Voyez lei Xotft de Spinoza, note
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Quant aux parples du Décalogue, c'est le seuiimeot de quelques juifs que Dieu ne les prononça pas efifectivemenl ; mais que ce fut pendant un bruit confus où aucune parole n'était articulée que les Israélites conçurent ces lois par la seule force de leur esprit. A voir la différence du Décalogue de TExode et de celui du Deutéronome , Dieu n'ay^ant parlé qu'une fois, j'ai cru quelque temps avec eux que le Décalogue ne oontient pas les propres paroles de Dieu, mais seu-» lement un ensemble de préceptes. Mais, a moins de violenter le sens de l'Écriture , il faut tomber d'accord que les Israélites entendirent une voix articulée et véritable ; car il est dit expressément (Deutéron.y cbap. v, vers. 4) : Dieu vous a parlé face à face, etc.; comme deux hommes se communiquent leurs pensées par Tinter-^ médiaire de leurs corps. Il semble donc bien plus conforme au sens de l'Écriture de penser que Dieu créa une voix corporelle par l'entremise de laquelle il révéla le Décalogue. On fera voir du reste , au chapitre viii de ce traité, pourquoi les paroles et les pensées de l'un de ces Décalogues et celles de Tautre diffèrent entre elles. Mais la difficulté ne disparait pas tout entière ; car, enfin, il n'est pas médiocrement contraire à la raison de penser qu'une chose créée, et qui a avec Pieu le même rapport que toute autre chose, puisse exprimer, ou en réalité ou par des paroles, Tessence ou l'existence de Dieu , et représenter Dieu en personne en disant : Je suis Jehova ton Dieu, etc. Sans doute, quand la bouche de quelqu'un prononce ces |>aroles : J'ai compris, nul ne s'imagine que c'est la bouche de celui qui parle qui a compris, mais bien son âme. Mais, comme la bouche de celui qui parle est rapportée à sa nature , dont elle fait partie , et que la personne a qui il s adresse avait auparavant com-^ pris la nature de l'entendement, il lui est facile de comprendre la pensée de celui qui parle, en songeant que c'est un homme comme lui. Mais je ne comprends pas que des hommes qui ne connaissaient abfidument rien de Dieu que son nom, et désiraient lui parler afin d'être certains de son existence, aient pu trouver la satisfaction de leur voeu dans une créature qui prononça ces mots : Je suis Dieu ; puisque cette créature n'avait pas avec Dieu un plus intime rapport que toutes les autres, et ne représentait point sa nature. En vérité, je le demande , si Di^ avait disposé les lèvres de Moïse , que dis-> je de Moïse » d'un animal quelconque , de façon qu'il eût prononcé
ces mots : Je suis Dieu, cela aurait-il fait comprendre aux Israélites l'existence de Dieu ?
D*un autre côté, TËcriture parait bien affirmer d'une manière expresse que Dieu lui-même parla aux Hébreux : puisqu'il ne descendit du ciel sur le Sinaï que pour cela ; et que non-seulement les Hébreux l'entendirent parler, mais les principaux do la nation purent le voir {Exode, chap. 24). Car il faut remarquer que la loi qui fut révélée à Moïse, cette loi à laquelle on ne pouvait rien ajouter, ni rien ôter, et qui était comme le droit de la pairie , n'enseigne en aucun endroit que Dieu soit incorporel, sans figure, et qu'on ne puisse le représenter par une image ; mais seulement qu'il y a un Dieu , qu'il faut y croire , et n'adorer que lui ; et c'est seulement pour que le culte de Dieu ne fût point abandonné que la loi défendit de s'en former et d'en façonner aucune image. Car les Juib n'ayant jamais vu d'image de Dieu, n'en pouvaient façonner aucuM qui fût ressemblante ; elle aurait été nécessairement copiée sur quelque créature : et tandis qu'ils auraient adoré Dieu sous cette fausse image, leur pensée aurait été occupée de cette créature et non pas de Dieu, de sorte que c'est à elle qu'ils auraient rendu les hommages et le culte qui ne sont dus qu'à Dieu. Mais, en réalité, rËcriluredit clairement que Dieu a une fi.^ure , puisqu'elle dit que Moïse, au moment où il entendait parler Dieu, regarda sa figure, et, sans être assez heureux pour la voir, en aperçut toutefois les parties postérieures. Je suis donc convaincu que ce récit cache quelque mystère ; et je me réserve d'en parler plus bas avec étendue, quand j'exposerai les passages de l'Ëcrilure qui marquent les moyens dont Dieu s'est servi pour révéler aux hommes ses décrels.
