‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 17 sur 130 · Ethiqw, de TAme^ Schol. I de la Propos. XL · texte numérisé non relu

Ethiqw, de TAme^ Schol. I de la Propos. XL

t. De la Réforme de l'Entendement, Xom&lll^ page 316.

deux sortes d'expériences infiniment différentes l'une de l'autre: l'expérience ordinaire, l'intuition sensible, et puis ce genre sublime d'expérience qui n'atteint plus de vaines images, mais des idées, qui pénètre au delà des accidents et nous découvre les essences ; c'est l'intuition intellectuelle.

Ici Spinoza devient réaliste, de nominaliste qu'il était tout à l'heure. A ses yeux, la pensée absolue et l'étendue absolue ne sont pas des universaux, des abstraits, mais des essences particulières et déterminées, saisies par une intuition claire et adéquate à son objet. Et la Substance n'est point le fruit tardif d'une longue suite de généralisations ; ce n'est point le dernier universel, le dernier abstrait ; la Substance est saisie par une intuition absolument immédiate , la plus déterminée , la plus distincte, la plus adéquate de toutes.

De là l'importance que donne Spinoza aux définitions, n les entend d'une façon toute platonicienne. La définition d'un objet, dit-il, exprime ce qu'il y a en lui de fondamental^ son essence, son idée.

« Une définition pour être parfaite devra expliquer l'essence intime de la chose, de façon que toutes ses propriétés s'en puissent déduire*.

« Or l'essence intime d'une chose, c'est son rapport à sa cause immédiate. »

Ces passages expliquent, ce nous semble, ia contradiction apparente du nominalisme de Spinoza et de son réalisme. Son nominalisme ne porte^que sur les images confuses des sens, sur cette généralisation bâtarde, ouvrage de l'imagination et du hasard, et qui ne représente que le dernier degré de confusion des choses.

t. Delà Réforme de l'Entendement, tome HI, page 336.

26 INTIIODUCTKW.

Au fond, Spinoza est réaliste pur :

« Il est, dit-il, absolument nécessaire de tirer toutes nos idées des choses physiques, c'est-à-dire des êtres réels, en allant suivant la série des causes d'un être réel à un autre être réel , ^ns passer aux choses abstraites et universelles, ni pour en conclure rien de réel, ni pour les conclure de quelque être réel *. »

Mais de quels êtres physiques parle ici Spinoza ? •

« Par la série des causes et des êtres réels, je n'entends point la série des choses particulières et changeantes, mais seulement la série des choses fixes et étemelles. »

Voici enfin un passage qui unit et éclaircit tout :

« D'où il résulte que ces choses fixes et ét^nellês, quoique particulières, seront pour nous, à cause de leur présence dans tout l'univers et de l'étendue de leur puissance, comme des universaux, c'est-à-dire comme les genres des définitions des choses particulières, et comme les causes immédiates de toutes choses*. »

Voilà les vrais universaux, non pas des abstraction3 logiques, mais des causes, des essences, et comme dit Platon, des idées.

Nous pouvons maintenant nous former une idée àpeu près complète de la méthode de Spinoza: elle consiste, avant tout, à purifier son esprit de tout préjugé, de toute image sensible, à l'éprouver par le raisonnement, qui est comme une préparation et un passage à des fonctions plus hautes, pour parvenir enfin à la contemplation des idées dans toute leur pureté; les idées nous élèveront comme d'elles-mêmes à l'idée de l'objet le plus réel et le plus parfait, savoir, l'Être en soi et par soi. Le philo-

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