‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 63 sur 96 · Voyex les iVb/M marginales de Spinoza, note · texte numérisé non relu

Voyex les iVb/M marginales de Spinoza, note

le « dénombrement des familles qui les premières (c'est-à-dire déâ le temps d'Hezras) habitèrent Jérusalem, » Ajoutez à cela qu'au verset 47, H nous désigne par leur nom les gardiens des portes (remarquez que deux de ces noms se retrouvent dans Néhémias, chap. XI, vers. 49); ce qui prouve que ces livres ont été écrits long-temps après la reconstruction de Jérusalem. Du reste, je n'ai rien à dire de certain touchant le véritable auteur des ParaUpomènes ^ ni sur l'utilité ou l'autorité qu'il leur faut reconnaître, ni enfin sur la doctrine qui y est contenue. Et je ne puis assez m'étonner qu'ils aient été mis au nombre des livres saints par ceuxlà même qui n'ont pas voulu y comprendre le livre de la Sagesse, celui de Tobie^ et tous ceux qu'on appelle apocryphes. Du reste mon dessein n'est pas du tout de défendre ici l'autorité des Paralipomènes; mais puisqu'on s'est accordé à les recevoir parmi les livres saints, je n'y veux pas contredire et je passe outre.

Les Psaumes ont également été réunis en corps d'ouvrage et divisés en cinq livres , à l'époque du second temple. Car le psaume 88, au témoignage de Pbilon le Juif, fut mis au jour pendant la prison du roi Jéhojachin àBabylone; et le psaume 89, après sa délivrance. Or je ne pense pas que Philon eût attesté ce fait s'il ne l'eût recueilli de personnes dignes de foi, ou emprunté à l'opinion générale de son temps.

Je crois aussi que les Proverbes de Salomon ont été recueillis vers cette même époque , ou tout au moins sous le règne de Josias. Je trouve en effet , au dernier verset du chapitre xxiv, ces paroles : « Voici encore des proverbes qui sont de Salomon; ils ont été transportés dans ce recueil par les serviteurs d'IIiskias, roi de Juda. ■ Il m'est impossible de ne pas m'élever ici contre l'audace des rabbins, qui voulaient retrancher ce livre, ainsi que VEcclésiaste, du canon des saintes Écritures , pour le mettre à part avec les autres livres dont nous avons déjà regretté l'exclusion. Et ils n'eussent pas manqué de le faire , s'ils n'avaient trouvé dans les Proverbes e( VEcclésiaste quelques endroits où la loi de Moïse est mise en honneur. Cest une chose assurément déplorable que le sort d'ouvrages aussi excellents, aussi sacrés, aient pu dépendre de la décision de pareils juges. Je leur dois cependant des actions de grâces pour avoir bien voulu nous les conserver. L'ont-ils fait avec une Odéiiié

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scrupuleuse et sans les altérer d'aucune façon? C'est ce que je ne veux point e2;aminer de près en ce moment.

Je passe aux livres des Prophètes. Si on les examine attentivement, on reconnaîtra que les prophéties qu'ils contiennent ont été recueillies dans d'autres livres; qu*elles ne sont point toujours disposées dans le même ordre où elles ont été prononcées ou écrites ; enfin que ce ne sont point là toutes les prophéties ,' mais seulement celles qu'on a retrouvées de côté et d'autre ; d'où il suit que ces livres ne sont véritablement que des fragments des prophètes. Ainsi Isaïe n'y commence à prophétiser que sous le règne d'Huzias, comme le collecteur le témoigne lui-même au premier verset. Or il est certain qu'Isaïe prophétisa avant cette époque et que , dans un livre aujourd'hui perdu , il avait tracé Thistoire entière du roi Hnzias (voyez Paralipomènes , liv. II, chap. xxvi, vers. 22). Les prophéties que nous avons d'Isaïe ont été tirées des chroniques des rois de Juda et d'Israël , ainsi que nous l'avons prouvé plus haut. Ajoutez à cela que les rabbins font vivre ce prophète jusqu'au règne de Manassé, qui ordonna de le mettre à mort; et bien que ce récit paraisse n*ètre qu'une fable, on en peut cependant induire que les rabbins n'ignoraient pas que toutes les prophéties d'Isaïe n'ont pas été conservées.

Les prophéties de Jérémie, qui sont présentées sous forme historique, ont été également tirées de diverses chroniques et rassemblées par un collecteur. J'en trouve une preuve dans la confusion qui règne dans cette accumulation de prophéties où Tordre des temps n'est point observé. Ajoutez que le même récit est souvent répété de plusieurs manières différentes. Ainsi le chapitre xxi nous explique la cause des appréhensions de Jérémie ; elles viennent de ce qu'il a prédit à 2Sédéchias, qui le consultait, la dévastation de Jérusalem. Tout à coup ce récit est interrompu, et le chapitre xxit nous raconte les remontrances que Jérémie adressa à Jéhojachin (qui régna avant Zédéchias) , et la prédiction qu'il lui fît d'une prochaine captivité ; puis, au chapitre xxv, viennent les révélations qui ont été faites à Jérémie avant cette époque , savoir, la quatrième année du règne de Jéhojachin ; puis enfin d'autres révélations que le prophète a reçues quatre années auparavant. Le collecteur du livre de Jérémie continue ainsi d entasser les prophéties

