisse aux choses terrestres , et que ce bien inestimable ne peut être recouvré que par l'esprit du Christ, c'est-à-dire par l'idée de Dieu, qui seule a la vertu de nous rendre libres *.
Spinoza déclare qu'il prend à la lettre la passion, la mort et l'ensevelissement de Jésus-Christ; mais il ne peut admettre sa résurrection qu'au sens allégorique * :
« La résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts est au fond une résurrection toute spirituelle, révélée aux seuls fidèles selon la portée de leur esprit : par où j'entends que Jésus-Christ fut appelé de la vie à l'éter^ nité, et qu'après sa passion il s'éleva du sein des morts- (en prenant ce mot dans le même sens où Jésus-Chrit a dit : Laissez les morts ensevelir kurt morts), comme rï s'était élevé par sa vie et par sa mort en donnant l'exemple d'une sainteté sans égale. Dans ce même sens, il ressuscite ses disciples d'entre les morts, en tant qu*îls suivent l'exemple de sa mort et de sa vie. Et je ne croîs pas qu'il fût difBcile d^expliquer toute la doctrine de
i. Lettre à Albert Burgh, tome lll,. page 454. S. Éthique, pari, 4, Schol. de la Propos. 58« 3. Lettre à Oldenbwrg, page 375.
rÉvangile à Taide de ce système d'interprétation'.»
Peu importe du reste aux yeux de Spinoza qu'on entende les mystères de telle ou telle façon, pourvu qu'on les entende dans un sens pieux. La religion n'est pas la science. Ce qu'il faut à l'âme religieuse, ce ne sont point des notions spéculatives, mais des directions pratiques.
Spinoza ne veut voir en effet dans les prophéties comme dans les miracles, dans les mystères, dans le culte, en un mot dans toute l'économie des religions positives, qu'un ensemble de moyens appropriés à l'enseignement et à la propagation de la vertu. Il pousse cette doctrine à une telle extrémité qu'il ose écrire ces singulières paroles : « Selon moi, les sublimes spéculations n'ont rien à voir avec l'Écriture, et je déclare que je n'y ai jamais appris ni pu apprendre aucun des attributs de Dieu '. »
Il n'y a qu'une chose dans l'Écriture, comme dans toute révélation, c'est celle-ci : Aimez votre prochain. Spinoza^ traite fort durement ceux qui trouvent une métaphysique cachée et profonde dans les mystères du christianisme. « Si vous demandez, dit-il, à ces personnes sub-^ tiles quels sont donc les mystères qu'elles trouvent dan^ l'Écriture, elles ne vous produiront que les fictions d'uï* Aristote, d'un Platon, ou de tout autre semblable autear de systèmes : fictions qu'un idiot trouverait bien plutft^ dans ses songes que le plus savant homme du monde daa^ . l'Écriture \ »
Spinoza se radoucit cependant sur ce point, et il avoA^