‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 32 sur 130 · De Dieu, Démonstr. de la Propos · texte numérisé non relu

De Dieu, Démonstr. de la Propos

5. Par la Propos. 5. — Deux substances de même nature, pour Sçvglka».^ ti<t^^ pas moins impossibles que, pour Leibnitz, deux indisceriiabVeft,

Le résultat de cette double démonstration, c'est que Dieu est à la fois étendu et indivisible. Spinoza n'était pas homme à se faire illusion sur cette énorme difficulté (à nos yeux insoluble) de sa doctrine. Mais il faut reconnaître qu'il l'a abordée avec franchise. Tout s'explique, à l'en croire, par la distinction de l'étendue finie, qui est proprement le corps, et de l'étendue infinie, qui seule convient à la nature de Dieu.

Dire que Dieu est étendu, ce n'est pas dire que Dieu ait longueur, largeur et profondeur, et se termine par une figure. Car alors Dieu serait un corps, c'est-à-dire un être fini , ce qui est, suivant Spinoza, l'imagination la plus grossière et la plus absurde qui se puisse concevoir'. Dieu n'est pas telle ou telle étendue divisible et mobile, mais l'Étendue en soi, l'immobile et indivisible Immensité.

L'opinion de Spinoza, par cet endroit, se rapproche beaucoup de la célèbre doctrine de Newton, soutenue par Samuel Clarke, avec un zèle aussi ardent qu'inutile, contre la dialectique accablante de Leibnitz :

Newton disait de Dieu : Non est duratio et spatium^ sea durât et adest , et existendo semper et uhique, spatium et durationem constituit ^ Spinoza eût certainement souscrit à cette formule, et Leibnitz le savait bien, lui qui serrait Clarke de si près sur ce point délicat, et lui montrait du doigt le panthéisme à l'extrémité de sa do^

i. De Dieu, Schol. de la Propos. 15.

2, Newton, Principia, Schol. gêner, sub finem. Voici le morceau tout entier: « Deus œternus est et infinitus, omnipotens et omnisciens; id est, dwratat œtemo in œtemum, et adest ab infinito in infinitum; omma régit et omwe cognoscit, quae fiunt aul fieri possunt. Non est xtemitas vel infinitas ; non esi duratio et spatium, sed durât et adest. Durât semper et adest ubique ; et mm* iendo semper et ubique, durationem et spatium, xtemitatem et infinitatm constituit, I

trine. Quand on donne en effet à l'espace une réalité distincte et absolue, que répondre à Spinoza qui vient vous dire : « L'espace existe, et il est infini. Ce qui est infini est parfait dans son genre ; ce qui est parfait ne peut être que Dieu lui-même ou une manifestation immédiate de sa perfection. »

Mais il est juste et nécessaire de signaler ici, entre Topinion des newtoniens et celle de Spinoza, une différence capitale. Pour Newton l'espace pur, Timmensité, est distincte des corps, non pas d'une distinction tout idéale, mais d'une effective et réelle distinction. Les corps se meuvent dans l'espace ; mais ôtez les corps et leurs mouvements, l'espace demeure. Pour Spinoza, les corps sont les modes de l'étendue infinie, de l'espace pur, de l'immensité divine, peu importe le nom. Ils sont donc distincts de l'Étendue, mais ils n'en sont pas séparés ni séparables. Cette union est si forte que Spinoza dit quelque part : « Qu'un seul corps vienne à être anéanti, l'étendue infinie périt avec lui '. »

Chose singulière I l'Espace et le Temps, qui ont toujours, dans les Écoles philosophiques, subi la même fortune, réduits par Aristote, par Leibnitz , à de simples rapports des êtres, par Kant à des formes de la sensibilité, élevés par les newtoniens et les Écossais au rang de réalités absolues, mais qui toujours, reconnus ou niés, diminués ou agrandis dans le degré et le caractère de leur être, ont partagé un sort commun , l'Espace et le Temps, dis-je, jouent un rôle infiniment différent dans la philosophie de Spinoza.

L'Espace est infini, réel ; il est la substance des corps,

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