sans garder Tordre des temps , jusqu'à ce que parvenu au chapitre xxxviii , il reprend le récit qu'il avait commencé au chapitre XXI, comme si les chapitres intermédiaires étaient une simple parenthèse. En effet, la conjonction par où commence le chapitre xxxvin, se rapporte aux versets 8, 9 et 40 du chapitre xxi. De plus, dans le récit du chapitre xxxviii, la tristesse du prophète Jérémie et la cause de sa longue détention dans le vestibule de la prison sont racontées tout autrement que dans le chapitre xxxvii; ce qui montre clairement que tout cela n'est qu'une collection de matériaux empruntés à divers historiens , sans quoi un pareil désordre serait véritablement inexplicable. Quant au reste des prophéties contenues dans les autres chapitres, où Jérémie parle à la première personne , il y a toute apparence qu'elles ont été tirées du livre que Jérémie dicta à Baruch , lequel ne conteoait (ainsi qu'on le voit par le chapitre xxxvi, verset 2) que les révélations faites à Jérémie depuis Josias jusqu'à la quatrième année du règne de Jéhojachim. 11 paraît aussi qu'on aura extrait de ce même livre dicté à Baruch tout ce qui est compris entre le chapitre xlv, verset 2, jusqu'au chapitre li , verset 59.

Il suffit de lire les premiers versets du livre &Ézéchiel pour i»c convaincre que ce livre n'est qu'un fragment. Qui ne voit en effet que la conjonction par où il commence suppose un discours antérieur qu'elle unit à ce qui va suivre? Et non-seulement celte conjonction , mais toute la contexture de l'ouvrage , marque d'autres écrits que nous n'avons plus. Ce livre commence à l'an SO*". ce qui prouve clairement que le prophète continue un récit dcjji commencé ; et l'auteur même du livre confirme cette induction par une parenthèse qu'il a placée au verset 3 : « La parole de Di^u.r dit-il, ft s'était souvent fait entendre à Ézéchiel, fils de Buzé, prêtre dans le pays des Chaldéens. » C'est comme s'il disait expressément que les prophéties d'Ézéchicl , dont il va faire le récit, sont uw suite de révélations antérieures qu 'Ézéchiel avait reçues de Dieu. Une autre preuve c'est que Josèphe, dans ses Antiquités fliv. \, chap. ix), nous rapporte qu Ézéchiel prédit à Tsédéchias qu'il ne verrait pas Babylone. Or nous ne trouvons pas cette prophétie dans lu livre (ï Ezéchiel qua nous avons aujourd'hui; tout au contraire, nous y vo^o::s, uu chapitre xvii, (pic Tsédéchias sera (-undiiit

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eo captivité à Babylone ^. — Pour Hosée, je ne puis affirmer qu il ait écrit UD plus grand nombre de prophéties que nous n'en avons dans le livre qui porte son nom. Et toutefois il y a lieu d'être surpris qu'il nous reste si peu de chose d'un prophète qui , au témoignage de l'écrivain sacré , a prophétisé pendant plus de quatre-vingtquatre ans.

Nous savons du moins en général que les Écritures no contiennent, ni tous les prophètes, ni toutes les prophéties de ceux qui n*ODt pas entièrement péri. Ainsi nous n'avons absolument rien de tous les prophètes qui ont prophétisé sous le régne de Manassé , et dont il est fait mention dans le liv. II des Paralipomènes (chap. xxxiii, vers. 40, 48 et 49) ; et quant aux douze petits prophètes, nous sommes loin de posséder toutes leurs prophéties. Il me suffira de citer Jonas, dont nous n'avons que la prophétie qu'il adressa aux Ninivites; or, nous savons qu'il prophétisa aussi aux Israélites, comme on le voit par le second livre des Rois (chap. xiv, vers. 25).

Le livre de Job et Job lui-môme ont fait l'objet d'un grand nombre de controverses. Quelques-uns pensent que Moïse est l'auteur de ce livre, et que l'histoire de Job tout entière n'est qu'une parabole. C'est l'opinion de certains rabbins dans le Talmud; et Maimonide , dans son livre More Nebuchim , y incline fortement. D'autres admettent que l'histoire de Job est véritable; et parmi ceux-là quelques-uns pensent que Job a vécu du temps de Jacob, et qu'il a même pris en mariage sa fille Dina. Mais Aben Ilezra est fort éloigné de ce sentiment, comme j'ai déjà eu occasion de le dire ; il est d'avis (voyez son commentaire) que le livre de Job est une traduction : et, quant à moi, je voudrais bien qu'il en fût ainsi ; car il en serait d'autant plus évident que les Gentils ont eu aussi des livres saints. Mais il est plus sage de tenir la chose pour douteuse ; et je roe borne à penser, comme simple conjecture, que Job était un Grentil d'une grande force d'àme, qui passa d'une fortune prospère à des destinées malheureuses pour revenir ensuite à sa première condition de prospérité. Ézéchiel , en effet ( chap. xiv , vers. 4 2), le cite entre quelques autres personnages , et je suis porté à croire que ces alternatives de la destinée de Job et la force d'ûme

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