‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 27 sur 96 · DE LA DERNIERE MALADIE DE SPINOZA ET DE SA MORT · texte numérisé non relu

DE LA DERNIERE MALADIE DE SPINOZA ET DE SA MORT

On a fait tant de différents rapports et si peu véritables touchant la mort de Spinoza, qu'il est surprenant que des gens éclairés se soient mis en frais d'en informer le public sur des ouï-dire , sans auparavant s'être mieux instruit eux-mêmes de ce qu'ils débitaient. On trouve un échantillon des faussetés qu'ils avancent sur ce sujet

PAE COLEHS. 4&

àaas le Menagiana. iiii|nBK a Aiiiai uni ■« '*Ho. ii .auietir s'e^iprime ainsi :

r J'ai oiu-dire que âfÉMoa ^^lai rnatt ie a peur «^u il a^ait I) eue d'être mis a îa BÉttiiie. Il eta« "«*m -w Franof aitin* ^mr 4 deux personnes (ie iimiîté 'im aTaxai -»vie ie le voir. M. ^ie « Pomponne en fat averti: et cxmmt •: est m ntunstre fort zèle » pi}ur la reiigioii il ne josea pas a proDO» >ie soadhr SfNAuia i*ii a France, ou il était caobie de faire bien m iésunir» . et puur j l'en empêcher il résoiat île le faire mectre a !a Bastille SfiuK/^d . B qui en eut ari». ye sauva en bâtait lie conieiier : nuiis ,«* (i«r ^iiû rand» pas cette dernière ciroxHtaDce. *Zi lui e^ «rvruiin •?««( «^k* » bien, des persomie» qui Tom va m'>»i Jàèupï -{u '.l -^it p^ct j» jaunâtre, qu'il avait qnekpie i^ioge de noir -ians la po><»ii.itoMMjr. » et qii il portait ânr son viàa<^ on caractère 'ie r^^pp.'JSiLii.**. «

Tout ceci n'est qu'un tissu de fables et de mefiist.Q^««« car il «<«i certain que âpinoza n a êlè de sa vie en Fraoi:^. ^ 4Ui«|u« Jrt personne» de distinction aient tâché de Ty attxrvr, onmir il « àumr à ses hâtes, il les a cependant bien assuré» en ni^tr Wu\\*t 1)11 il n'espérait pas d'avoir ianiai& assez peu de ju^neni imur fairt: tiii*telle folie. On jugera aisément aussi pur cv que je diriti ii-u|»ri' -> qu'il n'est nullement véritable (|u'ii soit nK>rt de |ieur. l'uui ni effet je rapporterai les circoostances de sa mort auiia (mil util f: . ii n'avancerai rien sans preuve; ce que je éuiâ vn ûlul it exi i.iiii:i d'autant plus aisément que c'est ici ù La llu\e qu il cal iiujii et enterré.

Spinoza était d'une constitution très-faibU; , inulsuiu . uiui^u* . et attaqué de phthisie depuis plus de vingt ans; < e qui l ubli^cuii a vivre de régime, et à être extrêmement sobre eu dou boiu* et ci. son manger. Cependant, ni son hôte, ni ceujL du lo^is ne «.iuva.ciir pas que sa fin fût si proche, même peu de lempé asaut que lu iu<.ii le surprit, et n'en avaient pas la moindre peuace t.ai L- 11 i vrier, qui fut alors le samedi devant les joui? ;iiu.- . s^ai w/.i- '■■ . femme furent entendre la prédication qu'on luit lian.- t.'/i« < ^ pour disposer un chacun à recevoir la commuiiion q.n .•> ck.ui.l.. . le lendemain selon une coutume établie paiciii liour L !.'/,• •-. retourné au logis après le sernK>n, à quatic licmc- '. . • . Spinoza descendit de sa cliambre en bas, el eut a.< < . i .1

