Yoyei les Noiei margituilês de Spinoza, note
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eux-mêmes et de s'immiscer les uns dans les affaires des autres. Quant à la tribu de Benjamin, qui avait outragé le reste de la nation et brisé le lien de la paix , au point que personne ne pût trouver chez elle une hospitalité sûre , les autres tribus la traitèrent en ennemie, envahirent son territoire, et, victorieuses enfin après trois combats, enveloppèrent tout, coupables et innocents , dans un massacre sur lequel elles répandirent ensuite des larmes tardives.
Ces exemples confirment pleinement ce que nous avons dit du droit de chaque tribu. Mais peut--ètre quelqu'un demandera qui choisissait le successeur du chef de tribu ? Sur ce point il est impossible de rien recueillir de certain dans la Bible. Voici toutefois ce que je conjecture' Chaque tribu était divisée en familles , et les 'che& de famille étaient choisis parmi les vieillards de chaque famille : le phis ancien parmi ces dermers succédait au chef de la tribu. N'est-ce pas, en effet, parmi les anciens que Moïse se choisit soixante-dix conseillers, qui formaient avec lui l'assemblée suprême? Ceux qui , après la mort de Josué, eurent l'administration de l'État ne sontrils pas appelés du nom de vieillards dans l'Écriture^ Les Hébreux n'appellent-ils pas sans cesse les juges les anciens? Et tout le monde ne sait-il pas cela? Mais, pour le but que nous nous proposons, il importe peu d'éclaircir oe point; il suffît que nous ayons montré qu'après la mort de Moïse , personne ne remplit les fonctions de chef suprême absolu. Puisque, en effet, ce n'était ni la volonté d'un seul homme , ni celle d'une seule assemblée, ni celle du peuple , qui décidait de toutes les affaires , mais que les unes étaient administrées par une seule tribu , les autres par toutes les tribus avec un droit égal, n'en résulte-t-il pas avec la dernière évidence que le gouvernement , après la mort de Moïse , ne fut ni monarchique, ni aristocratique , ni populaire, mais qu'ij fût, comme nous l'avons dit, théocralique; et cela par les raisons suivantes : 4* le siège de l'État était un temple; et c'est par là seulement, comme nous l'avons montré, que les hommes do toutes les tribus étaient concitoyens ; 2® tous les membres de l'Étal devaient jurer fidélité à Dieu , leur juge suprême , auquel seul ils avaient promis en toutes fhoses une obéissance absolue; 3<» enfin le commandant suprême des armées, quand il en était besoin, ne pouvait être élu que par Dieu seul? C'est ce que dit expressément Moïse, ao nom de Dieu,
dans \eDeuléronome, chap. xix, vers. 15, c'est ce que confirme Télection de Gédéon, de Samson et de Shamuël ; de sorte qu'on ne saurait douter que les autres chefs, fidèles à Dieu, n'aient été élus de la même manière, bien que cela ne soit pas constaté pur leur histoire. Reste à voir maintenant jusqu'à quel point une telle constitution était propre à maintenir les esprits dans la modération , et à retenir les gouvernants et les gouvernés également loin , ceux-ci de la rébellion, ceux-là de la tyrannie.