Que la révélation ne se soit faite que par des images, c'est ce qai est évident par le premier livre des Paralipomènes, chap. 2i, où Dieu manifeste sa colère à David par un ange qui tient une épée à la main. 11 en arrive autant à Balaam. Et, bien que Maimonides se soit imaginé avec quelques autres que cette histoire, et toutes celles où il est parlé de l'apparition des anges , comme celle de Manoa, d Abraham, qui croyait immoler son fils, etc., sont des récits de songes, parce qu'il est impossible de voir un ange les yeux ouverts, cette explication n'est qu'un bavardage de gens qui veulent trouver bon gré mal gré dans l'Écriture les billevesées d'An»-
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X)te et leurs propres rêveries; ce qui est bien , selon moi^ la chose iu inonde la plus ridicule.
C'est par des images sans réalité, et qui ne dépendaient que de l'imagination du prophète, que Dieu révéla à Joseph sa future grandeur.
Cest par des images et par des paroles que Dieu révéla à Josué qu'il combattrait pour les Hébreux, en lui montrant un ange Tépée à la main, et comme à la tête de son armée ; ce qu'il lui avait déjà fait connaître par des paroles que Josué avait entendues de la bouche de l'ange. Ce fut aussi par des figures qu'Isaïe connut (ainsi qu'on en trouve le récit au chap. vi) que la providence de Dieu abandonnait le peuple; savoir : en se représentant le Dieu trois fois saint sur un trône fort élevé , et les Israélites noyés à une grande profondeur dans un déluge d'iniquités, et souillés de la fange de leurs crimes. Voilà ce qui lui fît comprendre le misérable état où se trouvait alors le peuple, et ses calamités futures lui furent révélées de la sorte , comme si Dieu avait parlé. Je pourrais citer beaucoup d'exemples de cette nature, si je ne pensais qu'ils sont sufiSsamment connus de tout le monde.
Mais la confîrmation la plus claire de ce que j'ai avancé se trouve dans un texte des Nombres (chap. xii, vers. 6, 7 et 8) qui porte : S'il est parmi vous quelque prophète de Dieu, je me révélerai à lui m vision (c'eslrà-dire par des figures et des hiéroglyphes, puisqu'il est dit de la prophétie de Moïse que c'est une vision sans hiéroglyphes), je lui. parlerai en songe (c'est-à-dire sans paroles réelles, sans voix véritable). Mais je nagis point ainsi avec Moïse; je lui parle bouche à bouche, et non par énigmes; et il voit la face de Dieu. En d'autres termes , Moïse me voit et s'entretient avec moi sans épouvante, et comme avec un égal, ainsi qu'on peut voir dans VÉxode (chap. xxxiii, vers. 17). Il n'y a donc pas le moindre doute que les autres prophètes n'ont jamais entendu de véritable voix, ce qui est confirmé encore par lo Deutéronome (chap. xxxiv, vers. 40) : Jamais prophète ne s'est rencontré (liltéi'alement, levé) en Israël, que Dieu ait connu face à face, comme Moïse; ce qui doit s'entendre non de la face, mais seulement de la voix, puisque Moïse lui-môme ne vit jamais la face de Dieu {Exode, ihap. xxxiii).
Je ne vois point dans l'Écriture que Dieu se soit servi d'autres moyens que de ceux-là pour se communiquer aux hommes, et par conséquent il n'en faut imaginer ni admettre aucun autre. Et bien qu'il soit aisé de comprendre que Dieu se puisse communiquer immédiatement aux hommes, puisque sans aucun inlermédiaire corporel il communique son essence à notre âme, il est vrai Néanmoins qu'un homme, pour comprendre par la seule foroe de son âme des vérités qui ne sont point contenues dans les preoûers priodpes de la connaissance humaine et n'en peuvent être déduilei, devrait posséder une àme bien supérieure à la nôtre et bien plus excellente. Aussi je ne crois pas que personne ait jamais atteint ce degré .éminent de perfection, hormis Jésus-Christ, à qui furent révélas immédiatement, sans paroles et sans visions, ces décreli de Dieu qui mènent l'homme au salut. Dieu se manifesta donc aux apôtres par l'àme de Jésus-Christ, comme il avait fait à Moïse par une VOIX aérienne ; et c'est pourquoi l'on peut dire que la voix du Christ, comme la voix qu'entendait Moïse, était la \oix de Dieu. On peut dire aussi dans ce même sens que la sagesse de Dieu, j'entends une sagesse plus qu'humaine, s'est revêtue de notre nature dans la personne de Jésus-Oirist, et que Jésus-Christ a été la voie du salut.
