‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 79 sur 96 · Voyez les Notes marginales de Spinoza, note · texte numérisé non relu

Voyez les Notes marginales de Spinoza, note

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sistance. Moïse voulut, que le peuple tout entier contribuât à sa nourriture, et en même lemps environnât de respects et d'honneurs cette tribu, seule consacrée au culte de Dieu. Ensuite, les douze autres tribus formèrent une milice et reçurent ordre d'envahir la terre de Chanaan, de la diviser en douze parties, et de les tirer au sort entre les tribus. Pour cela on choisit douze chefs, un dans chaque tribu, lesquels, avec Josué et le souverain pontife Éléazar, furent chargés de diviser les terres en douze parties et de les distribuer par la voie du sort. Josué fut élu le chef suprême de la milice, et à lui seul fut conféré le droit, d'abord de consulter Dieu dans les nouvelles affaires qui surviendraient, mais non pas comme Moïse, seul dans sa tente ou dans le tabernacle, mais par Tintermédiaire du souverain pontife, qui recevait seul la réponse de Dieu; ensuite, d'exécuter et de faire respecter par le peuple les ordres de Dieu transmis par le pontife, de trouver et d'employer les moyens de les exécuter, de choisir dans l'armée autant de chefs qu'il voudrait et ceux qu'il voudrait, d'envoyer des députés en son propre nom, et enfin de disposer avec une liberté absolue de tout ce qui concerne la guerre. Personne ne devait le remplacer par droit de légitime succession, et son successeur ne pouvait être élu que par Dieu, sur la demande expresse du peuple tout entier. Parfois même, tout ce qui concerne la paix et la guerre fut remis aux mains des chefs di» tribu, comme je le montrerai bientôt. Enfin, Moïse ordonna quo tous les Hébreux portassent les armes depuis vingt jusqu'à soixante ans, et que l'armée, recrutée tout entière dans les rangs du peuple, jurât fidélité, non au général, non au souverain pontife, mais à la religion ou à Dieu. Voilà pourquoi Tarmée ou les bataillons furent appelés l'armée de Dieu ou les bataillons de Dieu , voilà pourquoi Dieu fut appelé chez les Hébreux le Dieu des armées; voilà pourquoi, dans la grande bataille qui devait décider du triomphe ou de la défaite du peuple tout entier, l'arche d'alliance était ix)rlée au milieu de l'armée, afin que les soldats, voyant leur roi pour ainsi dire présent dans leurs rangs, fissent des efforts extraordinaires. Ces dispositions de Moïse montrent clairement qu'il voulut laisser au peuple après lui des administrateurs, non des tyrans. Aussi no donna-t-il à personne le droit de consulter Dieu, seul et dans Ij lieu qui lui plairait, non plus, par conséquent, que le droit qu'il