Ceux qui administrent l'État ou qui ont le pouvoir en main, quelque action qu'ils fassent, s'efforcent toujours de la revêtir des couleurs de la justice et de persuader au peuple qu'ils ont agi dans des vues honorables; ce qui est chose facile quand l'interprétation du droit est en leur pouvoir. Il n'est pas douteux, en effet, qu'un* tel privilège ne leur donne la plus grande liberté possible de s'abandonner à tous leurs caprices et à toutes leurs passions; au contraire, cette liberté serait fortement contenue, si le droit d'interpréter la loi était dans les mains d'un autre, et si la vraie interprétation de la loi était si manifeste pour tout le monde qu'il n'y eût pas d'hésitation possible. D'où il suit clairement que les chefs des Hébreux eurent une grande occasion de moins de commettre des crimes, par cela seul que le droit d'interpréter la loi fut confié aux Lévites (voyez le Deutéronome, chap. xxi, vers. 5), qui ne possédaient dans l'État ni terre ni pouvoir administratif, et dont toute \a fortune et toute la gloire consistait dans la vraie interprétation de la loi. Ajoutez à cela que le peuple entier était obligé , chaque septième année , de se rassembler dans un lieu déterminé , où le pontife expliquait et enseignait la loi , et, en outre, que chacun en particulier devait lire et relire sans cesse avec la plus grande attention le livre de la loi tout entier (voyez le Deutéronome, chap. xxxi. vers. 9, etc. ; et chap. vi , vers. 7). Aussi les chefs des Hébreux, dans leur propre intérêt, devaient-ils veiller à ce que toutes choses fussent administrées selon les lois prescrites et connues de tout le monde; seul moyen pour eux d'être comblés d'honneurs par ^e peuple , qui respectait alors en eux les ministres du royaume de Dieu et les représentants de Dieu lui-même. De toute autre manière , ils ne pouvaient échapper à la plus terrible de toutes le* haines, les haines de religion. En outre, ce qui ne contribua pa5
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peu à mettre un frein aux passions des chefs, c'est que l*armée se composait de tous les citoyens (sans exception d'un seul , depuis la vingtième jusqu'à la soixantième année], et que les chefs ne pouvaient enrôler à prix d'argent aucun soldat étranger : cela, dis-je, n'était pas de médiocre importance. N'est-ce pas, en efifet, une chose évidente que ce n'est qu'avec une armée à leur solde que les chefs peuvent opprimer le peuple, et qu'ils ne redoutent rien tant que la liberté de soldats concitoyens qui ont payé de leur courage, de leurs fatigues, de leur sang prodigué sur les champs de bataille la liberté et la gloire de l'État? Voilà pourquoi Alexandre, sur le point d'engager un second combat contre Darius, après avoir entendu l'avis de Parménion , ne s'emporta pas contre lui , mais bien contre Polysperchon, qui partageait cependant le même avis. C'est que, comme dit Quinte-Curce , liv. iv, 3, 13, il n'osa pas faire de nouveaux reproches à Parménion, qu'il avait, peu de temps auparavant , réprimandé avec trop de violence. Et cette liberté des Macédoniens, qu'il redoutait tant, comme nous lavons déjà dit, il ne put la plier sous le joug qu'après que les captifs entrés dans l'armée surpassèrent en nombre les Macédoniens. Alors il lâcha la bride à son humeur emportée , si long-temps contenue par la liberté des soldats ses concitoyens. Or si dans un État purement humain la liberté de soldats concitoyens retient ainsi des chefs qui ont coutume d'accaparer pour eux seuls l'honneur do la victoire, combien cette même liberté dut-elle être un frein plus puissant pour les chefs des Hébreux, dont les soldats combattaient , non pour la gloire du chef, mais pour la gloire de Dieu, et n'engageaient l'action que sur la réponse formelle de Dieu !
Ajoutez encore que les chefs des Hébreux étaient tous unis entre eux par le lien de la religion : quelqu'un d'entre eux y était-il infidèle , et violait-il le droit divin d'un autre chef, par là môme il pouvait être considéré comme ennemi , et les dernières extrémités contre lui étaient légitimes.
Ajoutez en troisième lieu la crainte de quelque nouveau prophète. Un homme d'une vie irréprochable prouvait-il par quelques signes qu'il était vérirablement prophète, à lui appartenait le droit souverain de commander, tel que l'avait possédé Moïse, à qtii Dieu se révélait directement, et non pas comme aux autres chefs, par Tinter-
