‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 39 sur 96 · Voyez Ethique, part. 1, Propos. XXXriI et les deux Scbol · texte numérisé non relu

Voyez Ethique, part. 1, Propos. XXXriI et les deux Scbol

8. Voyez Ethique, part. 2, Propos. VF, XLVIII, XLIX ,et le Schol. de ftiU dernière Propos.

dans quel sens il est dit que la nation hébraïque a été élue de Dieu de préférence à toutes les autres.

Pour cela, je pose en principe que les objets que nous pouvons désirer honnêtement se rapportent à ces trois fondamentaux : connaître les choses par leurs causes premières, dompter nos passions ou acquérir l'habitude de la vertu, vivre en sécurité et en bonne santé. Les moyens qui servent directement à obtenir les deux premiers biens, et qui en peuvent être considérés comme les causes prochaines et efiQcientes, sont contenus dans la nature humaine, de telle sorte que Tacquisition de ces biens dépend principalement de notre seule puissance, je veux dire des seules lois de la nature humaine; et par cette raison il est clair que ces biens ne sont propres à aucune nation, mais qu'ils sont communs à tout le genre humain, à moins qu'on ne s'imagine que la nature a produit autrefois différentes espèces d'hommes. Mais pour ce qui est des moyens de vivre avec sécurité et de conserver la santé du corps, ils sont surtout dans la nature extérieure, parce qu'ils dépendent surtout de la direction des causes secondes, que nous ignorons; de façon que par cet endroit l'homme sage et l'insensé sont également heureux ou malheureux. Toutefois la conduite de l'homme et sa vigilance peuvent aider beaucoup à la sécurité de la vie, et préserver l'humme des atteintes de ses semblables et aussi de colles des bêtes. Or, le moyen le plus certain que nous indiquent la raison et Texpérience, c'est de former une société fondée sur des lois, et de s'établir dans une région déterminée où toutes les forces individuelles se réunissent comme en un seul corps. Et certes il ne faut pas peu de génie et de vigilance pour former et maintenir une société. C'est pourquoi elle offrira d'autant plus de sécurité, et sera d'autant plus durable et d'autant moins sujette aux coups de la fortune, qu'elle sera fondée et dirigée par des hommes plus sages et plus vigilants; tandis qu'une société établie par des hommes d'un grossier génie dépend de la fortune par tous les endroits et n'a aucune solidité. Si elle dure long-temps, elle le doit non à elle-même mais à une autre puissance; si elle surmonte de grands périls et si tout lui réussit heureusement, il lui est impossible de ne pas admirer, de ne pas adorer la puissance de Dieu (je parle ici de Dieu, en tant qu'il agit par des causes extérieures cachées, et non par la nature humaine et par l'âme); puis-

qu'enfin ce qui lui arrive est inattendu et va au delà de ses espérances , et par conséquent peut fort bien passer pour un miracle. Les nations ne se distinguent donc les unes des autres que par le genre de société qui unit les citoyens et par les lois sous lesquelles ils vivent. Si donc la nation hébraïque a été élue par Dieu, ce n'est pas qu'elle se soit distinguée des autres par l'intelligence ou par la tranquillité de l'âme, mais bien par une certaine forme de société et par la fortune qu'elle a eue de faire de nombreuses conquêtes et de les conserver pendant une longue suite d'années. C'est ce qui résulte très-clairement de l'Écriture elle-même. Il suffit d'y jeter les yeux pour voir que les Hébreux n'ont surpassé les autres nations que par l'heureux succès de leurs affaires en tout ce qui touche la vie, les grands dangers qu'ils ont surmontés, tout cela par le secours extérieur de Dieu ; mais pour tout le reste, ils ont été égaux à tous les peuples de l'univers, et Dieu s'est montré pour tous égulement propice. Il est certain, en effets que sous le rapport de l'entendement, ils n'ont eu, comme on l'a fait voir dans le chapitre précèdent , que des idées très-vulgaires sur Dieu et la nature ; ce n'est donc point par cet endroit qu'ils ont été le peuple élu. Ce n'a pas été non plus par la vertu et la pratique de la vie véritable, car ils n ont pas surpassé de ce côté, sauf un très-petit nombre d'élus, le reste des peuples. Leur caractère de peuple choisi de Dieu et leur vocation viennent donc seulement de l'heureux succès temporel de leur empire et des avantages matériels dont ils ont joui, et nous ne voyons pas que Dieu ait promis autre chose aux patriarches ou à leurs successeurs *. Dans la loi elle-même on ne trouve d'autre prix promis à l'obéissance que la continuation de la prospérité de l'empire et les autres avantages de ce genre; et toute la punition de leur entêtement, de leur désobéissance au pacte fondamental, c'est la ruine de Tompire et les plus grands malheurs , mais temporels. Il ne faut point en être surpris ; car la fin de toute société, de tout gouvernement, c'est la sécurité et la commodité de la vie (je crois l'avoir déjà fait comprendre, mais je le prouverai plus clairement encore dans la suite de ce traité). Or l'État ne peut se maintenir que par dos lois auxquelles tout citoyen soit tenu d'obéir; et si votis sup-

l. Yoyc» If» Notei de Spinoza, note r>.

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