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posez que les membres d*une société se dégagent des liens de la loi, la société est dissoute, et Tordre détruit. Tout ce qui a pu être promis aux Hébreux comme prix de leur constante obéissance aux lois, c'est donc la sécurité * et les autres avantages de la vie ; et comme punition de leur endurcissement au mal, c'est la ruine de leur empire et les maux qui en sont les suites, sans parler des fléaux particuliers dont ils devaient être accablés par suite de leur dispersion; mais ce n'est pas encore le moment de traiter à fond cette matière. Je me bornerai donc à ajouter que les lois du vieux Testament n'ont été révélées ni établies que pour les Juifs; car Dieu ne les ayant élus que pour former une société particulière et un empire, il fallait nécessairement qu'ils eussent des lois particulières. Quant aux autres nations, je ne suis pas bien certain que Dieu leur ait aussi donné des lois particulières, ni qu'il se soit manifesté à leurs législateurs comme aux prophètes des Hébreux , je veux dire sous les mêmes attributs avec lesquels ceux-<;i se le re-^ présentaient: mais je sais que l'Écriture enseigne que ces nations avaient aussi un empire et des lois qu'elles avaient reçues du secours externe de Dieu: qu'il me suffise, pour le prouver^ de citer deux passages des livres saints. On lit dans la Genèse (chap. xiv, vers. 48,49, 20) que Malkitsedek fut roi de Jérusalem et pontife du Dieu très-haut , qu'il bénit Abraham par le droit que lui donnait le pontificat (Nombres, chap. vi, vers. 23), et enfin qu'Abraham, chéri de Dieu, paya à ce pontife de Dieu la dîme de tout son butin; par où l'on voit que Dieu, avant la fondation du peuple d'Israël, avait établi des rois et des pontifes dans la ville de Jéru-» salem, auxquels il avait donné des rites et des lois. Les donna-t-il d'une façon prophétique, c'est, je le répète, ce dont je ne suis pas certain. Je suis porté à croire cependant qu'Abraham , tant qu'il vécut dans cette contrée, observa religieusement les lois; car, bien qu'il ne paraisse pas que Dieu lui en ait donné de particulières, il est dit [Genèse, chap. xxvi, vers. 5) qu'il garda les préceptes, le culte, les institutions et les lois de Dieu ; ce qui doit sans doute s'entendre des préceptes, du culte, des institutions et des lois du roi Maltkisedek. Pour le second passage, qu'on lise les
1, Voyez les Notes de Spinoza, note 6.
reproches que Malachias adresse aux Juifs (chap. i, vers. 40, II] ; «Qut d* entre vous ferme les portes (du temple] de pêur que Von ns mette en vain le feu sur mon autel? Je ne me complais pas en vous, etc. ; car depuis le soleil levant jusqu'au couchant, mon nom est grand parmi les nations, et l'on m'offre partout des parfums et de pures oblations; car mon nom est grand parmi les nations, dit le Dieu des armées, ^yOr, ces paroles ne pouvant s^expliquer qu*au présent, à inoins qu'on ne veuille en torturer le sens, il s'ensuit que les Juifs n'étaient pas plu^ chers à Dieu en ce temps-là que les autres nations ; que Dieu se manifestait à celles-ci par plus de miracles qu'aux Juifs, qui avaient déjà conquis une partie de leur royaume avant d'en avoir vu un seul, enfin qu'elles avaient des rites et des cérémonies qui les rendaient agréables à Dieu. Mais je ne veux point m'étendre davantage sur ce sujet ; qu'il me suffise, pour le but que je me propose, d'avoir montré que l'élection des Juifs ne concernait que les avantages temporels du corps et la liberté, c'esi-à-dire leur empire, les moyens qu'ils employèrent pour l'établir et les lois qui étaient nécessaires à cet établissement ; d'avoir expliqué coromenl ces lois leur furent révélées; enfin d'avoir prouvé que sur tout la reste et en tout ce qui touche à la véritable félicité de Thomme , les Juifs n'ont eu aucun avantage sur les autres peuples. Lors donc qu'il est dit dans TÊcriture (Deutéron.y chap. iv, vers. 7] qu'aucune nation n'a ses dieux si prés de soi que les Juifs, cela ne se doit entendre que de l'empire juif et des miracles si nombreux qui arrivèrent à cette époque, puisque, sous le rapport de l'entendement