que Spinoza avait ordonné qu'immédiatement après sa mort od eût à envoyer à Amsterdam, à Jean Rieuwertzen, imprimeur delà ville, son pupitre où ses lettres et papiers étaient enfermés; ce que Van der Spyck ne manqua pas d'exécuter, selon la volonté de Spinoza. Et Jean Rieuwertzen, par sa réponse au sieur Van der Spyàk, datée d'Amsterdam, du 25 mars 4677, reconnaît avoir reçu le pupitre en question. Il ajoute sur la fin de sa lettre que « des parenli A de Spinoza voudraient bien savoir à qui il avait été adressé, parce » qu'ils s'imaginaient qu'il était plein d'argent, et qu'ils ne man- » queraient pas de s'en informer aux bateliers à qui il avait été » confié; mais, dit-il, si Ton ne tient pas à La Haye registre àm » paquets qu'on envoie ici par le bateau , je ne vois pas commeaA » ils pourront être éclaircis, et il vaut mieux en effet qu'ils n'en sa» » chent rien , » etc. Et c'est par ces mots qu'il finit sa lettre , par laquelle on voit clairement à qui on a l'obligation d'une productioa si abominable.

Des personnes savantes ont déjà suffisamment découvert les impiétés contenues dans ces Œuvres posthumes, et averti en mène temps tout le monde de s'en donner garde. Je n'ajouterai que peu de chose à ce qu'ils ont écrit. Le traité de morale commence par des définitions ou descriptions de la divinité. Qui ne croirait d'abord, à un si beau début, que c'est un philosophe chrétien qui parle? Toutes ces définitions sont belles, particulièrement la sixième, où Spinoza dit que a Dieu est un être infini; c'est-à-dire une sub- DStance qui renferme en soi-même une infinité d'attributs, dont » chacun représente et exprime une essence éternelle et infinie. > Mais quand on examine de plus près ses sentiments, on trouve que le Dieu de Spinoza n'est qu'un fantôme, un Dieu imaginaire, qui n'est rien moins que Dieu. Ainsi c'est à ce philosophe qu'on peut bien appliquer ce que l'apôtre dit des impies, tit. 4, 46 : a Os (bol «profession de reconnaître un Dieu par leurs discours, mais ik »le renient par leurs œuvres. » Ce que David dit des impies, psaume 1 i , 4 , lui convient bien encore : a L'insensé dit en son » cœur qu'il n'y a point de Dieu. » Quoi qu'en ait dit Spinoza, ceil là véritablement ce qu'il pense. Il se donne la liberté d'emplofer le nom de Dieu et de le prendre dans un sens inconnu à tout ce qu'il y a jamais eu de chrétiens. C'est ce qu'il avoue lui-même dvf

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88 vingt et UBième lettre à M. Oldenbourg : a Je reconnais, dit-il,

> que j'ai de Dieu et de la nature une idée bien différente de ce

> que les chrétien^ nuxlemes veulent en établir. » J'estime que Dieu est le principe et la cause de toutes choses, immanente et non pas passagère ( Dewn, renun omnium causam immanentemj non vero transeuntem, êtatuo). Et pour appuyer son sentiment, il se sert de G8B paroles de saint Paul, quil détourne en son sens : « Cest en »Dieu que nous avons la vie, le mouvement et Tètre. » Act. 47, 28.

Pour comprendre sa pensée , il faut considérer qu'une cause pasiogère est celle dont les productions sont extérieures et hors d'ellemôme , comme quelqu'un qui jette une pierre en l'air ou un charpentier qui bâtit une maison ; au lieu qu'une cause immatiente agit intérieurement et s'arrête en elle-même sans en sortir aucunement. Ainsi , quand notre âme pense ou désire quelque chose , elle est et s'arrête dans cette pensée ou désir sans en sortir, et elle en est la cause immanente. C'est de cette manière que le Dieu de Spinoza est la cause de cet univers, où il est, et n'est point au delà. Mais cxMnme l'univers a des bornes, il s'ensuivrait que Dieu est un être borné et fini. Et quoiqu'il dise de Dieu qu'il est infini et qu'il renferme une infinité de propriétés, il faut bien qu'il se joue des termes d'étemel et d'infini, puisque par ces mots il no peut entendre un être qui a subsisté par soi-même avant tous les temps et avaul qu'aucun autre être eût été créé ; mais il appelle infini ce à quoi l'entendement humain ne peut trouver de fin ni de bornes ; car les productions de Dieu , selon lui , sont en si grand nombre , que l'homme, avec toute la force de son esprit, n'y en saurait concevoir. Elles sont d'ailleurs si bien afi'ermies, si solides et si bien liées l'une à l'autre , qu'elles dureront éternellement.

