Voyez les Notée âe Spinoza^ note
lui enseignent l'usage qu'elle doit faire de la vie , nous pouvons dire que rame humaine considérée en elle-même est la première cause de la révélation divine; car, ainsi que nous l'avons déjà remarqué , tout ce que nous concevons clairement et distinctement , c'est l'idée de Dieu , c'est la nature qui nous le révèle et nous le dicte, non par des paroles, mais d'une façon bien plus excellente et parfaitement convenable à la nature de notre âme : j'en appelle sur ce point à l'expérience de tous ceux qui ont goûté la certitude de l'entendement. Mais comme mon principal objet est de traiter exclusivement de ce qui concerne l'Écriture, je ne pousserai pas plus loin le peu que je viens de dire touchant la lumière naturelle; et je passe immédiatement à l'examen des autres causes ou moyens dont Dieu se sert pour révéler aux hommes ce qui excède les limites de la connaissance naturelle et aussi ce qui ne les excède pas , car rien n'empêche que Dieu ne communique aux hommes par d'autres moyens ce qu'ils peuvent connaître par les lumières de la nature.
Or il faut remarquer avant tout qu'on ne peut rien dire sur cette matière qui ne soit tiré de la seule Écriture. Que dire en effet sur des choses qui surpassent notre entendement, si ce n'est ce qui est sorti de la bouche des prophètes ou ce qui est consigné dans leurs écrits? Et comme aujourd'hui nous n'avons plus, que je sache, de prophètes , il ne nous reste évidemment qu'à examiner les livres sacrés que les anciens prophètes nous ont laissés ; avec cette condition de prudence, toutefois, que nous n'établirons rien en pareille matière et n'attribuerons rien aux prophètes qui ne résulte avec clarté de leurs propres déclarations.
Une observation essentielle qu'il faut faire d'abord, c'est que les Juifs ne font jamais mention des causes moyennes ou particulières. Par religion, par piété, ou, comme on dit, par dévotion, ils recourent toujours à Dieu. Le gain qu'ifs font dans leur commerce est un présent de Dieu ; s'ils éprouvent un désir, c'est Dieu qui y dispose leur cœur; s'ils conçoivent une idée, c'est Dieu qui leur a parlé. Patr conséquent , il ne faut point croire qu'il y ait prophétie ou connaissance surnaturelle toutes les fois que l'Écriture dit que Dieu ) parlé ; il faut que le fait de la révélation divine y soit marqué 3xpre8sément, ou qu'il résulte des circonstances du réci^t
Il suffit de parcourir les livres sacrés pour reconnaître que toutes les révélations de Dieu aux prophètes se sont accomplies ou par paroles ou par figures , ou par ces deux moyens à la fols ; et cm moyens étaletit, ou réels et placés hors de l'imagination du prophète, qui voyait les figures ou entendait les paroles; ou bien imaginaires, l'Imagination du prophète étant disposée de IHIe sorte qu'il lui semblât entendre des paroles articulées ou voir des signes.
La voix dont Dieu se servit pour révéler à Moïse les lois qu'il Voulait donner aux Hébreux était une voix véritable; cela résulle des paroles de l'Exode (chap. xxv, vers 2î) : Et tu me trouverai là, et je te parlerai de V endroit qui est entre lee deux chérubin$, (> qui prouve bien que Dieu parlait à Moïse d'une voix véritable; puisque Moïse * trouvait Dieu prêt à lui parler, partout où il voulait l'entendre. Du reste, je prouverai tout à l'heure que cette voit, par qui la loi fut révélée, est la seule qui ait été une vois réelle.
Je serais porté à croire que la voix dont Dieu se servit pour appeler Samuel était véritable, par ces paroles (chap. m, dernier ver- Set] : Df>ti apparut encore à Samuel en Shilo, s*étaHt manifesté à Samuel en Shilo par sa parole. Ce qui semble dire que l'apparition de Dieu à Samuel no fut autre chose que la manifestation de Dieu par la parole; en d'autres termes, que Samuel entendit Dieu qui lui parlait. Mais, comme il faut de toute nécessité metN*e une différence entre la prophétie do Muïsc et celle des autres prophi*tes, il faut nécessairement aussi admettre que la voix qu'entendit Samuel était une voix imaginaire, surtout si l'on considère qu'elle ressemblait à la voix (l'iléli que Samuel entendait tous les Jours, et qui était par conséquent plus propre à frapper son Imagination ; car Dieu l'ayant appelé par trois fois, il crut toujours que c'était Héti. Abimcicch entendit aussi une voix, mais qui n'était qu'Imaginaire; solon ce qui est marqué dans la Genèse (chap. xx, vers. 6) : £( Dieu lui dit en nonge, etc. Ce ne fut donc |)as pendant la veille qu'il put se représenter la volonté de Dieu , mais pendant le sommeil ; c'est-à-dire à ce moment où notre imagination est plus disposée que jamais à se représenter comme réel ce qui ne Test point.