Ibid^i page
sophe devra prendre possession de cette idée par une définition exacte, et y rattacher par des liens éfaroits le système entier des idées. C'est alors que Tesprit humain j reproduira dans Tordre de ses conceptions Tordre même des choses, et ({uela science sera épuisée.
Spinoza tient en main Tidée fondaqaentale de sa philosophie, Tidée de TÊtre infini et parfait, et il s'est donné une méthode infaillible à ses yeux pour en tirer la résolution de tous les |^oblèmes. Que lui manque-t-il donc pour se mettre à Tœuvre? rien sans doute; mais le scepticisme Tarréte et lui demande s'il ne craint pas de fonder la science sur une chimère,^ la chimère de TÊtre parfait. Toute sa philosophie va découler d'une idée première;» cgoi Tassure que cette idée est vraie? Or, si elle n'est pas vraie, sa philosophie ne sera (pi'un tissu régulier d'illusions.
n ne faut pas croire que Spinoza s'arrête long-temps: à discuter cette objection. Esprit vigoureux et plein à» sève, ardent à la recherche du vraiy passionné pour lea systèmes, profondément pénétré de la puissance de la raison,. Spinoza ne pouvait avoir pour le scepticisme quede Tindifiérence ou du dédain.
« On ne peut pas parler de science avec un sceptique^ mais seulement d'affaires '. »
« Le véritable rôle d'un sceptique, c'est d'être muet, y
« Entre un sceptique et un automate, où est la différence * î »
Spinoza recherche ensuite très-sérieusement l'origine du scepticisme, et il résout la difficulté qu'il s'est pro-
i. Delà Réforme de l'Entendement, tome III, page 314. 2. /dtd.ypage 315.
posée lui-même avec un bon sens et une profondeur admirables.
Uorigine du doute, c'est Terreur, c'est la contradiction où tombe la raison quand elle ne garde pas l'ordre des idées. On commence par douter des choses qu'on avait admises ; puis, de proche en proche, on en vient à douter de tout, à douter de la raison même.
Mais assigner la cause du doute, c'est donner le moyen de la détruire. L'erreur n'est rien de positif et d'absolu ; elle naît de la confusion de nos idées. « Celui qui commencera par où il faut commencer, sans jamais passer un anneau de la chaîne qui unit les choses, n'aura jamais que des idées claires et distinctes, çt il ne doutera jamais*. »
Je dis que cette solution est très-profonde. Quelle est, en effet, la question entre le scepticisme et le dogmatisme? c'est, dira un sceptique, de savoir si la raison humaine est légitime ou non, problème insoluble pour le dogmatisme. Nullement ; car un sceptique n'est pas un sophiste ; il ne doute pas sans dire pourquoi. Or, qu'est-ce qui conduit un esprit sérieux à douter de la légitimité de la raison? c'est qu'illa croit sujette, à des contradictions nécessaires. Mais s'il est prouvé que la contradiction a sa source, non dans les idées, mais dans le défaut d'ordre dans les idées, en d'autres termes, non dans la raison même, mais dans Thomme qui s'en seri mal, je demande si la racine du doute n'est pas détruite et le problème résolu? Quiconque a des idées claires et distinctes, formant une suite exacte et parfaite où la contradiction n'a pas de place, et cherche quelque chose
i. Delà Réforme de l'Entendement, tome lU, page 312 sqq.
au delà, est un sophiste ou un fou. C'est le cas de dire avec Spinoza : « Il ne faut point chercher des raisons pour les sceptiques , mais des remèdes , des remèdes Jcontre la maladie de Topiniâtreté*. » Spfnoza n'est donc pas ébranlé, mais plutôt confirmé dans sa méthode par les arguments du scepticisme, et il conclut en la rappelant d'un seul trait :
« Notre esprit, pour reproduire une image fidèle de la nature, doit donc déduire toutes ses idées de celle qui représente l'origine et la source de la nature entière, afin qu'elle devienne la source et l'origine de toutes nos idées ^]l