De la Réforme de l'Entendement, tome HI, page
rectement les modes de la pensée, ni c«ux de retendue. La cause immédiate d'un mode de la pensée, c'est un mode antérieur, qui a lui-même pour cause immédiate un autre mode antérieur, et ainsi de suite à l'infini. Il en est exactement de même pour les modes de l'étendue. Or, ceci est parfaitement conforme à la doctrine de Leibnitz, où chaque perception d'une monade a sa raison suffisante dans une perception antérieure , et chaque mouvement dans un mouvement antérieur. Ainsi donc, sur tous les points qui viennent d'être signalés, les analogies sont frappantes et incontestables.
On pourrait être tenté de les pousser plus loin encore. Je viens de dire que Spinoza ne pense pas que Dieu agisse immédiatement sur l'âme humaine; l'état de l'âme, à un moment donné, a sa raison dans un état antérieur. Mais il ne faut pas conclure de là que Spinoza refuse absolument toute puissance à l'âme, et toute influence sur sa destinée. L'âme, par cela même qu'elle est un mode de Texistence de Dieu, est aussi un mode de sa puissance ; elle a donc une part d'activité exactement correspondante à sa part d'existence. A ce titre elle agit, elle agit sans cesse, elle agit essentiellement; car sa nature enveloppe nécessairement quelque effet. Il faut en dire autant du corps. Faisant partie de l'existence divine, il fait aussi partie de la divine puissance, et à ce titre il est doué d'une certaine tendance à l'action qui se
développe et s'actualise sans cesse dans le progrès de
ses mouvements.
A regarder les choses de ce côté, Spinoza et Leibnitz
se confondent. Mais cela même nous avertit de ne pu»
oublier les différences profondes, après avoir marqué le» analogies.
de la pensée divine, il entreprend de déduire, toujours à prioriy les lois de notre existence, les principes régulateurs de nos pensées et de nos actes, les conditions de notre destinée'. Sa psychologie découle nécessairement de sa métaphysique; sa logique, sa morale, sa politique, sa religion, découlent nécessairement de sa psychologie, et ce vaste assemblage de spéculations forme une chaîne dont le raisonnement seul lie tous les anneaux.
Mais il faut payer tribut à Texpérience, et elle ne se laisse pas éconduire de la sorte. Spinoza ne veut s'appuyer que sur des définitions et des axiomes ; c*est fort bien, mais voici deux de ses axiomes :
L'homme pense.
Nous sentons un certain corps affecté de plusieurs manières.'.
Ici, la sévérité de la méthode géométrique est en défaut ; car ces axiomes sont des faits, et des faits que Texpérience seule peut fournir.
Forcé de faire à Texpérience sa part, Spinoza la lui fera aussi petite quepossible^ Il ramènera sans cesse les faits à leurs principes premiers, et si quelque débat s'engage entre le raisonnement et l'expérience, entre un fait et une idée pure, c'est l'expérience qui aura tort, c'est le fait qui devra succomber.
1 . Spinoza appelle dédaigoeusemeut la psychologie expérimentale, conçue à la manière de Bacon^ hanc historiolam animœ {Lettres, tome ill^ p. 42 i).