CHAPITRE XV
QUE LA THÉOLOGI£ n'eST POINT LA SERVANTE DE LA RAISON , NI LA RAISON CELLE DE LA THEOLOGIE. — POURQUOI NOUS SOMMES PER- SUADÉ DE l'autorité de LA SAINTE ÉCRITURE.
Ceux qui ne savent pas séparer la philosophie de la théologie discutent pour savoir si TÉcriture doit relever de la raison , ou la raison de l'Écrilure; c'est-à-dire si le sens de l'Écriture doit être approprié à la raison, ou la raison pliée à l'Écriture : de ces deux prétentions, celle-là est soutenue par les dogmatiques, celle-ci parles sceptiques, qui nient la certitude de la raison. Mais il résulte de ce que nous avons déjà dit que les uns tout aussi bien que les autres sont dans une erreur absolue.. Car, quelque opinion que nous adoptions , il nous faut corrompre l'une de ces choses, ou la raison ou l'Écriture. N'avons-nous pas fait voir, en effet, que l'Écriture ne s'occupe point de matières philosophiques , qu'elle n'enseigne que la piété, et que tout ce qu'elle renferme a été accommodé à l'intelligence et aux préjugés du peuple? Celui donc qui veut la plier aux lois de la philosophie prêtera certainement aux prophètes des opinions qu'ils n'ont pas eues même en songe , et interprétera mal leur pensée ; d'un autre côté , celui qui subordonne la raison et la philosophie à la théologie est conduit à admettre les préjugés d'un ancien peuple comme des choses divines et à en remplir aveuglément son esprit ; et ainsi tous les deux, celui qui repousse la raison et celui qui Tadmet , tombent également dans l'erreur. Le premier qui , chez les pharisiens, déclara ouvertement que l'Ë^ criture devait être pliéc aux exigences de la raison , fut Maimonide (nous avons au chap. vu rapporté son opinion, et nous l'avons réfutée par plusieurs arguments); et, bien que cet auteur ait été chez eux en grand crédit, la plu[)art néanmoins Tabandonnent sur ce point pour se ranger à l'avis d'un certain R. Judas Alpakhar, qui, voulant éviter l'erreur de Maimonide , s'est jeté dans une erreur opposée. Il soutient que la raison doit relever de l'Écriture, et lui être entièrement soumise ; il pense que, s'il faut en quelques
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eiiflroils expliquer inôlaplioriquomcnt rËcrilnre, ce n'est pas paire que le ^ns litléral répugne à la raison, mais parce qu'il répugne à rÉcrilure , c'est-à-dire à ses principes bien connus; et de là il tire cette règle universelle, savoir, que tout ce que rÉcriture enseigne dogmatiquement et afiirme d'une manière expresse , doit, sur sa seule autorité , être admis comme absolument vrai ; que l'on ne trouve dans la Bible aucun principe qui répugne directement à la doctrine générale qu'elle enseigne, mais seulement d'une façon indirecte, parce que les locutions de rÉcriture semblent souvent supposer quelque chose de contraire à ce qu'elle a enseigné expressément; et que c'est la seule raison pour laquelle il faille user, en ces rencontres, de l'interprétation métaphorique *. Par exemple, l'Écriture enseigne clairement qu'il n'y a qu'un Dieu ( voyez Deutéron., chap. VI , vers. 4], et l'on n'y trouve aucun passage où il soit affirmé directement qu'il y ait plusieurs dieux ; quoiqu'en beaucoup d'endroits Dieu en parlant de lui-même, et les prophètes en parlant de Dieu , se servent du nombre pluriel ; ici cette façon de parler, faisant supposer qu'il existe plusieurs dieux, est loin d'indiquer le vrai sens du discours; et c'est pour cela qu'il faut expliquer ces endroits métaphoriquement, non parce que la pluralité des dieux est en opposition avec la raison , mais parce que rÉcriture ellemême afiirme directement qu'il n'y a qu'un Dieu. De même, parce que l'Écriture (Deuiéron. , chap. iv, vers. 15) affirme directement ( à ce qu'il pense) que Dieu est incorporel, sur la seule autorité (\o ce passage, et non sur l'autorité de la raison, nous sommes obligés de croire que Dieu n'a pas de corps; et cons(';quemment, d'apn*-! la seule autorité de l'Écriture , nous devons donner un sensmétnphoriquc à tous les passages où Dieu est représenté avec des mains des pieds, etc.; la forme seule du langage pouvant ici faire supposer que Dieu est corporel. Voilà l'opinion de cet auteur, à laquelle j'applaudis , en ce sens qu'il veut expliquer TÉcrittire par rÉcriture; mais jtj no puis comprendre qu'un liommo si raisonnable s'applifpio à détruire l'Écriture elle-même. Il est vrai (\w
l. Je me noii^icns d'avoir In autrtToÎH rdtc opiniun dans une lettr- contre Maimonide qui ko trouve avec les autre» lettres attribuées k cet auK ur.
