PREMIÈRE PARTIE. - EXPOSITION
C'est une chose étrange que la destinée de la philosophie de Spinoza. Réprouvée parles plus grands esprits du dix-septième siècle, mal connue et presque oubliée au siècle suivant, la voilà qui ressuscite au temps de Lessing, et depuis plus de soixante ans exerce sur TAllemagne et sur l'Europe entière une sorte de fascination.
Dès l'apparition des premiers écrits de Spinoza, les théologiens commencèrent l'attaque, et cela se conçoit. Né juif , Spinoza avait, dès Vâge de vingt ans, dépassé la loi de Moïse', et s'il la respecta toujoursS son âme était incapable de s'y plier. De là cette rupture violente avec la synagogue, et ces haines implacables qui s'attachèrent à toute sa vie. Rentré en possession de sa liberté, Spinoza la voulut garder tout entière. Il aimait sincèrement le christianisme; mais décidé à ne pas choisir entre les diverses Eglises, il devait les avoir toutes contre lui. Cela explique les invectives elles anathèmes qui de tous les points de l'Europe vinrent fondre sur Spinoza, formidable concert d'accusations passion-
1. Vie de Spinoza, par Colerus, dani notre tome II, pages 4,8.