Je dois avertir ici que je ne prétends ni soutenir ni rejeter k4 sentiments de certaines Églises touchant Jésus-Christ; car j'avoue franchement que je ne les comprends pas ^ Tout ce que j*ai souteou jusqu à ce moment, je l'ai tiré de l'Ëcriture elle-même; car je n'ai lu en aucun endroit que Dieu ait ap()aru à Jésus-Clirist ou qu'il lui ait parlé, mais bien que Dieu s'est manifesté par Jéaua-Cbri«i aux apôtres et qu'il est la voie du salut, et enfin que Dieu ne donna pas l'ancienne loi immédiatement, mais par le ministère d'un ange , etc. Do sorte que si Moïse s^entretenait avec Dieu fao* à face, comme un homme avec son égal (c'est-à-dire par rinlermèdiuire de deux corps] , c'est d'ame à àme que Jésus-Chrisi conmuniquait avc*c Dieu.
Je dis donc ({ue |H;rsonne , hormis Jésus-Christ , n'a nça des
1. S|iinosa n'cxprimv plub ouvertement encore dans une lettre 4 01^iik«ff|m Sun mÎHUx nbnurde mihi f'tqui vident ht quam tiquië mihidieerel, f iiatf cirva/w naluratn qumlruti induerit. >< (Voyez Lettres de Sjtinoxa, Lettre V.l
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révélations divines que par le secours de Timagination, c*est-àdire par le moyen de paroles ou d'images ; et qu'ainsi , pour prophétiser, il n'était pas besoin de posséder une âme plus parfaite que celle des autres hommes, mais seulement une imagination plus vive, ainsi que je le montrerai plus clairement encore dans le chapitre suivant. Il 8*agit maintenant d'examiner ce que les saintes lettres entendent par ces mots : l'Esprit de Dieu descendu dans les prophètes, les prophètes parleront selon l'Esprit de Dieu. » Pour cela, nous devons premièrement rechercher ce que signifie le mot hébreu ruagh, que le vulgaire interprète par le mot esprit.
Dans le sens naturel, le mot Ruagh signifie, comme on sait, vent, et bien qu'il ait plusieurs autres significations, toutes se ramènent à celle-là; car il se prend pour signifier : 4^ le souffle, comme dans le psaume cxxxi, vers. 4 7 : a Aussi il ny a point d'esprit dans leur bouche. » 2^ La respiration, comme dans Samud (I, chap. XXX, vers \%) : a Et Vesprit lui revint, » c'est-à-dire il respira. 3^ Le courage et les forces, comme dans Josué (chap. ii, vers. 2] : « Et aucun homme ne conserva Vesprit, » De même dans Ezéchiel (chap. ii, vers. 2) : n Et Vesprit me revint (c'est-à-dire la force), et me fit tenir ferme sur mes pieds, » 4° La vertu et l'aptitude, comme dans Job (chap. xxxii, vers. 9) : a Et certes Vesprit êst dans tous les hommes, » c'est-à-dire il ne faut pas cherdier exclusivement la science dans les vieillards, car je trouve qu'elle dépend de la vertu et de la capacité particulière de chaque homme. De même dans les Nombres (chap. xxviii, vers. 48) ; « Cet homme en qui est Vesprit, » S** L'intention de Tâme, comme dans les Nombres (chap. xiv, vers. 34) ; a Parce qu'il a eu un autre eaprit, n> c'est-à-dire une autre pensée, une autre intention. De même dans les Proverbes (chap. i, vers. 23) : « Je vous dirai mon esprit, » c'est-à-dire mon intention. Il se prend encore dans ce même sens pour signifier la volonté, le dessein, l'appétit, le mouvement de l'âme, comme dans Ezéchiel (chap. i, vers. 12) : a Ils allaient où ils avaient Vesprit (c'est-à-dire la volonté) d'aller, » De même dans Isaïe (chap. xxx, vers. ^) : « Et vos entreprises ne viennent point de mon esprit. « Et plus haut (chap. xxix, vers. 10) : a Parc-e que Dieu a répandu sur eux Vesprit (c'est-à-dire le désir) de dormir. » Et dans les Juges (chap. viii, vers 3) : a Et alors leur
