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De la Réforme de l'Entendement, tome III, page

il ïimiomcrvm^

pftraiie expérience vague que je sais que je dois mourir; car si j'affirme cela, c'est que j'ai vu mourir plusieurs de mes semblAbles, quoiqu'ils n'aient pas tous vécu le même espace de temps ni succombé à la même maladie. Je sais de la même manière que l'huile a la vertu de ftouanrir la flamme et Feau celle de l'éteindre, et en général to«tes tes choses qui se rapportent à l'usage ordinaire dtelavie.

Le premier genre de connaissance, utile pour la vie , tt^est d'aucun pris pour lor science. Il atteint les acciéents, la mvhc» des^ dÉoses, non leur essence et leur fimd. Livré à un» Mobilité perpétuelle, ouvrage de la fortune et du hasard, et mm de l'activité interne de la pensée, il agite et occupe râaiev ma»- ne l'éclairé pas. C'est lai source des passions mauvaises qui jettent sans eesse leur ombre sur les iéées pures de l'entendement, arrachent ràiffite à elleHtt^ne, la dispersent en quelque sorte vers les choses extérieures et troublent la sérémté (io ses contemplations.

La connaissaDee d» second genre est un premier effort pour se dégager des ténèbres dn monde sensible. Elle eonsiste à rattacher un effet, à sa cause, un phénomène à sa loi, une conséquence à son principe. C'est le pro^ cédé des géomètres, qiut ramènent les propriétés des iiombres, des âgutos, k us système régulier de propositions simples^ d'axkMies incomtestables. En général, rfest la raison dise^nive, par laquelle l'esprit humain^ aWé de rawilyseat de la synthèse, monte du particulier w#aéral,wwis8C0iid du général an particulier , po^t «fiMtrs sofis eesse , pour éelaircir et pour enchaîner de • ïiT ^^"^ ^* connaissances.

Qîiemanque-t-il à ce genre de perception? une seule

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chose, mais capitale. La raison discursive, te raisonnement, tout infaillible qu'il soit, est un procédé aveugle, n explique le fait par sa loi, mais il n*'explïque pas cette loi. îl établit la conséquence par les principes ; mais le^ principes eux-mêmes, il les accepte sans les établir, H fait de nos pensées une chaîne d'une régularité parfaite, mais il n'en peut fixer le premier anneau.

n y a donc au-dessus du raisonnement une faculté supérieure, c'est là raison, dont Tobj^t propre est l'Être en soi et par soi.

Spinoza éclairât ces €pi2Ate modes de perception par un ingénieux exemple : Trois nombres, dit-il', sont donnés; on en cherche un quatrième qui soit au troisième comme le second est atu pTemrer. Nos marchands disent qu'ifs gâtent fort bîeiï ce qu'il y a à feire pour trouver ce quatrième nombre; ils n'ont pas, en elfet, encore otiBïïé Topérafion qu'ils ont apprise de leurs maîtres, laqueUte est, Bien entendu, tout empirique et sans démonstration. ITautreis tfrent rfe quelques cas particuliers empruntés à rexpérience un axiome général. Ils prennent un exemple comme cTelui-cî : 2 : 4 : : S : 6; ils trouvent par Texpérience que, le second de ces nombres étant muïfîpïïé par le troîstMe, fe produit divisé par le premier donfie 6 pôxtr quotient ; et ils conicluent de là qu'une opération semblable est boifflérpour trouver tout quatrième nombre proportîomtrel. (^uantaux mathématiciens, ils savent, par ïa démon*ôtration de la XIÏ» Proposition du livre vu dIEuclide, quels nombres sont proportionnels entre eux ; ils savent, par la nature même et par les propriétés de la proportion, que le produit du

i. Delà Réforme de VEntendemerU, tome III, page 282.

premier nombre par le quatrième est égal au produit du troisième par le second ; mais ils ne voient point la proportionnalité adéquate des nombres donnés, ou, s'ils la voient, ils ne la voient point par la vertu de la proposition d'Ëuclide, mais bien par intuition et sans faire aucune opération. .

Le plus haut degré de la connaissance consiste donc dans rintuition immédiate d'une vérité évidente d'ellemême, dans ce coup d'œil instantané par lequel l'esprit, sans effort, sans obstacle, sans intermédiaire , saisit son objet, l'embrasse tout entier, et s'y repose en quelque sorte dans une lumière sans mélange et dans une parfaite sérénité.

. Spinoza donne divers exemples de ce mode supérieur de la connaissance, et quelques-uns peuvent paraître mal choisis : « Nous savons, dit-il, d'une perception immédiate, que 2 et 3 font 5; qu'étant donnés les nombres 1 : 2 : : 3 : , le quatrième nombre proportionnel est 6 ; enfin, que deux lignes parallèles à une [troisième sont parallèles entre elles. »

Il semble que cette dernière vérité peut se prouver par le raisonnement et a même besoin de l'être. Ce n'est donc pas une vérité immédiate. Et dé là on pourrait conclure que Spinoza ne s'est point formé une idée parfaitement claire du procédé de l'intuition immédiate, et qu*à l'exemple de beaucoup d'autres profonds logiciens, il a confondu le raisonnement et la raison. j

Mais il n'en est rien. Spinoza reconnaît deux degrés^ dans l'intuition immédiate, et cette distinction est aussi claire que. juste et profonde. A son premier degré, la raison perçoit les objets, non pas encore en eux-mêmes, mais dans leur cause immédiate. Par exemple, en me

INTRODUCTION. 2f

formant une idée claire et distincte d'un certain mode de rétendue, je le conçois dans sa cause immédiate, savoir, l'étendue infinie et divine. Il y a bien là une sorte de déduction, mais rapide comme l'éclair, et si soudaine et si lumineuse qu'elle ressemble à une intuition. L'effet, sa cause, leur rapport, Fesprit saisit tout cela comme d'un seul trait.