et de la vertu ou de la béatitude, nous venons de voir que Dieu est également propice à tous les hommes. Nous l'avons prouvé par la raison ; en voici la confirmation par TËcriture ( psaume cxlv, vers. 1 8] : « Dieu est près de tous ceux gui V invoquent, de tous ceux qui r invoquent en vérité. » El dans un aul re endroit du même psaume (vers. 9) : vDieu est bon pour tous les hommes, et sa miséricorde éclate dans tous ses ouvray^.» Dans un autre psaume (xxxiii, vers. I) il est dit clairement que Dieu a donné à tous les hommes le même entendement : « Dieu qui forme leur cœur d'une même manière, • Or le cœur était chez les Hébreux, comme tout le monde le sait, le siège de Pâme et de l'entendement. Il est évident , par M (chap. xwiii, vers. 28), que Dieu a donn6 la même loi à tout \e
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genre humain : savoir, la loi d'adorer Dieu et de s'abstenir des actions mauvaises , ou de faire le bien. C'est pourquoi Job , quoique Grenlil, fut particulièrement agréable à Dieu, parce qu'il surpassa les autres hommes en piété et en religion. L'histoire de Jonas (chap. IV, vers. 2) nous apprend encore fort clairement que ce n'est pas seulement aux Juifs, mais à tous les peuples, que Dieu est propice, et qu'il est miséricordieux, indulgent, plein de bonté pour tous les hommes, et se repent même du mal qu'il leur a fait. «J'avais résolu, dit Jonas, de m'enfuir à Tharse, parce que je savais (par les paroles de Moïse, Eoaode, chap. xxxiv, vers. 6) que vous êtes un Dieu propice^ miséricordieux, etc., et conséquemment que vous pardonneriez aux Ninivites. Concluons donc (puisque Dieu est également propice à tous les hommes et que les Hébreux n'ont été le peuple élu de Dieu que relativement à la société qu'ils ont formée et à leur empire) qu'un Juif, considéré hors de la société et de l'empire juif, n'avait aucun don qui lui fût propre, et qu'il n'y avait entre lui et un Gentil aucune sorte de différence. Et puisqull est bien établi que Dieu est également bon et miséricordieux pour tous les hommes, et que la mission des prophètes fut moins de donner à leur patrie des lois particulières que d'enseigner aux hommes la véritable vertu, il s'ensuit que toute nation a eu ses prophètes, et que le don de prophétie ne fut point propre à la nation juive. C'est là un point également établi par toutes les his-* toires, tant sacrées que profanes. Car, bien que le vieux Testament ne dise pas que les autres nations aient eu autant de pro« phètes que la nation juive, et qu'il ne parle même expressément nulle part d'aucun prophète gentil envoyé par Dieu aux nations étrangères, peu importe; car les Hébreux ont seulement voulu écrire leur histoire , et non celle des autres nations. II suffit donc que nous trouvions dans le vieux Testament que des hommes inrir« concis, des gentils» ont prophétisé ; tels queNoah, Chanoch, Abimélech, Bilham^ etc., et que des prophètes hébreux ont été envoyés par Dieu, non*seulement à ceux de leur nation, mais aussi à beaucoup de nations étrangères. Ainsi Ézéchiel a prophétisé à toutes les nations alors connues; Hobadias, aux seuls Iduméens; et Jonas a été surtout le prophète des Ninivites. Ce n'est pas seulement des Juife, mais aussi des autres nations, qu'Isaïe déplore et prédit les
calamités et célèbre le rétablissement, a Ce$t fKmrquoi , dil-i) (chap. XVI, vers. 9), mes larmes feront voir la douleur que me cause Jahzer, » Dans le chapitre \i\, le même prophète prédit d*ahord les calamités des Égyptiens, puis leur rétablissement (voyes les vers. 49, 20, SI, 25). Il leur fait connaître que I>ieu leur enverra un sauveur qui les délivrera et se révélera à eux , qu'ib rhonoreront par des sacrifices et des présents ; enfin il appelle cette nation \e peuple d'Egypte béni de Dieu, toutes choses qui dow paraissent très-dignes d*ètre remarquées. EnGn Jéréroie n'est pas seulement le prophète des Hébreux, mais de toutes les nations (chap. v, vers. 5), parce qu'il déplore et prédit les calamités des nations étrangères, et prédit aussi leur délivrance. Il s'exprime ainsi (chap. xlviii, vers. 31) sur les Moabites : tiCest