esprit (c'est-à-dire le mouvement de leur âme) fut adouci» » De même dans les Proverbes (cbap. xvi, vers. 311) : « Ceiui qui dompte son esprit (e'est-à-dire son appétit] vaut mieux que e^ui qui prend une ville, » Et plus haut (chap. xxv, vers, tî) : « Homme qui ne réprime point son esprit, » Et dans Isaïe (chap. xxxiii, vers. 44) : a Votre esprit est un feu qui vous consume, » Enfin, ce mot ruaghf en tant qu'il signifie Tâme , sert à exprimer toutes lei passions de Tâme et aussi toutes ses qualités, comme : eeprit haut pour signifier l'orgueil, esprit bas pour l'humilité, eeprit mauvais pour la haine et la mélancolie, esprit bon pour la douceur. On dit encore : un esprit de jalousie j un esprit (c'est-à-dire un appétit] de fornication, un esprit de sagesse, de conseil, de force, c'est-à-dire un esprit sage , prudent , fort ( car nous nous servons en béfareii de substantifs plutôt que d'adjectifs), une vertu de sagesse, de conseil, de force. On dit encore : un esprit de bienveillance. G* Ce mot signifie encore l'âme, comme dans VEcclésiaste (III, vers. 4 9) : « Lesprit (c'est-à-dire l'âme) est le même en tous les hommee, et feeprit retourne à Dieu, » 7^^ Enfin, les parties du monde (à cause des veots qui soufilent de divers côtés), et aussi les parties d'une chose quelconque relatives à c^sdifférentes ré};ions. (Voy. Ézéchiel, eh. xxxvii, vers. 9; ch. xlii, vers. 46, 47, 48, 19, etc.)
Remarquons maintenant qu'une chose se rapporte à Dieu et nt dite chose de Dieu : \^ quand elle appartient à la nature de Dieo et en est comme une partie , comme la puissance de Dieu , If» yeux de Dieu. — 2"" Quand elle est en la puissance de Dieu, et agit suivant ses volontés. C'est ainsi que les cieux sont appelés le§ deux de Dieu , parce qu'ils sont le char et la demeure de Dieu. Dans le môme sens, l'Assyrie est appelée fléau de Dieu, et Nabochodonosor le serviteur de Dieu, etc. — 3<> Quand elle est consacrée à Dieu, comme le temple de Dieu, le Nazaréen de Dieu, le pain dt Dieu, etc. — 4® Quand elle nous est révélée par les prophètes, et non par la lumière naturelle. C'est ainsi que la loi de Moïse e»t appelée loi de Dieu. — 5® Quand on veut exprimer d'une chose le plui haut degré d'excellence, comme les montagnes de Dieu,c^ à -dire de très-hautes montagnes; un sommeil de Dieu, c* dire très-profond; et c'est dans ce sens qu'il faut entendre A (chap. IV, vers. 44) quand il met dans la bouche de Dieu e$ laa-
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gage : « Je vom ai détruits^ comme la destruction de Dieu (a détruit) Sodome et Gomorrhe; » destruction de Dieu marque ici une mémorable destruction ; car puisque c'est Dieu qul^ parle , cela ne peut s'entendre autrement. La science naturelle de Salomon est aussi appelée science de Dieu , c*est-^-dire science divine , science extraordinaire. Les Psaumes parlent aussi des cèdres de Dieu pour en exprimer la prodigieuse hauteur. Dans Samuel (chap. xi, vers. 7), pour signifier une crainte extrême, il est dit : a Et une crainte de Dieu tomba sur le peuple. » Cest ainsi que les Juifs rapportaient à Dieu tout ce qui passait leur portée , tout ce dont ils ignoraient alors les causes naturelles. Ils appelaient la tempête un discours menaçant de Dieu; les tonnerres, les éclairs étaient les flèches de Dieu, car ils s'imaginaient que Dieu tient les vents enfermés dans des cavernes qu'ils appelaient les trésors de Dieu ; ne différant en cela des païens qu'en ce point, qu'au lieu d'Ëole c'est Dieu qui est le maître des vents. C'est encore pour cette raison que les miracles sont appelés ouvrages de Dieu; ce qui veut dire des choses très-merveilleuses, puisque toutes les choses naturelles sont des ouvrages de Dieu , et n'existent et ne se développent que par la seule puissance de Dieu. Un doit donc prendre dans ce sens le Psalmiste quand il appelle les miracles d'Egypte des effets de la puissance de Dieu ; ce qui veut dire que les Hébreux , qui ne s'attendaient à rien de semblable, ayant trouvé dans les plus extrêmes périls un moyen de salut, en furent frappés d'étonnement.