11 assure pourtant, dans sa vingt et unième lettre, que ceux-là avaient tort qui lui imputaient de dire que Dieu et la matière où Dieu agit ne sont qu'une seule et môme chose. Mais enfin il ne peut s'empêcher d'avouer que la matière est quelque chose d'essentiel à la divinité, qui n'est et n'agit que dans la matière, c'est-à-dire dans l'univers. Le Dieu de Spinoza n'est donc autre chose que la nature , infinie à la vérité , mais pourtant corporelle et matérielle , prise en général et avec toutes ses modifications. Car il suppose qu'il y a en Dieu deux propriétés éternelles, cogitatio et ext&imo,

la pensée et l'étendue. Par la première de ces propriétés, Dieu est. contenu dans Tunivers; par la seconde il est Tupivers lui-même: les deux jointes ensemble font ce qu'il appelle Dieu.

Autant que j'ai pu comprendre les sentiments de Spinoza, voici sur quoi roule la dispute qu'il y a entre nous qui sommes chrétiens et lui, savoir : si le Dieu véritable est une substance étemelle, différente et distincte de l'univers et de toute la nature; et si, par un acte de volonté entièrement libre , il a tiré du néant le monde et toutes les créatures, ou si l'univers et tous les êtres qu'il renferme appartiennent essentiellement à la nature de Dieu, considéré comme une substance dont la pensée et l'étendue sont infinies. C'est cette dernière proposition que Spinoza soutient. On peut consulter V Anti- Spinoza de L. Vittichius, pag. 48 et suiv. Ainsi il avoue bien que Dieu est la cause généralement de toutes choses; mais il prétend que Dieu les a produites nécessairement, sans liberté , sans dioii et sans consulter son bon plaisir. Pareillement, tout ce qui arrive au monde, bien ou mal, vertu ou crime, péché ou bonnes œuvres, part de lui nécessairement; et par conséquent il ne doit y avoir ni jugement, ni punition, ni résurrection, ni salut, ni damnation; car autrement ce Dieu imaginaire punirait et récompenserait son proprp ouvrage, comme un enfant fait sa poupée. N'est-ce pas là le plus pernicieux athéisme qui ait jamais paru au monde? C'est aussi ce qui donne occasion à M. Burmannus, ministre des réformés à Koihuise , de nommer à juste titre Spinoza le plus impie athée qui ait jamais vu le jour.

Ce n'a pas été mon dessein d'examiner ici toutes les impiétés et les absurdités de Spinoza; jeu ai rap(K>rté quelques-unes, et uic suis attaché à ce qu'il y a de plus capital, seulement dans la vue d'inspirer au lecteur chrétien l'aversion et l'horreur qu'il doit a\oir d'une doctrine si pernicieuse. Je ne dois cependant pas oublier de dire qu'il est visible que dans la seconde partie de son traité de morale il ne fait qu'un seul et même être de l'àme et du corps, dont les propriétés sont, comme il les exprime, celle de penser et celle d'être étendue, car c'est ainsi qu'il s'explique à la page 40 : « Quand » je parle de corps, je n'entends autre chose qu'une nnodalité qui » exprime l'essence de Dieu d'une manière certaine et précise, eo » tant qu'il est considéré comme une chose étendue « (Par œrpm

