Ibid., Schol. 1 de la Propos. S
d'attributs; car suivant qu'une chose a plus de réalité ou d'être, un plus grand nombre d'attributs lui appartiennent '. L'être de la Substance étant infini, il est donc nécessaire qu'il s'exprime par une infinité d'attributs; autrement les attributs de la Substance tomberaient sous la condition du nombre, du degré, du plus ou du moins, tandis que son être n'y tomberait pas, ce qui est contradictoire.
Nous savons donc de science certaine et par la plus claire intuition que Dieu se développe en une infinité d'attributs qui expriment, chacun à sa manière, l'absolue infinité de son être ; et cependant, chose au premier abord inconcevable, nous n'en connaissons véritablement que deux, savoir, l'Étendue et la Pensée, De sorte qu'après avoir dit : Dieu est, il est l'Étendue, il est la Pensée, notre science positive de Dieu est épuisée. L'homme peut approfondir à l'infini cette triple connaissance, mais il est dans une impuissance éterneUe d'y rien ajouter, et mille générations de philosophes se coûsumeraient en vain pour dépasser d'une ligne ce cercle fatal où nous enferme l'irrévocable condition de notre nature.
Aux esprits superficiels notre science de Dieu parait infiniment plus riche. Nous pouvons dire, en effet, que Dieu possède l'éternité, l'immutabilité, l'activité, la causalité, la puissance, et ainsi de suite. Mais l'éternité de la Substance, c'est son existence elle-même, en tant qu'elle résulte de son essence >; car il est clair qu'une telle existence ne peut s'étendre dans la durée % bien
> i. Éthique, de DieUj Propos. 9.
*. De Dieu, Propos. 19.
3r Ethique, part. 1, Explication de la Défînition 8.
nmioDucTiON. 51
que Ton conçoive la durée sans commencement ni fin *. « Il n*y a, dit Spinoza, que Texistence des modes qui tombe dans la durée; celle de la Substance est dans l'éternité , je veux dire qu'elle consiste dans une possession infinie de l'être [essendi). »
L'immutabilité de la Substance, ce n'est encore que la Substance elle-même, en tant que son existence et son essence sont une seule et même chose; d'où il suit que si la Substance subissait quelque altération dans son existence, elle la subirait aussi dans son essence, ce qui implique ^
L'Activité, la Causalité, la Puissance de Dieu, c'est iout un, et tout cela c'est toujours son essence \ De la iseule nécessité de l'essence divine, il résulte en efiet que Dieu est cause de soi * et de toutes choses '^. Donc la puissance de Dieu, par laquelle toutes choses existent et agissent, est l'essence même de Dieu.
U suit de là que notre science de la nature divine, suivant Spinoza, est contenue tout entière dans ces trois propositions :
Dieu est l'Existence absolue, ou, ce qui est la même cnose, l'Activité ou la Liberté absolues*.
Dieu est l'Étendue absolue.
Dieu est la Pensée absolue.
Ce n'est point chose aisée que de bien entendre Spi-
1 . Sur le rapport de rétemité à la durée, voyez «ne fort belle lettre de Spinoza à Louis Meyer, tome III, page 382 et suiv. — Comp. Plotin, Ennéades, lU, UvreVII.