Arnsi donc , puisque ce sont les ouvrages extraordinaires de la nature que l'on appelle ouvrages de Dieu , et que les arbres d'une hauteur prodigieuse sont nommés arbres de Dieu , il ne faut point s'étonner que dans la Genèse les hommes d'une grande force, d'une grande stature soient appelés fils de Dieu, quoique impies du reste, ravisseurs et libertins. C'est donc une coutume antique , non- seulement des Juifs, mais aussi des païens, do rapporter à Dieu tout ce qui donne à un objet un caractère d'excellence et de supériorité. Aussi nous lisons que Pharaon, dès qu'il eut entendu Tinterprétation du songe qu'il avait fait, dit à Joseph que l'esprit des dieux était en lui. Nabuchodonosor en dit autant à Daniel. Rien de plus fréquent chez les Latins, qui disaient d'un ouvrage fait avec art : Cela est fait de main divine. Ce qu'il faudrait traduire ainsi en
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hébreu (comme tous les hébraisants le savent fort bien) : Cela êtf fait de la main de Dieu,
On voit donc qu'il est aisé de comprendre et d'interpréter lei passages de rÉcriture où il est question de l'esprit de Dieu. Car Vesprit de Dieu, V esprit de Jéhova ne signifient en certains endroits rien autre chose qu'un vent très-violent, très-sec, un vent funeste; ainsi dans Isate (chap. xl, vers. 1) : ^ Et un e$prit de Jékotê souffla sur lui, » c'est-à-dire un vent sec et funeste; et dans la Genèse (chap. i , vers, i) : «i Et le vent de Dieu ( c'est-à-dire us vent très-violent) souffla sur les eaux. » — Es|)nt signifie encore ui grand courage. Ainsi le courage de Gédéon, celui de Samaon soot appelés, dans les saintes lettres, esprit de Dieu, c'est-à-dire corar intrépide et prêt à tout. C'est encore dans ce sens qu'une vertu m une force extraordinaire , de quelque espèce qu'elle soit , est ap» pelée esprit ou vertu de Dieu, comme dans VEscode (chap. xxxi, vers. S) : m Et je le remplirai (Beizaléel) d'un esprit de Dieu, i c'est-à-dire, ainsi que TÉcriture elle-même l'explique, d'une intelligence et d'une adresse au-dessus du commun. De Dfième, dans Isate (chap. xi, vers. 2) : « Et V esprit de Dieu reposera sur lui, ■ c'est-à-dire, suivant l'usage de l'Écriture et les explications que donne Isaïe lui-même un peu plus loin, un esprit de sagesse, de conseil, de force, etc. — De même, la mélancolie de Saiil est appelée mauvais esprit de Dieu , c'est-à-dire une mélancolie trè^ profonde; car les serviteurs de Saiil , qui appelaient sa mélancolie une mélancolie de Dieu, furent justement ceux qui lui conseillèrfrot de faire venir un musicien qui le pût distraire en jouant de la lyre; ce qui prouve bien que par mélancolie de Dieu ils entendaient une mélancolie naturelle. — Enfin l'esprit de Dieu signifie rame on l'intelligence de l'homme , comme dans Job (chap. xxxvii , vers. 3) : a Et Vesprit de Dieu était dans mes narines , » faisant allusioa à ce qui est écrit dans la Genèse, savoir : qde Dieu souffla an narines de l'homme une âme vivante. Ainsi Ézéchiel, prophéliiaal aux morts, leur dit (chap. xxxvii, vers. H) : « Je voum diitmerm mon esprit , et vous vivrez , » c'est-à-dire je vous rendrai la vie. C'est dans ce sens qu'il faut entendre Job (chap. xxxiv, yers. 14) : tt Quand il voudra (Dieu), t7 retirera à soi son etprH H nm soufe • ( c'ei^-à-dire la vie qu'il nous a donnée) ; et la Gemém (chap. n.