pourquoi f élèverai ma voix à cause de Moab, et tout Moab excitera ma cUh' meurs, » etc. ; et : a Mon cœur frémit comme un tambour à cause de Moab, » Puis il prédit le rétablissement des Moabites et celui des Égyptiens , des Ammonites et des Hélamites. Il est donc hors de doute que les autres nations ont eu comme les Juifs leurs prophètes qui ont prophétisé pour elles et pour les Juifs, quoique l'Ëcrituie ne fasse mention que d un seul , Bilham , à qui fut révélé Tavenir des Juifs et des autres nations. Il ne faudrait pas croire que Bilham n*eùt prophétisé qu'en cette occasion q*ie lËcriture a marquée, car il résulte du récit môme de l'Écriture qu1l s'était distingué biea avant cette époque par le don de prophétie et autres qualités extraordinaires. Quand, en effet, Balak le fil venir, il lui dit (\ombre$. chap. XXII, vers. 6) : (t Je sais que celui que tu bénis est béni, et que celui que tu maudis est maudit. » Bilham avait donc cette même vertu dont parle la Genèse, et que Dieu avait donnée à Abraham (chap. XII, vers 3). 11 répondit, suivant Fusage des prophètes, aat envoyés de Balak, de rester auprès de lui jusqu'à ce que Dieu loi eût révélé sa volonlé. Quand il prophétisait , c'est-à-dire quand il interprétait la volonté de Dieu, voie i ce qu il disait ordinairement de lui-même : « La voix de celui qui entend la jmrole de Dieu, qui connaît la science (c'est-à-dire rintelli$2;ence ou prescience) du Très-Haut , qui voit face à face le Tout-Puissant, qui tombe à terre, mais qui a les yeux ouverts, n Après avoir béni les llêbrfu\ selon sa coutume, par Tordre de Dieu, il commence de prophé-
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tuer aux aulres nations etde prédire leur avenir. Ce qui prouve bien que Bilham a été prophète toute sa vie , ou du moins qu'il a trèssouvent prophétisé ; et il faut remarquer aussi qu'il possédait ces qualités morales où était la source de la certitude qu'avaient les prophètes de la vérité de leurs prédictions, je veux dire une âme uniquement portée à l'équité et au bien; car il ne bénissait pas et ne maudissait pas selon son caprice, comme Balak se l'imaginait, mais selon les ordres de Dieu. Aussi il répond à Balak en ces termes : « Balak me donnerait assez d'argent et d'or pour remplir son palais , que je fie pourrais transgresser le commandement de Dieu et produire à mon gré du bien ou du mal. Ce que Dieu dira^ je le dirai, » Que 8i Dieu s'irrita contre Bilham pendant son voyage , la même chose arriva à Moïse en allant en Egypte par ordre de Dieu [Exode ^ diap. IV, vers. 24] ; s'il prophétisait pour de l'argent, Shamuel en prenait aussi [Shamuel^ liv. I, chap. ix , vers. 2,8); enfin s'il eut quelques faiblesses (voyez sur ce point Épitres de Pierre , épît. Il , diap. Il, vers. 45 et 46; et Jude, vers. 4 4); on peut lui appliquer ces paroles de l'Écriture (Ecclés., chap. vu, vers. 20) : « // n'est point d* homme si juste qu'il agisse toujours bien et ne pèche jamais. » Et certes il faut croire que ses discours avaient auprès de Dieu une grande autorité et que sa puissance de malédiction fut très-forle, puisque l'Écriture dit si souvent , en témoignage de la miséricorde de Dieu à l'égard des Israélites, que Dieu refusa d'écouter Bilham et changea sa malédiction en bénédiction (voy. Deutéron., eh. xxiir, vers. 6; /os., chap. xxiv, vers. 40; Néh., chap. xrn, vers. 2). D'où il suit que Bilham devait être très-agréable à Dieu, Dieu n'étant nullement touché dès discours et des malédictions des impies. Ainsi donc, puisque Bilham a été un vrai prophète et que Josué rappelle néanmoins (chap. xiii, vers. 20) un devin, un augure, il faut bien que ce nom se prît en bonne part et que les hommes qu'on nommait chez les gentils devins ou augures aient été de vrais prophètes, ceux que l'Écriture accuse et condamne ayant été de faux devins qui trompaient les gentils , exactement comme les faux prophètes faisaient les Juifs. C'est ce qui résulte d'ailleurs de plusieurs passages de l'Écriture. Nous sommes donc finalement amenés à cette conclusion , que le don de la prophétie n'était pas propre aux Juifs, mais commun à toutes les nations. 1. \^