de la patrie porté jusqu'à la religion, à l'égard des autres peuples un droit absolu et une haine non-^ulement permise mais pieuse, l'habitude de voir des ennemis partout, la singularité des mœurs et des coutumes, combien tout cela ne dut-il pas contribuer à affermir l'âme des Hébreux et les préparer à tout supporter pour la patrie avec une constance et un courage peu communs I c'est ce qu'enseigne clairement la raison et ce qu'atteste l'expérience. Jamais en effet, tant que la ville capitale fut debout, les Hébreux ne purent supporter la domination étrangère , et c'est pourquoi on appelait Jérusalem la cité rebelle (voyez Hezras, chap. iv, vers. 12, 15). Le second empire (qui fut à peine une ombre du premier, après que les pontifes eurent usurpé le pouvoir souverain) ne put être que difficilement détruit par les Romains; c'est ce que Tacite, liv. H des His» toireSy atteste par ces paroles : Vespasien avait terminé la guerre judaïque, en abandonnant le siège de Jérusalem , entreprise pénible et ardue , à cause du caractère de la nation et de l'opiniâtreté de ses superstitions, bien qu'il ne restât pas aux assiégés assez de force pour supporter les suites d'un siège. Mais outre ces circonstances dont l'appréciation dépend un peu du caprice de l'opinion, il y avait encore dans cet état quelque chose de particulier et de très-puissant, qui dut retenir les citoyens dans le devoir et éloigner de leur esprit toute pensée de défection, tout désir d'abandonner la patrie, je veux parler de l'intérêt, qui dirige et anime toutes les actions humaines. Et cela, dis-je, était particulier à cet État. C'est que nulle part et dans aucun État les citoyens ne jouissaient de leurs biens avec des droits égaux à ceux des Hébreux qui possédaient une part de terres et de champs égale à celle du chef, et demeuraient clerncllement maîtres de la part qui leur était échue. Quelqu'un pressé par le besoin vendait-il son fonds ou sa terre: le jubilé arrivé, il rentrait complètement en possession ; et toutes choses étaient tellement disposées que personne ne put aliéner le bienfonds qui était sa propriété. Ensuite la pauvreté ne pouvait être nulle part aussi facile à supporter que dans un pays où la charité envers le prochain, c'est-à-dire do citoyen à citoyen, devait être pratiquée comme un acte souverainement pieux et comme l'unique moyen de se rendre Dieu propice. Il n'y avait donc de bonheur pour les Hébreux qu'au sein de leur patrie; hors de là ils ne pou-
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droits dans les mains de Dieu, qui croyaient que leur royaume était le royaume de Dieu, qu'ils étaient seuls les fils de Dieu, que toutes les autres nations étaient ses ennemies, et qui à ce titre les accablaient de la haine la plus violente (c*était selon eux un acte de piété, voyez le psaume cxxxix, vers. 21, 22), comment n'auraient-ils pas eu par-dessus tout horreur de jurer fidélité et de promettre obéissance à l'étranger! pouvaient-ils concevoir un plus honteux forfait, un crime plus exécrable, que de trahir la patrie, royaume du Dieu qu'ils adoraient! c'était même une chose honteuse pour un citoyen de fixer sa demeure ailleurs que dans sa patrie, parce qu'il n'était permis de satisfaire au culte de Dieu que sur le sol de la patrie , la patrie seule étant une terre sainte , et tout autre pays une terre immonde et profane. Voilà pourquoi David, forcé de s'exiler, se répand en plaintes devant Saiil : Si ceux qui excitent la colère contre moi sont des hommes , ils sont maudits , puisquHls me retrancïient de la société et de Vhéritage de Dieu , et qu'ils me disent : Va , et sacrifie aux dieux étrangers. Et c'est pour ce motif qu'aucun citoyen, ce qui mérite d'être bien remarqué, ne pouvait être condamné à Texil. Le coupable en effet mérite le supplice, et non la honte et l'opprobre. L'amour des Hébreux pour la patrie n'était donc pas simplement de l'amour, c'était de la religion. Et cet amour, cette religion, en même temps que leur haine pour les autres nations, étaient tellement encouragés et nourris par le culte de chaque jour qu'ils leur étaient devenus naturels. En effet, nonseulement leur culte de chaque jour était essentiellement différent de tout autre (ce qui les distinguait et les séparait profondément d'avec les autres peuples) ; mais ces différences allaient jusqu'à l'opposition. Or de cette réprobation dont ils accablaient chaque jour les autres nations dut naître une haine éternelle, fermement enracinée dans tous les esprits, comme peut l'être une haine qui a son origine dans la dévotion et la piété, et qui étant considérée comme un acte pieux n'a pas d'égale pour la violence et l'opiniâtreté. Ajoutez à cela une cause générale qui enflamme de plus en plus la haine, à savoir la réciprocité; car les autres nations durent avoir en retour pour les Juifs la haine la plus violente. Qu'on réunisse maintenant toutes ces circonstances, la liberté dans l'État, l'amour