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intelligo modum, qui Dei essentiam , qiiaienus ut res extensa consideratur, certo et determinato modo exprimit). Mais, à l'égard de l'âme qui est et qui agit dans le corps , ce n*est qu'un autre mode ou manière d'être que la nature produit ou qui se manifeste soimême par la pensée ; ce n*est point un esprit ou une substance particulière , non plus que le corps, mais une modalité qui exprime Tessence de Dieu, en tant qu'il se manifeste, agit et opère par la pensée. A-t-on jamais ouï de pareilles abominations parmi des chrétiens! De cette manière, Dieu ne saurait punir ni Tâme ni le corps, à moins que de vouloir se punir et se détruire lui-même. Sur la fin de sa vingt-unième lettre , il renverse le grand mystère de Piété, comme il est marqué dans la 4»*« Épit. à Tim,, ch. 3, v. i6, en soutenant que Tincarnation du fils de Dieu n'est autre chose que la sagesse éternelle, qui, s'étant montrée généralement en toutes choses, et particulièrement en nos cœurs et en nos âmes, s'est enfin manifestée d'une manière tout extraordinaire en Jésus-Christ. Il dit, un peu plus bas, qu'il est vrai que quelques églises ajoutent à cela que Dieu s'est fait homme; « mais, dit-il, j'ai marqué po- » sitivement que je ne connais rien à ce qu'ils veulent dire » ( Quod quœdam ecclesiœ his addunt , quod Deus naturam humanam assumpserit, monui expresse me quid dicant nescire, etc.). « Et cela,

> dit-il encore, me paraît aussi étrange que si quelqu'un avançait

> qu'un cercle a pris la nature d'un triangle ou d'un carré. » Ce qui lui donne occasion, sur la fin de sa vingt-troisième lettre, d'expliquer le célèbre passage de saint Jean, le Verbe s'est fait chair, ch. 4 , V. 4 4, par une façon de parler familière aux Orientaux , et de le tourner ainsi : Dieu s'est manifesté en Jésus-Christ d'une manière toute particulière.

Dans mon sermon, j'ai expliqué simplement et en peu de paroles comment, dans ses vingt- troisième et vingt-quatrième lettres , il tâche d'anéantir le mystère de la résurrection de Jésus-Christ , qui est une doctrine capitale parmi nous, et le fondement de nos espérances et de notre consolation. Je ne dois pas m'arrèter plus longtemps à rapporter les autres impiétés qu'il enseigne.

QUm^UBS ÉCRITS DB SPINOZA QUI n'ONT POINT ÉTÉ mpEIMéS.

Celui qui a eu soin de publier les Œuvres posthumes de Spinoza compte parmi les écrits de cet auteur qui n*oat point été imprimés, un Traité de Vlris ou de Varc-en-cid. Je connais ici, i La Haye, des personnes distinguées qui ont vu et lu cet ouvrage, mais qui n'ont pas conseillé à Spinoza de le donner au public; oe qui peut être lui fit de la peine et Iç fit résoudre â jeter cet écrit au feu six mois avant sa mort, comme les gens du logis où il deipeurait m*en ont informé. Il avait encore commencé une traduction du Vieux Testament en flamand, sur quoi il avait souvent conféré avec des personnes savantes dans les langues , et s'était informé des explications que les chrétiens donnaient à divers passages. Il y avait déjà long-temps qu'il avait achevé les cinq livres de Moïse, quand, peu de jours avant sa mort, il jeta tout cet ouvrage au feu dans sa chambre.

PLTJSIBCmS AtJTBUnS MÈPUTBNT SBS (HTVRAGBS.

Ses ouvrages ont à peine été publiés que Dieu, en mèoie temps, a suscité à sa gloire, et pour la défense de la religion chrétieaiit, divers champions qui les ont combattus avec tout le succès qulb en devaient espérer. Le docteur Théoph. Spttvielios, dans som livre qui a pour titre Infetix litterator, en nomme deux : savoir, Fraoçois Kuyper de Roterdam, dont le livre, imprimé à RotardiB en 4676, est intitulé Arcana atheismi revelata, etc.» fc» MftÊint profonds de F athéisme découverts ; le second est Régnier de Mansyeld, professeur à Utrecht, qui, dès Tannée 467i, fit impriaer dans la même ville un écrit sur le même sujet

L'année suivante, à savoir 4675, on vit sortir de deMons la presse d'Isaec Naeranus, sous le titre &Bnerv€Uio TrmcUtim ikeshgico-politici, une réfotation de ce Traité de Spinoia mmpoièi pir Jean Bredenbourg, dont le père avait été ancien de régUse luthérienne à Roterdam. Le sieur George-Matbias Kœnig, dans sa Bibliothèque d'Auteurs anciens et modernes, a trouvé à propos de nommer

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