Les pharisiens soutiennent au contraire avec force que ce don de prophétie fut exclusivement réservé à leur nation ; et ils expliquent la connaissance de l'avenir qu'ont eue les autres nations, pftr je ne sais quelle vertu diabolique ( que n'invente pas Tesprit de superstition I). Leur principale preuve, tirée du vieux Testament, c'est œ passage de VExode (chap. xxxiii, vers. 46) où Moïse dit à Dieu: <c Comment connaitra-t-oH qtie votre peuple et moi nous awm trouvé grâce devant vos yeux ? Ne sera-ce pas quand vous marcherez avec nous, et que nous serons séparés, votre peuple et moi, de tous les autres peuples qui couvrent la surface de la terre ? » Cest de là qu'ils veulent conclure que Moïse demanda à Dieu d'être présent à son peuple , de se manifester à lui p&r des révélations prophétiques, et de ne faire cette grâce à aucune autre nation. Mais ne serait-il pas étrange que Moue eût envié aux nations la présence de Dieu et qu'il eût osé adresser à Dieu une semblable prière? Voici l'explication véritable : Moïse ^ voyant ropiniâtrelé de son peuple et l'esprit de révolte qui l'animait , jugea que son entre' prise no réussirait pas sans de très-grands miracles et des marqaes particulières du secours externe de Dieu , et même que les Juifi, privés d'un tel secours, ne pouvaient échapper à une perte certaine. 11 implore donc le secours de Dieu afin que les Juifs ne puissent pas douter que c'est à Dieu qu'ils doivent leur conservation. « Seigneur, dit- il (chap. xxxiv, vers. 9), si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, qa le Seigneur marche au milieu de nous; un esprit d'aveugle obetiM' lion anime ce peuple, » etc. L'aveugle obstination des Juifs est donc la raison qui le détermine à invoquer le secours externe do Dieu; et c est ce qu'on voit plus clairement encore dans le passage suivant: Dieu répond (vers. iO) : « Voici que je forme avec vous une aUiana, et y accomplirai devant votre peuple des merveilles qui notU jamais été faites sur toute la terre ni parmi toutes les nations, » 11 ne s'a^ donc pour Moïse , ainsi que je l'ai déjà expliqué , que de la saole élection des Juifs, et il ne demande pas autre chose à Dieu. Cepeadant je trouve dans l'épître de Paul aux Romains un autre texte qui fait sur moi quelque impression ; car Paul (chap. m, vers, i) y semble exprimer une doctrine opposée à la mienne : « Quelle etti dit-il , la super iorilc du Juif? Quelle est l utilité de la circothcisUmf Elles sont grandes de toutes façons, et avant tout en ce que lesparvlf*
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de Dieu leur ont été cotnmises, » Mais si nous examinons de près le dessein de Paul en ce passage, nous n'y trouverons rien de contraire à notre doctrine; tout au contraire, il y a parfait accord , puisqu'il dit au même chapitre (vers. *29) que Dieu est le Dieu des Juifs et des gentils; et au chap. ii, vers. 25, 26, il s'exprime ainsi ; a Si k circoncis transgresse la loi, la circoficision deviendra frépuce; et si Vincirconcis garde les préceptes de la loi, son prépuce deviendra circoncis^ion, » Plus bas (chap. i\, vers. 9) il dit que tous les hommes, les gentils comme les Juifs, sont dans le péché, et il n'y a pas de péché là où il n'y a pas un commandement et une loi. La conséquence évidente de ce passage, c'est donc que la loi a été révélée à tous les hommes sans exception (comme nous Tavons prouvé déjà par le chap. xxviii de Job, vers. 28), et qu'ils ont tous vécu sous son empire: je parle de cette loi qui se rapporte uniquement à Fa pratique de la vertu, et non de celle qui est établie pour le maintien de chaque empire et appropriée au génie de chaque pation. Voici donc la conclusion où Paul veut aboutir : c'est que Dieu étant le Dieu de toutes les nations, c'est-à-dire éga- I^çnt propice à tous les hommes, et tous les hommes ayant égaleipent reçu la loi et également péché , Dieu a envoyé son Christ pour tous les hommes , afin de les délivrer tous de la servitude de la loi, et de leur faire pratiquer le bien désormais, non par Tordre de la loi, mais par une résolution inébranlable de leur ùme.