{Note de H/dnnza.^
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l*ÉcriU]re doit étro expliquée par l'Écriture tant qu'il s'agit de déterminer le sens dos passages et l'intention des prophètes ; mais quand nous avons découvert le vrai sens, il faut nécessairement recourir au jugement et à la raison pour y donner notre assentiment. Que si la raison , malgré ses réclamations contre rÉcrilurc , doit cependant s'y soumettre sans réserve, je demande si cette soumission se fera d^une manière raisonnable ou sans raison et aveuglément? Dans ce dernier cas, nous agissons cnstupides, privés de jugement ; dans le premier, c'est par Tordre seul de la raison que nous acceptons l'Ëcrilure, et nous ne l'accepterions par conséquent pas, si elle était contraire à la raison. Je demanderai encore : qui peut accepter quelque principe par la pensée , si la raison s'y oppose ? Car ce que refuse la pensée est-il autre chose que ce que la raison repousse? Et certes, je ne puis assez m'étonner que l'on veuille soumettre la raison , ce don sublime , cette lumière divine, à une lettre morte, qui a pu ôtre corrompue par la malice des hommes; et qu'on ne regarde nullement comme un crime de parler indignement contre la raison , véritable original de la parole de Dieu , do l'accuser do corruption , d'aveuglement et d'impiété, tandis qu'on tiendrait pour un très-grand sacrilège celui qui aurait de pareils sentiments sur la lettre de l'Écriture, qui n'est, après tout, que l'image et le simulacre do la parole de Dieu. On pense que c'est une chose sainte que de n'avoir aucune confiance dans la raison et dans son propre jugement, et qu'il y a do l'impiété à douter de la fidélité de ceux qui nous ont transmis les livres sacrés; mais ce n'est pas là de la piété, c'est de la folie. Car enfin qu'ost-ce qui les inquiète ? de quoi ont-ils peur? Est-ce quo la religion et la foi ne sauraient être défendues si les hommes no prenaient soin de tout ignorer et d'abdiquer la raison? Certes avec de pareils sentiments, ils marquent pour TËcriture plus de défiance que de foi. Mais il s'en faut beaucoup que la religion et la piété exigent l'esclavage de la raison , ou que la raison veuille celui de la religion et que l'une et l'autre ne puissent régner en paix chacune dans son domaine ; c'est un point que nous allons bientôt établir ; mais il faut d'abord examiner la règle proposée par le rabbin dont -nous avons parlé plus haut. Il veut, comme nous l'avons dit, nous faire admettre comme vrai tout ce quo l'Érriture afilrme, et reje-
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ter comme faux ce qu'elle nie; il prétend ensuite quMl n'arrive jamais à rÉcritiiro d'affirmer ou de nier expressément quelque chose de contraire à ce qu'elle a affirmé ou nié dans un autre passage. La témérité de ces deux propositions frappera tous les esprits. Je ne rappellerai pas qu'il n'a point remarqué que l'Ecriture est composée de livres divers , qu'elle a été écrite en divers temps pour des hommes divers, et onfm par divers auteurs; outre cela, que cet auteur fonde toute sa doctrine sur sa propre autorité, la raison et rËcriturc ne disant rien de semblable ; car il aurait dû nous prouver que tous les passages qui, à son avis^ ne sont en contradiction avec d'autres qu'indirectement, peuvent facilement s'expliquer par des métaphores d'après la nature de la langue et en raison de la place même décos passages, ensuite que TÉcriture est arrivée sans altération jusque dans nos mains. Mais examinons la chose avec ordre : et d'abord, sur le premier point, je demande si, en eus d'opposition de la part de la raison , nous sommes tenus néanmoins d'admettre comme vrai ce qu'affirme rfccriture ou de rejeter comme faux ce qu'elle rejette? On répondra peut-ôlre qu'on ne trouve rien dans l'Écriture de contraire à la raison. Pour moi, je soutiens qu'elle affirme expresiôment et qu'elle enseigne ( par exemple , dans le Dècaloffue, dans ÏExode, chap. iv, vers. 1i; dans le Deutéronome, chap. iv,vers. 