‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 44 sur 96 · Voyez Ethique, part. 5, Propos. XXXVI et sou Fkholie · texte numérisé non relu

Voyez Ethique, part. 5, Propos. XXXVI et sou Fkholie

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tout entière dans ce précepte suprême : Aimez Dieu comme votre souverain bien; ce qui veut dire, je le répète, qu'il ne faut point aimer Dieu par crainte du (bâtiment, ni par amour pour un autre objet ; car l'idée de IHeu nous enseigne que Dieu est notre souverain bien, que la connaissance et l'amour de Dieu sont la Hn dernière où il faut diriger tous nos actes. C'est là ce que Thomme charnel ne peut comprendre ; ces préceptes lui semblent choses vaines, parce qu'il n'a de Dieu qu'une connaissance imparfaite, parce qu'il ne trouve dans ce bien suprême qu'on lui propose, rien de palpable , rien d'agréable aux sens , rien qui flatte la chair, source de ses plus vives jouissances ; parce qu'enfin ce bien ne consiste que dans la pensée et dans le pur entendement. Mais pour ceux qui sont capables de comprendre qu'il n'y a rien dans l'homme de supérieur à l'entendement ni de plus parfait qu'une âme saine, je ne doute pas qu'ils n'en jugent tout autrement.

Nous avons expliqué ce qui constitue proprement la loi divine. Toutes les lois qui poursuivent un autre objet sont des lois humai* nés : à moins toutefois qu'elles ne soient consacrées par la révélation ; car sous ce point de vue , comme nous l'avons montré plus haut , elles se rapportent à Dieu ; et c'est dans ce sens que lu loi de Moïse , tout en étant une loi particulière appropriée au génie particulier et à la conservation d'un seul peuple, peut être appelée Loi de Dieu ou loi divine. Nous croyons en effet que cette loi a reçu la consécration de la lumière prophétique.

Si nous considérons maintenant avec attention la nature de la loi divine naturelle» telle que nous l'avons définie tout à l'heure, nous reconnaîtrons^ 4° qu'elle est universelle, c'est-à-dire commune à tous les hommes ; nous l'avons déduite en effet de la nature humaine prise dans sa généralité ; 2« qu'elle n'a pas besoin do s'appuyer sur la foi des récits historiques , quels que soient d'ailleurs ces récils. Car comme cette loi divine naturelle se tire de la seule considération de la nature humaine , on la peut également concevoir dans l'âme d'Adam et dans celle d'un autre individu quelconque , dans un solitaire et dans un homme qui vit avec ses semblables. Ce n'est pas non plus la croyance aux récits historiques, si légitime qu'elle soit, qui peut nous donner la connaissance de Dieu, ni par conséquent l'amour de Dieu, qui en tire son origine ;

cette oonnaissance , nous la puisons dans les noiioiis universelles , qui se révèlent par elles-mêmes et emportent une œrtiUide immédiate , tant il est vrai que la croyance aux rédts historiques n'est pas une condition nécessaire pour parvenir au souverain bien. Toutefois, bien que les récits historiques soient incapables de nous donner la connaissance et Tamour de Dieu, je ne nie pmnt que la lecture de ces récits ne nous soit très-utile dans la vie sociale. Plus en effet nous observons, et mieux nous connaissons les mœurs des hommes, que rien ne nous dévoile plus sûrement que leurs actions , plus il nous est fedle de vivre en sûreté dans leur commerce , et d'accommoder notre vie et notre conduite à leur génie, autant qu'il est raisonnable de le faire, d^ Nous voyons aussi que cette loi divine naturelle ne nous demande pas de cérémonies , c'est-à-dire cette sorte d'actions, de soi indifférentes, et qu'on n'appelle bonnes qu'à la suite d'une institution ; ou , si l'on veut, qui représentent un certain bien nécessaire au salut; ou enOn, si l'on aime mieux, dont la raison surpasse la portée de l'esprit humain. Car la lumière naturelle n'exige rien de nous qu'elle ne soit capable de nous faire comprendre, et qu'elle ne nous montre clairement comme bon en soi ou comme moyen d'atteindre à la béatitude. Et quant aux actions qui ne sont bonnes que par le faK d'une institution qui nous les impose, ou en tant que symboles de quelque bien réel, elles sont incapables de perfectionner notre y^ entendement ; ce ne sont que de vaines ombres, qu'on ne peut ifn ': mettre au rang des actions véritablement excellentes, de ces actions Glles de l'entendement, qui sont comme les fruits natureb d'une âme saine. Mais il est inutile d'insister plus longuement sur ce point. 4^ Nous voyons enfin que le prix d'avoir observé la loi divine , c'est cette loi elle-même , savoir : de connaître Dieu et de l'aimer d'une âme vraiment libre, d'un amour pur et durable; le châtiment de ceux qui violent cette loi , c'est la privation de ces biens, la servitude de la chair, et une âme toujours changeante et toujours troublée.

Ces quatre points bi^n établii^, nous avons à résoudre les questions suivantes. 4® Pouvons-nous, par la lumière naturelle , conce' voir Dieu comme un législateur, ou comme un prince qui prescrit aux hommes certaines lois? %^ Qu'enseigne l'Écnture sainte tou-

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chant la lumière et la loi naturelles? S^' Pour quelle fm a-tp-on institué autrefois des cérémouies religieuses? 4*» A quoi sert de connaître Tbistoire sacrée et d'y croire? Nous traiterons la promit et la seconde de ces questions dans le^présent chapitre, les deux autres dans le suivant.

Il est aisé de résoudre la première de ces questions en considérant la nature de la volonté de Dieu , laquelle ne se distingue de son intelligence qu'au regard de l'esprit humain : en d'autres termes, la volonté de Dieu et son entendement ne sont qu'une seule et même chose S et toute la distinction qu'on y établit vient des idées que nous nous formons de l'entendement divin. Par exemple, quand nous ne sommes attentifs qu'à ce seul point, savoir : que la nature du triangle est contenue de toute éternité dans la nature divine , à titre de vérité éternelle , nous disons alors que Dieu a ridée du triangle, ou bien qu'il entend la nature du triangle ; mais si nous venons à concevoir que la nature du triangle est ainsi contenue dans la nature divine par la seule nécessité de la nature divine , et non par la nécessité de l'essence et de la nature du triangle; bien plus encore, si nous considérons que la nécessité de l'essence et des propriétés du triangle , prises comme des vérités éternelles, dépend de la seule nécessité de la nature et de l'entendement divin, et non de la nature du triangle, il arrive alors que, ce que nous appelions entendement de Dieu, nous l'appelons volonté divine ou décret divin. Ainsi donc, dire que Dieu a voulu que la somme des angles d'un triangle fût égale à deux droits, ou dire que Dieu a pensé cela, c'est, au regard de Dieu, une seule et même chose. D'où il suit que les affirmations et les négations de Dieu enveloppent toujours une nécessité ou une vérité éternelles. Si, par exemple, Dieu avait dit à Adam : Je ne veux pas que vous mangiez du fruit de l'arbre du bien et du mal, il impliquerait contradiction qu'Adam pût manger de ce fruit; et il serait par conséquent impossible qu'il en eût mangé, le décret de Dieu enveloppant une nécessité et une vérité éternelles. Cependant, suivant le récit de l'Écriture, Dieu fit à Adam cette défense , et Adam ne laissa pas de manger du fruit défendu. Il faut donc entendre de toute nécessité que Dieu révéla

1. Voyez ElMque, part. 1, Propos. XXXII et sesCoroll. ; part. ?, Propos. XLIX, avec son CoroU. et son Schol.

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