de la patrie porté jusqu'à la religion, à Tégard des autres peuples un droit absolu et une haine non-seuloment permise mais pieuse, Thabitude do voir des ennemis partout, la singularité des mœurs et des coutumes, combien tout cela ne dut-il pas contribuer à affermir l'âme des Hébreux et les préparer à tout supporter pour la patrie avec une constance et un courage peu communs I c'est ce qu'enseigne clairement la raison et ce qu'atteste l'expérience. Jamais en effet, tant que la ville capitale fut debout, les Hébreux ne purent supporter la domination étrangère , et c'est pourquoi on appelait Jérusalem la cité rebelle (voyez Hezras, chap. rv, vers. 12, 15). Le setxmd empire (qui fut à peine une ombre du premier, après que les pontifes eurent usurpé le pouvoir souverain) ne put être que difficilement détruit par les Romains; c'est ce que Tacite, liv. H des His» toireSf altosto par ces paroles : Vespasien avait terminé la guerre judaïquey en abandonnant le siège de Jérusalem , entreprise pénible et ardue , à cause du caractère de la nation et de l'opiniâtreté de ses superstitions, bien qu'il ne restât pas aux assiégés assez de force pour supporter les suites d'un siège. Mais outre ces circx)nslances dont l'appréciation dépend un peu du caprice de l'opinion, il y avait encore dans cet état (juchiuo chose de particulier et de très-puissant, qui dut retenir les citoyens dans le devoir et éloigner de lour esprit toute pensée de défection, tout désir d'abandoniitT la patrie, je veux parler de l'intérêt, qui dirige et anime toutes les aclioni humaines. Et cela, dis-je, était particulier à cet État, ('/est (|uc nulle part et dans aucun État les citoyens ne jouissaient de leurs biens avec des droits éj^aux à ceux des Hébreux ({ui possédaient une part de terres et de champs égale à celle du chef, et dcMneuraienl éterncîllement maîtres de la |)art qui leur était échue. (Quelqu'un pressé par le besoin vendait-il son fonds ou sa terre: le jubilé arrivé, il rentrait comiiléleinent en possession ; et toutes chojies étaient tellement disposées (jue personne ne piH aliéner le bienfonds (jui était sa propriété. Ensuite la pauvreté ne f>ouvait être nulle part aussi facile à supporter (pie dans un |)ays où la charité envers le pnxihain, c'est-à-dire de citoyen à citoyen, devait èta* pratiquée comme un acte souverainement pieux et comme l'unique moyen de se rendre Dieti propice. 11 n'y avait donc de bonheur pour les Hébreux (pi'au sein de leur patrie; hors de là ils ne \wi'
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vaient trouver que dommage et opprobre. Quoi de plus merveilleusement propre non-seulement à retenir les citoyens sur le sol de la patrie, mais aussi à les préserver des guerres civiles, en bannissant tout sujet de querelles et de discordes, que de reconnaître pour souverain, non pas un égal, mais Dieu seul; et de considérer comme un acte de souveraine piété, cette charité, cet amour de citoyen à citoyen, qui s'alimentait sans cesse de la haine que les Juifs portaient unanimement aux autres nations, et que celles-ci leur renvoyaienl?Ce qui n'était pas non plus d'une médiocre importance, c'est cette discipline qui les pliait de bonne heure à une obéissance absolue, obligés qu'ils étaient de se soumettre en toutes choses aux prescriptions invariables de la loi. Ainsi il n'était permis à personne de labourer à son gré, mais seulement à de certaines époques et dans de certaines années déterminées, avec une seule et même espèce de bêtes de trait. De même il n'était permis de semer, de moissonner, que d'une certaine manière et à une certaine époque. Leur vie enfin était comme un perpétuel sacrifice à l'obéissance (sur ce sujet, voyez notre chap. v : De V usage des cérémonies). Ainsi habitués à des pratiques invariablement les mêmes, cette servitude dût leur paraître la vraie liberté. Personne ne désirait ce qui était défendu , mais bien ce qui était ordonné par la loi. Mais ce qui ne contribua pas non plus médiocrement à entretenir ces bonnes dispositions chez les Hébreux, c'est que la loi leur faisait un devoir à certaines époques de l'année de se livrer au repos et à la joie; afin qu'ils obéissent non pas aux vœux de leur cœur, mais à Dieu de tout leur cœur. Trois fois l'an ils étaient. les convives de Dieu (voyez le Deutéronome , chap. xvi). Le septième jour de la semaine, ils devaient s'abstenir de tout travail et se livrer au repos. En outre, certaines autres époques étaient désignées ; pendant lesquelles les plaisirs honnêtes et les festins leur étaient non-seulement permis, mais ordonnés. Et je ne pense pas qu'on puisse rien imaginer de plus efficace pour gouverner les esprits des hommes. Rien ne les charme davantage que cette joie qui a son origine dans la dévotion , laquelle est un mélange d'admiration et d'amour *. D'ailleurs ils étaient prémunis contre le dégoût qu'amène la longue habitude des mêmes choses,