2L et dans un grand nombre d'autres passages) que Dieu est jaloux; ur cela répugne à la raison ; il faudra donc néanmoins I admettre comme chose indubitable. Il y a plus, c'est que si l'on trouvait dan> l'Écriture quehjues endroits qui fissent supposer que Dieu n'est pas jaloux, il faudrait nécessairement leur donner un sens métaphorique pour qu'ils no semblassent pas renfermer une erreur. L'Écriture dit encore expressément que Dieu est descendu sur le mont Sinaï ( voyez Exode, cha]). xix, verà. 20) : elle lui attribue d'autres mouvements locaux , et n'enseigne nulle part expressément que Dieu ne se meut pas ; donc tout le monde doit admettre ce fait comme une chose véritable. Ailleurs Salomon dit ({ue Dieu n'est compris en aucun endroit (voyez Rois, livre 1, chap. viii, vers. 27); or ce lissage n'établit pas sans doute expressément, mais c'en est pourtant une conséquence, que Dieu ne se meut pas; il faut donc nécessairement l'expliquer de manière à ce qu'il ne semble pas enlever à hivitle mouvement local. De même il faudrait prendre les cieux pour
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la demeure et le trône de Dieu , parce que rËcrituro l'affirme expressément. Il y a une foule de passages semblables écrits selon les opinions du peuple et des prophètes , et qui , au témoignage de la raison et de la philosophie, mais non pas de l'Écriture, renferment évidemment des erreurs ; et cependant, à on croire cet auteur, tout cela devrait être supposé véritable, parce qu*il ne veut pas qu'en ces matières on prenne aucun conseil de la raison. Ensuite, il a tort d'affirmer qu'entre deux passages on peut bien trouver une opposition indirecte, mais non pas expresse. Car Moïse assure directement que Dieu est un feu (voyez Deutéron., chap. iv, vers. 24) , et il nie aussi directement que Dieu ait aucune ressemblance avec les choses visibles (voyez Deuf^ron.^ chap. iv, vers. 12). Que si notre auteur réplique que ce passage ne nie pas directement, mais seulement par voie de conséquence, que Dieu soit un feu, et conséqucmment qu'il faut l'approprier à ce sens pour qu'il ne semble pas le nier ; accordons alors que Dieu est un feu ; ou plutôt , pour ne pas partager sa folie , laissons cela de côté et produisons un autre exemple. Shamuel nie directement que Dieu se repente de ses décrets (voyez Shamuel, chap. xv, vers. 29), tandis que Jérémie affirme au contraire que Dieu se repentit du bien et du mal qu'il avait décrété (voyez Jérémie, chap. xviii, vers. 40). Quoi! ces passages ne sont-ils pas directement opposés l'un à Tautre? Quel est donc celui des deux qu'on veut expliquer métaphoriquement? Ils sont l'un et l'autre universels et de plus contradictoires; ce que l'un affirme directement, l'autre le nie directement. Donc, en se conformant à sa propre règle, notre rabbin est obligé d'adopter un fait comme vrai, en même temps qu'il le rejette comme ftiux. Ensuite qu'importe qu'un passage ne répugne pas directement à un autre, mais seulement par conséquence , si la conséquence en est claire , et si la place et la nature du passage ne permettent pas d'explications métaphoriques? On trouve un grand nombre de ces passages dans la Bible; et l'on peut consulter à ce sujet notre second chapitre, où nous avons fait voir que les prophètes ont eu des opinions diverses et contraires ; et surtout nos chap. ix et x, où nous avons fait ressortir toutes ces contradictions dont fourmillent les écrits historiques de l'Écrilure. Je n'ai pas besoin de récapituler ici tous ces exemples ; ce que j'ui dit suffit pour montrer les absurdités qui nai^^sent de cotte rc-