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vors. S : t M(m eqm'f né rationnera plus (ou ne gouvero^ra plus) dam l'homme y parce qu*H est cfcair, » c*e^à-dire, Hiomme dè« sonna» oe se gouvernera plus que par leA instincts de la chair, et non par les décisions de la raison que je lui ai donnée pour discerner le bien du mal. De même, dans les Psaumes (ps. li, vers. 411» 43) : « Créez en moi un cœur pur, 6 Dieu, et renouvelez en moi un esprit droit ( c'est^à-Klire une volonté bien ré^ée ); neme rejetez pas ih t^otre présence , et ne m'Ôtez pas l'esprit de votre sainteté. » On croyait alors que les péchés avaient pour cause unique la chair , Tesprit ne conseillant jamais que le bien ; c*est pour cela que le Psalmisle invoque le secours de Dieu contre les appétits de la chair, et prie oe Dieu saint de lui conserver seulement l'âme qu'il lui à donnée. On remarquera aussi que l'Écriture représentant d'ordinaire Dieu à l'image de l'homme, et lui attribuant une âme, un esprit, des passions, et en môme temps un corps et un souffle, tout cela pour se proportionner à la grossièreté du vulgaire, VEsprit de Dieu est souvent pris dans les livres sacrés pour Tâmc de Dieu , pour son esprit , ses passions, sa force , le souffle de sa bouche. Amsi nous lisons dans Isaie (chap. xl, vers. 4 3) : a Qui a disposé Vesprit de Di*u? » c'est-à-dire son âme; ce qui signiBe : Qui a pu déier^ miner l'âme de Dieu , si ce n'est Dieu lui-même , à vouloir ce qu'il veut? et dans le chap. lxiii , vers. 1 0 : « £t ils ont accablé d'amer»' iume et de tristesse Vesprit de sa sainteté. » Voilà pourquoi Eftprit de Dieu se prend ordinairement pour loi de Moïse, laquelle en effet expnme la volonté de Dieu. Ainsi on lit dans Isaie (même chap., vers. 44) : a Ouest celui qui a mis au milieu d'eux V esprit de Iti sainteté ? » c'est-à-dire la loi de Moïse , comme cela résulte de toute la suite du discours; et dans Néhémias (chap. ix, vers. 20) : « Et vo%iS leur avez donné votre bon esprit pour les rendre intelligents. » Le prophète parle ici du temps de la Loi, et fait allusion à ces paroles de Moïse dans le Deutéronome (chap. iv, vers. 6) : « Parce qu'elle est (la Loi) votre science, votre prudence, » etc. De môme dans le psaume cxuii, vers. 44 : « Votre bon esprit me conduira dans un pays uni; » c'est-à-dire, votre volonté qui nous a été révélée nous conduira dans une voie droite. Esprit de Dieu signifie aussi, comme on Ta déjà dit, le souffle de Dieu, lequel est attribué à Dieu dans le même sens grossier qui lui fait attribuer
4iiif ftorfCoiv une àme , une inlelligeiice, un corps, comme dans le psaume wxut^ vers. 6. Esprit de Dieu se prend ensuite pour la puissance, la force, la vertu de Dieu, comme dans Job (chap. xxxiu, vers. 4) : « L esprit de Dieu m* a fait, » c*estrà-dire sa vertu, sa puissance, ou, si vous aimez mieux, sa volonté. Car le Psalmiste dit aussi, dans son langage poétique, que les deux ont été faits par Tordre de Dieu , et que toute l'armée des astres est l'ouvrage de son esprit ou du souffle de sa bouche (c*estrà-dire de sa volonté, exprimée en quelque sorte par un souffle). De môme, dans le psaume cxxxix, vers. 7, il est dit : « Où irai-je (pour être) kon de ton esprit ? Où fuirai-je (pour être) hors de ta présence ? » c'està-dire, d*après la suite même du discours où le Psalmîste développe cette pensée, où puis-je aller pour échapper à ta volonté et à la présence? — Enfm, Esprit de Dieu s'emploie dans les livres saints pour exprimer les affections de Dieu, sa bonté, sa miséricorde, comme dans Michée (chap. ii, vers.?): « L'e^prt/ de