‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 17 sur 96 · SES PREMIERES ÉTUDES · texte numérisé non relu

SES PREMIERES ÉTUDES

Spinoza^ fit voir dès son enfance, et encore mieux ensuite daiu sa jeunesse, que la nature ne lui avait pas été ingrate. On reconnut aisément qu'il avait Timagination vive, et l'esprit extrêmement prompt et pénétrant.

1. On lit dans BouUainv., p. 3 [Ré/uUilion des erreur» de Spinoia, etc.) : w Spinoza fit voir dès son enfance , et encore mieux dans sa jeunesse , combien il sTiit. été favorisé de la nature. On reconnut aisément qu'il avait rimagination vive et Vesprit extrêmement pénétrant. On résolut de lui faire apprendre les lettres hébraïques. Cette sorte d'étude, qui est toute la science des Juifs, n'était pas capable de remplir un esprit aussi brillant que le sien. Il n'avait pas quinze ans qu'il formait des difficultés que les plus habiles d'entre les Juifs avaient de la peine à ré* soudre; et quoiqu*une Jeunesse si grande ne soit guère l'Age de disceraeroeBt.il en avait assez pour s'apercevoir que ses doutes embarrassaient le maître; malids peur de l'irriter, il feignait d'être fort satisfait de ses réponses, se conteDtaatés les écrire pour s'en servir en temps et lieu.

n Comme il ne lisait que la Bible, il se rendit bientôt capable de n^avolr ploi beioin d'interprète ; il faisait des réflexions si savantes, qua les rabbins B*y rtfsadaient qu'à la manière des ignorants qui, se voyant A bout, imputent à ceux qai les pressent d'avoir des sentiments peu conformes A la religion. ITii procédé 4 bicarré lui flt comprendre qu'il était inutile de s'informer de la vérité, le pcipii parmi lequel il vivait ne la connaiiisant pas. D'ailleurs, en croire aTeuglémeat ks livres de sa nation, c'est, disait-il, trop aimer les vieilles erreurs. II se résolut door de ne plus consulter que lui-même , main de n'épargner aucua hoIb pour ea Mn la découverte. Il fallait avoir l'esprit vaste et d'une force extraordinaire pov former au-dessous de vingt ans un projet de cette importance. Kn effet, il flt bicatût voir Jusqu'où son esprit et ses réfluxions pouvaient aller; car commeDçaat iMt de nouveau à lire rflcriturc , il se flt jour au travers des nuages derrière lesqatli un lui avait dit que la vérité était cachée.

n Après l'examen de la Bible, il lut et relut le Talmud avec la même esactiteéc; et comme il était versé dans l'intelligence de l'iiébreu , il n'y trouvait riea tfc difflcilc, ni rien au&si qui le satihfit ; mais il était si Judicieux , qu'il laissa reposer •es premières pensées avant que de les approuver. Cependant Morteira, boîniM célèbre entre les juifs, et le moins ignorant de tous les rabbins de son teaps, aémirait la conduite et le g^-nii*. de son disciple; il ne pouvait comprendre qa'as Jeune homme fût si mod<'Ste avec tant de pénétration. Pour le connaître A lieê, il l'éprouva en toute manière , et avoua depuis qu'il ne troaTaii rien à redire isst en ses mcrurs qu'en la beauté de &on esprit.

n L'approbation de Morteira augmentant la bonne opinion que Von avait de ws diidple , ne lui donnait point de vanité; tout Jeune qu'il était, par une ptmémn avancée, il faibait peu de fonds sur l'amitié et sur les louanges des hommes.

n D'ailleurs il puraîMait que l'amour de la vérité était si fort sa passion donnante, qu'il ne voyait presque personne; mais quelque préenation qu'il pift. ils* trouva une de ces rencontres où l'on ne peut honnêtement se refuser aux ksMSM- Entre les plus ardents A lier commerce avec lui , deux Jeunes bonunet qei sséi- -•aient ses amis particuliers , le conjurèrent de Icnr dire see HrliMblm sseli—sîi Ut lui représentèrent que , <iuels qu'ils fussent , il n'avait iks 4 craiaén éê b«