gle et de cette opinion , pour en établir la fausseté et convaincre cet auteur de précipitation. Ainsi donc , nous rejetons son sentiment tout aussi bien que celui de Maimonide, et nous tenons pour une vérité inébranlable que la théologie ne doit pas relever de la raison , ni la raison de la théologie, mais que chacune est souveraine dans son domaine. Car, ainsi que nous l'avons dit, la raison a en partage le domaine de la vérité et de la sagesse, comme la théologie celui de la piété et de Tobéissance : aussi bien la puissance de la raison, nous l'avons déjà démontré, ne s'étend pas jusqu'à pouvoir déterminer si, en vertu de la seule obéissance, et sans TinteUigence des choses, les hommes peuvent être heureux. Mais la théologie ne nous donne pas d'autre enseignement, elle ne prescrit que Tobéissance; elle ne veut rien, elle ne peut rien contre la raison. Pour les dogmes de la foi, comme nous lavons prouvé dans le précédent chapitre, elle ne les détermine qu'autant qu'il est nécessaire pour inspirer l'obéissance; quant à préciser le sens et la vérité qu'ils renferment, elle laisse ce soin à la raison, qui est réellement la lumière de l'esprit et hors de laquelle il n'y a que songes et que chimères. Or ici, par théologie j'entends précisément la révélation, en tant qu'elle indique le but que nous avons reconnu à rËniturc (savoir, d'enseigner l'obéissance ou les dogmes de la vraie pieté et de la foi ) ; or c'est là ce qu'on appelle , à proprement parler, la parole do Dieu , laquelle ne consiste pas en un certain nonibie de livres ( voyez sur ce point notre chap. xii). La théologie étant ainsi considérée, si vous avez égard à ses préceptes ou à sc? leçons pour la vie , vous trouverez qu'elle est d'accord avec la raison ; et , si vous avez égard à son but et à sa fin, vous estimerez qu'elle ne lui répugne aucunement: et de là lui vient son caractère d'universalité. Pour ce qui regarde toute l'Écriture en j;lnérul, nous avons déjà montré au chap. vu que le sens doit en être déterminé par sa seule histoire, cl non par l'histoire universelle iJe la nature , qui ne sert de fondement qu'à la philosophie. Si , après avoir découvert laborieusement le vrai sens de la Bible, nous trouvons çà et là qu'elle répugne à la raison , cette considération ne duit pas nous arrêter ; car tous les passages de ce genre qui se trouvent dans la Bible, ou que les hommes peuvent ignorer sans préjudia* pour la charité, nous savons pocilivemeut qu'ils ne touchent nullement la
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théologie ou la parole de Dieu , et conséquemment que chacuD peut sans crainte en penser tout ce qu'il veut. Nous concluons donc d'une manière absolue que rËcriturc ne doit pas être subordonnée à la raison, ni la raison à rÉcriture. Mais pronons-y garde, puisque ce principe de la théologie^ savoir, que Tobéissanco, à elle seulo, peut sauver les hommes, est indémontrable, et que la raison ne peut en préciser Is^ vérité ou la fausseté , on est en droit de nous demander pourquoi nous le croyons : si c'est sans raison et comme des aveugles que nous Tembrassons, nous agissons donc aussi avec folie et sans jugement ; que si , au contraire, nous voulons établir que la raison peut démontrer ce principe, la théologie sera donc une partie do la philosophie, et une partie inséparable. Mais à ces difficultés je réponds que je soutiens d'une manière absolue que la lumière naturelle ne peut découvrir ce dogme fondamental de la théologie , ou du moins qu'il n'y a personne qui Tait démontré, et conséquemment que la révélation était d'une indispensable nécessité ; mais cependant que nous pouvons nous servir du jugement pour embrasser au moins avec une certitude morale ce qui a été révélé. Je dis avec une certitude morale, car nous n'en sommes pas à espérer que nous puissions en être plus certains que les prophètes eux-mêmes , à qui ont été faites les premières révélations, et dont pourtant la certitude n'était que morale , comme nous l'avons déjà prouvé dans le chap. II de ce traité. Ils se trompent donc étrangement ceux qui veulent établir Taulorité de TKcriture sur des démonstrations mathématiques ; car l'autorité de la Bible dépend de l'autorité des prophètes , et on ne saurait conséquemment la démontrer par des arguments plus forts que ceux dont se servaient ordinairement les prophètes pour la