‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 60 sur 96 · Voyex les iVote* marijin.dci dt Spinoza, uoU ly · texte numérisé non relu

Voyex les iVote* marijin.dci dt Spinoza, uoU ly

voue qu'il m*a été impossible d'y réussir. J'ajoute qu'il n y a pas une seule de mes opinions sur l'Écriture, qui ne soit le fruit d'une longue méditation ; et bien que, dès mon enfance, j*aie été habitué aux sentiments ordinaires qu'on a sur les livres saints, je o'ai pu m'empècber d'être conduit à ceux que je professe actuellement. Mais il est inutile d'arrêter le lecteur sur de pareils détails et de l'exciter à entreprendre une œuvre impossible ; j'ai voulu seulement expliquer plus clairement mon opinion en mettant la difficulté dans tout son jour. Je vais donc poursuivre l'examen que j*ai commencé de la destinée des livres de l'Écriture.

Il faut observer, en premier lieu, que les dépositaires de ces livres ne les ont pas gardés avec un tel soin qu'il ne s*y soit glissé aucune faute. Car les plus anciens d'entre les scribes y ont ranarque plusieurs leçons douteuses, et en outre quelques passages tronqués; et certes ils ne les ont pas relevés tous. Maintenant, la question est de savoir si ces fautes sont de nature à embarrasser et à égarer le lecteur. Je ne veux point discuter a fond ce point; je dirai seulement que je n'attache pas grande importance à ces altérations, et quiconque lira l'Écriture sans préjugé sera du même avis; car pour ma part, je puis affirmer que je n'ai jamais remarqué daiTs la Bible aucune faute assez grave, ni en ce qui touche les principes moraux, aucune différence de leçon assez considérable pour rendre le sens douteux ou absurde. Pour tout le reste, on ei*l assez d'accord que le (exte n'est point gravement altéré. La plupart môme soutiennent que Dieu, par un témoignage singulier de sa providence, a maintenu les Écritures dans un état de parfaite pureté, et les leçons diverses ne sont à leurs yeux que le signe de profonds mystères. Ils expliquent de même les astérisques qui se trouvent au milieu du paragraphe 28 ; et il n'y a pas jusqu'aux extrémités des lettres hébraïques , où ils n'aperçoivent de grands secrets. Est-ce l'effet d'une dévotion aveugle et stupide? ou d'un orgueil coupable qui les porte à se donner comune seuls dépositaires des secrets de Dieu? Je ne sais trop ; mais ce que je sais bien, c'est que je n'ai jamais rencontré dans leurs écrits que des superstitions puériles , à la place des secrets qu'ils prétendent posséder. J'ai voulu lire aussi et j'ai même vu quelques-uns des kabbaliste< : mais je déclare que la folie de ces charlatans passe tout ce qu'on peut dire.

THÉOLOGICOPOLITIQUE . 207

On me demandera peut-être de prouver ce que j*ai avancé tout A l'heure, que plusieurs fautes se sont glissées dans le texte de rËcritnre. Mais je ne crois pas qu'aucun homme de bon sens en doute un seul instant, après avoir lu le passage sur Saiil, que nous avons cité plus haut (voyez Shamuel, liv. I, chap. xiii, vers. 11), auquel on peut joindre celui-ci [ibid. liv. II, chap. vi, vers. 2) : Et David se leva et il partit de Juda avec tout le peuple ^ afin d'en emporter l'arche de Dieu. Chacun peut voir aisément que le lieu où David se rendit de Juda pour en emporter l'arche, savoir Kirjat Jeharim ^, est omis dans le texte. On reconnaîtra également que le passage suivant de Shamuël ( liv. II, chap. xiii , vers. 37) est altéré et tronqué : Et Absalonprit la fuite, et il alla vers Ptolomée, fils d'Amihudf roi de Gésur; et il pleurait tout le jour son fils; et Absalon prit la fuite et alla vers Gésur, où il resta trois années. Je me souviens d'avoir noté plusieurs passages de même sorte dans l'Écriture, qui en ce moment ne me reviennent point.

Reste à résoudre cette question : si les notes marginales qu'on rencontre çà et là sur les exemplaires hébreux de l'Écriture sont, ou non , des leçons douteuses. On n'hésitera pas à résoudre cette question par l'affirmative , si Ton considère que la plupart de ces notes marginales ont pour origine l'extrême ressemblance des lettres hébraïques : par exemple, kaf ressemble à bet, jod à vau, dalet à res, etc. Ainsi dans un passage de Shamuël (liv. II , chap. v, avant-dernier verset), où il dit : Et au temps où vous entendrez, nous trouvons à la marge : Quand t^ous entendrez. De même, dans les Juges (chap. XXI, vers. 22), au passage qui porte : Et quand leurs pères et leurs frères viendront vers nous en multitude (c'est-à-dire sou^ vent)y on trouve à la marge : pour se plaindre. Je pourrais citer une foule de notes marginales de cette espèce. Il en est d'autres qui sont devenues nécessaires à cause de l'emploi de ces lettres qu'on appelle muettes, et dont la prononciation est si peu marquée qu'elles se prennent souvent l'une pour l'autre. Par exemple, à côté de ce passage du Lévitique (chap. xxv, vers, 17) : Et la maison qui est dans une ville sans murailles restera en la possession du propriétaire f on trouve à la marge : ville entourée de murailles.

Page 1