PAR COLERUS. S

Gomme il avait beaucoup d'envie de bien apprendre la langue latine, on lui donna d'abord pour mettre un Allemand. Pour se perfectionner ensuite dans cette langue , il se servit du fameux François Van den Ende, qui la montrait alors à Amsterdam, et y exerçait en même temps la profession de ntêdecin. Cet homme enseignait avec beaucoup de succès et de réputation ; de sorte que les plus riches marchands de la ville lui confièrent Tinstruction de

part, lear curiosité n'ayant pour but que de s'éclaircir de leurs doutes. Le Jeune disciple, étonné d'an discours si peu attendu, fut quelque temps sans leur répondre; mais se toyant pressé, il leur dit en riant qu'ils avaient Moïse et les propli^ tes, qui étaient vrais Israélites, et qu'ils avaient décidé de tout ; qu'ils les suivissent sans scrupule s'ils étaient véritablement Israélites, u A les en croire, repartit TU de ces Jeunes hommes, Je ne vois point qu'il y ait d'être immatériel ; Dieu n'a pu de corps , ni l'âme n'est point immortelle , ni les anges ne sont pas des substances réelles. Que vous en semble! continua-t-il, en «'adressant à Spinoza. Dieu a-t*il un corpst Y a-t-il des anges? L'âme est-elle immortelle! — J'avoue, dit le diieiple, que, ne trouvant rien d'immatériel ni d'incorporel dans la Bible, il n'y a nul inconvénient de croire que Dieu soit un corps : d'autant plm qae Dieu étant grand [Pi. 46, 2), ainsi que parle le prophète, il est impossible de comprendre une grandeur sans étendue, et par conséquent qui ne soit un corpi. Pour les esprits, il est certain que l'Écriture ne dit point que ce soient des substances réelles et permanentes , mais de simples fantômes , nommés anges parce qae Dieu s'en sert pour déclarer sa volonté : de telle sorte que les anges et toute aatre sorte d'esprits ne sont invisibles qu'à raison de leur matière subiile et diaphane , qui ne peut être vue que comme on voit les fantômes dans un miroir , eu asage, ou dans la nuit, de même que Jacob vit dans le sommeil une échelle où den sages montaient et descendaient. C'est pourquoi nous ne lisons point que les Juifs aient excommunié les Radducéens pour n'avoir point cru d'anges, à cause que l'Éeritnre ne dit rien de leur création. Pour ce qui est de l'âme, partout où l'Écriture ea parle, ce mot d'âme se prend simplement pour exprimer la vie, ou pour tout ce qui est vivant. Il serait inutile de chercher de quoi appuyer son immortalité : pour le contraire , il y est visible en cent endroits, et il n'est rien de plus aisé que de le prouver; mais ce n'est ici ni le lien ni le temps d'en parler. — Le peu que vous <a dites, répliqua l'un des deux amis, pourrait convaincre des personnes moins udrates que nous, mais ce n'est pas assez pour satisfaire vos amis, à qui il faut qaelqae chose de plus solide. Joint que la matière est trop importante pour n'éire qa'efflenrée. Nous ne vous en quittons pour le présent qu'à condition de la reprendre une autre fois.— Spinoza, qui ne cherchait qu'à rompre la conversation , leur promit tout ce qu'ils voulurent; mais dans la suite il évita toutes les occa- <ons où ils tâchaient delà renouer, et, se ressouvenant que la curiosité de l'homme a rarement bonne intention, il étudia la conduite de ses amis, où il trouva tant à isdire, qu'il rompit avec eux et ne voulut plus leur parler. Ses amis s'étant aperças du dessein qu'il avait formé, se contentaient d'en murmurer entre eux , pendant qu'ils crurent que c'était pour les éprouver ; mais se voyant hurs d'espérance de le pouvoir fléchir, ils Jurèrent de s'en venger; et pour le faire plus sûrement , Us commencèrent par le décrier dans l'esprit du peuple, et dire qu'ils s'abusaient de croire que ce Jeune homme dût devenir un des soutiens de la syna$;oguc ; qu'il y avait plus d'apparence qu'il en serait le destructeur, n'ayant que haine et que mépris pour la loi de Moïse ; qu'ils l'avaient fréquenté sur le témoignage de Mor-

leurs enfants avant qu'on eût reconnu qu'il montrait à ses disciples autre chose que le latin. Car on découvrit enfin qu'il répandait dans l'esprit de ces jeunes gens les premières semences de 1*87 théisme. C'est un fait que je pourrais prouver, s'il en était besoin, par le témoignage de plusieurs gens d'honneur qui vivent encore , et dont quelques-uns ont rempli la charge d'ancien dans notre église d'Amsterdam , et en ont fait les fonctions avec édification. Ces bonnes âmes ne se lassent point de bénir la mémoire de leun parents qui les ont arrachés encore à temps de l'école de Satao en les tirant des mains d'un maître si pernicieux et si impie.

teira, mais qu'ayant reconnu que c'était un impie, et que le rabbin s'abusait d'ea avoir bonne id^e, son abord leur faisait horreur.

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