Dteu (c'est-à-dire sa miséricorde) a^t^l diminué , et ces pensées cruelles sonUelles son ouvrage?» De même, dans Zoc^arie (chap. 4, vers. 7) : tA^ofi|Nir une armée , non par la force ^ mais par mon seul esprit , » c'est-à-dire par la miséricorde de Dieu. C*est aussi dans ce sens que je croiit qu*il faut entendre le même prophète (chap. vu, vers. 42) : « £t ih ont usé de ruse dans leur cœur pour ne pas obéir à la loi et aui ordres que Dieu leur a donnés dans son esprit (c'est-à-dire dans sa miséricorde) par la bouche des premiers prophètes. » J'entends aou^ de la même f»con Haggée (chap. ii, vers. 5) : a Et mon esprit (c'està-dire ma grAce) demeure parmi vous. Cessez de craindre. • Quant au passage û'isaïe (chap. xlyiii, vers. 46) : « Et maintenant le Seigneur Dieu et son esprit m'ont envoyé j » on peut entendre Tâme. la miséricorde do Dieu , ou sa volonté révélée par la loi ; car il dit : « Dés le commencement (c'est-à-dire dès que je suis venu vers vous pour vous annoncer la colère do Dieu et la sentence qu'il a portée contre vous) je n'ai point parlé en termes obscurs; aussitéi quelle a été (prononci^e), je suis venu (ainsi qu'il l'a témoigné au chap. vu ; mais maintenant je suis un messager de joie, et la miséricorde de Dieu m'envoie vers vous pour célébrer votre délivrance, • On peut aussi entendre, je le répète, la volonté de Dieu révélée par la Ijih, ''*eslpàHiire que le pro|)hète est venu les avertir suivant l'ordre de
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la Loi, exprimé dans le Lévitique, au chap. xix, vers. 17. Il les avertit donc dans les mômes conditions et de la même manière que faisait ordinairement Moïse. Et enfin il termine, comme Moïse, en leur prédisant leur délivrance. Toutefois la première explication me semble plus d'accord avec TÉcriture.
Pour en revenir enfin à notre objet , on voit par toute la discussion qui précède, ce qu'il faut entendre par ces phrases dç l^riture : V Esprit de Dieu a été donné aux prophètes; Dieu a répandu son Esprit sur les hommes; les hommes sont remplis de r Esprit de Dieu, du Saint-Esprit. Elles ne signifient rien autre chose sinon que les prophètes se distinguaient par une vertu singulière et au-dessus du commun; qu'ils pratiquaient la vertu avec une constance supérieure ; enfin qu'ils percevaient l'âme, ou la volonté, ou les desseins de Dieu. Nous avons montré en effet que cet Esprit, en hébreu , signifie aussi bien l'âme elle-même que les desseins de l'âme; et c'est pour cela que la Loi, qui exprime les desseins de Dieu , est appelée l'esprit ou l'âme de Dieu. L'imagination des prophètes , en tant que les décrets de Dieu se révélaient par elle , pouvait donc être appelée au même titre l'âme de Dieu; et les prophètes, dans ce sens, avaient l'âme de Dieu. Mais quoique l'âme de Dieu et ses éternels desseins soient gravés aussi dans notre âme, et que nous percevions en ce sens l'âme de Dieu (pour parler comme l'Ëcrilure) ; cependant, comme la connaissance naturelle est commune à tous les hommes, elle a moins de prix à leurs yeux, ainsi que nous l'avons déjà expliqué; surtout aux yeux des Hébreux, qui se vantaient d'être au-dessus du reste des mortels, et méprisaient, en conséquence , les autres hommes et la science qui leur était commune avec eux. Enfin, les prophètes passaient pour avoir l'esprit de Dieu, parce que les hommes, dans l'ignorance des causes de la connaissance prophétique, avaient une grande admiration pour elle, et, la rapportant à Dieu lui-même , comme ils font toutes les choses extraordinaires, lui donnaient le nom de connaissance divine.
