Voyez le Traité Theologico-politique j chap. xtii
nées , où catholiques et protestants , luthériens et calvinistes, gomaristes.et arminiens, les communions les plus opposées, les adversaires les plus implacables, tout s* unit, tout se met d'accord pour accabler Tennemi commun. Partout retentissent les noms d'imposteur, d'athée, d*impie, de renégat. Pour Grœvius*, Spinoza est une peste, son livre un don sinistre de l'enfer. Le docteur Musaeus déclare que Spinoza est un esprit infernal, ambassadeur soudoyé de Satan'. Christian Kortholt badine sur les mots, et trouve dans le nom môme de Yépineux incrédule une source inconnue d'injures*. Après s'être adxarné aux lettres de soBi nom, il ne restait plus qu'à défigurer les traits de son visage. On n'y manqua pas. Des portraits de Spinoza se répandirent, où on l'avait représenté j sinistre et farouche, tenant, comme Némésis, .des serpents dans la main. On écrivait au-dessous de ces portraits des épigraphes comme celles-ci :
^ Benoit de Spinoza, juif et athée,
ou mieux encore :
Benoit de SpinozcL, prince des athées^
'; portant jusque sur son visage les signes de la réprobation^.
Poursuivi par tous les clergés d'Europe, Spinoza trouvera-t-il un asile chez les philosophes ? Il semblerait assez naturel de le croire; car la philosophie alors, c'était le cartésianisme, et Spinoza était cartésien. Point du tout : l'auteur de Y Éthique rencontre chez les carté-
i . George Graevius, in Epiii, ad Nie* Heins. , 24 janyler 1 67tt . — In Burmaïaii sel. epist., tome IV, page 475 .
S. Traci. Tl^eolog. -polit, ad veritatis lumen examtnattm, pages i et à.
3. « Benedictus de Spinoza, quem melius maledictum dixeris, quod spînoia divina « maledictione (Gènes. 3, 17, 18), terra maledictum màgia hominem et cajus monumenta tôt spinis obsita sint, vix unquam tulerit, vir initio Judsug, sed postea... » (Korth. De trib. impost*f page 75). ^ 4. Th. de Murr, Àdnot. ad Tract, f page 7.
IKTEODTJCTION, 3
siens le même accueil que chez les dévots. Malebranche ' ne voit dans le système de Spinoza qu'une épouvantable chimère, et il s'emporte jusqu'à traiter l'auteur de misé^ ; rable. Fénelon, Lami, Poiret, Jacquelot ne sont guère moins sévères. Leibnitz est de tous le plus modéré, peutêtre parce qu'il est plus loin que les autres de Spinoza\ Au XVII* siècle, Spinoza n'eut donc pas un seul partisan, un seul disciple considérable. On ne peut, en effet, compter pour tel ni Lucas S ni Saint-Glain', qui ne sont que des esprits forts, ou, comme on disait alors, des libertins. L'honnéteOldenburg est très-curieux de questions philosophiques ; mais il ne les entend qu'à moitié^. On ne peut prendre au sérieux un esprit aussi bizarre que Jean de Bredenburg, et Louis Meyer *, qui est un autre homme, subtil, pénétrant, manque d'mvention et de fécondité. Abraham Cuffeler a seul de rim**portance®; mais tout cela ne peut constituer une véritable école philosophiq;ue, et Spmoza nous apparaît dans ce coin obscur de la Hollande où il méditait V Éthique^ comme un penseur presque absolument isolé.
Ge n'est point à dire cfu'il n'aii exercé aucune influence; car l'influence philosophique ne se mesure pas
1 . Toutefois^ dans les Essais de Théodicie, il maltraite fort Spinoza : « Celte mawoaise doctrine, propre tou» au ptai- ^ éMowir Uf wUgaïke, cette doc$iinê insoutenable et même extravagante. •
2 . Auteur de l'ouvrage très-rare intiailé': Vie él Esprit dé JT. Bmoit tk Spt« noza, 1719, 108 pages- in-8».
3. Auteur présumé de rinfidèle et grOssi^re ffadaction du fhéologico^olitiqWf publiée tour à touK âous trois, titiws différents. -^ Voyea< notre Notice biblio^rt» phique.
4. Voyez sesl^fres à Spinoza, partioi^èMmeiie lai lettre III. — 01den6ni^ d'ailleurs, tout en aimant sincèrement Spinoza, repousse très-yivement les censée quences de soa système. Voyez la lettre Kt.
j 5. Éditeur de Spinoza, auteur du livre : Philosophia Scripturx interpres, (pd
a été réédité parSemler. Halœ, 1776, in-S**. . t
6. Auteur de deux ouvrages spinozistes : Spécimen artisrat^ûcinartd^natWfialis et
artificialis ad pantosophiae principiamanttducens ^Eambonr^j i^94»^-^P^nêip*
Pantos.,^eil, 2 et part. 3. Hambourg, i6'84.
seulement au nombre et à la qualité des amis, mais aussi au nombre et à la qualité des adversaires. J'ai nommé Malebranche , Fénelon , Leibnitz , tout ce qu41 y avait de plus grand parmi les philosophes. Il faut citei mftinlenant les plus illustres théologiens, Huet ' , Richard Simon % Abbadie^ Ceux-ci regardent peu à \ Éthique; c'est au traité Théologico-politiquey à cette dangereuse et libertine critique &QS> saintes Écritures, qu'ils ont affaire. Bossuet ne veut point se commettre avec Spinoza ; mais il conseille et presse Lami*.
Au xviiie siècle, la scène change, et il semble que tout ce qui avait perdu Spinoza dans un siècle de discipline et de foi va faire sa fortune à une époque d'incrédulité et de hardiesse. Les choses ne se passèrent pourtant point ainsi. Il y a deux hommes dans Spinoza : le libre penseur du Théologico-politique pour qui les prophéties ne sont que des illusions ou des symboles, les miracles des paraboles ou des faits naturels. Moïse un grand politique, Jésus-Christ, une âme sainte et le premier des sages; il y a ensuite le philosophe de \ Éthique, qui décrit la nature de Dieu, explique l'univers, en découvre les premiers ressorts, en dévoile le mécanisme, ôonde toutes les profondeurs, pénètre tous les mystères, n'ignore de rien, ne doute de rien, développe enfin dans l'ordre inflexible des géomètres et sous les formules invariables d'un style algébrique le dogmatisme le plus tranchant, le plus vaste, le plus exclusif qui fut jamais. Le xviii*" siècle comprit et suivit le théologien , ou plutôt l'hérétique dans Spinoza; il dédaigna le métaphysicien.
i . Dans la Démanstration Évangélique»
î. Dans V Histoire critique du Vieux Testament,