persuader à leur peuple; et nous ne saurions nous-mêmes asseoir notre certitude à cet égard sur aucune autre base que celle sur laquelle les prophètes fai^ient reposer leur certitude et leur autorité. Nous avons en effet démontré que la certitude des prophètes consiste en ces trois choses, savoir : 1® une vivo et distincte imagination ; il° des signes ; 3° enûn et surtout, une âme inclinée au bien et à l'équité. N'ayant point d'autres raisons pour appuyer leur propre croyance, ils ne pouvaient en employer d'autres pour démontrer leur autorité, et au peuple à qui ils parlaient alors de vive voix , et à nous à qui ils parlent maintenant par I. 23
écrit. Quant à ce premier fait, savoir, que les prophètes ima<;inaienl vivement les choses , eux seuls pouvaient le constaler, do manière que toute notre certitude sur la révélation no peut et ne doit être fondée que sur ces deux circonstances, les signes et la doctrine. C'est aussi ce que Moïse enseigne expressément : car, dans le Deufcronome, chap. xxviii, il ordonne que le peufile obéisse au prophète qui a fait paraître un véritable sij^nc au nom de Dieu ; mais pour ceux qui ont fait de fausses prédictions, les eussent-ils faites au nom do Dieu , il veut qu'on les punisse de mort tout aussi bien que le séducteur qui aura voulu détourner lo peuple do la vraie relij^ion ; on en u*era ainsi à son éj^ard , eiM-il confirmé son autorité par des signes et des prodiges : voyez à ce sujet le Deutéronomej chap. xiii ; d'où il résulte que le vrai prophète se distinguo du faux t\ la fois par la doctrine et par les miracles. Celui-là , en effet , est pour Moïse le vrai i)roplièle , à qui on peut croire sans aucune crainte d'être trompé. Quant à ceux qui ont fait de fausses prédictions , bien qu'ils les aient faites au nom do Dieu , ou qui ont proche les faux dieux , eussent-ils accompli de vrais miracles , Moïse déclare qu'ils sont de faux prophètes et dignes de mort. Donc la seule raison qui nous oblige, noii'S aussi, de croire à l'Écriture, c'est-à-dire aux prophètes eux-nu'mes, c'est la confirmation do leur doctrine par des signes. Kn elTrl. voyant les prophètes recommander par-dessus tout la charité et la justice et n'avoir pas d'autre but, nous en concluons que ce n'a pas été dans une pensée de fourberie, mais d'un esprit sincèriî, qu'ils ont enseij^né que l'obéissance et la foi rendent lis hommes heureux ; vX comme ils ont , do plus , confirmé cette docliinc par des signes, nous en inférons qu'ils ne l'ont pas prècliée ténnMViirement, et (ju'ils ne déliraient pas pendant leurs prophélirs: et ce qui nous confirme encore plus en cette opinion , c'rst de \'\r qu'ils n'ont enseigné aucune maxime nioralo qui ne soit en p.'irf.i:t accord avec le raison; car ce n'est pas un effet du hasard «pie la parole (le Dieu, dans les[»rophèles,s'a«corde parfaitement a\cr nî'f mémo parole qui se fait entindre en nous. Ht ces vrrilé-i. jj» h* s^jliens, nous pouvons les dé, luire avrc autant do certiludo de la HihM que les Juifs les rccucillaicnf afitnfoisdc la b.')uche même des prephèles; car nous avons déjà démontré à la lin du chap. \ii, i]»e,
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80U8 le rapport de la doctrine et des principaux rcciis historiques , rËcriture est arrivée sans altération jusque dans nos mains. Ainsi ce fondement de toute la théologie et de l'Écriture , bien qu'il no puisse être établi par raisons mathématiques , peut être néanmoins accepté par un esprit bien fait. Car ce qui a été confirmé par le témoignage de tant de prophètes, ce qui est une source de consolations pour les simples d'esprit, ce qui procure do grands avantages à rÉtat , ce que nous pouvons croire absolument sans risque ni péril , il y aurait folie à le rejeter par ce seul prétexte que cela ne peut être démontré mathématiquement; comme si, pour régler sagement la vie^ nous n'admettions comme vraies que des propositions qu'aucun doute ne peut atteindre, ou comme si la plupart de nos actions n'étaient