Au second degré, qui est le comble et la perfection de la pensée, l'esprit atteint directement ce qui est, non plus dans sa cause, mais en soi. C'est ainsi que nous concevons la Substance, la Perfection, Dieu. H n'y a ici aucun mouvement dansla pensée, aucun obstacle, aucun intermédiaire entre elle et son objet. L'immédiation est absolue. Le sujet et l'objet delà connaissance se touchent et s'identifient dans un acte indivisible.

Voilà le type, l'idéal de l'intuition immédiate. Le premier degré n'est qu'un échelon pour s'élever à celui-là, qui seul achève et accomplit la connaissance.

Après avoir décrit les différenteg espèces de perceptions, Spinoza examine tour à tour leur valeur scientifique. L'expérience, sous sa double forme, ne peut fournir une connaissance philosophique ; cap elle donne des images confuses, et le philosophe cherche des idées ; elle n'atteint que les accidents des choses, et la science néglige l'accident pour s'attachera l'essence. L*expérience est donc absolument proscrite , sans restriction et sans réserve, du domaine de la métaphysique '.

La connaissance du second genre est moins sévèrement traitée, parce qu'elle conduit à l'intuition immédiate. Toutefois, ce genre de perception n'est pas celui

1. De la Réforme de l'Entendement t tome III, pages 306^ 307. Voyez aussi Lettre à Simon de Vries, tome III, pag. 378.

n INTRODUCTION.

que le philosophe doMmeUre en usage. Le raisonnement donne, il est vrai, la certitude, mais la certitude ne suffit pas au philosophe, il lui feut aussi la lumière.

Ce mépris du> raisonnement paraît au premier abord fort étrange, et Ton ne pcnt concevoir que Spinoza, cet hiAile et puissant raisonneur, ait voulu interdire aux philosophes un instrument qu'il manie sans cesse et qui est entre ses^ nmins d'une inépuisable fécondité.

Hais il fout bien entendre sa pensée.

Spinoza distingue deux manières de raisonner: ou bien Ton encfaahie les^nnes aifx autres une suite de pensées à Faide de certains principes qu'on accepte sans les exa^miner et s»)s les comprendre, et c'est ce raisonnement aveugle ^fue Spinoza exclut de la philosophie ; ou bien l'on part d'un principe clairement et immédiatement aperçiï en Im-même, et dé l'idée adéquate de ce principe on va à ridée adéquate de ses effets, de ses conséquences^, et voilà le raisonnement philosophique, où tout est in»* telligible et clair, où leii images des sens et les^ croyances aveugles tf ont aucune place. Éîeté à cette hauteur, le raisonnement se confcmè pre^e a^c l'intuition immé* dîate ; il est le plus ptfisiaantlevieï? de Fesprit humain r il n'y a au-dessus que l'iutcritiott infeUectuelle dans son degré supérieur et ^mrqwe de pureté et d'énergie, qui met face à fece la penisée et son plus subHme objet, le^ . unissant et, pour ainsi dire, les unifiant Vvm: atec Tàutre.

La loi de la pensée philosophique, c'est d<mc de fonder la science sur des idées^ claires et ^stinctes, et de ne faire usage d'aucun autre procédé que de l'intuition im^ médiate et du raisonnement appuyé sur elle. Or, te pre^ mier objet de l'intuition immédiate, c'est l'Être parfait. Spinoza conclut donc finalement que : « la méthodepar"

IHTRODUCrniHC. tl

faite est celle qui enseigne à diriger Vmprit sous la loi 4e Vidée de ÏEtre absolument parfait ' .

Le reproche qui s* élève tout d* abord contre une telle méthode, c'est de fonder la philosophie sur des conceptions abstraites, de confondre de puires notions avec les essences réelles, en un mot de réaUser des absijraetions. Assurément, Spinoza mérite souvwt ceïejwoche.; mm il devient d'autant plus intéressant de constater ^*'û était en garde contre le péril des abstractions réalisées ; et s'il y est souvent tombé, ce n'est point certainement par ignorance.

Spinoza professe positivement ^oette doctrine, que les universaux n'ont qu'une réalité abstraite, et que tout ce qui est réel est individuel ^ Il se moque de ceux^ui attribuent une réalité indépendante et effective à ces êtres de raison , l'homme, le cheval, et il ajoute, ce xjvi est plus grave, la volonté'. La source la plus ordinaire de nos erreurs, dit-il, c'est que nyous confondons les universaux avec les êtres singuliers et individuels, et de purs abstraits, des êtres de raison awee les choses réailes * Ne semble-t-il pas que Spinoza, ce grand réalisateur d'abstractions, prononce ici lui-même la condamnation de son système?

Mais essayons de nous rendre compte de ce point singulier de sa doctrine, un des plus graves et des plus délicats qui se puissent toucher.

Spinoza explique fort nettement l'origine et la formation de nos idées les plus générales, de ces termes qu*on

i. De la Réforme de l'Entendement, tooie Ul, page S 12*

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