La doctrine de Paul s'accorde donc ici à merveille avec la nôtre ; et lorsqu'il dit que les Juifs seuls ont eu le dépôt des paroles de Dieu, ou bien il faut entendre que ces paroles de Dieu n'avaient été écrites que chez les Juifs, les autres notions ne les ayant connues que mentalement et par une révélation tout intérieure ; ou bien que Paul, qui n'a d'autre objet en cette rencontre que de repousser les objections des Juifs, se met à leur portée et s'accommode aux opinions du temps ; fidèle à l'habitude qu'il avait prise, en parlant des choses qu'il avait vues et entendues, d'être Grec avec les Grecs et Juif avec les Juifs.
Il ne nous reste plus qu'à répondre à quelques autres raisons que donnent les pharisiens pour se persuader à eux-mêmes que l'élection des Juifs n'a pas été temporaire et relative à l'établissement de leur empire, mais éternelle. Nous voyons les Juifs, disent-ils ,
diâ(>erséà depuis la ruine de leur empire en mille endroits divers , et, pendant tant de siècles, rejetés des autres nations, se maintenir et durer encore, ce qui n'est jamais arrivé à aucun peuple ; et, de plus, rÉcriture sainte nous apprend en plusieurs endroits que Dieu a fait du peuple juif son peuple élu pour toute rétemité, d'où il résulte que malgré la destruction de son empire il reste le peuple de Dieu. Voici les passages qui témoignent le plus clairement , à leur sens, de cette élection éternelle : 4<> Jérémie (chap. i, vers. 36] déclare que la race d'Israël restera éternellement le peuple de Dieu, et il compare cette élection divine à Tordre des cieux et de toute la nature ; 2"* Ézéchiel (chap. xx, vers. 32] semble assurer qu'alors même que les Juifs renonceraient au culte de Dieu , il ne laissera " pas de les tirer de toutes les régions où ils seront dispersés pour les conduire au désert des peuples, comme il conduisit leurs pères au déserts d'Egypte ; et qu'ensuite, après les avoir séparés des rebeOes et des faibles, il les fera monter sur la montagne de sa sainteté, où toute la maison d'Israël le servira. Outre ces deux passagcis , les pharisiens en produisent encore quelques autres du même genre; mais je croirai avoir suffisamment répondu à tous si j'explique les deux que je viens de citer, ce qui ne sera pas fort difficile. D est clair en effet, par rÉcriture elle-même, que Dieu avait élu ks Hébreux, non pour toujours, mais aux mêmes conditions qu'il avait fait auparavant les Chananéens, lesquels avaient aussi leurs pontifes, comme nous l'avons montré plus haut, et rendaient à Dieu un hommage religieux ; mais Dieu les rejeta dès qu'ils se furent plongés dans le luxe, les délices et l'idolâtrie. C'est pour cela que Moïse avertit son peuple de ne point se souiller d'incestes, comme avaient fait les Chananéens , de peur que la terre ne les vomit comme elle avait vomi les nations qui habitaient jadis ces contrées. Dans un autre endroit il les menace, dans les termes les plus exprès, d'une ruine totale (Deutéron., chap. xviii, vers. 49, 20- : « Je vous yroteste aujourd'hui que vous périrez comme kt natûm que Dieu fait périr devant vous. » On trouve ainsi dans la loi une foule de passages analogues qui marquent évidemment que réleciion des Hébreux n'avait rien d'absolu ni d'étemel. Si donc ks prophètes leur ont prédit une alliance nouvelle et étemelle , alliasTe d'amour, de connaissance pt de grâce, jj est facile de se con%-ainm»