Nous pouvons donc maintenant dire sans scrupule que les prophètes ne connaissaient ce qui leur était révélé par Dieu qu'au moyen de l'imagination, c'est-à-dire par l'intermédiaire de paroles ou d'images, vraies ou fantastiques. Ne trouvant en effet dans TÉcriture que ces moyens de révélation, nous n'avons pas le droit
èf TRAITE
d'en supposer aucun autre. Mainlenant , par quelle loi de la na-* iure ces révélations se sont-elles accomplies? j'avoue que je l'ignore. Je pourrais dire, comme beaucoup d'autres, que tout s'est fait par la volonté de Dieu ; mais j'aurais l'air de parler pour ne rien dire. Car ce serait comme si je voulais expliquer la nature d'une chose particulière par quelque terme transcendental. Tout a été fait par la puissance de Dieu ; et comme la puissance de la nature n*est rien autre que la puissance même de Dieu *, il s'ensuit qoe nous ne connaissons point la puissance de Dieu, en tant que nom ignorons les causes naturelles des choses. Il y a donc une groastère absurdité à recourir à la puissance de Dieu quand nous ignorons la cause naturelle d'une chose, c'est-à-dire la puissance de Dieu elle-même. Mais il n'est pas nécessaire pour notre dessein d'assigner la cause de la connaissance prophétique ; car nous avons expressément averti que nous nous bornerions ici à examiner les principes renfermés dans l'Écriture, afin d'en tirer, comme nous ferions de données naturelles, certaines conséquences, sans rechercher d'ailleurs d'où sont venus ces principes, ce qui ne nous intéresse en rien.
Ainsi donc, puisque les prophètes ont perçu par l'imagination les révélations divines, il en résulte que leur faculté perceptive s'étendait bien au delà des limites de l'entendement; car avec deit paroles et des images il est possible de former un plus grand nombre d'idées qu'avec les principes et les notions sur lesquels toute notre connaissance naturelle est assise.
On voit en outre clairement pourquoi les prophètes ont toujoor» perçu et enseigné toutes choses par paraboles et d*une manière énigmalique, et exprimé corporellement les choses spirituelles: tout cela convenant à merveille à la nature de l'imagination. Nou» ne nous étonnerons plus maintenant que l'Écriture et left prophètes parlent en termes si impropres et si obscurs de l'esprit ou de Tàme de Dieu , comme dans les Nombres, chap. xi, vers. 47, et le premier livre des Hois, chap. xxri, vers. 2., etc.; que Michéenous représente Dieu assis, que Daniel nous le peigne comme on vieillard couvert de blancs vêtements, Ézéchiel comme un feu ; enfin que les personnes qui entouraient le Christ aient vu le Saint-E^t
1. Ethique, part. 1. Bchol. de la P.opo». XV: Propos. XVIII, XXV, XXVI. XXIX, rtc.
THÉOLOGICO-POLITIQ UE . Il
la forme d'une colombe, les Apôtres comme des langues de feu , et Paul, au moment de sa conversion, comme une grande flamme; tout cela s'accorde en effet parfaitement avec les images vulgaires qu'on se forme de Dieu et des esprits. D*un autre côté, Timaginalion étant volage et inconstante, le don de prophétie ne restait pas attaché constamment aux prophètes; ce don n'était donc pas commun , mais très-rare , je veux dire accordé à trèspeu d'hommes , et dans ceux-là même , s'exerçant très-rarement. Or, puisqu'il en est ainsi, nous devons rechercher maintenant d'où a pu venir aux prophètes la certitude qu'ils avaient touchant des cba::es qu'ils percevaient, non par des principes certains, mais par l'imagination. Et tout ce qui peut être dit à ce sujet, il ne faut le demander qu'à l'Écriture elle-même , puisque nous n'avons de ces objets, je le répète, aucune science vraie ^ et ne pouvons les expliquer par leurs premières causes. Cherchons donc ce qu'a(>prend TÉcriture sur la certitude des prophètes ; c'est le sujet du chapitre suivant.