pas très-incertaines et pleines do hasard. Je reconnais, il est vrai , que ceux qui pensent que la philosophie et la théologie sont opposées l'une à l'autre , et que , pour cette raison, Tune des deux doit être exclue , qu'il faut renoncer à celle-ci ou à celle-là , ont raison de chercher à donner à la théologie des fondements solides , et à la démontrer mathématiquement ; car qui voudrait , à moins de désespoir et do folio , dire adieu témérairement à la raison , mépriser les arts et Its sciences, et nier la certitude rationnelle? Mais cependant nous ne pouvons tout à fait les excuser, puisque, pour repousser la raison, ils rappellent ellemême à leur secours , et prétendent , par des raisons certaines , convaincre la raison d'incertitude. Il y a plus, c'est que pendantqu'ils cherchent, par des démonstrations mathémati(iues, à mettre en un beau jour la vérité et l'autorité de la théologie, tout en ruinant l'autorité de la raison et de la lumière naturelle, ils ne font autre chose que mettre la théologie dans la dépendance do la raison et la soumettre pleinement à son joug; en sorte que toute son autorité est empruntée, et qu'elle n'est éclairée que des rayons que réfléchit sur elle la lumière naturelle de la raison. Que si, au contraire, ils se vantent d'avoir on eux l'Esprit saint, d'acquiescer à son témoignage intérieur , et de n'avoir besoin de la raison que pour convaincre les infidèles, il ne faut pas ajouter foi à leurs paroles; car nous pouvons, dès à présent, prouver facilement que c'est par pure passion ou par vaine gloire qu'ils tiennent ce langage. Ne résulte-t-il pas en elFet très-évidemment du précédent chapitre que l'Esprit
eaint ne donne son témoignage qu*aux bonnes œuvres, que ?aul appelle par cette raison, dans son Épit, aux Galates (chap. v, vers. 22), fruits de l'Esprit saint; et TEsprit saint lui-môme n'est autre chose que cette paix parfaite qui naît dans Tâme à la suite des bonnes œuvres. Pour ce qui est de la vérité et de la certitude dos choses purement spéculatives, aucun autre Esprit n'en donne témoignage que la raison , qui seule , comme nous Tavons déjà prouvé , s'est réservé le domaine de la vérité. Si donc ils prétendent avoir un autre esprit pour les instruire de la vérité , c'est de leur part une présomption téméraire ; en tenant ce langage, ils ne consultent que leurs préjugés et leurs passions; ou , dans la crainte d'être vaincus par les philosophes et exposés à la raillerie publique, ils se réfugient dans les choses saintes. Vain recours! car où trouver un autel tutélaire, après avoir outragé la majesté de la raison ? Mais je ne les tourmenterai pas davantage; je pense avoir satisfait à l'intérêt de ma cause , puisque j'ai fait voir par quelle raison la philosophie et la théologie doivent être séparées l'une de l'autre, en quoi elles consistent principalement toutes deux ; qu'elles ne relèvent point l'une de l'autre, mais que chacune est maîtresse paisible dans sa sphère; puisqu'enfin j'ai montré, lorsque roccasion s'en est présentée , les absurdités , les inconvénients et les malheurs qui ont résulté de ce que les hommes ont confondu étrani^cment ces deux puissances , n'ont pas su les séparer et les distinguer avec précision l'une de l'autre. Mais, avant d'aller plus loin, je veux marquer ici expressément (quoique je l'aie déjà fait) l'utilité et la nécessité de la sainte Écriture, ou de la révélation , que j'estime très-grandes. Car, puisque nous ne pouvons, par le seul secours de la lumière naturelle , comprendre que la simple obéi^ sanco soit la voie du salut^ puisque la révélation seule nous apprend que cela se fait par une grâce de Dieu toute particulière que la raison ne peut atteindre, il s'ensuit que l'Écriture a apporté une bien grande consolation aux mortels. Tous les hommes en effet peuvent obéir, mais il y en a bien peu, si vous les comparez à tout le genre humain, qui acquièrent la vertu en ne suivant que la direction do la raison : à ce point que, sans co témoignage