‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 31 sur 130 · II · texte numérisé non relu

II

DeFétendue de Dieu.

1 L'Étendue est un attribut de Dieu '; en effet, TÉtendne |est infinie, et ce qui est infini ne peut être que Dieu ou un attribut de Dieu.

L'Étendue est infinie ; car, essayez de tinûter FËtendue, avec quoi la limitez-yous? avec elle-même. En réalité, concevoir l'Étendue limitée, ce n'est plus concevoir l'Étendue, mais un de ses modes, c'est^-dire un corps. L'Étendue réelle, distincte des corps, prise en soi dans sa plénitude et sa perfection, est parfaitemeirt positive, c'est-à-dire sans négation, c'est-àrdire sans limitation.

L'Étendue n'est donc pas un mode, puisque tout mode est fini de sa nature. D'un autre côté l'Étendue, quoique infinie, n'est pas l'Infini, l'Infini absolu; car elle ne contient qu'un genre précis de perfection, et l'Infini absolu les contient tous. L'Étendue est donc une perfection déterminée, cœitenue dans l'absolue Perfection, une infinité relative, qui exprime à sa maaiière l'absolue Infinité, en d'autres termes, un attribut de Dieu.

Nous savons d'ailleurs que les corps, comme tout ce qui est, sont en Dieu et par Dieu \ Mais à quel titre et comment en est-il ainsi? c'est que les corps ne sont pas des substances, mais des modes, lesquels enveloppent le concept de l'étendue. Chaque corps exprime donc <l'une manière finie l'infinité et la perfection de l'Étendue,

2* nl^îîî'''' P*"^. 2, Propos. 1 et î.

qui exprime elle-même, d'une manière relative (quoique infinie), l'absolue perfection de la Substance '.

Entre Dieu, pris en soi, dans la plénitude absolue de son essence, et les corps, pris en eux-mêmes, dans la limitation nécessaire de leur nature, TÉtendue est une sorte d'intermédiaire, infinie relativement aux corps, finie (en tant que détermination de l'Être) relativement à la substance divine. Mais il ne faut pas croire que l'Etendue soit séparée ni même distinguée de la Substance autrement que d'une distinction toute logique. Spinoza dit nettement et résolument que l'étendue infinie, c'est Dieu même, et en termes plus significatifs encore, que Dieu est chose étendue [Dem est res extenso).

Dieu est en même temps indivisible , non-seulement dans le fond de son essence ' non encore manifestée, mais dans toutes les manifestations immédiates de cette essence, dans tous les attributs • qui l'expriment et la développent.

Spinoza donne une simple et belle démonstration de l'indivisibilité divine * : « Si la substance infinie était divisible, les parties qu'on obtiendrait en la divisant retiendraient ou non la nature de la Substance. Dans le premier cas, on aurait plusieurs substances de même nature, ce qui est absurde * (ou même plusieurs dieux, ce qui est plus absurde encore) ; dans le second cas, la Substance, une fois divisée, perdrait sa nature, c'est-àdire cesserait d'être. »

t. De VAme, Démonstr. des Propos. 1 et 2, î. Ethique y part. 1, Propos. 13.

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