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avait lui-môme d'établir et d'abolir les lois, de décider de la paix et de la guerre, d'élire les administrateurs et du templeet des villes, toutes choses qui n'appartiennent qu'à celui qui possède le pouvoir absolu. Le souverain pontife avait le droit d'interpréter les lois et de transmettre les réponses de Dieu, mais non comme Moïse, chaque fois qu'il le voulait, mais seulement sur la demande du général, ou de l'assemblée suprême, ou de quelque autre corps constitué. Do leur côté , le général en chef de l'armée ou les assemblées pouvaient consulter Dieu quand ils le voulaient, mais ils ne pouvaient recevoir les réponses de Dieu que par l'intermédiaire du souverain pontife. De sorte que la parole de Dieu , dans la bouche du souverain pontife , n'était pas un décret comme dans la bouche de Moïse , mais une simple réponse ; transmise à Josué et aux assemblées, elfe prenait force de loi , c'était un ordre , un décret. D'après ces dispositions, le souverain pontife, qui recevait directement les réponses de Dieu, n'avait pas d'armée sous ses ordres et n'exerçait aucun pouvoir légitime dans le gouvernement de l'État; et, réciproquement, ceux qui possédaient des terres n'avaient pas le droit d'établir des lois. Les souverains pontifes Aharon et son fils Ëléazar furent l'un et l'autre élus par Moïse; mais après la mort de Moïse, personne n'hérita du droit d'élire le souverain pontife, et le fils succéda légitimement à son père. De même le général de l'armée fut élu par Moïse et non par l'autorité du souverain pontife ; c'est en recevant ses droits de Moïse qu'il prit la fonction de général. Voilà pourquoi , après la mort de Josué , le pontife n'élut personne à sa place, voilà pourquoi les chefs des tribus ne consultèrent pas Dieu sur le choix d'un nouveau général; mais chacun exerça sur les soldats de sa tribu et tous ensemble exercèrent sur toute l'armée les droits qui avaient appartenu à Josué. Et il ne me semble pas qu'ils aient eu besoin d'un chef suprême , si ce n'est dans les circonstances où l'armée entière réunie marchait contre un ennemi commun. C'est ce qui arriva surtout du temps do Josué , lorsque les Hébreux n'avaient pas encore de résidence bien fixe, et que toutes choses appartenaient à tous. Mais, après que les terres prises par le droit de la guerre eurent été partagées entre les tribus, et que toutes choses n'appartinrent plus à tous, par cela même la nécessité d'un chef commun cessa de se faire sentir.

les hommes des différentes tribus étant, grâce à cette distribution, les uns par rapport aux autres, moins des concitoyens que des alliés. Relativement à Dieu et à la religion, ils devaient être considérés comme des concitoyens; relativement aux droits d'une tribu sur Tautre, comme de simples alliés: les tribus étaient toutes semblables en cela (à l'exception du temple qui leur était commun] aux Étatft confédérés des Hollandais. Qu'est-ce en effet que la division en différentes parties d'un bien commun, si ce n'est la possession exclusive par chacun de la portion qui lui échoit, et de la part des autres l'abandon volontaire de leurs droits sur cette même portion? Voilà pourquoi Moïse élut des chefs de tribu. Il voulut qu'après la division de l'État, chaque chef veillât sur les intérêts des siens, oon-* sultât Dieu, par l'intermédiaire du souverain pontife, sur les affaires de sa tribu , commandât l'armée , fondât et fortifiât les villes, établit des juges dans chaque cité, repoussât ses ennemis particuliers,administrât tout ce qui concerne la paix et la guerre, enfin, qu'il n'y eût point d'autre juge que Dieu pour chaque chef ^, Dieu, dis-je, et leç prophètes expressément envoyés par lui. Un chef abandonnait-fl la loi de Dieu, les autres tribus devaient, non pas le jugercomme un sujet, mais en tirer vengeance comme d'un ennemi qui aurait manqué à la foi des traités. Nous en avons des exemples dans l'Écriture. Après la mort de Josué, les fils d'Israël, et non pas un nouveau général des armées, consultèrent Dieu. Il fut répondu que la tribu de Juda devait la première faire invasion chez les ennemis qui lui étaient particuliers. Elle fit donc alliance avec la tribu de Siméon pour envahir avec leurs forces réunies leurs ennemis communs; les autres tribus restèrent en dehors de cette alliance (voyez les Juges, chap. i, II, m) . Chacune et séparément (comme nous l'avons raconté dans le précédent chapitre) fil la guerre contre ses ennemis particuliers, et, selon son bon plaisir, reçut les soumissions de tels ou tels peuples, bien que les décrets de Dieu défendissent d'en épargner aucun , à quelque condition que ce fût, et ordonnassent de tout exterminer. Celte infraction est blnmée, à la vérité, mais on ne voit pas que personne ait appelé en jugement les Iribus coupables. Ce n'était pas là en effet un motif suffisant pour les Hébreux de lever les armes contre

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