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qu'elle ne regarde que les justes ; car nous avons vu dans le chapitre d'Ézéchiel cité plus haut, que Dieu séparera d'avec les jusl^ les faibles et les rebelles ; et Tséphonias dit formellement (chap. m, vers. 4 i et 43) que Dieu détruira les superbes et sauvera les pau* vres ; et comme cette élection des pauvres est le prix de la vertu véritable, il n'y a aucune raison de croire qu'elle soit promise seu* lement aux justes d'entre les Juifs, à l'exclusion des autres justes. n faut croire au contraire que les prophètes des gentils (nous avons prouvé que toutes les nations ont eu des prophètes] l'ont également promise aux fidèles de leur pays et les ont consolés par cette espérance. Ainsi donc, puisque cette éternelle alliance de connaissance et d'amour est une alliance universelle, ainsi qu'il suit le plus évidemment du monde du chap. iii de Tséphonias (vers. 40 et 44), il ne faut admettre aucune différence à cet égard entre les Juifs et les gentils, ni par conséquent aucune autre élection particulière du peuple hébreu. Que si les prophètes qui ont parlé de cette élection, relative à la seule vertu, y ont mêlé beaucoup de choses touchant les sacrifices et autres cérémonies, ainsi que sur le rétablissement du temple et de Jérusalem, c'est qu'ils ont parlé en prophètes (dont la coutume était d'envelopper les choses spirituelles sous ces figures), afin d'Indiquer par là en même temps aux Juifs , dont ils étaient spécialement les prophètes, que leur temple devait être rebâti sous le règne de Cyrus et leur empire relevé. Il ne faut donc point que les Juif» s'imaginent aujourd'hui avoir eu quelque avantage sur le reste des nations. Quant à leur longue dispersion, il n'est point surprenant qu'ils aient subsisté si long-temps depuis la ruine de leur empire , puisqu'ils se sont séquestrés des autres peuples et se sont attiré leur haine, non-seulement par des coutumes entièrement contraires, mais par le signe de la circoncision qu'ils observent très-religieusement. Or, que la haine des nations soit pour les Juifs un principe de conservation, c'est ce que nous avons vu par expérience. Un roi d'Espagne les ayant autrefois contraints ou de quitter son royaume ou d'en embrasser la religion, il y en eut une infinité qui prirent ce dernier parti. Et comme en se faisant chrétiens ils devenaient capables de tous les privilèges des autres citoyens et dignes de tous les honneurs, ils se mêlèrent si étroitement aux Espagnols, qu'il ne reste plus d'eux aucune trace ni aucun sou-
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venir. En PorUigal il en a été tout autrement; car étant forcés d'ombraséor le christianiAme sans être adniis aux privilèges et aux dignités de l'État, ils ont toujours vécu, quoique convertis, dans un état dlëplement par rapport aux autres Portugais. Le signe de la circoncision me paraît ici d'une telle conséquence , que je le crois capable d'être à lui tout seul le principe de la conservation du peuple juif. Je dirai plus : si l'esprit de leur religion n'effémioait leurs âmes, je suis convaincu qu'une occasion favorable venante se présenter, les Juifs pourraient (tant les choses humaines sont variable^») reconstituer leur empire et devenir ainsi l'objet d'une seconde élection dp Dieu. Nous avons un exemple frappant de l'iofluence que peut exercer le signe dont je parle, dans les Chinois, qui se font, comme on sait, un point de religion de laisser croître une touffe de cheveux sur leur tôte pour se distinguer des autres nations ; et cola leur a réussi depuis tant de milliers d'ijnnées , qu'il n'y a point de peuple qui les égale en fait d'antiquité. Ce n'est pas qu'ils aient toujours conservé leur empire , mais ils l'ont toujours recouvré après l'avoir perdu, et je ne doute pas qu'ils no le rétablisBont Qïïcoro lorsque les richesses et les délices du pays auront commencé d'amollir les Tartares. Au reste, si quelqu'un persiste à soutenir pour loUo ou telle raison que l'élection des Juifs est une éloclion éternelle,, je n'y veux pas contredire, pourvu qu'il demeure d'accord que celle élection, de quelque durée qu'elle soit, en tant qu'elle est particulière aux Juifs , ne regarde que les avantage^ t(>m[)orels et l'établissement de leur empire (puisqu'il n'y a que ce seul point pur où les nation^ se distinguent les unes des aqtrcs, ; mais qu'à l'égard de l'inteltigonce cl de la vertu véritable, toutes les nations sont égales. Dieu n'ayant sur ce point aucune sorte de préférence» ni d'élection pour personne.